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Traducteur/éditeur : Potter
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◈ Le protagoniste d’une romance fantasy ne m’aime que moi ◈
Chapitre 2 : Parce que c’est plus amusant. (1)
──────
1.
« Alors, c’était comment ? »
« Bof. »
Ce jour-là, tandis qu’il répondait sèchement aux questions de sa sœur, mille doutes tourbillonnaient dans son esprit.
La Simulation de la jeune noble déchue avait beau ressembler à un jeu de simulation de vie romantique tout ce qu’il y avait de plus classique, son système était très particulier.
« Tout est censé être aléatoire comme ça ? »
« Pourquoi ? Ça te paraît bizarre ? »
« … Logiquement, ce n’est pas étrange qu’il n’y ait absolument aucun événement fixe ? »
« Peut-être, oui. »
« Certaines années, la fête des récoltes a lieu, et d’autres non. Le tournoi d’escrime est censé se tenir tous les cinq ans, alors pourquoi n’a-t-il pas eu lieu ? Et d’où est sorti ce traître, sans le moindre avertissement ? »
« C’est ça qui est amusant. Les surprises, les imprévus. »
Tout était aléatoire.
Aucun scénario n’était écrit à l’avance.
« Sérieusement, c’est quoi, ce Roi-démon ? Il peut vraiment y avoir un Roi-démon dans un univers pareil ? »
« Bien sûr ! Les Rois-démons, c’est trop cool. »
« Et ils font quoi ? »
« Ben… c’est une sorte d’être maléfique. »
« … »
Chaque explication était aussi simple que les autres.
« Des personnages inattendus, des surprises amusantes, des rencontres imprévues, des rebondissements surprenants, des fins inattendues ! C’est pas génial ? »
« … C’est le moins qu’on puisse dire. »
À bien des égards, c’était un jeu imprévisible.
Il ne tenait pas particulièrement à souligner le mélange étrange d’éléments médiévaux et modernes.
De toute façon, ce n’était pas un jeu qui cherchait à respecter la vérité historique.
Pour une raison ou une autre, la Capitale impériale comptait à elle seule plus d’un million d’habitants. À ce stade, il avait fini par accepter cette absurdité joyeuse comme une caractéristique du jeu.
Sur tout le continent, les guerres, petites ou grandes, étaient monnaie courante, et les bêtes magiques comme les bandits cherchaient querelle à quiconque franchissait les remparts.
La capitale grouillait de traîtres, d’organisations criminelles, de mercenaires et d’escrocs. Pourtant, les bals et les fêtes ne s’arrêtaient jamais au palais impérial.
Tout cela était possible parce que c’était un jeu.
Il n’avait qu’une question.
« Quand est-ce que la protagoniste va enfin pouvoir être heureuse ? »
Même en parcourant la liste des fins, intitulée Album des souvenirs, chacune lui laissait un goût amer.
Même lorsqu’elle épousait un prince, l’histoire se terminait généralement sur une promesse de ruine.
« C’est ça qui rend le jeu plus amusant. »
Plus amusant ?
« Hmm. »
2.
« Allons dans la capitale. »
À bien y réfléchir, il avait eu maintes occasions de se rendre dans la capitale lors de sa vie précédente.
L’Académie, le plus grand établissement d’enseignement du continent, se trouvait dans la Capitale impériale.
Naturellement, la plupart des événements mondains, majeurs comme mineurs, se déroulaient aussi à Rodnis.
Tout chevalier un tant soit peu renommé se rendait à Rodnis sous prétexte de participer au tournoi d’escrime de la capitale, alors qu’il ne voulait en réalité que rencontrer les jeunes filles qui s’y rassemblaient. Lancel avait reçu son lot d’invitations. À vrai dire, elles avaient toujours fait partie de son quotidien.
Pourquoi était-il donc resté à végéter dans la campagne ?
Quelle raison avait-il eu d’y aller, au juste ?
Même lorsque tout le continent avait loué Lancel et fait ériger des statues en son honneur, il avait continué à vivre sur les champs de bataille et à y mourir.
Les fêtes, la haute société, les tournois d’escrime et les histoires d’amour avec de jeunes filles l’intéressaient peu. Il ne tenait pas davantage à gravir les échelons ni à se marier.
En plus de cent ans, avait-il passé ne serait-ce que cinq ans en couple ? Même ces rares relations n’étaient que des façades, des couvertures ; ils ne s’étaient même pas tenus la main. Il n’avait jamais envisagé le mariage.
Lors de sa troisième vie, alors qu’il avait acquis sa plus grande renommée comme chevalier, Lancel avait même repoussé les avances d’une princesse impériale. Pour mémoire, ses fonctions viriles étaient parfaitement normales, contrairement aux rumeurs qui couraient à l’époque.
« Mais maintenant, il faut que j’aille dans la capitale. »
Il connaissait le secret de ce monde.
Enfin, il avait une raison de se rendre dans la capitale.
« Bon anniversaire pour tes dix-huit ans, Lancel Dante ! T’as avalé un insecte ou quoi ? Cette tête sérieuse ne te va pas du tout. »
« Père. Je suis majeur, maintenant. Je vais donc partir pour la capitale. »
« Non. »
« Pourquoi ? »
« Tu n’es pas encore assez doué pour te débrouiller dans la capitale. Je ne peux pas te laisser ternir la réputation de la prestigieuse Maison Dante. »
« Alors, ça tombe bien. Prenez votre épée et sortez. Votre fils va vous donner une leçon. »
« Hé hé hé. Intéressant. Je vais te montrer moi-même à quel point tu es encore immature. Quand tu auras perdu un peu de ce sang chaud, tu sauras où est ta place. »
Après exactement trois échanges de coups, le chef de la Maison Dante gisait à plat ventre sur le sol, comme une grenouille.
« Je partirai pour la capitale. »
« Je vais t’écrire une lettre. Quelqu’un pourra t’héberger. »
Le lendemain, Lancel monta dans un carrosse en direction de la capitale. Seuls trois domestiques l’accompagnaient, avec une petite somme pour le voyage.
Après plus d’un mois de route, il franchit enfin les remparts de Rodnis.
« … ? »
Rien n’apparut devant ses yeux.
* * *
« Tu as tellement grandi depuis la dernière fois que je t’ai vu, Lancel. Considère cette maison comme chez toi, comme ta ville natale. »
« Je vous considérerai comme un père, Baron Evil Shen. »
« Ça me va. Le Vicomte Dante a vraiment bien élevé son fils. »
« Il m’a trop bien élevé, si bien qu’il est cloué au lit en ce moment. »
« Épargne-moi ce genre de détails, s’il te plaît. »
Un homme d’âge mûr au visage luisant et bien nourri, les cheveux noirs, serra la main de Lancel.
Il s’appelait Baron Evil Shen et avait tout l’air d’un noble fortuné de la capitale.
Il n’était peut-être que baron, mais dans la capitale, il passait pratiquement pour un marchand. Certains allaient même jusqu’à murmurer qu’il était le meilleur éleveur de chevaux du monde.
Il avait fait commerce de chevaux de qualité : il les achetait, les soignait et les revendait aux nobles. Et il dirigeait bel et bien une immense écurie.
Pour les nobles extravagants de la capitale, un cheval de race était un produit de luxe comme un autre. Baron Evil Shen avait su exploiter cette passion pour faire fortune et intégrer la noblesse en tant que parvenu.
« L’argent, c’est vraiment bien. »
« Pas vrai ? Même si on me traite de marchand de chevaux, comment ne pas sourire quand on possède une aussi belle maison ? »
« En effet. Je devrais aussi m’excuser pour les préjugés que j’avais avant d’arriver ici. »
« Je serais curieux de savoir quels préjugés. »
« Je me contenterai de dire qu’il serait déplacé d’en parler un jour aussi heureux. »
« Le Vicomte Dante a vraiment bien élevé son fils. »
« On me le dit souvent. »
Baron Evil Shen lui céda tout le dernier étage de son manoir de trois étages, puis repartit bientôt en toute hâte.
Lancel décida de revoir légèrement son opinion à son sujet : de parvenu campagnard sentant le crottin de cheval, il passa au rang d’avare fortuné et arrangeant.
3.
Un mois.
Pendant près d’un mois après son arrivée dans la capitale, Lancel vécut en véritable tire-au-flanc.
Quand il avait faim, il appelait un domestique pour qu’on lui prépare à manger. Quand il s’ennuyait, il arpentait la capitale pour passer le temps.
Avoir pour hôte un avare toujours affairé était l’un des avantages d’être logé chez quelqu’un. Il était constamment hors de la maison, si bien qu’on avait moins besoin de surveiller sa conduite.
Pourtant, les domestiques de la maison Shen, persuadés que les nobles menaient forcément une vie bien remplie, trouvaient Lancel plutôt étrange.
« Il n’a rien à faire, alors qu’il est noble. »
« Je l’ai vu rester au lit deux jours entiers. »
« Il est censé être chevalier, mais je ne l’ai jamais vu s’entraîner. Qu’est-ce qu’il fabrique ? »
Lancel entendait tout, même de loin, et se contentait de ricaner.
« Vous aussi, vivez plus de cent ans. Vous verrez comme on devient doué pour tuer le temps. »
Bien sûr, Lancel n’avait pas eu envie de vivre ainsi.
« Pourquoi est-ce que ça n’apparaît pas ? »
La Simulation de la jeune noble déchue.
Il avait beau avoir fouillé la capitale de fond en comble pendant tout un mois, il n’en avait trouvé aucune trace.
Même en examinant volontairement chaque recoin, il ne voyait que l’agitation de la capitale.
« Combien de temps faut-il que j’attende ? »
Deux mois.
Trois mois.
Quatre mois.
Puis une année.
Lancel ne put que regarder le temps passer, hébété.
« Quand est-ce que ce fichu jeu est censé commencer ? J’ai raté quelque chose ? »
Ce soir-là, Lancel en parla à Baron Evil Shen, qui était rentré dîner pour la première fois depuis un bon moment.
« Avez-vous entendu parler de la Maison Marigold ? »
« … ! »
La Maison Marigold, une famille de comtes. Dans le jeu, c’était la famille de la protagoniste.
Au début du jeu, elle était complètement ruinée et n’était plus qu’un lointain souvenir de sa gloire passée. Autrefois, pourtant, sa prospérité avait été telle que tous les nobles connaissaient son nom.
À ces mots, Baron Evil Shen ouvrit de grands yeux et jeta un regard autour de lui.
« Vous aussi, vous en avez entendu parler ? »
« … ? »
Lancel cligna des yeux en voyant Baron Evil Shen baisser soudain la voix. Il ne s’était pas attendu à une telle réaction.
« Cette femme qui a été arrêtée pour braconnage aux abords de la capitale, il y a quelque temps… Apparemment, elle était une fille de la Maison Marigold. »
Lancel porta sa tasse de thé à ses lèvres pour dissimuler son trouble.
« Le monde est vraiment imprévisible. C’était déjà assez choquant de voir la célèbre Maison Marigold réduite en ruines en un instant… mais qui aurait cru que sa dernière descendante finirait comme ça ? »
« Alors, quand sera-t-elle libérée ? »
« Libérée ? Que voulez-vous dire ? »
Baron Evil Shen baissa encore davantage la voix.
« Elle a été pendue depuis longtemps. Ils la prenaient pour une roturière. Quoi qu’il en soit, n’en parlez à personne. Si la rumeur se répand, ce sera une honte pour la noblesse. »
C’était vrai.
Le braconnage était passible de la pendaison.
Une noble aurait pu y échapper, mais elle était la fille d’une maison déchue. Sans personne pour attester de son statut, personne ne l’aurait crue, même si elle avait affirmé être noble depuis sa prison.
« Alors, le monde a déjà dépassé le moment où la protagoniste disparaît ? »
Des rebondissements surprenants, des fins inattendues ! C’est pas génial ?
Et puis.
Au bout de dix ans, Lancel vit enfin l’écran du système de jeu qu’il avait tant espéré.
[Temps de jeu : 0 an, 29 jours]
Marigold est morte.
Aucun partenaire de mariage.
Aucune réussite.
[Mauvaise fin 8. Marigold accusée à tort]
Cette fin a été ajoutée à l’« Album des souvenirs ».
Voulez-vous recommencer le jeu ?
« … C’est quoi, ce bordel… »
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