Chapitre 440
[Traducteur — Night]
[Relecteur — Pistolet]
Chapitre 440 : Effondrement (5)
Une ruelle où ne pénétrait pas la moindre lueur.
L’espace se fendit et les renforts de la Tour Blanche, Oscar compris, apparurent.
« Alors, c’est ça, Pervache. »
Snif, snif.
Maxim prit un air grave en humant l’odeur de la ville.
« Ça sent la chair brûlée et le sang. La bataille fait déjà rage, on dirait. »
« Sans doute. La situation était déjà critique quand je suis parti. »
« Nous devons y aller tout de suite. »
« Attendez un instant. »
Oscar ouvrit la porte de la cachette secrète.
Il sentit le regard du Commandant, assis sur le canapé, se tourner vers lui.
— Chester.
Sans même se retourner, il envoya un sortilège de communication à Chester.
Surpris, Chester dissimula sa réaction et répondit.
— Oui, je t’écoute.
— Protège cet homme.
— Compris.
Il ne demanda pas qui était cet homme ni pourquoi il devait le protéger.
Si Oscar le lui ordonnait, c’était forcément pour une raison absolue.
« Allons-y. »
« Hein ? Attendez, Chester… »
« Je lui ai demandé de s’occuper de quelque chose à part. »
« Hum, je vois. »
Après avoir refermé la porte de la cachette, les trois hommes s’éclipsèrent aussitôt de la ruelle.
Dans les rues, les habitants allumaient des feux pour faire bouillir de l’eau et de l’huile.
Puis, à peine arrivés au pied des remparts nord…
Kwwaaaaaang— !
Une détonation assourdissante retentit, suivie de rugissements et de cris qui éclatèrent de toutes parts.
« Versez-en encore ! Magie, flèches ou huile bouillante, balancez tout ! »
« Ne laissez pas ces salauds grimper ! S’ils arrivent en haut, c’est fini ! »
« Lanciers, continuez à frapper ! Tant pis si vous vous déboîtez l’épaule, transpercez-les de toutes vos forces ! »
« De l’huile ! Apportez encore de l’huile bouillante ! Vite ! »
Dans les plaines, les morts-vivants escaladaient les remparts en empilant leurs corps pour former des échelles.
Les soldats de Pervache mobilisaient tous les moyens à leur disposition pour les repousser et les empêcher de monter.
« Huuum, la situation n’est vraiment pas bonne. »
Maxim marmonna après avoir observé le champ de bataille.
« Commençons par nous occuper de ces choses. Ça tombe bien… »
Il fit un grand pas en avant, tandis qu’une chaleur brûlante se mit à jaillir de son corps.
« Il fait un peu froid, de toute façon. »
Au début, ce ne fut qu’une brise légère.
Mais dès que le vent franchit les remparts et s’abattit sur les plaines…
Fwaaaaaak— !
Un vent si brûlant et sec qu’il en devenait presque irrespirable enveloppa la légion de morts-vivants.
『Souffle du désert』
Le premier changement se produisit sur leur peau.
Cr-crac, craquellement !
La chair des cadavres se dessécha en un instant et se fendit comme une carapace de tortue.
Quand le vent brûlant les balaya de nouveau…
Effritement, cr-crac.
La peau et les muscles des morts-vivants se réduisirent en poussière, et l’échelle de cadavres s’effondra comme un château de sable.
« Monsieur Oscar ! »
Gerud les aperçut juste à temps, et sa voix débordante de joie lui échappa.
Ils ne s’étaient quittés que depuis treize minutes, mais ses yeux débordaient d’affection, comme s’il retrouvait une famille perdue de vue depuis des années.
« Vous êtes revenu ! Je savais que vous reviendriez ! »
« Je vous l’avais dit, non ? »
Oscar esquissa un sourire et présenta ses compagnons.
« Voici le Commandant Gerud, chef des chevaliers de Pervache. Et voici l’Ancien Maxim Visk, de la Tour Blanche, et… »
Hum.
Oscar jeta un regard en coin au démon fou, hésita un instant, puis prit la parole.
« Un agent secret de la famille impériale. »
« De la famille impériale ? »
« Oui. Je ne peux pas révéler son identité, mais il est à la fin du 7e niveau et se bat exceptionnellement bien. »
« Dans ce cas, je ne vous demanderai pas davantage de détails. »
Puisqu’il était lié à la famille impériale, Gerud n’avait de toute façon aucune chance d’obtenir une réponse, même en posant la question.
Après avoir rapidement salué Maxim, il leur expliqua la situation.
« Pour l’instant, nous les tenons à distance, mais, pour être franc, le combat tourne à notre désavantage. »
« Hum, au bout du compte, c’est une question de nombre ? »
« C’est exact. Comme l’Ancien Maxim peut le constater, la différence de force est écrasante. »
Les forces de Silgrim, qui avaient traversé la région après avoir dévoré Starfall, étaient au nombre de près de sept mille, à vue de nez.
Aussi bien fortifiée que fût la ville, Pervache était loin d’avoir les effectifs nécessaires pour leur barrer complètement la route.
« Pour l’instant, nous nous défendons bien, mais… »
« Nous sommes des humains, eux non. »
« C’est exact. Ils ne se fatigueront pas et n’auront pas besoin de dormir. À l’inverse, nous nous épuiserons avec le temps. »
« Vous n’avez pas à vous en inquiéter. »
Oscar envoya aussitôt un sortilège de communication.
— Ne réagissez surtout pas. Si nous tenons trois heures, l’armée centrale arrivera.
Comme Oscar le lui avait demandé, Gerud ne laissa rien paraître.
Mais ses pupilles légèrement tremblantes semblaient lui demander si c’était vrai.
— C’est Sa Majesté l’Empereur qui me l’a dit en personne quand je l’ai informé de la situation à Pervache.
Gerud serra les poings.
Il avait cru qu’il n’y avait plus aucun espoir, mais tenir trois heures ne serait pas bien difficile.
Non, mieux encore : avec l’aide de l’armée centrale à son arrivée, même ce vieux monstre pourrait être abattu.
« Hum, hum. »
Gerud s’éclaircit légèrement la gorge et prit la parole.
« Puisque le combat risque de s’éterniser, nous devons ménager les forces des soldats. »
« En effet. »
En réalité, c’était exactement l’inverse.
Avec l’arrivée de l’armée centrale dans trois heures, ménager leurs forces ne servirait à rien.
Mais s’ils repoussaient l’ennemi sans retenue, Silgrim commencerait à se méfier.
— En somme, nous devons seulement donner l’impression de nous concentrer désespérément sur la défense. Pendant trois heures.
Gerud hocha légèrement la tête, comme s’il avait compris.
Maxim, qui avait suivi leur conversation, demanda :
— Oscar, cette prudence excessive est-elle due à Silgrim ?
— C’est exact. De même que nous pouvons le voir, il doit pouvoir nous voir aussi, et…
Oscar tourna la tête et crut un bref instant croiser le regard de Silgrim.
— …il est même possible qu’il écoute notre conversation en ce moment.
— Ha ha, tu ne vas pas un peu loin ? Vu la distance, et puis nous communiquons par sortilège.
— À partir du 8e niveau, il ne faut plus les considérer comme des êtres humains.
Et encore moins quand il s’agissait d’un monstre qui avait passé des décennies au 8e niveau après l’avoir atteint.
C’est alors que…
« Khk ! Repoussez-les ! »
« Poussez plus fort ! Encore ! »
« Ça ne bouge p-pas ! Par ici… ! »
À ce cri soudain, les trois hommes tournèrent la tête.
Le visage crispé, Gerud se précipita dans cette direction et cria :
« Que se passe-t-il ? »
« L-les cadavres sont en train de grimper ! »
Comme le soldat venait de le dire, plusieurs cadavres escaladaient les remparts.
Fssht !
Gerud abattit son épée et les trancha d’un seul coup, puis baissa les yeux au pied des remparts et fronça les sourcils.
« Qu’est-ce que… »
Les soldats pouvaient facilement repousser les échelles formées par les cadavres qui s’entraidaient.
Mais à force de voir ces échelles s’effondrer encore et encore, les cadavres finirent par s’amonceler en contrebas.
D’autres marchaient sur eux et grimpaient avec une facilité toujours croissante.
Ce n’était plus une échelle, mais pratiquement une montagne de cadavres.
« Monsieur Oscar, vous ne pourriez pas faire sauter tout ça ? »
« Si. »
Kwwaaaaaaaaaa !
Une tempête furieuse balaya les plaines, emportant littéralement la montagne de cadavres accumulée au pied des remparts.
« Ha ha ! Ça fait du bien ! »
« Les choses sérieuses ne font que commencer. »
« Hein ? Qu’est-ce que tu veux dire ? »
« L’ennemi ne va pas rester les bras croisés. »
Surtout, Oscar en était certain.
Un mage du calibre de Silgrim ne manquerait pas de trouver une parade.
[Traducteur — Night]
[Relecteur — Pistolet]
Et il avait vu juste.
« …Commandant Gerud, veuillez lancer une fusée éclairante de plus. »
« Hein ? Vous avez repéré quelque chose ? Hé ! Lancez une fusée ! »
Pshyuuuuuuu !
La troisième fusée éclairante fut lancée dans le ciel de l’aube, et les plaines s’illuminèrent un instant comme en plein jour.
Le spectacle qui se révéla alors était terrifiant.
« M-mon Dieu… »
« Mais qu’est-ce que c’est… »
Une armée de cadavres s’étendait à perte de vue.
De part et d’autre de Silgrim, qui se tenait tout au fond, d’immenses créatures se dressaient.
« …Des golems abominables. »
Oscar les avait vus dans sa vie antérieure ; ses yeux se plissèrent.
« On dirait des golems assemblés en cousant des cadavres ensemble. »
« Il y en a quatre, c’est ça ? N’ayez crainte. Dès qu’ils approcheront, je les trancherai d’un seul coup. »
Contrairement à la résolution solennelle de Gerud, les quatre golems abominables ne s’approchèrent pas.
Composés de dizaines de cadavres mêlés les uns aux autres, ils se mirent à scruter les environs.
Puis ils tendirent leurs énormes mains, attrapèrent trois ou quatre cadavres à la fois et les roulèrent ensemble en boule.
« …Il aurait créé des armes de siège ? »
Au moment où Gerud imaginait les pires possibilités…
Swoooosh !
La masse de cadavres qu’ils lancèrent fila droit vers les remparts.
Crac-crac ! Boum !
Le craquement sinistre des os et de la chair broyés résonna à leurs oreilles.
« … »
« … »
Chevaliers, soldats et mages avalèrent leur salive en fixant l’endroit où la masse avait atterri.
Mais ce qu’ils avaient lancé n’était, au mieux, qu’une boule formée de cadavres agglomérés.
Les remparts de pierre étaient parfaitement intacts, sans la moindre égratignure.
« Ha, ha ha. J’ai eu peur pour rien. »
« Quoi ? Ce n’est pas si terrible, finalement. »
« À part le bruit un peu dégoûtant… ça va aller. »
Les gens commençaient à se détendre, soulagés, les uns après les autres.
« Quelque chose cloche. »
Oscar fronça les sourcils et mit fin à leur relâchement naissant.
Maxim lui demanda :
« Qu’est-ce qui cloche ? »
« Une poignée de cadavres agglomérés ne peut pas détruire les remparts, n’est-ce pas ? »
À moins d’y insuffler de la magie, c’était impossible ; or Silgrim n’avait pas levé le petit doigt pendant l’opération.
Alors, que cherchait-il à faire ?
Oscar observa attentivement les créatures qui avaient formé la boule de cadavres et qui commençaient à se relever en titubant.
« …Et s’il ne cherchait pas du tout à détruire les remparts ? »
À cet instant,
une nouvelle masse de cadavres lancée par les golems abominables décrivit une longue trajectoire en arc de cercle et s’écrasa à l’intérieur de la ville.
« À l’intérieur. »
La masse de cadavres s’ouvrit en s’écrasant sur la rue, et trois ou quatre corps se relevèrent en titubant.
Gerud comprit et cria :
« Mages ! Interceptez les masses de cadavres en vol ! Ne les laissez sous aucun prétexte entrer dans la ville ! Et vous, les 2e et 3e ordres de chevalerie, repliez-vous dans les quartiers et éliminez les cadavres qui s’y trouvent ! »
S’ils ne pouvaient pas franchir les remparts, ils pénétreraient dans la ville de l’intérieur.
Voilà la solution qu’avait trouvée Silgrim.
Boum ! Bouuuum !
Les golems abominables se mirent alors à lancer des masses de cadavres sans interruption.
Tantôt vers les toits des bâtiments, tantôt vers la porte Ouest ou la porte Est.
« Bon sang ! »
« Il veut paralyser toute la ville. »
Les fusées éclairantes se succédaient pour suivre la trajectoire des boules de cadavres.
« Il ne nous reste que six fusées ! »
« …Continuez à les tirer ! Nous n’avons pas le choix ! »
En outre, les endroits où les boules de cadavres s’écrasaient devenaient eux aussi le théâtre de nouveaux problèmes.
Les chevaliers arrivés sur les lieux tranchaient les cadavres d’un seul coup, mais…
Kwwaaaaang— !
La magie noire de l’« Explosion de cadavres » infligeait des dégâts secondaires qui s’accumulaient dans toute la ville.
Dans le même temps, le nombre de chevaliers diminuait rapidement.
*Ça sent mauvais.*
Oscar se mordit la lèvre en voyant la bataille tourner de minute en minute à leur désavantage.
Bien sûr, les mages interceptaient les boules de cadavres en vol, mais ce n’était qu’une solution de fortune.
Contrairement aux cadavres à l’endurance illimitée, le mana était une ressource limitée.
*Autrement dit, si ça continue, seuls les mages épuiseront leur mana.*
Et cela ne réglerait aucun problème de fond.
Oscar tourna la tête et fixa Silgrim au-delà de la légion de cadavres.
« Ancien Maxim. »
« Oh. »
Maxim ôta son manteau avec un sourire en coin et marmonna :
« Amusant. Si je ne me trompe pas, nous venons d’arriver exactement à la même conclusion. »
« De quoi parlez-vous tous les deux ? »
Oscar répondit au Commandant Gerud :
« Tant que nous ne nous débarrassons pas de ces golems abominables, la ville tombera. »
Au lieu de tenir trois heures, ils auraient du mal à tenir ne serait-ce qu’une heure.
Ils ne pourraient pas résister à des milliers de cadavres qui les prendraient en tenaille.
« …Vous dites qu’il faut tuer ces choses maintenant ? Au beau milieu d’une armée de milliers de cadavres ? »
« Même si c’est difficile, nous devons le faire. »
Ils pourraient facilement s’approcher en se téléportant dans l’espace.
Le problème, c’était de savoir s’ils pourraient repartir sans se faire prendre par Silgrim après avoir éliminé les golems abominables.
Gerud déglutit.
« Ce monstre ne nous laissera pas repartir gentiment. »
« À vous de choisir. Que voulez-vous faire ? »
Oscar le regarda et demanda :
« Allez-vous rester planté sur les remparts à regarder la ville se faire détruire ? Ou bien… »
Il tourna la tête vers Silgrim Fonerth.
Puis vers les golems abominables.
« Allez-vous éliminer ces colosses et tenter votre chance, aussi infime soit-elle ? »
« …Bon sang. »
Gerud jeta un regard autour de lui, puis fit signe à quelqu’un de s’approcher.
Le mage qui s’avança inclina la tête.
« Je m’appelle Rodri. Je suis un mage de 7e niveau qui maîtrise la terre et le sol. »
« Trois mages de 7e niveau, plus moi et l’agent impérial : cinq en tout. Est-ce suffisant si nous partons ainsi ? »
« Oui. »
À cinq, ils ne compromettraient pas leur mobilité et pourraient tout de même tenir brièvement face à Silgrim.
« Inutile de traîner, nous partons tout de suite. »
Oscar calcula rapidement les points d’arrivée dans sa tête.
Les golems abominables se trouvaient à environ trois kilomètres.
En s’approchant trop, ils s’exposeraient aux attaques de Silgrim ; en restant trop loin, ils se retrouveraient pris au piège dans la légion de cadavres.
*Nous devons garder une distance convenable et les abattre d’un seul coup.*
Le point d’arrivée qu’il finit par choisir se situait à deux cents mètres des golems abominables.
Ils se répartiraient en cinq endroits différents, élimineraient uniquement les golems abominables, puis reviendraient ici.
Quand Oscar leur expliqua l’opération par sortilège de communication, Maxim posa une question.
« Attendez, sommes-nous vraiment obligés d’y aller tous les cinq ? »
« Je me rapprocherai de Silgrim autant que possible pour attirer son attention. »
« …Attends, Oscar. Ce n’est pas beaucoup trop dangereux ? »
« Si nous n’agissons pas, nous risquons d’être complètement anéantis. »
Malgré les objections de Maxim, Oscar ne revint pas sur sa décision.
Ce n’était pas une simple crainte, mais une certitude.
Pour un mage de la stature de Silgrim, tuer tout le monde en une fraction de seconde n’aurait rien d’étonnant.
« Malgré tout… »
« Nous y allons. »
Avant que la discussion ne s’éternise, Oscar tira le fil de l’espace sans attendre.
L’espace autour des cinq hommes se déforma.
Zzzzzzziiiiiing— !
Leur vision se renversa.
Les cris et les hurlements qui emplissaient les remparts disparurent et…
Ooooogh.
Les plaintes rancunières des cadavres leur percèrent les oreilles.
*Maintenant !*
Fssht !
La Frappe spatiale Oscar qu’il lança abattit un golem abominable d’un seul coup.
Il se tourna rapidement vers les autres points et vit tous les golems abominables s’effondrer.
*Vite.*
Il ouvrit rapidement un portail pour renvoyer les autres, puis en créa un autre pour lui-même.
Il ne lui restait plus qu’à le franchir quand…
Un frisson le parcourut.
Il sentit un regard posé sur lui.
Une robe d’un noir d’encre flottait dans le vent de l’aube, et quatre yeux luisaient sous son capuchon.
— Comme c’est amusant.
Une voix grave et trouble lui glaça l’échine.
Alors qu’il s’efforçait de l’ignorer pour faire un pas en avant, Silgrim Fonerth prit la parole :
— Oscar Sage.
[Traducteur — Night]
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