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Traducteur/éditeur : Potter
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◈ Le protagoniste d’une romance fantasy ne m’aime que moi ◈
Chapitre 19 : Marigold, la Sainte. (3)
──────
5.
Marigold ne voyait pas, mais elle savait quand le printemps arrivait. Peut-être parce qu’elle était aveugle, sentait-elle l’hiver s’éloigner avec une acuité toute particulière.
Depuis que l’homme nommé Lancel Dante l’avait amenée ici, Marigold ne l’avait jamais trouvé effrayant ni étranger.
Pas même lorsqu’il la soutenait dans le dos de sa paume ferme, ou quand il lui attrapait l’épaule alors qu’elle s’apprêtait à partir dans la mauvaise direction, pour la guider du bon côté.
Pour une raison qui lui échappait, Marigold se sentait à l’aise auprès de lui.
« Tu ne dois pas lui faire trop confiance ! Tous les nobles de cet Empire sont des bêtes. Des bêtes !
— Mais quand même…
— Le problème, c’est que tu as le cœur trop tendre, mademoiselle. Pina est vraiment inquiète pour toi.
— Mm. »
Vu que Pina la sermonnait tous les soirs, au point qu’elle aurait pu finir par avoir des durillons aux oreilles, c’était bien naturel.
Au lieu d’éprouver de l’aversion pour le noble Lancel Dante, Marigold se sentait même à l’aise avec lui.
Du point de vue de Pina, leur maîtresse semblait s’être complètement laissé embobiner par un inconnu sorti de nulle part.
« La prière du matin ? D’accord, je t’accompagne.
— Mm.
— Quoi ? Si tu te sens à l’étroit, sors prendre l’air un moment. Tu ne vois rien, mais l’air n’en est pas moins différent dehors.
— Mmm.
— Où allons-nous, ensuite ?
— Mmmmm !
— Si tu es fatiguée, appuie-toi sur moi. Pourquoi es-tu si raide depuis tout à l’heure ? »
Cette nuit-là.
Quand Marigold comprit que la voix de Lancel Dante était la seule chose qui lui était restée en tête tout au long du printemps, elle s’enfouit sous les couvertures.
« Sa famille est une famille de chevaliers. Apparemment, ça ne fait même pas un an qu’il est ici ? »
À ce stade, Pina elle-même semblait perplexe à son sujet.
« En tout cas, il a l’air bizarre. Pourquoi vous traite-t-il si bien, mademoiselle ?
— … Je me le demande. »
Marigold n’avait rien à faire dans ce manoir.
À part prier deux fois par jour par habitude, elle laissait les servantes s’occuper du linge et du ménage. Elles l’aidaient même pour les repas.
Elle avait l’impression d’être revenue en enfance.
« Je ne sais pas, mais ce n’est pas agréable ? C’est bien plus confortable que de vivre au temple.
— Mais je ne peux rien faire pour lui.
— Eh bien, Lancel Dante l’a dit lui-même. Il t’a dit de te détendre et de ne rien faire.
— … C’est étrange de ne recevoir que de la gentillesse. »
Ce n’était pas seulement parce qu’elle avait reçu des choses ou qu’on s’était si bien occupé d’elle.
Elle voulait simplement faire quelque chose pour lui, elle aussi.
Mais Marigold ne pouvait rien faire pour Lancel Dante, puisqu’elle ne voyait pas.
Si cette vie continuait, elle ne le pourrait jamais.
Marigold avait l’impression de ne pas pouvoir supporter sa propre inutilité.
« Mary. Tu veux essayer d’utiliser Soin ? »
Le changement survint après le printemps, à l’approche de l’été.
6.
À bien y réfléchir, Soin était vraiment étrange. Une capacité qui rendait la santé aux gens. À côté, la magie paraissait plutôt ordinaire.
Après avoir vécu des centaines d’années à une époque où une blessure d’aiguille pouvait vous tuer si vous n’aviez pas de chance, son existence semblait d’autant plus absurde. Quel manque d’équilibre. Pas étonnant que cette classe ait paru si injustement privilégiée dans le jeu.
Il y avait aussi Soin dans ce jeu. Il se souvenait vaguement d’un sort de ce genre, l’une des compétences de clercs appelées Magie blanche.
Mais Lancel n’avait jamais rien vu qui s’en approche, même de loin, au cours des deux cents dernières années.
Si une telle chose existait, Lancel serait peut-être devenu croyant, à présent.
La capacité de guérir les gens. N’était-ce pas la preuve la plus éclatante de l’existence du divin ?
« Urgh !
— Rien ne se passe ?
— Uuugh… !
— Tu ne sens pas que quelque chose pourrait sortir ?
— Uuuuuugh… ! »
Après avoir harcelé Mary pendant près d’une heure, tandis qu’elle tendait la paume vers lui et se donnait tout entière, Lancel finit par en être certain.
Bien sûr… Une puissance divine de ce genre n’existe pas dans ce monde, pas vrai ?
Il ne parvint à cette conclusion qu’après avoir vu Mary s’effondrer sur le lit, épuisée d’avoir passé la journée à dépenser toute son énergie pour faire sortir ce que pouvait bien être Soin.
La protagoniste du jeu avait prié pendant des heures chaque jour, des années durant, et n’était même pas capable d’utiliser la moindre parcelle de puissance divine ? C’était fichu. C’était pratiquement la preuve que cette puissance n’existait pas.
« Je ne suis bonne à rien. Je vais sortir mendier tout de suite.
— Hmm… »
En regardant Marigold, abattue, Lancel se remémora la boucle précédente.
Oui.
C’était déjà la deuxième fois qu’il amenait Mary de l’Église du Salut à son manoir.
Il y avait déjà eu une première boucle, passée dans un tourbillon éblouissant.
.
.
.
L’histoire revint au moment où Lancel avait vu ce message système pour la première fois.
Événement de renommée : l’« Église de Marigold » a été construite pour la première fois par ses fidèles ! Votre mythe commence véritablement maintenant, à cet instant précis.
※ Le Karma de Marigold a diminué d’un point.
Un point par église ? Alors, deux cents églises ?
Ce n’était pas une chaîne de cafés où il pouvait viser l’ouverture d’un deux-centième établissement.
C’est faisable.
S’il avait assez d’argent, construire deux cents églises serait difficile, mais pas impossible. Après suffisamment de boucles, ce ne serait rien. À vrai dire, Lancel avait plutôt l’impression que tout se passait trop facilement.
C’est pourquoi il fit immédiatement construire deux autres églises à proximité.
Rien n’exigeait que les églises soient grandioses, et Lancel avait déjà appris d’innombrables astuces pour faire rentrer de l’argent. Il n’aurait qu’à se décharger de toute la responsabilité sur lui-même, dix ans plus tard.
« Elles sont terminées ? Vous en êtes sûr ?
— Je suis allé vérifier plusieurs fois, messire Lancel. Vous n’allez tout de même pas douter d’une guilde de voleurs qui survit grâce à sa réputation ? »
Quand la première église fut construite, une mauvaise nouvelle lui parvint. Aucun message n’annonçait que le Karma de Marigold avait diminué.
Construire une église ne suffit pas ?
Mais après qu’une autre fut bâtie,
Événement de renommée : la deuxième église a été construite !
※ Le Karma de Marigold a diminué d’un point.
« Ça a marché !
— Hiii ! Vous m’avez fait peur ! »
La voix de Lancel fit sursauter Marigold, qui se promenait avec lui.
L’une a été comptabilisée, pas l’autre. Quelle était la différence ?
Ce n’est qu’après s’être rendu sur place qu’il comprit ce qui distinguait les deux églises.
« Accordez-nous votre bénédiction.
— Faites que je gagne plein d’argent, Sainte.
— Faites que les femmes se jettent sur moi ! »
La différence, c’était la présence de fidèles venus prier pour de vrai. Une église que personne ne fréquentait n’était qu’une maison abandonnée.
Il fit donc construire une troisième église.
« Alors, pourquoi celle-ci ne fonctionne pas ? »
De quoi devenir fou.
Il avait dépensé davantage pour obtenir un emplacement convenable. Une quinzaine de visiteurs s’y rendaient même chaque jour. Pourtant, aucun message n’annonçait que le Karma de Marigold avait diminué.
Qu’est-ce qui pouvait bien être différent, cette fois ? Lancel trouva la réponse sans trop de mal.
Une statue de la Sainte.
Il fallait une statue à l’effigie de la Sainte du mythe.
C’était aussi ce qui distinguait ses églises des autres temples, où l’on érigeait surtout des statues de déesses.
Il avait choisi une statue de la Sainte plutôt que celle d’une déesse, afin d’éviter délibérément tout lien avec une secte particulière. Qui aurait cru que c’était ça, la solution ?
Lancel en fit rapidement fabriquer une et la plaça dans l’église.
Événement de renommée : la troisième église a été construite !
※ Le Karma de Marigold a diminué d’un point.
« Voilà ! »
Il apprit par la suite qu’un bâtiment n’était même pas nécessaire.
Deux choses suffisaient.
1. Une statue de la Sainte.
2. Un fidèle priant devant elle.
Rien de bien compliqué.
Il prit sa décision.
Il n’en construirait que quelques dizaines à chaque boucle.
S’il répétait sa vie quatre ou cinq fois, le Karma tomberait vite de 200 à 0.
… Du moins, c’est ce qu’il avait cru.
Dix ans passèrent.
.
.
.
[Temps de jeu : 10 ans, 0 jour]
Marigold a eu 25 ans.
Elle n’a pas de conjoint.
Elle n’a accompli aucun exploit.
[Fin normale 36. Marigold, Parasite d’une maison noble]
Cette fin a été ajoutée à l’Album des souvenirs.
Ouverture de l’album.
Elle a vécu comme une parasite inutile.
Ne recevoir que de la gentillesse la gênait, mais une fois qu’elle s’y était habituée, c’était plutôt agréable.
« Je suis désolée, messire Lancel. En fin de compte, je ne peux vraiment pas vivre sans vous. Puisqu’on en est là, épousez-moi et qu’on n’en parle plus ! Nous aurons des enfants et les élèverons ensemble ! Pas un de plus, pas un de moins : trois filles et quatre garçons, sept enfants ! Oui, tout de suite ! »
Tu ne peux pas vivre comme ça, Marigold !
[Fin normale. Marigold, Parasite d’une maison noble — fin]
Recommencer le jeu ?
.
.
.
Dommages permanents : Marigold a perdu la vue des deux yeux.
※ Le Karma de Marigold est repassé de 163 à 200.
Son Karma était revenu à sa valeur initiale.
N’essaie pas de tricher. Construis les deux cents églises en dix ans.
C’était ce que le système lui disait.
« Ha ha. »
Il ne pouvait que rire.
7.
« Je ne suis bonne à rien. Je vais sortir mendier tout de suite.
— Hmm… »
Quand Lancel eut fini de se remémorer le passé, Marigold était allongée face contre terre devant lui, épuisée d’avoir désespérément tenté de faire jaillir Soin d’elle-même.
Et si…
Et si cette capacité appelée Soin s’était manifestée chez elle ?
Deux cents églises n’auraient même pas été un problème. Tous ceux qui auraient vu le miracle de ses guérisons se seraient mis à vénérer Marigold. Elle aurait pu fonder une grande religion et la répandre sur tout le continent. Oui, en dix ans.
Mais c’était impossible.
Il est idiot de se bercer de fantasmes.
Cette boucle-ci, Lancel avait déjà fait construire sept Églises de la Sainte avec l’autorisation de l’Empire.
Mais il ne pouvait pas en bâtir deux cents en dix ans. Il lui fallait quelque chose de bien plus révolutionnaire.
« Jeune maître.
— Entrez. »
Hestie entra après avoir frappé.
« Quelqu’un vous attend dehors.
— Qui ?
— Ils disent venir de l’Ordre des chevaliers sacrés de l’Église du Martyre. »
L’Ordre des chevaliers sacrés ?
« Ils sont venus vous inviter à rejoindre un groupe de pèlerins. Que dois-je leur répondre ? On dirait qu’ils sont au courant que vous faites construire des églises, jeune maître. »
Les yeux de Lancel s’écarquillèrent.
Un groupe de pèlerins.
C’était une procession de religieux prétendant savoir manier l’épée, qui se rassemblaient pour tuer monstres, bandits, rebelles et démons.
Bien sûr, Lancel n’avait aucune intention de les rejoindre.
« Dites-leur que je ne suis pas là.
— Bien, jeune maître. »
Les monstres, les bandits, les rebelles et les démons n’étaient que des prétextes. En réalité, ces fanatiques semaient le trouble partout, faisaient la guerre et pillaient, réduisant toutes les régions de l’Empire en ruines.
Lancel avait croisé ces maudits pèlerins à plusieurs reprises, quand il vivait en province. Ce n’étaient que des brutes.
Des brutes avec lesquelles il était impossible de raisonner, qui plus est.
Naturellement, la peur de la religion avait alors grimpé en flèche, tandis que la foi chutait dans les mêmes proportions.
Lancel lui-même n’avait pas envie de les affronter. Qui pouvait s’opposer à un pèlerinage approuvé par l’Empereur ?
Ils étaient de véritables catastrophes naturelles, soutenues à la fois par Dieu et par l’autorité impériale. À moins de vouloir combattre tout l’Empire, il devait les éviter.
Chaque région traversée par le groupe de pèlerins se transformait en enfer.
Puis…
Attends.
Un éclair traversa l’esprit de Lancel.
« Mary. »
Lancel redressa le haut du corps de Mary, qui était allongée face contre terre. Il plongea son regard dans ses yeux argentés et troubles.
« J’ai besoin de ton aide.
— De… l’aide d’une parasite comme moi ?
— Il n’y a que toi qui puisses le faire. »
Le visage de Marigold se vida de toute expression. Lancel poursuivit d’une voix plus grave que jamais :
« Désormais, prends ta place dans les cieux, Mary. »
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