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Traducteur/éditeur : Potter
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◈ Le protagoniste d’une romance fantasy ne m’aime que moi ◈
Chapitre 34 : Première Héritage, Lancel dans les coulisses. (2)
──────
2.
« Vous m’avez fait appeler… ? »
Marigold s’apprêtait à s’asseoir près de lui, les yeux pétillants, mais Lancel lui indiqua aussitôt la place en face de lui.
« Rien d’important. Cela fait déjà deux mois que vous êtes ici, alors je me demandais si le travail n’était pas trop pénible. Sir Evil devrait vous poser la question, mais il est occupé pour le moment. »
« Ah, je vois… »
Pourquoi avait-elle l’air déçue ?
Lancel observa Marigold, dont l’humeur s’assombrissait à vue d’œil.
Il n’y avait qu’une seule raison pour laquelle il l’avait fait venir, en se donnant même l’air de ces nobles étranges qui consultaient leurs domestiques.
Je dois vérifier si Marigold se souvient vraiment de l’Itération précédente.
Lancel fixa une plante en pot toute proche et prit un ton détaché.
« Mademoiselle Mary, quel âge avez-vous cette année ? »
« Vingt ans… »
« Vingt ans ? »
« S-seize ! J’ai seize ans ! »
« Pas dix-sept ? »
« Seize ans ! J’avais seize ans ! Oui ! »
Elle avouait tout sans même qu’on l’interroge.
« Je vois. Le travail de femme de chambre est difficile. Comment ça se passe ? »
« …Vous me demandez ça parce que vous voulez me renvoyer ? »
« Ne cherchez pas plus loin. Je pose simplement la question par curiosité. »
« Si c’est à cause des vêtements que je vous ai volés, jeune maître… »
« …Remettez-les à leur place tant que je vous le demande gentiment. »
« Ah, ah… oui. »
Lancel se frotta un instant le crâne douloureux.
« Hestie m’a dit que vous travailliez bien, même si vous preniez parfois vos aises. Ça m’intriguait, alors je vous ai posé la question. »
« Vous m’avez fait venir pour me complimenter ? »
« Oui. Disons que c’est pour ça. »
« Vous… vous comptez me donner une récompense… ? »
« Je retire ce que j’ai dit. Je ne vous ai pas fait venir pour vous complimenter. Je vous ai appelée sans raison particulière, alors répondez simplement à ma question. »
Marigold se recroquevilla et scruta son expression.
« Eh bien, j’ai travaillé un peu, autrefois. »
« Il y a combien de temps ? »
« Je ne me souviens plus très bien, mais… il y a environ huit ans ? »
Huit ans plus tôt, Marigold était encore une jeune noble.
« Je vois. »
Lancel poursuivit ensuite la conversation sur des banalités, même si ses pensées étaient ailleurs.
Quelques questions avaient suffi à le convaincre. Il n’y avait plus rien à demander.
Il est désormais certain que Marigold a hérité des souvenirs de l’Itération précédente.
Il ignorait tout de l’étendue de ses souvenirs, de la manière dont elle les avait hérités, de leur point de départ et de leur terme. Mais une chose était claire : elle se souvenait du passé.
Je ne sais pas si c’est une bonne ou une mauvaise chose.
Lancel voulait mettre Marigold en couple avec un prince. Il devait d’une manière ou d’une autre atteindre la véritable route du jeu : la fin d’Épouse impériale.
Mais que se passerait-il si elle se souvenait du passé ? Cela l’aiderait-il à devenir Épouse impériale ou, au contraire, l’en empêcherait-il ?
Lancel n’en savait rien.
Devrais-je lui révéler ce que je sais et lui demander son aide par la même occasion ?
Par exemple :
« Unissons-nous en tant que régresseurs et faisons de toi l’Épouse impériale, Marigold ! »
Et s’il disait ça ?
Est-ce que cela l’aiderait ou la gênerait ?
Les inquiétudes de Lancel s’intensifièrent.
« Très bien. Bon travail. Vous pouvez y aller. »
« Ah… C’est tout ? »
« Qu’espériez-vous d’autre ? »
« Oui… »
Marigold repartit, l’air abattu.
Qu’est-ce que je devrais faire ? Tout lui dire ? Ou pas ?
Sa longue réflexion prit fin ce soir-là, juste avant qu’il ne s’endorme.
.
.
.
Félicitations ! Marigold a maîtrisé la Magie noire de débutant ! À partir du prochain « Héritage », la Magie noire intermédiaire sera disponible à l’achat.
※ Les souvenirs sont partagés entre toutes les Itérations qui utilisent l’« Héritage ». Cependant, toutes les statistiques sont réinitialisées après une fin. Veuillez les acheter à nouveau avant de les utiliser.
« … ? »
Lancel se redressa brusquement dans son lit.
Par réflexe, il attrapa la plume posée sur la table.
De peur que les mots ne s’effacent de sa mémoire, il les recopia à la hâte sur une feuille, tout en répétant le message apparu devant ses yeux.
La nouvelle inattendue selon laquelle Marigold avait maîtrisé la magie noire ne l’avait même pas effleuré.
Ce qui comptait, c’étaient les deux dernières lignes.
« Les souvenirs sont partagés entre les Itérations qui utilisent l’Héritage… ? »
Lancel dressa la liste des dernières fins de Marigold.
- Guerrière.
- Mendiante.
- Parasite.
- Sainte.
- Marchande.
- Premier Héritage des souvenirs. (Point actuel)
Toutes les Itérations qui utilisent ce qu’ils appellent l’Héritage des souvenirs partagent leurs souvenirs. Ça veut dire que…
Lancel se remit à écrire.
- Premier Héritage des souvenirs. (Point actuel)
- ??? (Sans Héritage)
- ??? (Sans Héritage)
.
.
.
- Deuxième Héritage des souvenirs. (Deuxième parcours à partir du point actuel)
Comme ça ?
L’Héritage.
De mémoire, il fallait remplir une condition spéciale pour activer l’Héritage.
Cette condition consistait à accumuler un certain nombre de points de réussite.
Une fois le score arrivé à 1 500, une Marigold régresseuse ayant hérité de ses souvenirs du passé apparaîtrait-elle, comme celle d’aujourd’hui ?
Et les souvenirs du premier parcours de Marigold la régresseuse seraient transmis intacts à celle qui apparaîtrait plus tard pour son deuxième parcours.
« Alors, les première et deuxième fois devraient en gros être considérées comme une seule et même personne. »
- Liées.
Si les souvenirs étaient liés, cela signifiait probablement quelque chose comme ça. Elle était littéralement une régresseuse.
… Était-ce bien ça ?
Lancel fronça les sourcils devant la feuille, désormais couverte de gribouillis serrés.
Si je dis à Marigold, pendant cet Héritage, que je suis un régresseur… la Marigold du prochain Héritage apparaîtra en s’en souvenant déjà.
Il prit sa décision.
Il posa la plume.
Ne lui disons rien.
Oui.
Il y avait trop de variables, et ce serait irréversible.
Une fois qu’il le lui aurait dit, Marigold la régresseuse se souviendrait de ses paroles pour toujours. Impossible de revenir en arrière.
S’il devait un jour le lui dire, ce serait vraiment en dernier recours.
Et puis…
Il risquait même de lui donner un sentiment de destinée ou de lien tout à fait superflu.
Et si elle disait quelque chose comme :
« Mon Dieu ! Toi aussi, tu es un régresseur ! Oublions tout le reste. Vivons ensemble, tout simplement ! »
Et si elle refusait de le quitter ?
Ce serait assez embêtant.
Le jeu ne finirait jamais si celle qui était destinée à devenir Épouse impériale s’accrochait à un jeune maître d’une maison noble de province.
Lancel ne voulait pas gâcher chaque Itération où Marigold la régresseuse apparaissait de cette manière.
Oui.
Il n’était que celui qui préparait Marigold à devenir Épouse impériale, pas une cible amoureuse. Il n’était qu’un personnage secondaire, bon pour une fin normale, et ne pourrait jamais devenir un prétendant.
Après tout, il l’avait déjà épousée une fois, et ça ne s’était pas bien terminé.
« … »
Lancel fixa la feuille couverte de gribouillis, puis la déchira en morceaux et la jeta.
3.
La plateforme d’exécution dressée sur la place fut dévorée par les flammes.
« Remettez du combustible ! »
« Ça brûle bien ! »
Qu’est-ce qui brûlait ? Difficile de le distinguer à travers la fumée et les flammes. Seule la silhouette noire qui apparaissait parfois entre les langues de feu laissait deviner qu’il s’agissait d’une personne.
Les bûchers étaient rares. On les réservait aux pires criminels ; on n’en voyait que lorsqu’une personne avait insulté la famille impériale ou la divinité elle-même. Même Marigold, pourtant accaparée par ses tâches de femme de chambre, s’arrêta et se sentit attirée par le spectacle.
« Regardez, tous ! Contemplez le criminel ! »
Marigold plissa les yeux et se concentra sur les flammes. La silhouette noircie lui apparut presque.
« Contemplez les derniers instants de ce criminel qui a levé son épée contre un prince de l’Empire ! »
Un battement.
Son cœur se serra.
« Contemplez les derniers instants de ce démon, qui brûle ici pour avoir osé insulter la divinité ! »
Le vent souffla.
L’espace d’un instant, les flammes s’écartèrent.
Pendant ce bref instant, elle aperçut les contours du visage du criminel.
Comme si son regard croisait celui du cadavre carbonisé.
« Contemplez les derniers instants de ce criminel historique, coupable du plus grand crime jamais commis dans l’Empire ! »
Son cœur se mit à battre à tout rompre.
Un battement.
« Le traître… ! »
Un battement.
« … Lancel Dante ! »
.
.
.
« Non ! »
« Aïe ! »
Marigold se réveilla de sa sieste.
« Pourquoi tu fais toujours ça, mademoiselle ? Tu le fais exprès pour me faire peur, pas vrai ? Je ne me fâcherai pas si tu me le dis franchement. Tu l’as fait exprès, hein ? »
Pina, qui s’était réveillée en sursaut elle aussi, lui lança un regard furibond. Marigold s’essuya rapidement le coin de la bouche, où coulait un filet de bave.
« Ça ne va pas, Pina. »
« Qu’est-ce qui ne va pas ? Que tu t’enfuies sans travailler ? »
« Ce n’est pas ça… Non, je ne me suis pas enfuie. J’ai fini mon travail et je me suis reposée, Pina. »
« Bien sûr, bien sûr. Alors, qu’est-ce qui ne va pas ? »
Marigold se prit la tête entre les mains. Elle tenta de chasser le rêve qu’elle avait fait pendant sa sieste, mais n’y parvint pas.
Son corps se mit à trembler. Elle avait l’impression que cette vision s’était gravée dans sa mémoire.
« … Mon bienfaiteur… ! »
La première fois qu’elle avait vu cette scène, alors qu’elle vivait comme femme de chambre, elle avait brièvement pensé : « Un méchant a été puni. »
Mais ce n’était pas ça.
Quand elle se rappelait le genre de personnes qui gouvernaient l’Empire dans ses souvenirs et le genre d’homme qu’était Lancel, elle comprenait que la situation ne pouvait pas être aussi simple.
« Pina. Je crois que je suis la seule personne au monde à pouvoir protéger mon bienfaiteur. Non… Peut-être que c’est pour ça que je suis ici. »
« Pourquoi tu racontes ça tout à coup ? Tu dors encore à moitié ? »
« Ça ne va pas. »
« … ? »
Marigold se leva d’un bond.
« Pina. Même si le continent se déchire encore, même s’il se couvre de combats et devient un champ de bataille, même s’il est accusé à tort et condamné injustement, il n’existe qu’un moyen de survivre sans rien perdre. »
« On recommence avec ça ? »
« Il faut qu’il devienne quelqu’un d’important. Quelqu’un d’assez puissant pour ne pas pouvoir mourir, même s’il le voulait… »
Pina l’écoutait à moitié, tout en bâillant, mais les yeux de Marigold brillaient.
« Quelqu’un d’assez puissant pour survivre à tout et passer le reste de notre vie ensemble… Quelqu’un d’assez puissant pour que même l’Empereur et la famille impériale soient obligés de s’incliner devant lui… »
« Oui, oui. J’ai compris. Allons voir mademoiselle Hestie avant de nous faire gronder. Tu sais quelle heure il est ? »
« Hum ? »
« L’heure du déjeuner est passée depuis longtemps. »
« … ! »
Ce jour-là, Marigold fut punie et dut faire le ménage.
4.
Ce soir-là.
« Qu’est-ce que c’est ? »
Lancel se réveilla, tiré de son sommeil par de petits coups intermittents contre sa fenêtre.
Un oiseau ?
Un corbeau était perché sur le rebord de la fenêtre.
Quand il le caressa doucement, l’oiseau hocha la tête et continua de désigner sa cheville.
Quelque chose qui ressemblait à une lettre y était attaché.
Lancel plissa les yeux.
Ce n’est pas un oiseau.
Il sentait le mana envelopper tout son corps.
C’était un serviteur, ou un familier, une sorte de créature invoquée et d’avatar contrôlé par les mages.
Lancel croyait déjà savoir quel mage lui avait envoyé cette chose. Il n’avait rencontré qu’un seul mage au cours de cette Itération.
Les sens d’un familier invoqué sont reliés à ceux de son maître.
Il effleura l’œil du corbeau du bout du doigt.
« Aïe ! »
Un cri retentit au loin, comme un écho. Il venait de l’autre côté du couloir du manoir.
« Mary ! Ne fais pas tant de bruit au beau milieu de la nuit ! »
« P-pardon ! Je suis désolée ! »
« Silence ! »
« … »
Le corbeau affolé finit par laisser tomber devant Lancel la lettre attachée à sa cheville, puis s’envola à tire-d’aile.
Lancel se gratta la tête.
Ça ne me dit rien qui vaille.
Qu’est-ce qui pouvait bien être écrit à l’intérieur ? Lancel approcha la lettre de la lampe et la déplia.
Des mots qu’il n’aurait jamais imaginé lire l’accueillirent.
[De la part de Dark Hood, l’organisation secrète dévouée au grand Lancel Dante.]
« … ? »
Dès la première ligne, Lancel sut d’instinct que quelque chose clochait.
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