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Traducteur/éditeur : Potter
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◈ Le protagoniste d’une romance fantasy ne m’aime que moi ◈
Chapitre 27 : Marigold la Fortunée. (1)
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0.
Avait-il déjà parlé de son quota d’efforts total ?
Si Lancel avait erré des décennies sur le littoral lors de sa précédente Itération, c’était, au fond, parce qu’il avait eu l’impression d’avoir presque épuisé tout son quota.
Un autre monde.
La mer.
L’errance.
Le bonheur absolu.
Les vastes forêts, les montagnes et les plaines du continent étaient magnifiques, bien sûr, mais rien n’égalait l’éclat d’un océan épargné par la pollution de la civilisation.
Et ces fruits de mer qui mordaient à peine avait-il lancé sa ligne ? Lancel aurait voulu emporter ces ingrédients tels quels au vingt-et-unième siècle et ouvrir un restaurant.
Il n’avait jamais cuisiné autre chose que des rations de campagne sur un champ de bataille, mais avec un poisson aussi frais, il pensait pouvoir décrocher une distinction du genre Michelin.
J’en ai l’eau à la bouche.
Pour l’instant, il décida d’oublier où se trouvait Marigold et ce qu’elle pouvait bien faire.
Ses yeux devaient aller bien, elle se débrouillerait donc d’une manière ou d’une autre. Et avec un peu de chance, elle parviendrait peut-être à charmer un prince toute seule.
… Comme si.
Les chances que cela arrive étaient pratiquement nulles, bien sûr.
Quoi qu’il en soit, Lancel se réjouissait simplement de ces dix années de vacances.
Enfin, il partait. Pour l’archipel, les îles de ses rêves.
Une terre où nageaient les baleines, où chaque mets délicieux dansait sur la langue et où de belles femmes vous attiraient dans leurs filets.
.
.
.
« Tu perds ton argent et tu cherches la bagarre ! Ptoo ! Ptoo ! »
« T-Tu… ! »
Lancel observa en silence la scène qui se déroulait sous ses yeux.
Marigold.
Aucun doute possible.
C’était Marigold.
« Si tu as perdu ton pari, assume comme un homme ! Tu vas vraiment faire toute une histoire pour deux pièces d’argent ? Tu n’as pas honte ? »
« T-Tu, petite peste ! Je t’ai laissé tranquille parce que tu es une enfant, mais… ! »
« Hiii ! Il va me frapper ! Regardez tous ! Cet homme s’en prend à une innocente ! »
« Je ne t’ai pas frappée ! Pas encore ! »
Marigold.
Tu avais bien grandi, et plutôt coriace.
Lancel but une gorgée de vin de fruits et regarda toute la scène sans dire un mot.
Comment avait-elle fini par monter une arnaque aux jeux d’argent ?
Lancel ne pouvait rencontrer Marigold avant qu’elle ait quinze ans.
Or, Marigold avait perdu son statut de noble et quitté sa famille à l’âge exact de dix ans.
Autrement dit, Lancel la rencontrait toujours après cinq années durant lesquelles il n’avait pu exercer la moindre influence sur elle.
C’était pour cette raison qu’il tombait chaque fois sur une Marigold légèrement différente.
Les changements qui s’étaient opérés dans son cœur durant ces cinq années qu’il n’avait pas vues l’avaient façonnée de bien des façons.
« Misez, misez ! »
Monter une arnaque aux jeux d’argent était tout de même un cas particulièrement étonnant.
« Ça suffit, petite escroc ! »
« Argh ! »
Quand l’altercation dégénéra, Lancel finit par se lever.
Le poing de l’homme qui avait perdu son argent s’écrasa en plein sur le visage de Marigold.
« Hiii ! »
1.
« Waouh, c’était vraiment moins une, cette fois, mais vous m’avez sauvée. Hé hé. »
Un hématome sombre marquait sa paupière. Un chiffon était plaqué contre son nez en sang.
Une gamine de quinze ans qui engloutissait du jus de fruits et lâchait un Ahhh ! comme s’il s’agissait de bière.
« C’est moi qui régale, alors mangez autant que vous voulez, Bienfaiteur. Allez, dépêchez-vous ! »
« … »
Même la petite main qui tapotait le dos de Lancel.
C’était bel et bien Marigold.
« J’avais entendu dire que les gens du coin étaient brutaux, mais je n’aurais jamais imaginé qu’ils s’en prendraient à quelqu’un d’aussi délicat que moi ! »
Elle sourit malgré son visage couvert de bleus.
Soudain intrigué, Lancel prit la parole.
« Vous avez encore l’air jeune. Pourquoi êtes-vous si obsédée par l’argent ? »
« Hein ? L’argent, c’est une bonne chose, Bienfaiteur. »
Marigold sortit une pièce d’argent étincelante.
« Ça règle les disputes, les conflits, le chagrin, les rancœurs et la faim. Tout ça. »
Il semblait plutôt que l’argent provoquait des disputes.
« Mon objectif, c’est d’aller dans la Capitale impériale. »
« La Capitale impériale ? »
Lancel pencha la tête, perplexe.
« Vous ne pouvez pas simplement y aller ? »
« Non. Si je fais ça, seul mon corps y arrivera, Bienfaiteur. Je ne veux pas débarquer sans un sou et finir à errer dans les rues. »
Marigold poussa un lamentable soupir.
« Les étrangers ne peuvent pas débarquer là-bas et trouver du travail comme ça. Obtenir l’autorisation d’ouvrir un commerce est difficile, il y a des gens effrayants partout, et toutes sortes de problèmes peuvent surgir. »
Elle est futée ?
La réflexion que Lancel s’était toujours faite en la voyant arriver à la Capitale impériale sans argent ni plan venait de sortir de sa bouche à elle. Il fut sincèrement impressionné.
Alors, elle s’en rend compte, elle aussi ?
Quelles cinq années avait-elle vécues ? S’était-elle enfermée quelque part pour étudier l’actualité et l’économie ?
Lancel posa son verre et demanda : « Donc, votre objectif, c’est d’aller à la Capitale impériale avec beaucoup d’argent ? »
« Oui ! D’abord, je construirai un immense manoir. J’engagerai des domestiques pour entretenir le jardin et leur ferai cuire du pain moelleux tous les matins… ! Oh, j’ai entendu dire que si on faisait un gros don à l’Église du Martyre, on était traité comme un quasi-noble. C’est vrai ? »
En énumérant ses objectifs avec enthousiasme, les yeux brillants, Marigold rappela soudain Baron Evil Shen à Lancel.
C’est vrai. Même si les gens vous traitaient de parvenu ou de faux noble, mieux valait quand même avoir de l’argent.
« C’est un bon objectif. Mais même si vous passez dix ans à monter des arnaques aux jeux d’argent, vous n’aurez pas les moyens de vous payer ne serait-ce qu’une chambre de bonne, alors un manoir… Le poing qui vous a frappée aujourd’hui se changera en couteau bien avant ça. »
« Un couteau, ce serait… »
Comme si sa paupière enflée la lançait, Marigold se mit aussitôt à frotter le contour avec une pochette d’herbes.
« Moi aussi, je fais ce genre d’arnaque… Non. »
Elle venait de se trahir.
« Je ne compte pas continuer à gagner de l’argent grâce aux jeux d’argent. »
« Alors, comment allez-vous en gagner ? »
Un sourire entendu apparut sur le visage de Marigold.
« En investissant dans le transport maritime, bien sûr. »
« Le transport maritime. »
Lancel soupira. Investir dans le transport maritime. Autrement dit, investir dans des navires marchands.
On investissait dans un navire qui partait vers une région lointaine du continent, puis on priait pendant dix ou vingt mois pour qu’il revienne chargé de marchandises lucratives.
Dans ce monde, où la plupart des marchandises voyageaient en chariot et où les rares trains étaient monopolisés par la Maison impériale et l’armée, les investissements maritimes pouvaient rapporter gros.
Le sel et les épices en étaient les exemples les plus connus. Peu de marchandises avaient une valeur aussi élevée par rapport à leur poids.
Il avait entendu dire que les expéditions couronnées de succès rapportaient souvent des dizaines, voire des centaines de fois la mise initiale.
Mais… en quoi est-ce différent des jeux d’argent ?
À condition que le navire revienne.
Les intempéries, des instruments de navigation obsolètes, les pirates, les nobles corrompus, les provocations des nations ennemies, les escroqueries et le risque de mutinerie à bord.
Pour réussir, il fallait surmonter chacun de ces obstacles. Les chances étaient bien trop faibles au regard des sommes nécessaires.
C’était pour cette raison que l’investissement maritime était considéré comme un pari où l’on risquait tout.
Enfin, elle finira bien par comprendre.
Lancel fouilla dans sa poche. Il tendit à Marigold ce qui lui tomba sous la main.
« Prenez ça. »
« Hein ? »
Marigold cligna des yeux en recevant les objets brillants. Comme si elle croyait avoir mal vu, elle ouvrit la main pour vérifier.
Trois pièces d’or étincelaient dans sa paume.
« … ! »
Marigold se releva d’un bond, stupéfaite.
« De l’or… ! »
« Chut. »
« Mmph ! Mmph ! »
Lancel lui couvrit précipitamment la bouche.
« B-Bienfaiteur ? Pourquoi me donnez-vous autant d’argent… ? »
Marigold serra les pièces contre sa poitrine, comme si elle ne les laisserait jamais reprendre. Ses grands yeux s’agitaient de tous côtés tandis que la sueur froide lui coulait sur le visage.
« Considérez ça comme un investissement dans les grandes ambitions d’une gamine. Vous me rembourserez le double quand vous aurez réussi. Je vous donne même une partie de mon maigre budget de voyage. »
« Seulement le double ? Vous me prêtez autant d’argent pour que je vous rende juste le double… ! »
Marigold tomba aussitôt à genoux.
« Je vous le rendrai à coup sûr, non, je vous en rendrai dix fois plus ! Moi, Mary, je tiens toujours mes promesses. Si j’échoue… je vous rembourserai d’une façon ou d’une autre ! »
« Les gens nous regardent. Relevez-vous. »
« Oui ! »
À la vue de l’or qui brillait dans ses mains, le visage de Marigold rayonnait.
« On m’a dit qu’on pouvait investir à partir de cinq pièces d’or, alors si j’en économise encore un peu… Hé hé. Héhéhé. »
Comment était-elle devenue aussi avare ?
Lancel avait dérobé dix pièces d’or à sa famille pour financer son voyage. Il venait d’en donner trente pour cent à Marigold.
De toute façon, il ne s’attendait pas à grand-chose.
Il n’avait pas l’intention de rester aux côtés de Marigold dans cette Itération. C’était peut-être même la dernière fois qu’il la verrait.
Lancel était censé profiter de ses vacances. Il décida de considérer ces trois pièces d’or comme le minimum qu’il lui laisserait avant de partir.
« Je vous souhaite de réussir, future Mary la Fortunée. »
« Oui ! Venez me retrouver dans la Capitale impériale, Bienfaiteur. »
Laissant Marigold pleine d’entrain derrière lui, Lancel monta à l’étage jusqu’à son logis. Sa voix l’interpella alors dans son dos.
« Bienfaiteur ! Vous ne m’avez pas dit votre nom ! »
« Lancel. »
« Hein ? »
Sans se retourner, Lancel répéta :
« Lancel Dante. »
Elle ne répondit qu’après un bref silence.
« S’il vous plaît ! Venez dans la Capitale impériale ! »
Sa voix sembla légèrement trembler.
« Je construirai la plus grande maison de la Capitale impériale et vous réserverai une grande chambre où vous pourrez vivre chez moi, manger et ne rien faire… ! »
« Vous iriez jusque-là ? »
Lancel ricana et monta dans sa chambre.
« Bon courage. »
2.
Le lendemain, Lancel quitta aussitôt le village. C’était censé marquer le début de longues vacances de dix ans.
Mais un problème survint au bout de deux ans seulement.
« Il faut que je trouve de l’argent. »
Il n’avait plus un sou. Il avait assurément dépensé beaucoup trop librement. Après réflexion, Lancel remonta à bord d’un navire pour se procurer de quoi voyager.
C’est ainsi qu’il arriva dans une ville portuaire.
« Je vais maintenant procéder à la pendaison de onze personnes qui ont réalisé des bénéfices injustes en investissant dans des navires pirates ! »
« J-Je ne savais pas que ça deviendrait un navire pirate ! C’est injuste… ! »
« Silence ! Savez-vous quel navire votre navire pirate a attaqué ? »
Lancel découvrit alors Marigold, debout sur l’échafaud.
Son visage était livide et elle tremblait de tous ses membres. Une corde lui enserrait le cou. Dès que le plancher s’ouvrirait, elle serait condamnée à y rester pendue.
« … »
Lancel se frotta lentement le visage, sans rien dire.
Je m’attendais à ce que son investissement échoue, mais…
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