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Traducteur/éditeur : Potter
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◈ Le protagoniste d’une romance fantasy ne m’aime que moi ◈
Chapitre 21 : Marigold, la Sainte. (5)
──────
10.
« Grande nouvelle ! Le Tournoi des chevaliers impériaux va avoir lieu ! »
Les rues vibraient déjà de l’effervescence des jours de fête.
Le Tournoi des chevaliers impériaux. C’était le plus grand spectacle de Rodnis, de retour après plus d’une décennie d’absence.
On en parlait partout depuis un bon moment. Avec les paris sur les combats, difficile de ne pas s’enthousiasmer.
Et les participants n’étaient pas de vulgaires voyous du quartier, mais des chevaliers renommés. Un événement qui captivait tout le monde, des jeunes enfants aux femmes au foyer.
« Enfin, on va découvrir qui est le plus grand chevalier de l’Empire, au lieu de les entendre se vanter de pouvoir se battre entre eux. »
Les chevaliers qui trouvaient d’ordinaire toutes sortes de prétextes pour se défiler n’avaient plus aucune échappatoire depuis que l’Archevêque impérial avait déclaré : « Tous les membres du groupe de pèlerinage participeront ! »
Qui était le plus grand chevalier de l’Empire ?
Peu à peu, c’était là que se portait l’intérêt de la foule.
C’est à peu près à cette époque que Marigold commença à avoir des journées bien remplies.
* * *
[Simulation de la jeune noble déchue]
Création de l’emploi du temps de la quatrième semaine de juin.
Lundi : cours d’étiquette à l’église.
Mardi : réunion de prière de l’Église de la Sainte.
Mercredi : pose pour une œuvre d’art.
Jeudi : pose pour une œuvre d’art.
Vendredi : apprentissage de l’équitation, niveau « débutant ». (Lieu : manoir)
Samedi : apprentissage de l’équitation, niveau « débutant ». (Lieu : terres en jachère)
Dimanche : participation à une chasse aux créatures démoniaques. (Lieu : forêt)
※ Une semaine bien chargée ! Si la déesse nous regarde, elle bénira sans aucun doute notre diligente Marigold !
* * *
[Lundi. Cours d’étiquette à l’église]
Floc.
« Hiii ! »
Marigold rentra les épaules quand on posa quelque chose de dur sur le sommet de sa tête.
Un gros livre. On déposa aussi délicatement une tasse de thé dessus.
« Ne la faites pas tomber. »
Hestie rectifia la posture de Marigold à l’aide de ses mains.
« Gardez la tête droite. Rentrez le menton et marchez calmement. Faites attention à ne pas hausser les épaules. »
« Euh, ah ! Ah ! »
Marigold trébucha et s’affala en avant dans un bruit sourd.
Si une grande main ne l’avait pas rattrapée, elle se serait écrasée la face contre le sol.
« Lancel… »
Seigneur Lancel.
Marigold s’apprêtait à l’appeler ainsi, mais changea ses mots.
« Frère Lancel. »
« Ce titre est un peu gênant. »
« C’est vous qui m’avez dit de vous appeler comme ça… ! »
Marigold faillit hausser la voix sans réfléchir, puis sursauta et baissa le ton.
« … n’est-ce pas ? »
« Bien sûr, Mary. »
« J’ai l’impression que vous vous moquez de moi. »
« Ce n’est qu’une impression, Mary. »
Marigold lissa maladroitement sa frange.
Elle ne semblait pas habituée à ce que Lancel se montre aussi formel avec elle. Chaque fois qu’il le faisait, elle détournait le haut de son corps, s’efforçant de cacher son expression.
« Recommençons. Veuillez vous tenir droite. »
« O-oui ! »
Sous la direction de Hestie, Marigold poursuivit ses exercices de maintien toute la journée.
[Mardi. Réunion de prière de l’Église de la Sainte]
Onze églises de la Sainte avaient déjà été bâties dans la capitale impériale, Rodnis, et ses alentours.
Elles n’étaient guère plus que des lieux abritant une statue de la Sainte, où n’importe quel passant pouvait entrer pour prier et demander, par exemple :
« Faites qu’un sac rempli de pièces d’or tombe juste devant moi ! »
Et personne ne les réprimanderait pour cela.
Mais une église restait une église.
Dès qu’elle en avait le temps, Marigold se rendait dans ces églises de la Sainte pour enseigner aux gens les prières qu’elle avait apprises.
« Ô Dieu de l’aube qui chasse la nuit, merci pour cette rencontre que vous avez bénie aujourd’hui. Que vos bénédictions accompagnent toujours tous nos voisins. »
« Que vos bénédictions soient avec nous. »
Pour les illettrés qui croyaient qu’une église ne servait qu’à déblatérer tout ce qui leur passait par la tête, Marigold était comme une enseignante.
Une semaine.
Deux semaines.
Un mois.
Deux mois.
Lancel sentit que les gens se laissaient peu à peu envoûter par Marigold.
Après tout, des dizaines de lettres arrivaient chaque jour au manoir, sur tous les supports possibles : papier, argile, planchettes de bois…
Il n’avait même pas besoin de les lire pour savoir qu’elles exprimaient toutes leur affection pour Marigold.
« Vous êtes déjà populaire, Mary. »
« … »
Marigold se contenta de rougir aux taquineries de Lancel.
Dans chaque village qu’elle visitait, des jeunes et des enfants faisaient déjà la queue pour l’attendre. Quelques mois avaient suffi.
« Les dieux sont parfois si cruels. Comment ont-ils pu rendre aveugle une personne comme elle ? »
« Qu’est-ce que vous racontez ? C’est précisément cette cécité qui rend le prêtre Mary si sublime. »
Lancel pensait que leur réaction s’expliquait par l’apparence de Marigold, vêtue de sa robe d’un blanc immaculé. Selon lui, c’était l’aura mystérieuse qui se dégageait de son expression et de ses mouvements tandis qu’elle avançait, les yeux paisiblement clos.
Même Lancel, dont les sens s’étaient émoussés au fil des siècles passés auprès des femmes, se surprenait parfois à être subjugué par elle.
À présent que les leçons d’étiquette de Hestie avaient affiné son maintien, chacun des gestes de Marigold semblait auréolé d’une lumière sacrée.
« Frère Lancel. Où êtes-vous ? »
« … »
Le soleil couchant dans son dos, Marigold errait dans le champ.
Lancel fut un instant perdu dans ses souvenirs. Elle lui rappelait quelqu’un, d’un lointain passé.
Il s’approcha en silence et lui prit la main.
« Mary. Il est temps de rentrer au manoir. »
« Je croyais que vous aviez disparu. »
En voyant les yeux de Mary s’embuer légèrement, Lancel laissa échapper un rire.
Elle avait peut-être vraiment boudé, car elle parla un peu moins que d’habitude ce jour-là.
[Mercredi à jeudi. Pose pour une œuvre d’art]
Crac !
« Non ! Mon œuvre ! Le chef-d’œuvre de ma vie ! »
D’un coup de pied de Lancel, la statue bascula et se brisa en morceaux. Une tête à l’effigie de Marigold roula jusqu’au fond de l’atelier.
« Qui vous a demandé de faire quelque chose qui vous excite ? Je vous ai seulement demandé une œuvre sobre et sage. »
« Vous prétendez être chevalier, mais vous avez moins de sens artistique qu’un mendiant dans la rue ! La statue que vous venez de détruire était un chef-d’œuvre qui aurait marqué l’histoire de cet Empire, non, de tout le continent ! »
« Alors vous auriez dû l’habiller. Pourquoi avoir déshabillé cette statue qui n’avait rien demandé ? »
« Hiii ! »
Marigold tressaillit devant la menace de Lancel. Elle semblait enfin avoir compris ce qui se passait.
Le sculpteur détourna le regard de Lancel.
« … L’éros, c’est de l’art… »
« Vous êtes un démon, à vouloir mettre de l’érotisme dans une œuvre destinée à être exposée dans une église. »
« Qu’est-ce que je peux y faire ? Si l’esprit artistique qui sommeille en moi est celui d’un démon, alors c’est le destin ! »
Lancel empoigna le sculpteur par la barbe.
« Aïe ! Ma barbe ! »
« Faites-en une correcte et envoyez-la-moi tant que je vous le demande gentiment. Sinon, je vous livrerai comme adepte du démon. »
« J-je vais le faire, je vais le faire… ! »
Cette nuit-là.
« Frère Lancel, euh, est-ce que vous… avez bien vu ? »
« Eh bien. »
Lancel répondit sans hésiter.
« Comment aurais-je pu ne pas voir ce qui se trouvait juste sous mes yeux ? »
« … »
Marigold s’éloigna discrètement de lui. Il n’avait simplement pas voulu mentir.
[Vendredi. Apprentissage de l’équitation, niveau « débutant » : manoir]
« N’ayez pas peur. »
« Haa… haa… hiii ! »
Depuis le matin, la seule présence du cheval qui renâclait avait rendu Marigold blême.
Pour quelqu’un qui ne voyait pas, un cheval n’avait rien de bien différent d’un monstre.
« Vous êtes sûr qu’une personne comme moi peut monter cet animal ? »
« Un bon cheval reconnaît son maître. »
« Hiii ! »
Lancel lui tira vivement le bras et l’installa devant lui.
« Ce n’est pas si terrible, hein ? Ne restez pas sans rien faire. Caressez-le. »
Les mains tremblantes, Marigold passa les doigts dans la crinière du cheval. Son pelage était blanc et sa crinière dorée.
Demander à une personne aveugle de monter à cheval semblait imprudent, mais avec une monture pareille, c’était tout le contraire.
C’était un excellent cheval, qui pouvait être ses yeux et ses jambes.
« Qu’en pensez-vous ? Il n’y a pas de meilleur cheval dans mon écurie. »
« Faisons un tour avec lui. »
« Allez-y. »
À l’expression assurée du baron Evil Shen, Lancel prit les rênes.
« Allons-y. Doucement. »
Quand le cheval se mit à avancer tranquillement, Marigold se serra contre Lancel.
Elle devait être terrifiée. Il voyait ses lobes d’oreilles rougir vif.
« On accélère un peu ? »
Le cri de surprise de Marigold s’éloigna avec le cheval.
[Samedi. Apprentissage de l’équitation, niveau « débutant » : terres en jachère]
« Cela fait déjà un an. »
Des herbes folles envahissaient le champ de blé qui s’étendait jusqu’à l’horizon.
Lancel et Marigold chevauchèrent un bon moment à travers les terres en jachère désertes.
Elle semblait s’être habituée à monter : suivant les indications de Lancel, Marigold tendit la main vers les rênes.
Vous maîtrisez l’équitation, niveau « débutant ». Marigold a commencé à comprendre un peu les sentiments d’un cheval. Quand ils sont ensemble, même une étendue sauvage et déserte ne lui fait plus peur.
Le bonus de protagoniste, comme prévu.
Elle avait appris à monter en seulement deux jours.
Et elle ne voyait même pas. C’était un talent inné.
« Tu ne demandes pas. »
La question soudaine de Lancel avait plusieurs sens.
Et Marigold semblait déjà les avoir compris.
« Parce que j’étais heureuse. »
« De quoi ? »
« D’être utile. »
« Maître. »
« … »
Combien de vies Marigold avait-elle vécues, à présent ?
La vingt-deuxième ?
Non, la vingt-troisième ?
Elle avait vécu des dizaines de vies, chacune légèrement différente, sous une apparence différente à chaque fois. Pourtant, il semblait y avoir quelque chose qui ne changeait jamais.
Mais Lancel était différent.
À chaque nouveau réveil, il vivait en constatant combien il avait changé. Il s’était usé, encore et encore, jusqu’à devenir presque inorganique.
On lui avait accordé un temps presque infini, mais il savait que ce n’était qu’une question de temps avant qu’il ne finisse par s’y oublier peu à peu.
Il y avait eu bien des moments où il avait cru ne plus pouvoir tenir. Du moins, c’était ainsi avant qu’il ne trouve la réponse nommée Marigold.
Fais ouvrir les yeux à Marigold.
Ce n’était pas pour elle.
C’était entièrement pour Lancel.
Tu dois ouvrir les yeux pour que je puisse vivre.
Que dirait-elle s’il le lui avouait ?
« … »
Pour une raison quelconque, Lancel avait l’impression de déjà connaître la réponse.
« On ferait mieux de rentrer ? J’ai faim, moi aussi. »
« Oui. »
11.
Les méfaits du groupe de pèlerinage étaient une bonne nouvelle pour Lancel.
Désormais, il devait en bâtir non pas une ou deux, mais deux cents églises de la Sainte à travers le pays.
Pour y parvenir, une seule chose comptait vraiment : se faire connaître. Du marketing, ou, pour le dire plus élégamment, du prosélytisme.
« L’Église de la Sainte a la cote, ces temps-ci ! »
« Vraiment ? Je ne résiste pas aux tendances ! »
Lancel avait beau s’efforcer de bâtir lui-même des églises, il avait eu du mal à en établir ne serait-ce que cinquante.
Mais si les gens les bâtissaient de leur propre initiative ?
S’il n’avait plus à y consacrer son argent, son temps et ses efforts ?
Lancel y voyait au moins un certain potentiel.
« La réponse, c’est la rivalité. »
À partir de maintenant, Lancel comptait maîtriser les émotions des membres du groupe de pèlerinage.
Cela lui serait également utile pour le Tournoi des chevaliers impériaux qui approchait.
Il n’existait pas de meilleur moyen de faire du prosélytisme.
* * *
Des murmures parcouraient le campement du groupe de pèlerinage.
Des chevaliers, des habitants de la région faisant office de guides et des prêtres de divers ordres religieux s’étaient rassemblés à l’entrée de la forêt. Ils s’apprêtaient à éliminer les monstres qui, disait-on, rôdaient dans les environs.
Tous les regards se tournèrent vers l’homme et la femme qui venaient d’apparaître.
La femme était blonde.
Ce qui avait de quoi surprendre, c’était le bandeau d’un blanc immaculé qui lui couvrait les deux yeux.
Elle ne voyait pas, mais montait à cheval sans la moindre hésitation.
Tout le groupe de pèlerinage dévisagea son apparence inhabituelle.
« Qu’est-ce que c’est que ça ? »
Le chef du groupe de pèlerinage, le duc Mayril Dun, prit la parole.
« Que venez-vous faire ici ? »
L’homme à côté d’elle répondit.
« Pourquoi porterions-nous des épées si nous ne venions pas dans une forêt où rôdent des monstres, Votre Grâce ? »
« Il semblerait qu’on ne vous ait pas transmis l’ordre de décliner vos noms. Vous avez encore l’air d’un enfant… »
« Lancel Dante. »
L’homme coupa le duc Dun. L’expression de celui-ci s’assombrit davantage, mais Lancel n’en avait cure.
« Je suis chevalier au service de l’Église de la Sainte. Voici le prêtre Mary, à la tête de notre temple et notre grand prêtre. »
Des murmures s’élevèrent dans la foule.
« C’est bien ce Lancel Dante qui participe au Tournoi des chevaliers impériaux ? »
« J’ai entendu dire qu’un péquenaud des provinces avait passé les épreuves préliminaires… »
« L’Église de la Sainte ? Qu’est-ce que c’est ? Je n’en ai jamais entendu parler. »
Il semblait que le nom de Lancel Dante fût déjà bien connu au sein du groupe de pèlerinage.
Surtout sous les appellations de « bouseux de la frontière » ou de « petit religieux dont personne n’a jamais entendu parler ».
Les lèvres du duc Dun se tordirent.
« Nous n’avons pas besoin de l’aide d’un autre ordre religieux pour éliminer quelques monstres. Partez immédiatement. »
« Laissez-nous vous prêter main-forte. Le prêtre Mary a eu un mauvais pressentiment la nuit dernière, alors nous sommes venus en toute hâte. Comptez-vous vraiment nous renvoyer aussi froidement ? »
L’expression du duc Dun se décomposa.
« Voilà une bien désagréable façon d’entrer en matière… »
Il voulait leur ordonner de déguerpir.
Mais une femme qui se disait prêtresse avait senti que quelque chose de mauvais se préparait. Les renvoyer sans autre forme de procès lui semblait étrangement inquiétant.
Leurs ordres religieux étaient différents, mais ils adoraient le même dieu.
« Si vous nous gênez, je vous renverrai sur-le-champ. Gardez-le bien à l’esprit. »
« Nous ne vous gênerons jamais, Votre Grâce. »
« Vous avez la langue bien pendue. Le vicomte Dante doit avoir fort à faire. Tss. »
Le duc Dun claqua la langue et tourna les talons.
Il pensait que la présence ou l’absence de Lancel Dante ne changerait rien à la situation.
Le groupe de pèlerinage ne risquait pas d’être mis en danger, et un homme comme lui ne risquait pas non plus de leur voler la gloire.
Mais qu’est-ce qui avait mal tourné ? Dès qu’ils entrèrent dans la forêt, des choses vraiment étranges commencèrent à arriver au groupe de pèlerinage.
« Prêtre Mary, accordez-moi votre bénédiction. »
« Je vous accorde la protection de la Sainte. »
Le prêtre Mary, les yeux couverts, tendit la main vers Lancel Dante, qui tenait lui aussi son épée les yeux fermés.
« Lancel Dante, vous êtes plus fort, à présent. »
Au même instant, une douce lumière commença à rayonner du corps de Lancel Dante.
Un mana venu d’on ne savait où l’enveloppa. Sa clarté suffisait à illuminer la forêt sombre.
« Ah, c’est donc ça, la protection de la Sainte… »
Lancel Dante affichait une expression extatique.
Le groupe de pèlerinage ne put que contempler toute la scène, abasourdi.
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