Chapitre 438
[Traducteur — Night]
[Relecteur — Pistolet]
Chapitre 438 : Effondrement (3)
En observant les soldats qui s’agitaient en tous sens, le capitaine murmura :
« On dirait qu’on ne pourra pas sortir discrètement. »
« … On dirait bien. »
Dans sa tête en ébullition, plusieurs façons de s’échapper lui vinrent rapidement à l’esprit.
La méthode la plus simple aurait naturellement été d’utiliser un portail pour se téléporter dans l’espace, mais…
Le capitaine est bien trop mal en point.
S’il le plaçait ne serait-ce qu’une fois de plus dans son sous-espace, quelle que soit la distance, il risquait de lui infliger des blessures critiques et mortelles.
Il ne se sentait pas capable de le transporter jusqu’au point de rendez-vous avec le Bureau de la sécurité publique.
Autrement dit, mieux vaut réduire autant que possible le recours à la magie spatiale.
Mais, pour cela, il fallait déjà savoir que les portes de Pervache étaient scellées.
Après un long moment de réflexion, Oscar hocha la tête.
« Très bien, suivez-moi. »
« Qu’est-ce que tu comptes faire… Hé. »
Oscar sortit de la ruelle où ils s’étaient cachés, et le capitaine, décontenancé, lui emboîta le pas.
Un instant plus tard, plusieurs soldats qui les avaient repérés s’approchèrent.
« Citoyens, veuillez rentrer chez vous ! Il s’agit d’un exercice militaire ordonné par décret impérial ! »
« Un instant. »
Oscar leva gracieusement la main pour les interrompre et leur présenta un objet.
« J’aimerais m’entretenir avec votre supérieur. »
« Quel genre de laissez-passer est-ce… Le professeur Oscar Crucian, de la Tour Blanche ? »
« Oscar ? Impossible… »
Voyant les yeux des soldats s’arrondir de surprise, Oscar posa un index sur ses lèvres.
« Je mène moi aussi une opération secrète. Évitez donc de faire du tapage. »
« Ah, d-dans ce cas, veuillez nous suivre. »
Le soldat rajusta sa casquette de combat et guida les deux hommes vers les remparts nord.
« Apportez d’autres torches ! »
« Gardez l’œil ouvert, repérez tout ce qui approche ! »
Des cris retentissaient de toutes parts au pied du mur.
Le soldat s’approcha d’un chevalier d’âge mûr qui donnait des ordres dans le cliquetis de son armure.
« Seigneur Gerud. Cette personne est… »
Lorsque le soldat lui souffla quelques mots, les yeux du chevalier brillèrent d’un éclat vif tandis qu’il dévisageait Oscar.
« Je suis Gerud Moa, commandant des chevaliers de Pervache. »
« Enchanté. Je suis Oscar Crucian, Mage du septième cercle de la Tour Blanche. »
« Si ma mémoire est bonne… n’êtes-vous pas l’inventeur du dirigeable ? »
« En effet. »
Oscar répondit en rabattant sa capuche. Gerud fit signe aux soldats de s’éloigner.
« Une personnalité de votre importance séjournait dans notre ville. Que nous vaut votre visite ? »
« Je ne faisais que passer, tout en menant ma propre opération secrète. Mais, comme vous le savez, les portes ont été soudainement fermées. »
« Et la personne derrière vous… »
Gerud lança un regard soupçonneux au capitaine. Oscar s’empressa de baisser la voix.
« Un collaborateur recruté au sein de la Brigade Violette. »
« Un collaborateur ? »
« Oui. Ma mission consiste à appréhender leur chef. »
« Je vois… Avant que les communications ne soient coupées, j’ai effectivement entendu parler de cette affaire. »
Il hocha la tête, sans paraître particulièrement méfiant.
Il ne devait même pas pouvoir imaginer qu’un mage représentant la Tour Blanche puisse se déplacer aux côtés d’un criminel.
« Que désirez-vous ? »
« On m’a signalé où se trouve le capitaine. Je dois partir sur-le-champ. »
« … Cependant, si vous êtes bien Sir Oscar, j’ai cru comprendre que vous pouviez voyager dans l’espace. »
« C’est exact. »
Oscar claqua légèrement des doigts et apparut derrière Gerud.
Surpris, celui-ci se retourna à la hâte.
« Mais il y a une raison pour laquelle je ne peux pas non plus recourir à cette méthode. Je vous demande de bien vouloir le comprendre. »
« … Je ne vous demanderai pas de détails. »
Gerud hocha lentement la tête.
De toute façon, il n’avait pas besoin de connaître ces détails.
Il contempla les portes de la ville, hermétiquement closes, puis prit la parole.
« Il m’est impossible d’ouvrir les portes de la ville sans l’autorisation de mes supérieurs. En revanche, je peux autoriser de mon propre chef un petit groupe à franchir le mur. »
« Ce sera largement suffisant. »
Après tout, il lui suffisait de sortir de Pervache et de rejoindre le point de rendez-vous.
Oscar acquiesçait à cette proposition quand, soudain…
« Mais qu’est-ce que… c’est ? »
« Commandant ! R-regardez là-bas ! »
De brèves exclamations stupéfaites retentirent sans interruption depuis les remparts.
En un instant, l’émoi se propagea comme une vague parmi les soldats alentour.
« Qu’est-ce qui provoque tout ce remue-ménage ? »
Les sourcils froncés, Gerud gravit les marches et monta sur le mur.
Oscar et le capitaine le suivirent.
« Qu’est-ce que vous voulez que je regarde ? »
« L-là-bas. »
Un Mage du quatrième cercle désigna précipitamment les plaines noyées dans l’obscurité.
Les trois hommes imprégnèrent leurs yeux de mana et fixèrent la direction indiquée.
Les ténèbres d’encre de l’aube engloutissaient les plaines au nord de Pervache.
Hm ?
Cling, cling.
Au milieu de cette vaste plaine sombre, un soldat avançait péniblement, seul.
Il soutenait un bras qui semblait cassé et traînait une jambe derrière lui.
Sur la cuirasse de son armure était gravé un emblème bien trop familier.
« C’est le blason de Starfall ! »
« Hm, un messager envoyé de là-bas ? »
Gerud hocha la tête.
« Dès qu’il sera confirmé qu’il a survécu à Starfall, demandez aux supérieurs si nous pouvons ouvrir les portes. »
« Bien reçu ! »
À l’instant où un soldat dévala précipitamment les marches,
Oscar plissa les yeux.
Attendez, cette personne me semble…
C’était étrange.
Une sensation inexplicable, qu’il n’arrivait pas à mettre en mots.
« Hmph, il est gravement blessé ? Il avance beaucoup trop lentement. »
Gerud leva la main et fit signe à un chevalier de s’approcher.
« Descends et ramène-le toi-même. »
« Oui, compris. »
Le chevalier franchit aussitôt les remparts d’un bond et atterrit en contrebas.
Il s’approcha du soldat à grandes enjambées, puis prit la parole.
« Je suis Jin Nebga, Chevalier du sixième cercle au service de Pervache. Décline ton unité et ton nom. »
« … »
Le soldat marmonna doucement.
« Quoi ? Je n’entends pas bien. »
À cet instant, tandis que le chevalier fronçait les sourcils et penchait légèrement la tête vers lui…
Crac !
Sans prévenir, le soldat lui mordit l’oreille et la lui arracha.
« Aaaah ! M-mais qu’est-ce que… ! »
Au même moment, le chevalier recula en se tenant le lobe arraché.
Fssht !
Une lame de vent jaillit des remparts et trancha net le cou du soldat.
« … ! »
Après avoir assisté à la scène, Gerud tourna la tête.
[Traducteur — Night]
[Relecteur — Pistolet]
« Je vous remercie de votre aide, mais vous n’y êtes pas allé un peu fort… ? »
« Seigneur Gerud, cette chose n’est pas humaine. »
Au ton résolu d’Oscar, Gerud fronça les sourcils.
« Qu’entendez-vous par là ? »
« Regardez attentivement là-bas. »
Oscar désigna les plaines du bout du menton. Gerud regarda au loin.
Les plaines noyées dans l’obscurité étaient plongées dans un silence de mort.
« Vous n’avez pas dû bien voir. De là où je suis, il n’y a rien… »
La voix de Gerud s’éteignit.
Tressaillement.
Au loin, la plaine couverte de ténèbres ondula à peine.
Tressaillement, frémissement.
On aurait dit qu’une vague d’encre engloutissait les plaines et avançait lentement.
« Mais qu’est-ce que c’est que cette horreur… Préparez les fusées éclairantes ! »
Les soldats sortirent de leur stupeur au rugissement de Gerud et tirèrent à la hâte les fusées dans le ciel.
Fiiiiou… Boum !
Une grappe de lumières d’un blanc pur s’éleva haut dans le ciel nocturne, illuminant les plaines avec éclat. Et…
« H-Hiiiii ! »
« Mais qu’est-ce que… c’est… »
Du haut des remparts, on n’entendait plus que des gens qui suffoquaient à répétition.
Gerud, lui aussi, resta incapable de prononcer un seul mot.
Un soldat traînant derrière lui une armure à moitié réduite en miettes avançait.
À côté de lui, un autre progressait le cou tordu selon un angle grotesque.
Ces abominations contre nature remplissaient les plaines et déferlaient vers Pervache.
« M-mais combien sont-ils… ? »
Des dizaines ?
Des centaines ?
Ils étaient bien plus nombreux.
Ils se comptaient par milliers, et même au-delà.
« Des morts-vivants… »
Quelqu’un marmonna, complètement hébété.
À peine ces mots eurent-ils été prononcés…
L’air sur les remparts se figea.
« Ressaisissez-vous ! »
Gerud aboya sur les soldats en serrant les dents.
« Mages, avez-vous évalué la taille de leurs forces ? »
« N-nous n’en savons pas encore assez. »
« Une estimation suffira, alors comptez-les ! »
« M-mais il n’y a pas de fin… »
Le mage répondit, le visage livide.
« On n’en voit pas le bout. »
« Bon sang. »
Gerud agrippa le rempart.
Il se tourna précipitamment vers Oscar.
« Mais qu’est-ce que c’est que ces choses ? »
« Comme vous le voyez, ce sont des morts-vivants. »
Mais le problème ne s’arrêtait pas là.
Oscar reporta son regard sur l’avant-garde de l’armée.
Des armures et des boucliers déformés, brisés, sur lesquels était gravé l’emblème familier d’une étoile.
Il n’y avait pas seulement un ou deux cadavres de ce genre.
« … Seigneur Gerud. Ces personnes… »
Oscar se mordit fermement la lèvre.
« Elles portent toutes une armure frappée du blason de Starfall. »
Il était impossible de ne pas comprendre ce que cela impliquait.
Retenant un gémissement sinistre, Gerud prit la parole.
« Même si c’était Starfall, il n’y aurait pas eu autant de soldats. »
« … »
Personne ne répondit.
Pourtant, tous les regards se tournèrent instinctivement vers les morts-vivants qui ne portaient pas d’armure.
Ils étaient vêtus de simples habits civils, du genre qu’on voyait dans n’importe quelle ville ordinaire.
« … »
« … »
Les habitants de la ville autrefois appelée Starfall n’étaient plus de ce monde.
Crac !
« Bon sang. »
Gerud agrippa le rempart, tremblant de rage.
« Qui a bien pu commettre une atrocité pareille ?! »
« … »
À ce cri furieux, quelqu’un lui traversa l’esprit.
Des morts-vivants, et, pire encore, un nécromancien capable de commander une horde aussi immense.
Serait-ce possible ?
Il avait affronté cette armée terrifiante maintes et maintes fois ; Oscar ne pouvait pas l’oublier.
Oscar balaya rapidement toute la légion du regard.
Son attention finit par se fixer sur un point précis.
« … »
Tout au fond de la légion des morts-vivants,
un vieux mage drapé dans une robe noire se tenait immobile sur la plaine désolée.
— Ho-ho.
Frouf.
Il rabattit légèrement la robe qui lui couvrait la tête jusqu’au sommet du crâne, dévoilant un visage émacié et ridé.
Un vieil homme qui avait une autre paire d’yeux sous les siens.
Oscar croisa son regard et laissa échapper un grondement sourd.
« … Silgrim Fonerth. »
Le plus grand traître de l’histoire humaine, et le treizième Maître de la Tour Noire.
En entendant ce nom, Gerud se retourna vers lui, incrédule.
« Vous en êtes certain ? »
« Oui. »
Oscar répondit sans quitter ce salaud des yeux, pas même une seconde.
« Il correspond à tous les signes distinctifs. Et surtout… à notre époque, personne d’autre ne peut maîtriser la nécromancie à une telle échelle. »
« Mmh. »
Mais même face à un adversaire aussi exceptionnel, ils ne pouvaient pas se permettre de battre en retraite.
Gerud éleva précipitamment la voix.
« Prévenez toutes les portes de la ville : ne laissez sur place que le strict minimum et rassemblez toutes les forces à la porte nord ! »
« Oui, monsieur ! »
En un instant, les remparts furent plongés dans un chaos total.
Boum !
Boum !
Boum !
Les pas des morts-vivants qui remplissaient les plaines se fondirent en un rythme unique, faisant trembler le sol.
« Qu’est-ce que tu comptes faire ? »
« … »
À la question calme du capitaine, Oscar ferma fermement les yeux.
Il le savait.
S’ils voulaient quitter la ville, c’était leur dernière chance.
Gerud lui ayant déjà donné son autorisation, il ne lui restait qu’à franchir le mur d’un bond et à rejoindre le point de rendez-vous au plus vite.
C’était le plan promis à l’Empereur, et aussi le choix le plus raisonnable pour sauver la vie du capitaine.
Mais…
Leur adversaire était Silgrim Fonerth, celui-là même qui avait fait tomber l’inexpugnable Starfall.
Oscar ne pouvait pas croire que Pervache, avec moins de soldats et un territoire plus réduit, puisse tenir bon.
Combien de temps pourraient-ils bien tenir ainsi ?
Un jour ?
Deux jours ?
Non. Il pouvait affirmer avec certitude que Pervache serait réduite en cendres en quelques heures à peine.
« … Je change de plan. »
L’esprit d’Oscar s’emballa.
Il réfléchit avec un pragmatisme extrême, tout en cherchant la solution qui réduirait le nombre de victimes au minimum.
« De toute façon, si Pervache tombe, l’armée des morts-vivants se dirigera tout droit vers le sud. »
En réalité, leurs rangs grossiraient bien au-delà de ce qu’on voyait à présent.
Les forces de Pervache viendraient elles aussi grossir entièrement les rangs de la légion des morts-vivants.
« Dans ce cas, éviter à la fois les forces impériales qui marchent vers le nord et tenter de rejoindre le point de rendez-vous serait extrêmement difficile. »
Ils se retrouveraient pris en tenaille, attaqués de face par l’armée impériale et de dos par la légion des morts-vivants.
« En revanche, si nous tenons jusqu’à l’arrivée des forces impériales… la situation change. »
Une fois le champ de bataille confié aux forces impériales, ils pourraient rejoindre le point de rendez-vous bien plus facilement.
« Mais même si tu te joins au combat, tu ne pourras pas renverser le cours de la bataille. »
« Je sais. »
Crac, crac.
En déliant ses doigts, Oscar marmonna :
« Je n’ai jamais dit que j’allais tenir tout seul depuis le début, si ? »
Le seul qui ne pouvait pas utiliser de portail, c’était ce type, pas lui.
Alors, qui pourrait bien être prêt à se battre tout de suite… ?
Quelques silhouettes lui vinrent à l’esprit.
[Traducteur — Night]
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