Chapitre 439
[Traducteur — Night]
[Relecteur — Pistolet]
Chapitre 439 : Effondrement (4)
« Ouuuh, oooh… »
Les gémissements des cadavres terrorisaient les gens.
De fait, les soldats de Pervache étaient pétrifiés.
« Ô-Ô Dieu, veille sur ce pauvre agneau. »
« Ne laisse pas les créatures maléfiques me faire du mal, et… »
Les soldats pieux adressaient leurs prières à leur dieu, tandis que les autres…
« Ha ! Au bout du compte, ce ne sont que des cadavres. Ce qui fait le plus peur, ce sont les vivants, non ? »
« Ils sont juste très nombreux. Si on se prépare à l’avance, on peut tous les arrêter. »
« Regardez-les avancer. Ils sont lents comme des limaces. »
…s’efforçaient de cacher leur peur et de remonter le moral des troupes.
Crac, crac.
Quand la fusée éclairante qui illuminait le ciel nocturne s’éteignit, les ténèbres retombèrent sur la plaine.
« … »
« … »
Puis, comme si tout cela n’avait été qu’un mensonge, les bruits des cadavres cessèrent.
D’après leur dernière position confirmée et leur vitesse de déplacement, il leur faudrait au moins dix minutes pour atteindre les remparts.
Sur les murailles, les soldats observaient la plaine plongée dans le noir absolu, incapables de voir à un mètre devant eux, et leur souffle emplissait l’air.
« Tirons une autre fusée éclairante. »
Gerud tourna la tête vers Oscar.
« Nos réserves ne sont pas si abondantes. Ne vaudrait-il pas mieux attendre encore un peu ? »
« Il faut la tirer maintenant. »
À cette voix pleine d’assurance, Gerud hésita avant de donner l’ordre.
« Tirez la fusée éclairante. »
Fouuuuch !
La deuxième fusée éclairante s’éleva dans les airs.
Et, sur la plaine illuminée…
Clac-clac-clac-clac !
Une légion de cadavres fonçait à toute allure vers les murailles de la forteresse.
« Q-Quoi ?! »
« C’est pas vrai… Ces choses peuvent courir ?! »
« P-Préparez-vous au combat ! Les archers ! Non, les mages d’abord ! »
La panique qui s’emparait des soldats de Pervache leur sautait aux yeux.
Même Gerud, qui aurait dû calmer l’atmosphère, fixait simplement la plaine, les pupilles dilatées.
Oscar ne songea pas à lui en faire le reproche.
Lui-même n’avait appris qu’ils pouvaient courir qu’en l’expérimentant directement dans sa vie antérieure.
« Pfiou. »
Oscar expira doucement et frappa légèrement le sol du pied.
Vrouuuum !
Ses sept Circuits de mana s’embrasèrent comme des boules de feu, et l’air de la plaine se déforma.
Grrrrr !
Comme si la gravité s’était inversée, des dizaines de morts-vivants qui chargeaient en tête de l’armée s’élevèrent dans les airs.
Les cadavres s’étaient envolés à toute vitesse, comme s’ils ne connaissaient pas de plafond.
« Tombez. »
Fouaaash !
Tels des météores, ils s’écrasèrent un peu partout dans la plaine, ravageant les environs.
Un seul sortilège avait mis plus d’une centaine de morts-vivants hors de combat.
« D-De la magie. Et de la haute magie, en plus. »
« Notre ville compte une Haute mage qui maîtrise le vent ? »
Voyant les soldats vaciller, à moitié incrédules, Gerud ne laissa pas passer cette occasion.
« N’ayez pas peur ! Oscar Crucian, Haute mage de la Tour Blanche, est avec nous ! »
« Oscar Crucian ? Le jeune seigneur ? »
« J’ai entendu dire que c’était un génie qui avait atteint le domaine de Maître en à peine un an… »
« En tout cas, quelqu’un d’aussi incroyable se bat à nos côtés, pas vrai ? »
« Ouaiiiis ! »
Le moral des troupes, qui s’était effondré, remonta d’un coup.
Gerud s’approcha d’Oscar, qui observait la scène.
« Merci infiniment. Et pardonnez-moi de vous avoir offert un spectacle aussi lamentable. »
« Ce n’est rien. Je savais qu’ils pouvaient courir grâce aux archives de la Tour Blanche. »
« Ah, bien sûr. Voilà donc pourquoi. »
Oscar s’adressa à Gerud, qui venait enfin de dissiper ses doutes.
« Combien de minutes pensez-vous pouvoir tenir face à leur offensive générale ? »
« Mmm. »
Il ne lui demandait pas s’ils pouvaient se battre ou gagner, mais combien de temps ils pourraient tenir.
Comprenant à cette seule question la sombre réalité de la situation, Gerud répondit :
« Je l’ignore. Je n’ai jamais affronté ce vieux monstre en temps de guerre, alors… »
« Il ne passera pas tout de suite aux choses sérieuses. »
Oscar gardait les yeux rivés sur Silgrim, tout au fond de l’armée de cadavres.
« À cause de ma magie, il va tâter le terrain avec encore plus de prudence. Alors, tâchez simplement de me faire gagner du temps. »
« … On dirait que vous avez l’intention de partir quelque part. »
« Oui, je serai absent un moment. »
Voyant le visage de Gerud s’assombrir aussitôt, Oscar poursuivit :
« Je dois recourir à ma magie pour faire venir des renforts. »
« Des renforts, dites-vous… ? »
« Il nous faut d’autres Maîtres de niveau 7 au minimum. »
À ces mots, Gerud pencha la tête, perplexe.
« Nos forces ne sont-elles pas déjà suffisantes ? Il y a vous et moi, et, même si son école n’est pas orthodoxe, nous avons aussi un mage de 7e niveau qui maîtrise la terre. »
Un chevalier de niveau 7 et deux mages.
À première vue, leurs forces semblaient à la hauteur d’un mage noir de niveau 8.
Après tout, selon les idées reçues, trois ou quatre combattants de niveau 7 pouvaient largement tenir tête à un seul combattant de niveau 8.
Mais Oscar, qui avait déjà affronté Silgrim, l’affirma sans détour :
« Nous trois, nous ne suffirons pas. »
Même avec deux autres personnes comme lui, au sommet absolu du niveau 7 avancé, l’issue resterait incertaine.
Il regarda le vieil homme tout au fond des rangs de cadavres, dont les quatre pupilles luisaient.
« Vous ne devez pas considérer cette chose comme un mage de niveau 8 ordinaire. »
Car cet homme était Silgrim Fonerth.
Considéré comme le plus grand génie de l’histoire de la Tour Noire, il n’avait qu’Oscar pour rival en matière de talent.
En effet, dans sa vie antérieure, quand Oscar s’était fait un nom, cet homme était le mage auquel on le comparait le plus souvent.
« Et surtout, Silgrim est… »
Oscar claqua la langue, puis reprit rapidement :
« Quoi qu’il en soit, il nous faut davantage de renforts. »
« Mmm. Vous comptez donc les faire venir grâce à votre magie spatiale ? »
« C’est exact. »
Gerud, qui était resté un instant plongé dans ses pensées, hocha lentement la tête en voyant les cadavres approcher à toute allure.
« Alors, nous devons gagner du temps. »
« … Ce sera difficile, mais tenez vingt minutes. Non, dix minutes. »
« Comptez sur moi. »
Avec un large sourire, Gerud éleva la voix.
« Corps des mages ! Brisez leur avant-garde avec des sortilèges de zone ! Les archers intercepteront les unités qui survivront au bombardement ! Soldats et chevaliers, préparez l’huile bouillante ! Et réveillez aussi les habitants ! Nous avons besoin de toutes les forces disponibles ! »
« Ouaiiiis ! »
L’ennemi se trouvait déjà à leurs portes.
Le code rouge et tout le reste n’avaient plus aucun sens.
Il fallait maintenant penser à réveiller chaque habitant qui pourrait défendre la ville.
Oscar adressa discrètement un signe des yeux au Capitaine, puis descendit l’escalier.
Le Capitaine le suivit aussitôt et demanda :
« Où allez-vous ? Et les renforts ? »
« Chaque chose en son temps. Vous ne devriez pas l’ignorer, quand même. »
[Traducteur — Night]
[Relecteur — Pistolet]
Oscar regagna rapidement la planque secrète de l’Empereur, d’où ils étaient sortis.
Il s’y occupa du cristal de communication, puis déclara :
« Cachez-vous ici pour le moment. Je vais faire venir au plus vite des gens capables de vous protéger. »
« Vous ne me demandez pas de les aider ? »
« Vous êtes fou ? Dès que vous utiliserez votre énergie démoniaque, les démons vous traqueront et fonceront ici, ce qui ne fera que compliquer les choses. »
Et puis, l’apparition de Silgrim ne signifiait pas que l’Empire avait renoncé à le traquer.
Les priorités avaient simplement changé ; s’il se trouvait juste sous leurs yeux, rien ne les empêchait de le capturer.
[Oscar ? Que se passe-t-il ?]
[Votre Majesté, la situation a changé.]
Oscar lui expliqua rapidement la situation à Pervache.
[Silgrim Fonerth, dites-vous ? Avons-nous bien compris ce que vous venez de dire ?]
[Oui, aussi surprenant que cela puisse paraître, c’est vrai. Ce vieux monstre est de retour.]
[Pourtant, s’il s’agit d’un personnage de cette envergure, l’avant-poste des Montagnes Rouges aurait dû… Non, il est trop tard pour s’attarder sur ce genre de détails. Quelle est la situation là-bas ?]
[Elle est mauvaise.]
Pervache était une petite ou moyenne ville, dont la population ne dépassait guère les deux mille habitants.
En face, ils avaient un nécromancien de niveau 8, à la tête d’une armée de cadavres qu’il avait engloutis et absorbés à Starfall.
[J’ignore comment Starfall est tombée, mais maintenant qu’elle a succombé, mieux vaut ne pas espérer que Pervache résiste longtemps.]
[… Nous allons immédiatement détourner une partie de l’armée centrale vers la ville.]
La raison pour laquelle l’Empereur n’envoyait qu’une partie de l’armée, et non toutes ses forces, était simple.
À présent, ils avaient perdu toute trace des déplacements des démons dans les Montagnes Rouges.
Rien ne garantissait que Silgrim était le seul à avoir pénétré dans cet immense territoire de l’Empire.
[Que comptez-vous faire du Capitaine ?]
[Je compte le cacher dans la planque secrète et passer à la Tour Blanche.]
[Parce que vous avez besoin de renforts.]
[Oui, c’est exact.]
Il avait déjà réfléchi aux personnes qu’il allait emmener.
À vrai dire, il avait envisagé de faire appel aux fauteurs de troubles de la Division des opérations spéciales, mais cette fois, c’était hors de question.
Un champ de bataille où se trouvait Silgrim était bien trop dangereux pour des types qui n’avaient même pas atteint le niveau 7.
[Je compte emmener l’ancien Maxim, Chester et Gilliot.]
[Même si Sasha doit garder la Tour de Magie, qu’en est-il de Lloyd ? Ce serait votre meilleur atout.]
[Malheureusement, je sais seulement qu’il se trouve dans l’Empire de Yan.]
Il était certain que Lloyd suivait une forme d’entraînement, puisqu’il avait fait une rencontre fortuite.
Le problème, c’était qu’Oscar lui-même ignorait où il se trouvait exactement.
[Je compte n’emmener que des gens d’un certain âge et expérimentés, capables de se battre immédiatement.]
[Compris. Dans ce cas, nous demanderons aussi au Bureau de la sécurité de vous rejoindre à Pervache.]
[Oui. Et veillez également à votre propre sécurité, Votre Majesté.]
À ces mots, l’Empereur répondit aussitôt :
[Nous savons ce qui vous inquiète. Dans une situation aussi chaotique, on ne sait jamais ce qui peut arriver.]
[Oui. Nous ignorons comment le Premier Doigt, qui peut exercer son influence jusque dans la Famille Impériale, va agir.]
Dans le pire des cas, ils pourraient profiter de l’occasion pour s’en prendre à l’oncle impérial.
[Qu’en est-il de la sécurité des dirigeants du Doigt Noir ?]
[Dès que la rupture des communications avec Starfall a été confirmée, ils ont été transférés dans un secteur séparé et tous leurs accès ont été bloqués. Deux Maîtres gardent les lieux en permanence, par roulement de vingt-quatre heures.]
Avec un tel dispositif, il ne serait pas facile de faire sortir le Doigt Noir de l’intérieur, du moins.
Bien sûr, les démons ne mobiliseraient pas une armée pour de pareilles raclures, mais le risque existait toujours.
[Comme prévu, vous avez tout bien organisé. À présent, veillez seulement à votre sécurité, Votre Majesté.]
[Compris. L’armée arrivera à Pervache dans trois heures.]
Trois heures.
Si trois combattants de niveau 7 venaient les rejoindre depuis la Tour Blanche, ce serait suffisant.
De plus, ce fameux Gilliot avait atteint le niveau 7 avancé.
[Je vous recontacterai.]
Après que le cristal de communication se fut éteint, Oscar regarda le Capitaine.
« Vous vous débrouillerez seul, pas vrai ? »
« … Je vous épargnerai les réflexions de gamin. Humain. »
Sur ces mots, le Capitaine croisa les jambes et s’installa dans le canapé moelleux.
Oscar lui jeta un regard, puis tira sur le cordon de l’espace.
« Je reviens vite. »
Quand le sous-espace s’ouvrit, une multitude d’informations, encore en train de s’inscrire, apparurent.
Oscar y pénétra et ouvrit aussitôt un portail vers la Tour Blanche.
Il alla directement trouver Sasha et lui expliqua la situation. Son visage se rembrunit.
« … Puisque le Maître ne ferait jamais une plaisanterie pareille, tout doit être vrai. »
« C’est exact. La bataille fait sans doute déjà rage à Pervache. »
« Dans ce cas, je viens aussi ! »
Les deux poings de Sasha, posés sur ses genoux, se serrèrent.
Elle croisa son regard et s’écria :
« Je viens avec vous ! »
« Certainement pas. Qu’est-ce que tu racontes ? »
Oscar rejeta fermement sa demande.
D’ordinaire, il aurait cédé et accepté tout ce que Sasha lui demandait, mais il ne pouvait pas le permettre cette fois.
« Pourquoi ?! Je ne suis peut-être pas à la hauteur à vos yeux, Maître, mais je suis de niveau 8. Je vous serai forcément utile… »
« Tu me serais utile. Et je n’ai jamais pensé que tu n’étais pas à la hauteur, Sasha. »
La voix douce et calme d’Oscar apaisa son emportement.
« Cependant, nous ne pouvons pas laisser la Tour Blanche sans protection. Nous ignorons encore ce qu’ils cherchent exactement, et je… »
Il n’avait pas l’intention de refaire la même erreur.
Sasha comprit ce qu’il ressentait et pinça les lèvres.
« … Ce n’est pas juste. Si vous le présentez comme ça, je ne peux même pas piquer une crise pour vous accompagner. »
« Ce n’est pas pour ça que je l’ai dit, mais quoi qu’il en soit, tu ne peux pas venir. »
Réprimant son envie de protester, Sasha reprit :
« Je comprends. Alors je garderai la Tour Blanche. Battez-vous à ma place, Maître. »
« Bien sûr. C’est pour ça que j’aimerais te demander quelque chose… »
Peu après, Chester et l’ancien Maxim furent convoqués par les haut-parleurs internes de la Tour de Magie.
Comme il ne pouvait pas appeler Gilliot — ou le Démon Fou — par le système officiel d’annonces, il l’avait fait venir à part.
« Bon, tout le monde a compris la situation ? »
« Bien sûr. Une armée menée par Silgrim Fonerth… Ça me met le sang en ébullition. »
« Moi aussi, je me battrai de toutes mes forces. »
« Chester, Oscar est largement ton cadet. Pourquoi le vouvoies-tu ? »
« … Hmph. »
Avec un sourire de vainqueur parfaitement incompréhensible, Chester se leva.
« Maître de la Tour, nous partons. »
« Tout le monde, revenez sains et saufs, sans vous blesser. »
Quand les quatre personnes eurent disparu, Sasha poussa un léger soupir.
Elle n’aurait jamais imaginé qu’une guerre totale contre les démons éclaterait de cette façon.
« Dans cette situation, le meilleur moyen d’aider le Maître, c’est… »
Elle regarda le haut du bureau et saisit rapidement l’appareil de communication.
« Oui, c’est moi. Envoyez un pigeon messager à la Porte des Neuf Dragons. Dites-leur de retrouver une personne. Qu’ils utilisent le moyen le plus rapide. »
[Traducteur — Night]
[Relecteur — Pistolet]