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Traducteur/éditeur : Potter
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◈ Le protagoniste d’une romance fantasy ne m’aime que moi ◈
Chapitre 30 : Marigold la Fortunée. (4)
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8.
À bien y réfléchir, les compagnies commerciales de ce monde étaient très différentes des entreprises du vingt et unième siècle.
La division du travail n’y avait même pas encore vu le jour. Au fond, une compagnie commerciale n’était rien de plus qu’un groupe de gens qui se disaient : « Si ça rapporte, on fait n’importe quoi ! »
De ce point de vue, la Compagnie Mary sortait du lot depuis le début.
« Nous ne vendrons que du sel ! Rien que du sel ! Nous allons rassembler tout le sel du continent et l’entasser ici, puis nous le revendrons quand les prix auront grimpé ! »
« Vous ne vendrez ni cuir, ni huile, ni épices ? »
« On n’achète que du sel ! »
« Et la cire d’abeille, ou le miel… ? »
« Rien que du sel ! »
« Les tissus… ? »
« Du sel ! »
Quoi qu’il lui fût arrivé ces dernières années, Marigold s’était entichée du sel et s’obstinait à ne rien vouloir d’autre.
Quand il lui demanda plus tard pourquoi,
« Un jour, j’ai traversé les plaines pour une expédition commerciale après être tombée à court de sel… Beurk… »
« … »
Marigold trembla, comme si le souvenir l’avait traumatisée. Il s’était attendu à ce genre d’explication, et, bien sûr, elle ne le déçut pas.
Évidemment, Lancel ne l’empêcha pas de prendre cette décision. Il ne voulait pas trop s’impliquer dans cette vie, qu’il comptait consacrer aux vacances.
En plus, c’était justement à cette période que le prix du sel allait s’envoler.
La guerre, qui s’intensifiait, en serait la cause.
« C’est ce dont la guerre a le plus besoin : du sel. »
Quand on rassemble beaucoup de monde, il faut naturellement beaucoup de sel. Une armée privée de nourriture conservée perdait tant le moral qu’elle finissait par ne plus pouvoir se battre.
Lancel savait mieux que personne à quel point une armée pouvait se dégrader simplement parce que ses soldats ne pouvaient pas goûter à cette pointe de sel.
Chaque fois qu’il en avait ne serait-ce qu’une pincée dans la bouche, le sang lui montait à la tête, et il avait le vertige, submergé par l’impression que la vie elle-même affluait de nouveau en lui. Il n’avait jamais rien ressenti de semblable dans le vingt et unième siècle béni.
Peut-être son ancienne obsession pour la mer et les fruits de mer venait-elle du temps qu’il avait passé sur les champs de bataille, au cours de ses premières vies.
« C’est parce qu’elle a grandi sans pouvoir manger de sel. »
Le sel.
Dans trois ans, une taxe spéciale lui serait imposée. La Maison impériale n’allait pas laisser tout le monde continuer à acheter et vendre ce précieux sel.
Alerte du marché !!! Le prix du sel acheté a été multiplié par 7,5 ! La rumeur court que les entrepôts de la Compagnie Mary croulent sous le sel !
※ Des individus suspects proposent jusqu’à dix fois le prix ! On en vend une partie en secret pour faire du profit ?
Et, comme prévu, le prix du sel s’envola.
Ils n’eurent même pas besoin de sortir pour le vendre eux-mêmes. Les marchands qui avaient entendu les rumeurs affluèrent directement sur les terres du vicomte Dante avec leurs chariots.
« Khahahaha ! À partir d’aujourd’hui, dites à tous nos gens d’arrêter de cultiver la terre ! Qu’ils se dépêchent de venir casser du sel gemme à coups de marteau ! »
Kyaaah !
Voyant le vicomte Dante perdre toute dignité à la vue des pièces d’or, dansant avec Marigold sur ses épaules, Lancel ne put que rire sans un mot.
Marigold, propriétaire de la Compagnie Mary.
Elle avait fait fortune.
« Je rendrai à la maison Dante sa grandeur ! »
À cette époque, Marigold commença elle aussi à prendre de grands airs. C’est précisément alors que débutèrent ses étranges manies.
« Hé. »
Lancel trouva Marigold, âgée de vingt et un ans, cachée sous sa couverture.
9.
Lancel avait senti que quelque chose clochait dès qu’il s’était couché. Sentant une présence tout contre lui, il souleva la couverture.
Marigold s’était glissée dans son lit, les yeux fermés. Elle respirait régulièrement, comme si elle dormait, tout en se rapprochant peu à peu de lui.
Lancel plissa les yeux en sentant la chaleur qui émanait d’elle.
« Vous dormez ? »
« … »
Ah, c’était donc ça, son petit numéro.
Lancel tendit le bras vers la table. Il prit une plume et en effleura doucement l’oreille de Marigold.
Hi ! Hi !
Elle tressaillit de surprise.
Mais juste un instant. Marigold se remit bientôt à faire semblant de dormir.
« … Vous dormez ? »
« … »
Il recommença.
Hi !
Sa réaction était terriblement théâtrale, mais Marigold persista dans son petit jeu.
Lancel finit par poser la plume et lui boucha le nez. Lorsqu’elle s’empressa d’ouvrir la bouche, il la lui couvrit aussi.
« … »
Elle tint bon un long moment.
Trente secondes, cinquante, puis soixante. Le visage de Marigold rougit et elle commença peu à peu à se débattre.
Pwah !
Marigold se redressa en haletant.
« Ah, euh, Bienfaiteur, qu’est-ce que tu fais là… ? »
« Parce que c’est ma chambre. »
« Ah, ah ! J’ai dû me tromper de chambre ! »
Son jeu d’actrice était lamentable.
« C’est trop fatigant de retourner dans ma chambre. Je peux dormir à côté de toi ? Bonne nuit, Bienfaiteur. »
« Il n’y a qu’à faire quelques pas. Qu’est-ce qui est fatigant ? »
Sans la moindre honte, Marigold se laissa tomber à côté de lui.
Depuis quelque temps, elle se comportait ainsi assez souvent.
Lancel avait déjà une idée de la raison.
<Statut de Marigold (21 ans)>
Charme 75.
Moralité 19.
Élégance 58.
Sensibilité 63.
Sex-appeal 152.
Mana 1.
Force musculaire 38.
Endurance 33.
Foi 21.
Condition 77.
« Pourquoi diable ? »
Même Lancel ne comprenait pas pourquoi cette caractéristique, parmi toutes les autres, avait tant augmenté sur la voie marchande.
Une chose était sûre : elle était devenue une bête. Une bête qui avait toujours l’œil sur quelque chose lui appartenant.
« Tu dois être fatigué, alors dors, Bienfaiteur. Moi aussi, je vais dormir. »
« Enlève ta main. »
« … Je ne sais pas où la mettre autrement… »
Sa main se faufila vers la jambe de Lancel comme un serpent.
Lancel finit par la soulever et la ramener lui-même dans sa chambre.
* * *
Quel était le plus grand changement quand cette caractéristique augmentait ?
Pour le joueur, cela signifiait que Marigold pouvait porter une plus grande variété de tenues.
À mesure que le printemps s’éloignait et que le temps se réchauffait, les vêtements d’intérieur de Marigold devenaient de plus en plus révélateurs.
« Bienfaiteur. »
Au début, elle portait des vêtements qui ne dévoilaient que ses épaules. Puis, elle vint le voir dans des tenues qui lui laissaient le ventre à l’air. Parfois, elles étaient presque transparentes.
« Je suis épuisée, Bienfaiteur. J’ai dû travailler trop dur aujourd’hui. »
« Tu as laissé la compagnie tourner en mode chasse automatique toute la journée, et tu oses dire ça. »
« Chasse… ? »
« Ça existe, ce genre de chose. »
Elle avait pris l’habitude de se coller discrètement à Lancel.
Ce ne serait pas exagéré de dire qu’elle se comportait toujours ainsi, sauf quand Lady Dante était là.
Contrairement au vicomte Dante, qui ne s’intéressait guère aux alliances matrimoniales, la mère de Lancel était convaincue que les nobles devaient épouser des nobles.
Le lendemain, donc.
« Hé. »
« Oui ? »
Lancel arrêta un employé de la Compagnie Mary qui venait au manoir. L’homme transportait quelque chose enveloppé dans de la soie.
À force de regarder autour de lui, il avait l’air suspect.
« Montre-moi ce que tu transportes. »
« Ah, c-ce n’est rien, jeune maître. C’est juste, euh, enfin… »
« Si ce n’est rien, tu n’as aucune raison de m’empêcher de voir. Donne-le-moi. »
« Mais ce n’est vraiment rien… »
Lancel attrapa par le col l’employé qui tentait de s’éclipser et lui arracha l’objet des mains.
« N-non ! »
« Qu’est-ce que c’est ? »
La soie dissimulait une petite boîte en bois. À l’intérieur, il trouva un objet rond, roulé avec soin en boule et dégageant une douce odeur.
« Un médicament ? »
Était-ce du poison ?
Quand Lancel lança un regard noir à l’employé, celui-ci se jeta aussitôt à terre.
« C-c’est la propriétaire de la compagnie qui l’a demandé ! On m’a dit de garder ça absolument secret, alors j’essayais juste de le livrer discrètement ! Je n’aurais jamais cru que ça tournerait comme ça… ! »
« Alors, qu’est-ce que c’est ? »
« C-c’est ce que les nobles dames cherchent toujours, jeune maître. Un médicament coûteux. »
« Les nobles dames ? »
L’employé fit un geste muet des mains.
Lancel comprit aussitôt ce qu’il voulait dire et ferma les yeux.
« … Apporte-le-lui. »
« Oui… Euh, jeune maître, s’il vous plaît, ne dites pas que vous m’avez surpris… »
Lancel lui fit signe de partir.
Lui non plus ne voulait pas se mêler de la vie privée et secrète de Marigold.
« C’est encore à cause de cette caractéristique ? »
Le lendemain, Marigold se mit à bomber le torse et à essayer de lui montrer quelque chose, on ne savait trop pourquoi.
« J’ai les épaules raides depuis quelque temps. Pourquoi donc, Bienfaiteur ? J’ai peut-être trop travaillé. Haa, c’est étrange. Tu sais pourquoi ? »
« … »
« Mmm, pourquoi est-ce que j’ai si mal ? C’est bizarre. »
Bien sûr, connaissant toute l’histoire, Lancel s’efforça de ne pas réagir.
S’il l’encourageait, elle continuerait sans aucun doute à acheter et à prendre ce médicament. Il coûtait cher.
« Je crois que je me suis fait arnaquer. »
« Quoi ? »
« C’est quelque chose. »
Peu après, Marigold se mit à arpenter le domaine, les épaules affaissées.
« … Ça coûtait cher. »
Il se passa bien d’autres choses.
Quoi qu’il en soit, une année s’écoula, puis deux, sur les terres du vicomte Dante, et Marigold finit par avoir vingt-trois ans.
Événement de renommée : Félicitations ! Marigold a obtenu le titre de « Fortunée » ! Désormais, elle n’aura plus besoin de vérifier les étiquettes de prix quand elle fera ses achats ! (Charme, Élégance, Sex-appeal EN HAUSSE !!)
On finit par l’appeler Marigold la Fortunée.
Elle qui, autrefois, n’était qu’une petite escroc organisant des parties de jeu truquées dans un village avait fait une ascension stupéfiante. Elle était toutefois encore loin de son objectif : devenir la personne la plus riche du continent.
.
.
.
Peu après, des nouvelles inquiétantes commencèrent à arriver de toutes les régions de l’Empire.
10.
« On dirait qu’une guerre va éclater. »
Le vicomte Dante l’annonça un soir. Tous ceux qui dînaient avec lui tournèrent les yeux vers lui.
« Il n’y a pas toujours une guerre quelque part ? »
À la question de Lancel, le vicomte Dante secoua la tête.
« S’il s’agissait d’une guerre contre un pays ennemi, oui. Mais je parle d’un autre genre de guerre. Une guerre qui éclaterait à l’intérieur de l’Empire. »
Ah.
Celle-là.
Pendant un instant, Lancel se remémora des événements survenus au cours d’une ancienne vie.
Une guerre au sein de l’Empire.
C’était l’essence même de cette guerre à laquelle il avait autrefois consacré tant de temps.
« Il semblerait que l’Empereur ne soit plus de ce monde. »
« Mon Dieu, il y a tant d’oreilles autour de nous. Qu’est-ce que tu racontes ? »
La mère de Lancel s’exclama, alarmée, mais le vicomte Dante se contenta de se frotter le visage.
« Tout le monde l’apprendra bientôt. Une rébellion a éclaté sur le front de l’Est à cause de problèmes de ravitaillement, et ça semble avoir mis le feu aux poudres. J’ai entendu dire qu’ils manquaient de sel. »
« Hein ? »
Marigold laissa échapper ces mots d’un air absent. Le vicomte Dante agita la main.
« Ne t’inquiète pas. La Compagnie Mary n’y est pour rien. Le sel que nous avons rassemblé ne représente qu’une infime partie des réserves du continent. Le vrai problème, ce sont les autres compagnies commerciales qui ont suivi notre exemple et fait des réserves. Apparemment, elles en ont acheté une quantité absurde. »
Alors, puisque les autres avaient suivi l’exemple de Marigold, c’était bien elle qui avait tout déclenché.
« Le Cinquième Prince, qui était en poste au front, a appris que l’Empereur était absent et a levé des troupes en le faisant savoir. Si c’est bien le cas, cette guerre va donc… décider du prochain souverain de l’Empire. »
Une guerre civile.
Une guerre entre frères.
C’était le signal qui annonçait le début d’une grande guerre. Elle engloberait non seulement tout l’Empire, mais aussi le continent entier, et aurait pour enjeu le prochain trône impérial.
« On dirait que cette fois, c’est le Cinquième Prince qui a mis le feu aux poudres. »
Le moment et la cause variaient à chaque fois, mais une chose était sûre.
L’Empire ne resterait plus uni.
Tôt ou tard, les différentes factions le morcelleraient et l’ère des Royaumes combattants reviendrait.
« On reviendra à ce qui existait avant l’Empire. »
Une voix familière résonna dans son esprit.
« Alors… »
Dans le silence, Marigold prit soudain la parole, le visage tendu.
« Est-ce qu’on devrait augmenter le prix du sel dès demain ? »
« … »
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