WeTried Translations
Traducteur/éditeur : Potter
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Le protagoniste d’une romance fantasy ne m’aime que moi ◈
Chapitre 31 : Marigold la Fortunée. (5)
──────
11.
Même si l’Empire se morcelait, cela ne concernait plus Lancel.
Les années qu’il avait consacrées à la gloire de l’Empire, passées à se battre pour l’honneur de son seigneur et à s’efforcer de rester dans les mémoires comme un grand héros, s’étaient depuis longtemps décomposées et réduites en cendres.
La guerre. L’Empire. La rébellion. L’Empereur. Les vieux liens.
Tout cela n’avait fait que consumer l’âme de Lancel, ne laissant derrière elle qu’une coquille vide. Rien de plus, rien de moins.
Si Marigold n’était jamais apparue devant lui alors qu’il errait sans but dans cette longue étendue de temps, que serait-il devenu ? Que ferait-il aujourd’hui ? Quelle vie aurait-il menée ?
Lancel n’arrivait pas à se l’imaginer. Tout comme il n’avait aucune envie de fouiller une fosse nauséabonde, il n’en avait tout simplement pas envie.
Oui.
La raison pour laquelle il se sentait sentimental, à présent, c’était bien sûr Marigold.
« Nous devons emporter le sel quelque part pour le vendre. Si nous continuons à l’entreposer ici, l’Empire le confisquera forcément jusqu’au dernier grain en vertu de la loi impériale. Si nous refusons, on nous accusera de trahison. Il faut nous en débarrasser sans tarder. Même si nous devons le vendre à bas prix. »
À ces mots du vicomte Dante, Marigold, silencieuse depuis un moment, prit la parole.
« Et si nous allions vendre nos marchandises sur le champ de bataille ? »
Ses paroles interrompirent le dîner de la maison Dante.
« Nous avons assez d’argent et de sel. Je pourrais donc réunir des gens et aller directement là où la guerre a éclaté. Nous vendrions tout rapidement, puis nous rentrerions. Nous pourrions tout écouler avant que le sel ne soit confisqué. Je pense même que nous gagnerions une jolie somme… »
« Hum. »
Le vicomte Dante se tut.
Cela rapporterait, c’était certain. Non, ils feraient peut-être une immense fortune, bien supérieure à tout ce qu’ils avaient gagné jusque-là.
Les marchands de cette époque et de ce monde faisaient fortune de façon très simple. Ils achetaient des marchandises là où elles étaient bon marché, les transportaient là où elles coûtaient cher, puis les vendaient. Et ils recommençaient jusqu’à leur mort.
De ce point de vue, les régions en guerre étaient celles où les marchandises se vendaient le plus cher. Lancel avait déjà vu d’innombrables personnes, pour qui l’argent comptait plus que leur propre vie, s’y rendre en tirant leurs chariots.
Une fois les trains paralysés, le prix du sel grimperait encore davantage.
De toute façon, le sel serait confisqué s’ils le laissaient là. Ils n’avaient qu’à choisir : le vendre sans risque à bas prix, ou prendre le risque de l’écouler plus cher ailleurs.
« C’est bien trop dangereux. Personne ne sait ce qui se passe sur le champ de bataille. »
« Faites-moi confiance, mon seigneur. »
Marigold se tapa la poitrine.
« Laissez-moi, moi aussi, vous rendre la pareille. »
« Je n’ai jamais pensé vous avoir rendu service, président Mary. N’était-ce pas une affaire qui nous a profité à tous les deux ? »
« Je ne le vois pas ainsi, mon seigneur. Je pense avoir une dette envers vous. Rembourser ses dettes est une vertu marchande, n’est-ce pas ? Considérez que je dois le faire pour préserver mon crédit. »
À vingt-trois ans, Marigold ne tremblait pas. Elle semblait avoir changé depuis ses quinze, dix-sept, dix-neuf ou vingt et un ans.
« Je vendrai le sel et serai de retour dans l’année, sans faute. Même si je gagne moins que prévu… c’est toujours mieux que de le garder et de le voir confisqué. »
À ce moment-là, Lancel leva la main et intervint.
« Je viens avec vous. »
« Non. »
Marigold secoua aussitôt la tête.
« … ? »
C’était étrange. Il ne s’était pas attendu à ce que Marigold refuse sa compagnie la première.
« Je ne veux pas entraîner mon bienfaiteur dans une affaire que j’ai lancée. Faites-moi confiance, Bienfaiteur. Je reviendrai avec un chariot plein de pièces d’or. »
Ses yeux brillaient d’une détermination solennelle.
Elle prenait la grosse tête.
*J’allais l’aider, de toute façon, puisque mes vacances étaient fichues.*
Lady Dante et le vicomte, qui avaient écouté en silence, prirent la parole à leur tour.
« C’est vrai. Tu devrais savoir qu’une vie précieuse est précieuse. Qu’est-ce qui fait croire à un chevalier sans talent qu’il peut se porter volontaire ? »
« Elle a raison, Lancel. Si la guerre s’éternise, on finira sûrement par nous mobiliser, nous aussi. Mieux vaut attendre que de s’en mêler dès maintenant. »
Leur inquiétude était inutile.
Lancel, qui avait traîné à la maison comme un bon à rien, avait en réalité assez de talent et d’expérience pour survivre sur un champ de bataille.
Et la maison Dante serait bel et bien appelée à la guerre, mais pas avant au moins deux ans.
Bien sûr…
*De toute façon, tout recommence dans deux ans. Ce n’est pas grave.*
Ils n’avaient aucun moyen de savoir que c’était ce que pensait Lancel.
« Je rapporterai jusqu’à la dernière pièce de cette continent, Bienfaiteur. Héhéhé. »
« Tu as l’air sacrément détendue pour quelqu’un qui part sur un champ de bataille. »
« Tout ira bien. »
Le sourire de Marigold brillait par-delà les flammes.
« En temps de crise, je suis du genre à tenir bon. J’ai survécu tant de fois. »
« C’est vrai. Grâce à qui, je me le demande. »
« Bref. »
Marigold se rapprocha et prit la main de Lancel. Elle jeta un regard à Lady Dante. Sa mère but une gorgée dans sa tasse et fit semblant de n’avoir rien remarqué.
« Je t’écrirai tous les jours, alors réponds-moi tous les jours. »
Sa poigne était ferme. Elle était si intense et désespérée qu’on aurait dit qu’elle voulait graver la sensation de cet instant dans sa mémoire pour longtemps.
« Promis. »
« … D’accord. »
Hum.
*Est-ce que je l’ai laissé paraître ?*
Lancel eut un léger pincement au cœur, se demandant si Marigold avait deviné qu’il comptait profiter de ses « vacances ».
Lancel n’était tout de même pas si insensible.
.
.
.
« Chargez tout ! »
« Mettez les objets lourds plus à l’intérieur ! »
« Toi là ! Occupe-toi de tes propres bagages ! »
Après un mois de préparatifs, la Compagnie commerciale Mary avait enfin formé une grande caravane marchande.
Le cortège était si imposant que tous les mercenaires de la région s’étaient rassemblés pour l’escorter.
Événement spécial déclenché !! À partir d’aujourd’hui, la compagnie commerciale de Marigold se lance dans une « grande caravane ». D’innombrables dangers et épreuves l’attendent dans les montagnes et les champs, les collines et les crêtes, les rivières et les mers, les forêts et les prairies qu’elle traversera. Mais ces risques en valent peut-être la peine pour devenir une riche magnate !
D’expéditionnaire chargée du transport de marchandises à cheffe d’une grande caravane, sans même s’en rendre compte. Elle déploie son charisme. (Charme, Élégance, Sensibilité, Endurance, Sex-appeal en hausse !!!)
« Des lettres ! N’oubliez surtout pas de me répondre ! »
À cheval, elle agita la main sans relâche jusqu’à disparaître au loin. Elle chevauchait en tête du long cortège.
Ce jour-là, Marigold prit la route avec la caravane.
12.
Les lettres commencèrent à arriver dès le lendemain.
— 1er août. Tu te rends compte ? La roue du chariot a lâché dès le premier jour de notre départ. Oh, mon Dieu ! C’est trop cruel ! Je me sens un peu mieux depuis que nous avons ramassé le sel répandu et repris la route, car le ciel est dégagé. Même si nous sommes séparés, Bienfaiteur et moi sommes sous le même ciel !
Lancel ricana, prit aussitôt une plume et la trempa dans l’encre.
[2 août. Une roue de chariot est montée sur un seul essieu, alors fais attention dans les virages. Inutile d’invoquer Dieu. Tu manques simplement d’expérience.]
[Post-scriptum : À proprement parler, nous n’avons pas le même climat, donc nous ne sommes pas sous le même ciel. Ici, il faisait nuageux.]
Sa réponse lui revint quelques jours plus tard.
— 4 août. J’ai vu des vagabonds sans abri errer dans les rues. Si je ne t’avais pas rencontré, Bienfaiteur, est-ce que j’aurais fini comme eux ? Je ne suis pas en position de me plaindre d’avoir mal aux fesses ! Le saviez-vous ? Si on garde de la confiture dans la bouche, on n’a pas faim pendant longtemps.
— Post-scriptum : Malgré tout, nous sommes sous le même ciel ! J’en suis convaincue !
[7 août. Tu aurais probablement été pendue avant de devenir vagabonde. Et si tu n’as pas faim quand tu as de la confiture dans la bouche, c’est tout simplement parce que tu en manges.]
[Post-scriptum : On dirait qu’il va pleuvoir, alors veille à ce que le sel ne soit pas mouillé.]
Comment dire ?
C’était étrange.
Peut-être parce qu’il n’avait échangé de lettres avec personne depuis des centaines d’années, les anecdotes qu’ils se racontaient sur une seule petite feuille ne lui semblaient pas lassantes.
Elles l’intéressaient, au contraire.
— 11 août. Je suis vexée, Bienfaiteur ! Pourquoi t’inquiéter pour le sel avant de t’inquiéter pour moi quand il pleut ? Heureusement, les membres de notre compagnie, qui ont la tête sur les épaules, se sont bien débrouillés ! À l’aube, il y a deux jours, un troupeau de sangliers sauvages est apparu. Comme nous avons beaucoup de sel, nous avons tout de suite salé la viande. Aujourd’hui, c’est festin !
— Post-scriptum : Une question m’est venue. Pourquoi es-tu parti en voyage, Bienfaiteur ?
[16 août. Tu es partie vendre du sel, alors je ne peux que m’inquiéter pour le sel. Fais cuire et manger les femelles plutôt que les mâles. Les mâles n’ont vraiment pas bon goût.]
[Post-scriptum : J’avais dépensé un peu trop d’énergie à cause d’une femme, autrefois, alors je suis parti en voyage pour me changer les idées.]
À mesure que la distance entre eux augmentait, les lettres mettaient de plus en plus longtemps à faire l’aller-retour. Pourtant, étrangement, il lui arrivait de se dire : *Je crois qu’une lettre va arriver aujourd’hui.*
Et, la plupart du temps, il avait raison. Il lui suffisait de regarder vers l’entrée du domaine pour découvrir, comme d’habitude, un courrier porteur d’une lettre.
— 22 août. Qu’est-ce que c’est que ces nobles qui réclament des péages sur des routes qui ne sont même pas sur leur territoire ? Après avoir rencontré des gens aussi merveilleux que lord Dante et toi, Bienfaiteur, je suis furieuse de voir des gens comme ça !
— Post-scriptum : C’était quel genre de femme ? Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit, ça me trottait dans la tête. S’il te plaît, dis-moi quel genre de femme c’était. Quelle était votre relation ? Comment était-elle ?
[29 août. Tu es encore bien naïve. La route appartient à celui qui en bloque le passage. C’est le bon sens dans ce monde. Si ça ne te plaît pas, force le passage. Ils feront semblant de ne pas avoir le choix et dégageront la route face à un cortège qu’ils ne peuvent pas arrêter.]
[Post-scriptum : Je dirai seulement que c’était une femme dont je ne peux pas te parler.]
— 7 septembre. Aaaah ! C’est quoi, une femme dont tu ne peux pas me parler ? J’avais fini par oublier, mais maintenant que tu le formules comme ça, j’ai l’impression que mes cheveux tombent à nouveau. Ne me fais pas ça ! Je suis triste. Malgré tout, je vais continuer d’avancer avec entrain. Quand j’arriverai, je te ferai subir un interrogatoire !
Post-scriptum : À mon retour, tu pourrais m’accorder un souhait ? Ce n’est pas grand-chose. J’ai trouvé du thé réputé dans cette région. Tu n’auras qu’à en boire une tasse.
[16 septembre. Quelle drôle de chose essaies-tu de me faire avaler ? … La suite a été omise.]
Août passa, puis septembre, octobre, novembre…
Même quand l’hiver arriva, que les feuilles tombèrent et que les arbres se retrouvèrent nus, les lettres continuaient d’arriver.
À mesure que la distance s’allongeait, l’aller-retour du courrier finit par prendre un mois entier. Pourtant, les lettres parvenaient toujours à Lancel.
— 1er décembre. L’hiver est bel et bien là, maintenant, Bienfaiteur. La nouvelle se répand, et le sel ainsi que les provisions se vendent bien. La neige se mélange au sel, c’est la catastrophe ! Le champ de bataille est effrayant, mais dès que je me concentre sur les affaires, je l’oublie vite.
— Post-scriptum : Je crois que je pourrai bientôt rentrer. Cela fait si longtemps que nous sommes séparés que j’ai presque oublié ton visage. Je reviendrai te trouver en riche magnate, alors prépare-toi, Bienfaiteur.
Lancel avait déjà relu plusieurs fois la lettre de décembre.
Le mois de février était déjà bien entamé, mais la lettre suivante n’était toujours pas arrivée. Il n’avait plus reçu de nouvelles de Marigold depuis celle-ci.
C’était l’année de ses vingt-quatre ans.
« Hum. »
Lancel se caressa le menton en silence, réfléchissant à ce qu’il devait faire.
Cette vie prendrait fin s’il attendait encore un an. Que Marigold devienne une riche magnate ou revienne avec une fortune colossale ne le concernait en rien.
S’il se contentait de traîner et de regarder l’année s’écouler, le printemps finirait par s’éveiller, et juin arriverait, chargé de verdure nouvelle.
Ce serait le jour de sa régression.
Il retrouverait alors Marigold. Sous quelque forme que ce soit, elle l’attendrait quelque part dans ce monde.
À condition qu’elle ne soit pas morte.
Oui. Il n’avait pas besoin d’intervenir.
Personne ne le poussait à agir. Il n’était soumis à aucune contrainte ni obligation. Personne ne le lui avait demandé. Personne ne pourrait le blâmer, et personne ne se souviendrait de lui. Il n’avait qu’à dériver dans un temps qui serait entièrement oublié, seul, à ressasser ce trouble éphémère.
« Bienfaiteur ! »
Mais…
« Jeune maître ? Où allez-vous à cette heure tardive ? »
Lancel s’enveloppa dans une cape et monta à cheval. Le majordome s’approcha, l’air perplexe.
Que répondre ? Après un instant de réflexion, il esquissa un léger sourire et répondit :
« Au dernier endroit dont je me souviens. »
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>