Chapitre 437
[Traducteur — Night]
[Relecteur — Pistolet]
Chapitre 437 : Effondrement (2)
Tous deux sortirent dans la rue pour évaluer la situation.
Whaaaang… !
Au milieu du hurlement de l’alarme, les habitants se contentaient de passer la tête par les fenêtres pour voir ce qui se passait.
Certains sortaient même dans la rue, vêtus de manteaux légers.
« Ça recommence. »
« Elle n’a pas déjà sonné il y a quelques heures ? »
« Exactement. Ils avaient dit que c’était une sorte de panne, je crois. »
« … Si ça se produit deux fois dans la même journée, c’est qu’il y a vraiment un problème, non ? »
« Hé, l’ami, ne dis pas des choses aussi sinistres. »
En écoutant les conversations des habitants dans la rue, les deux hommes échangèrent un regard.
La situation s’était bel et bien déjà produite quelques heures plus tôt.
Sans doute pour cette raison, les gens se contentaient de râler et ne semblaient pas particulièrement inquiets.
— Bzzzt, bzz.
Un instant plus tard, une voix d’annonce résonna dans toute la ville.
— Ah, ah. Attention, habitants de Pervache.
— L’alarme d’urgence qui vient de retentir serait due à un dysfonctionnement du système d’alarme automatique, provoqué par une perturbation temporaire du réseau de communication dans le nord.
— Nous vérifions actuellement la cause exacte et vous informons qu’aucun danger n’a été confirmé dans la ville. Habitants, rassurez-vous et retournez vous coucher.
Les habitants se mirent plutôt à protester.
« Rassurez-vous, mon œil ! Vous avez réveillé tous ceux qui dormaient ! »
« Mais qu’est-ce qu’ils fichent, à bouffer nos impôts, pour que ça arrive deux fois ? »
« Ça ne va pas. Dès qu’il fera jour, j’irai à la mairie déposer une plainte. »
Très agités, les habitants maugréèrent en regagnant leurs maisons et leurs immeubles.
Oscar observa la scène, puis s’engagea dans une ruelle avec le Commandant.
« Enfin, c’est rassurant. Ils disent que c’était une panne. »
Oscar tourna la poignée dans un clic, et la porte de la planque s’ouvrit sans difficulté.
Ils avaient seulement été surpris par l’alarme soudaine ; le code de puissance magique ne semblait pas poser problème.
« C’est propre, contrairement à ce que l’extérieur laisse penser. »
« Après tout, c’est la planque secrète de Sa Majesté l’Empereur. »
Même en pleine fuite, il était impensable de les héberger dans une maison abandonnée qui menaçait de s’écrouler.
Peut-être pour cette raison, tout l’endroit était imprégné de magie, notamment de sorts de « Purification de l’air » et de « Propreté ».
Oscar se laissa tomber sur le canapé moelleux et renversa la tête en arrière.
« Ah, j’ai l’impression de revivre… »
« Tu as bien travaillé. »
Assis sur le canapé d’en face, le Commandant ôta lui aussi l’artefact qui dissimulait son apparence et qu’il portait sur la tête.
À la vue de son visage et de ses cornes, Oscar prit un air surpris.
« Ça ne pose pas de problème que tu l’enlèves comme ça ? »
« Tu as déjà vu mon visage. »
« Non, mais quand même, tu te dévoiles devant un humain… Ça ne te gêne pas ? »
« Me gêner ? J’ai passé plus de temps dans l’Empire que dans le Royaume démoniaque. Pourquoi ça me gênerait ? »
À bien y réfléchir, c’était vrai.
Oscar acquiesça, puis s’interrompit soudain.
Le visage du Commandant était dans un état lamentable.
« Attends, tu n’as pas dit que tu allais bien ? Tu as le visage en pièces. »
Ses veines gonflées avaient éclaté et du sang lui coulait sur tout le visage.
Le Commandant répondit comme si ce n’était rien.
« On dirait que voyager plusieurs fois dans le sous-espace en peu de temps aggrave les choses. Pour être honnête, pendant les deux derniers transferts, j’ai cru que j’allais mourir. »
« Si c’était si grave, tu aurais dû le dire plus tôt. »
« On n’avait pas d’autre choix, de toute façon, non ? »
À l’entendre, c’était vrai.
Voler sur des dizaines de kilomètres parce qu’il était blessé aurait risqué de les faire repérer.
Frouf !
Le Commandant retira son haut ; le sang recouvrait également tout son torse.
Il s’essuya avec les mouchoirs posés sur la table, puis déclara :
« Pas besoin de t’inquiéter. J’ai beau avoir l’air dans cet état, j’ai un corps de démon et je sens déjà qu’il se rétablit. »
« En gros, tant que tu ne retournes pas dans le sous-espace tout de suite, ça va ? »
« Ouais. »
Oscar ignorait combien de temps il faudrait pour que son état s’améliore, mais mieux valait qu’il se repose au moins deux jours.
Il hocha la tête.
« Bien. De toute façon, on s’est cachés dans la planque, donc on n’aura pas besoin de bouger pendant un moment. »
« … J’aimerais que ce soit le cas, moi aussi. »
« Qu’est-ce que tu veux dire ? »
Oscar fronça les sourcils devant ces paroles lourdes de sous-entendus. Le Commandant réfléchit un instant avant de répondre.
« L’alarme qui vient de retentir me tracasse. »
« Ils n’ont pas dit que c’était dû à une perturbation du réseau de communication ? »
« Ce serait bien si c’était vrai. »
Le Commandant posa le mouchoir taché de sang et poursuivit :
« Sais-tu que les réseaux de communication des grandes villes sont reliés entre eux par région ? »
« C’est la première fois que j’en entends parler. »
« La Famille Impériale en a fait la demande à la Tour Jaune. La raison, bien sûr, c’est la menace d’une guerre. »
« Explique-moi en détail. »
« Pour faire simple, si une ville est menacée, le système envoie automatiquement une alerte aux villes voisines. »
Si le système fonctionnait ainsi, il semblait effectivement utile pour se préparer au danger.
Oscar réfléchit un instant, puis prit la parole.
« Autrement dit, quelque chose s’est passé dans une ville voisine et, comme dire la vérité provoquerait une panique générale, ils cachent l’information ? »
« Je parle seulement d’une possibilité. »
À vrai dire, Oscar ne pensait pas que cette possibilité était nulle.
Il avait lui-même constaté à quel point les informations étaient contrôlées en temps de guerre.
« Attends. Dans ce cas, autant demander directement. »
« Avec la perturbation du réseau, ça ne marcherait pas… Ah, tu comptes y aller seul, par hasard ? »
« Non. Qui sait ce qui pourrait t’arriver si je te laissais seul dans cet état ? »
La Brigade Pourpre pouvait très bien débarquer d’un instant à l’autre.
Oscar se leva et se mit à fouiller les étagères des meubles alentour.
« Ça doit forcément être quelque part… Ah, le voilà. »
À la vue de l’objet qu’Oscar venait de sortir, une lueur singulière brilla dans les yeux du Commandant.
« C’est une boule de cristal de communication ? »
« Oui. C’est un vestige d’une ancienne époque qui n’utilise pas le réseau de communication de la Tour Jaune, mais ça peut servir dans ce genre de situation. »
« Tu sais t’en servir ? »
« Bien sûr. Tu n’as pas entendu comment j’ai survécu face à Kaya, à Baran ? »
En riant, Oscar s’assit et injecta de la puissance magique dans la boule de cristal.
Le code de la boule de cristal de Monsieur l’Empereur, c’était…
Il envoya un message en fouillant dans ses souvenirs. Moins de dix minutes plus tard, une réponse arriva.
« Qu’est-ce qu’il a dit ? »
« Ah, c’est une sorte de code. Pour vérifier nos identités respectives. »
Après qu’Oscar eut envoyé le mot de passe convenu, Monsieur l’Empereur le bombarda de questions.
[Êtes-vous toujours à Pervache ?]
[Oui, Votre Majesté. Je ne sais pas si le message est bien passé, car le réseau fonctionnait mal tout à l’heure, mais j’ai mis le Commandant en lieu sûr. Nous sommes actuellement dans la planque secrète de Pervache.]
Ensuite, il n’y eut plus de réponse pendant un moment.
[Quittez cet endroit immédiatement.]
[Traducteur — Night]
[Relecteur — Pistolet]
Le message déchiffré était plutôt glaçant.
Oscar marqua une pause, puis renvoya aussitôt un message.
[Que se passe-t-il ?]
Il attendit un bon moment sans réponse, sentant ses entrailles se consumer.
Enfin, un long message arriva.
[Il y a 12 heures et 37 minutes, tout contact avec Starfall a été perdu. Au même moment, une réaction anormalement importante d’énergie démoniaque a été détectée dans la région. La Famille Impériale part donc du principe que Starfall a été occupée par des forces hostiles.]
« Qu’est-ce que… »
Ses pensées s’arrêtèrent net.
Il eut l’impression que son cerveau s’était figé et refusait de fonctionner.
« Qu’est-ce qu’il y a ? Pourquoi tu réagis comme ça, tout à coup ? »
Le Commandant, qui avait senti l’atmosphère s’alourdir, l’interrogea.
Ce ne fut qu’après avoir entendu la question trois fois qu’Oscar reprit ses esprits et lui expliqua la situation.
« Je vois. »
Le Commandant marmonna en hochant la tête.
« Depuis qu’il est jeune, ce type déteste l’incertitude plus que tout. Maintenant qu’il a repéré ma position et sait où je me trouve, il compte me tuer par tous les moyens. »
« … »
Un membre de sa famille qui s’acharnait à le tuer, hein.
Oscar se mordit fermement la lèvre et tapota la boule de cristal de communication.
[Si de l’énergie démoniaque a été détectée, est-il certain qu’il s’agit de démons ?]
[Ce n’est pas certain, mais pour l’instant, c’est l’hypothèse la plus probable. Les niveaux d’énergie démoniaque n’étaient pas aussi vagues que ceux des jouets utilisés par le Doigt Noir.]
« Hmm ? »
Quelque chose lui parut étrange. Oscar tapota rapidement la boule de cristal.
[Ne faudrait-il pas simplement vérifier les avant-postes construits dans la Chaîne de montagnes Rouges ? Ils ont aussi des boules de cristal de communication, là-bas.]
[C’est justement ce qui rend la situation encore plus confuse. Jusqu’à présent, aucun avant-poste n’a été attaqué ni détruit.]
Quoi ?
Les sourcils d’Oscar frémirent.
À elle seule, la Chaîne de montagnes Rouges comptait quatre cents avant-postes de l’armée impériale.
Construits à intervalles réguliers et rapprochés, ils ne pouvaient pas être évités par une armée de démons qui traverserait la chaîne.
Et ces avant-postes auraient forcément été détruits.
Pourtant, si les avant-postes étaient tous intacts, il n’y avait que quelques possibilités.
La première était que les démons n’aient pas franchi la Chaîne de montagnes Rouges.
La deuxième, que les rapports envoyés par les avant-postes eux-mêmes soient des mensonges.
La dernière… qu’ils aient traversé la chaîne par un moyen que les avant-postes ne pouvaient pas détecter.
[Les trois scénarios sont catastrophiques.]
[La Famille Impériale a envoyé des messagers dans les environs, au cas où les rapports eux-mêmes seraient mensongers. Si c’est vrai… cela signifie que tout le réseau de défense du nord est paralysé. Nous devons donc nous préparer à une guerre totale.]
À ces mots, tout son sang se glaça.
S’ils avaient attendu encore un peu, juste un peu plus longtemps, les nôtres auraient pu les encercler tous d’un seul coup.
Oscar serra les dents et tapota la boule de cristal.
[Quelle sera la riposte ?]
[Une partie des armées de l’ouest et de l’est marche déjà vers le nord. L’armée du centre devrait bientôt les rejoindre, et l’alerte rouge a été décrétée dans toute l’armée en prévision d’une éventuelle guerre totale.]
Alerte rouge.
Cela correspondait à une situation pratiquement équivalente à un état de guerre.
Même si les habitants n’étaient pas informés de la situation, pour l’armée, c’était comme si la guerre avait déjà commencé.
« Merde. »
Il fallait que ça arrive maintenant, dans une situation pareille.
Oscar se massa le front et lui expliqua rapidement la situation.
« … Des démons venus d’en haut, l’armée impériale qui approche par le sud, hein. »
« Ça pourrait même être une bonne chose. Pour l’instant, la pointe de la lance de l’Empire qui était dirigée contre toi vise désormais les démons. »
« Si on ne considère que la situation actuelle, c’est possible. »
Mais tôt ou tard, s’ils descendaient vers le sud, la région serait infestée de chasseurs de primes.
Malgré tout, rester dans le nord, qui risquait de devenir un champ de bataille, par peur d’eux serait stupide.
[Je vais emmener le Commandant vers le sud, dès maintenant.]
[Je vous conseille de vous rendre au sud ou au royaume de Yan par téléportation spatiale.]
Oscar expliqua pourquoi ils ne pouvaient pas recourir à la téléportation spatiale pour le moment.
[… Nous n’avons pas le choix. Dans ce cas, je vais dépêcher le Bureau de la sécurité. Vous allez vous faire arrêter par ses agents.]
Arrêter, hein.
Après réflexion, Oscar acquiesça.
Pas une mauvaise idée.
En se faisant arrêter par le Bureau de la sécurité, qui recevait ses ordres de l’Empereur, puis enfermer dans la prison impériale, ils auraient au moins la garantie d’être protégés.
L’Empereur pourrait simplement ordonner qu’on les garde en vie, sous prétexte de remonter jusqu’à ceux qui tiraient les ficelles.
Bien sûr, le mieux serait de s’enfuir, mais…
Pour l’instant, on supposait que des démons puissants, ou une force équivalente, étaient apparus dans une ville voisine.
Mieux valait être enfermé dans une prison sous la protection de l’Empereur que de se faire rattraper et tuer par eux.
[Compris. Où serait-il préférable de se retrouver ?]
[Aux abords de Sirin…]
Après avoir convenu d’un lieu de rendez-vous, Oscar posa la boule de cristal de communication et se leva.
« Allons-y. »
« Qu’as-tu décidé ? »
« Je vais te confier à la Famille Impériale. Ah, ne te méprends pas. Pour être plus précis… »
« Je comprends. L’Empereur essaie de me protéger. »
Le Commandant acquiesça, remit rapidement ses vêtements et replaça sur sa tête l’artefact qui dissimulait son apparence.
Les deux hommes sortirent de la planque et s’engagèrent dans la rue.
« À partir de maintenant, l’entrée et la sortie de la ville par toutes les portes sont strictement interdites ! Habitants, rentrez immédiatement chez vous ! »
« Il s’agit d’un exercice spécial organisé à la demande de la Famille Impériale ! Rentrez chez vous sans vous inquiéter ! »
Des soldats et des chevaliers couraient dans les rues en parfaite coordination, encadrant les habitants.
« Hé, vous pourriez au moins nous dire de quel genre d’exercice il s’agit. »
« Des informations détaillées seront bientôt communiquées séparément. Pour l’instant, veuillez rentrer chez vous. »
« Tss… »
Les habitants claquèrent la langue, déçus, puis rentrèrent chez eux.
La situation découlait du fait que les habitants n’avaient toujours pas été informés, puisque l’alerte rouge était en vigueur.
Vroum !
Bientôt, le bruit des portes de la forteresse de Pervache qui se refermaient lourdement retentit.
[Traducteur — Night]
[Relecteur — Pistolet]