Chapitre 436
[Traducteur — Night]
[Relecteur — Pistolet]
Chapitre 436 : Effondrement (1)
Le camp de base, à l’entrée de la Forêt des Ombres.
Des mercenaires, réunis en petits groupes, discutaient à voix basse autour des feux de camp allumés.
« Ils ont dit qu’on toucherait un milliard si on l’attrapait, c’est ça ? »
« Réveille-toi. Comment des gens de notre niveau pourraient capturer un Mage de niveau 7 ? »
« C’est vrai. Ils ont dit qu’ils nous paieraient rien que pour confirmer sa position et la signaler. On devrait se contenter de viser ça. »
Comme on pouvait s’y attendre, les mercenaires s’étaient rassemblés à cause du commandant de la Brigade Violette.
La Famille Impériale avait proclamé une prime sans commune mesure avec les demandes insignifiantes.
Le fait qu’ils puissent toucher de l’argent en signalant simplement sa position était plutôt alléchant.
« Mais il se cacherait vraiment dans un coin aussi reculé ? »
« Il est plus facile de se cacher dans une forêt qu’en ville. Et puis, impossible de le repérer au mana dans la Forêt des Ombres. C’est l’endroit idéal. »
Caché derrière un arbre, Oscar écouta la conversation des mercenaires, puis désactiva l’amplification de son ouïe.
« On dirait qu’un événement a éclaté sur tout le continent. »
« Keuk, c’est donc ça ? »
Le commandant esquissa un sourire amer.
Adossé à l’arbre, il expira avec peine, son souffle à peine stabilisé.
En l’observant, Oscar lui demanda :
« Ça va ? »
« Plus ou moins. La douleur qui me donnait l’impression que tout mon corps se déchirait, comme tout à l’heure, a disparu. »
« Non, pas ça… Je parle de la situation actuelle. »
L’Empire tout entier était à ses trousses pour le tuer.
Il était forcément terrifiant pour une personne seule de devoir gérer une telle situation.
Et plus encore pour un démon qui s’était rendu aux humains par peur d’être assassiné par ses propres proches.
« …Ça aussi, ça va plus ou moins. »
« Vraiment ? Honnêtement, à ta place, je crois que je serais un peu blessé. »
« Ce n’était pas ce genre de relation, au départ. »
Le commandant avait répondu d’un ton catégorique :
« L’Empereur fermait les yeux sur mon existence et je vivais tranquillement sans le trahir… Ce n’était pas exactement parce que nous nous faisions confiance. »
L’ennemi de mon ennemi est mon ami.
Deux êtres qui avaient donc un ennemi commun avaient simplement noué une entente tacite.
« Je n’ai jamais cru que cette relation durerait éternellement. Elle devait bien prendre fin un jour, et ce jour est simplement arrivé. »
« … »
« Surtout, c’est ma faute si ce type a découvert mon énergie démoniaque. Je n’ai aucune raison d’en vouloir à qui que ce soit. »
« … Euh, oui, enfin… »
Oscar prit un air légèrement gêné.
À strictement parler, son énergie démoniaque s’était échappée parce qu’Oscar lui-même était à sa poursuite.
« Hum, désolé. »
« Tu n’as pas à t’excuser. Le Démon Fou va bien ? »
« Il va bien. Tu sais, le donjon appelé Utopia qui est apparu la dernière fois ? Après en être revenu, il a un peu changé et… »
Après avoir échangé quelques banalités, Oscar prit la parole.
« Si tu te sens bien, on devrait se remettre en route ? »
« …Allons-y. Où veux-tu aller ? »
« Pour l’instant, je pense à une petite ville du nord appelée Pervache. »
« Une ville ? »
Le commandant parut perplexe.
Ils ne seraient même pas en sécurité dans un lieu inhabité, alors choisir une ville lui semblait incompréhensible.
« Elle compte environ deux mille habitants, et la Famille Impériale y possède une maison-refuge secrète. »
« Ce ne serait pas quand même dangereux ? Si la Famille Impériale est au courant, il doit bien y avoir des gens chargés de s’en occuper. »
« Ça ira. »
Oscar avait dit qu’il s’agissait d’une maison-refuge secrète de la Famille Impériale, mais en réalité, seul Monsieur l’Empereur était au courant.
C’était l’un des endroits où se cacher si l’Empereur devait un jour évacuer.
« Hmm. Vu ta confiance, l’Empereur a dû te donner un tuyau en privé. »
« On peut dire ça. »
Oscar lui expliqua rapidement le plan.
« On va évidemment se déplacer par magie de portail, mais, par précaution, on ne fera pas le trajet d’une seule traite. »
« À cause du repérage ? »
« Entre autres. Je pense aussi que je vais devoir vérifier régulièrement l’état de ton corps. »
Il avait tellement souffert après être resté un court instant dans le sous-espace.
La magie de portail provoquerait peut-être des symptômes similaires.
Le commandant hocha la tête.
« Si mes suppositions sont justes, la magie de portail à elle seule sera douloureuse. »
« C’est ce que je pensais. Quelle en est la raison exacte ? »
« Hmm. »
Après avoir réfléchi un instant, le commandant prit un exemple :
« Imaginons que notre pouvoir soit un élastique. Normalement, la distance qui nous sépare correspond à sa longueur. Et une telle tension n’a aucun effet sur l’un ou l’autre. »
Le problème survenait au moment où l’un d’eux entrait dans un sous-espace.
« …Autrement dit, la distance entre nous se dérègle instantanément. »
« Exactement. Comme le sous-espace que tu maîtrises n’existe probablement pas dans la réalité, il devient impossible de définir la distance qui nous sépare. »
L’élastique déréglé se tendait bizarrement et, comme il avait tendance à reprendre sa forme initiale, le commandant subissait une pression immense.
« Attends, ça veut dire que le Grand Empereur ressent lui aussi une douleur similaire à la tienne ? »
« …Tu as l’air d’imaginer quelque chose d’effrayant, mais tu n’obtiendras pas le résultat que tu espères. »
Le commandant secoua la tête.
« Le pouvoir que je possède est relativement plus faible que le sien. Il cherche donc constamment à se rapprocher de lui. »
« Je vois. En gros, tu es le seul à en pâtir. »
« …Les humains sont terrifiants. »
« C’était juste une idée, une idée. »
Il s’était dit que s’il poussait de force le commandant dans le sous-espace sans le laisser ressortir, ils pourraient peut-être mourir tous les deux.
« Quoi qu’il en soit, une téléportation spatiale sur une longue distance, d’un seul coup, serait dangereuse. »
« Si possible, mieux vaudrait s’y prendre plusieurs fois, par petits bonds. »
« D’accord. Et pour l’odeur de pistage sur dix mille li, comment on l’efface ? »
« Ce sera difficile de l’effacer pour le moment. »
Le commandant répondit sans détour :
« Il faut une solution spéciale, et pour l’obtenir, on doit aller jusqu’au royaume de Yan. »
« Hmm… C’est compliqué. Dans ce cas, est-ce qu’on peut brouiller la piste ? »
« C’est aussi diffi… Non, un Mage de ton calibre devrait pouvoir le faire. »
Après avoir réfléchi un instant, le commandant retira son manteau brun châtaigne et le déchira — Riiip ! Riiip !
Il tendit à Oscar une poignée de morceaux qui, quelques instants plus tôt, formaient encore son manteau.
« L’odeur persistante de l’odeur de pistage restera aussi sur ce manteau. Je le porte tout le temps. »
« Ah, je crois comprendre. »
Oscar prit les morceaux et claqua des doigts.
— Tchip, t-tchip !
— T-t-tchip !
Des oiseaux de vent piailleurs battirent des ailes dans ses mains.
Oscar répartit les morceaux de manteau entre eux et leur ordonna :
« Volez à toute vitesse. Chacun dans une direction différente. »
— Tchip !
Les huit oiseaux de vent se dispersèrent en un instant et s’envolèrent.
La raison pour laquelle il n’avait pas utilisé la magie spatiale était simple.
S’ils apparaissaient instantanément très loin, on découvrirait qu’il était impliqué.
« Puisque tu le portais tout le temps, tu y tenais, à ce manteau ? »
« Plus ou moins. Mais ce n’est qu’un vêtement. »
« …D’accord. Alors, le problème de l’odeur de pistage sur dix mille li est réglé ? »
« Bien sûr que non. Une méthode aussi simple ne suffirait pas. Ça a juste ralenti leur pistage en dispersant l’odeur persistante dans plusieurs directions. »
En fin de compte, ils devraient quand même échapper à ces salauds de la Brigade Violette.
À cet instant, le commandant jeta un coup d’œil au camp de base et déclara :
« Les mercenaires se mettent en route. On ferait bien d’y aller aussi. »
« Compris. »
Oscar tira rapidement sur les fils de l’espace et ouvrit un sous-espace.
Dès qu’il y entra, il cria :
« Par ici ! »
Il plongea dans le portail qu’il avait ouvert à l’avance. Dès qu’il en ressortit, Oscar vérifia l’état du commandant.
« Hah… Haah… »
Il n’était resté là-dedans qu’un peu plus de six secondes, mais le commandant respirait déjà avec difficulté.
Il regarda Oscar.
« On a avancé de combien ? »
« Environ trente kilomètres. »
« Continuons… »
Après cinq autres déplacements consécutifs, l’état du commandant se dégrada nettement.
« On est arrivés. Repose-toi un peu. »
Pendant que le commandant s’asseyait par terre pour se reposer, Oscar regarda autour de lui.
Comme il s’agissait d’une ville froide du nord, Pervache ressemblait à Vince.
La seule différence, c’était que ses remparts n’étaient pas très hauts.
De toute façon, ce n’est pas la dernière ligne de défense.
Dans le nord de l’Empire, trois grandes villes remplissaient le même rôle que Vince.
[Traducteur — Night]
[Relecteur — Pistolet]
L’une d’elles était Starfall, située encore plus au nord.
Y a-t-il des informations utiles ?
Oscar ouvrit la main.
« Archives du Vent. »
Il saisit le livre invoqué et lui donna un ordre :
« Résume les cinq sujets dont on a le plus parlé aujourd’hui dans cette ville. »
Fliiiip !
Le livre s’ouvrit, et le vent qui s’en échappa se répandit dans toutes les directions.
Une vingtaine de minutes plus tard, peut-être, les vents dispersés revinrent, chacun porteur d’une phrase.
Griffonne, griffonne, griffonne.
Les informations recherchées s’inscrivirent sur la page blanche.
— La Famille Impériale offre une prime d’un milliard de cloches pour la capture ou la mise à mort du commandant de la Brigade Violette.
— Les recherches se sont étendues à tout le nord. Un avis de recrutement de personnel supplémentaire a également été affiché à la Guilde des mercenaires.
— Des traces de combat non identifiées ont été découvertes dans la Forêt des Ombres, au nord.
Comme prévu, les nouvelles ne concernaient que la Famille Impériale et le commandant.
Il s’y était plus ou moins attendu.
Un peu rassuré, il parcourut les phrases suivantes.
— La ville fortifiée du nord, Starfall, est coupée de toute communication avec l’extérieur depuis ce matin.
— Face aux nombreuses plaintes, la Tour Jaune annonce qu’elle rétablira les communications au plus vite.
« …Hmm ? »
Les communications par mana avec Starfall étaient-elles interrompues ?
Oscar hocha la tête, comme si ce n’était pas grand-chose.
Les salauds de la Tour Jaune ne s’intéressaient depuis longtemps qu’à la capitale et aux autres grandes villes.
Mais pour une ville de la taille de Starfall, la Famille Impériale devrait quand même s’en inquiéter, non ?
L’Empire était actuellement en période d’armistice.
Autrement dit, il fallait pouvoir communiquer en temps réel avec des endroits comme Vince et Starfall, qui constituaient les premières lignes de défense.
Si la Tour Jaune était incapable d’assurer même ce service, la Famille Impériale lui retirerait sans pitié son monopole sur les communications.
« Pfiou… Je me sens déjà un peu mieux. »
Le commandant, dont les veines saillantes avaient dégonflé, s’approcha d’un air un peu plus détendu.
Il regarda le livre qu’Oscar tenait et demanda :
« Il y a des informations utiles ? »
« Hein ? Pas vraiment. On parle surtout du monde entier qui te poursuit. Il y a autre chose, aussi. »
Oscar lui expliqua la panne des communications de Starfall.
« Hmm. Et si tu interrogeais l’Empereur à ce sujet ? »
« Sa Majesté ? »
Après un instant de réflexion, Oscar hocha la tête.
Il devait de toute façon lui communiquer leur position actuelle ainsi que la nouvelle qu’il avait sauvé le commandant.
« Attends un instant. »
Oscar sortit un communicateur et y insuffla du mana.
Bip… Bip…
Mais le communicateur ne faisait que biper régulièrement, sans établir la connexion.
Oscar l’examina et marmonna :
« On dirait que ce ne sont pas seulement les communications de Starfall : tout le réseau du nord est en panne. »
« C’est étrange. Ça ne marche pas du tout ? »
« Ouais, pour l’instant, impossible de communiquer. Mais je devrais pouvoir envoyer un message. »
Il continua d’essayer, jusqu’à ce qu’un signal passe enfin pendant quelques secondes à peine.
Un instant plus tard, on entendit la connexion s’établir avec son interlocuteur.
— Bzzzt… bzzzt… scar. Où.
« Allô ? »
Oscar répondit en jetant un rapide coup d’œil au commandant.
« La connexion est mauvaise, alors je vais faire court. J’ai sauvé le commandant sans encombre et nous nous dirigeons actuellement vers la maison-refuge de la Famille Impériale à Pervache. »
— …Bzzzt, bzzzt.
« Allô ? »
On aurait dit que le vent glacial propre aux régions du nord étouffait encore davantage la voix.
Oscar concentra du mana dans ses deux oreilles et parvint à entendre par intermittence la voix de Monsieur l’Empereur.
— …Bzzzt. Nord…
« Oui, c’est ça. Nous sommes actuellement à Pervache, dans le nord. »
— …Bzzt, bzzzt. Combat… dangereux…
À ces mots répétés, Oscar hocha la tête.
« Oui, les combats en ville sont dangereux, alors nous les éviterons autant que possible. »
— Clic.
Bip… Bip…
Oscar fronça les sourcils : la communication avait encore été coupée.
« Tss, ces salauds de la Tour Jaune. La Famille Impériale les couvre de soutien, et voilà la qualité de leurs communications. »
« C’est bon ? »
« Ouais, j’ai fait mon rapport. Ça devrait être rétabli d’ici demain au plus tard. Allons à la maison-refuge. »
À l’abri de l’obscurité de l’aube, ils avancèrent tous les deux dans les ruelles de la ville.
« C’est ici. »
« Pour une maison-refuge impériale, c’est vraiment… délabré. Il y a même de la poussière partout. »
Le commandant fronça les sourcils dans la ruelle entre de vieux bâtiments délabrés.
Comme il l’avait dit, la porte, qui semblait ne pas avoir été ouverte depuis longtemps, était même rouillée.
« Ça prouve simplement que l’endroit est bien caché. Allez, entrons. »
« Tu as une clé ou quelque chose du genre ? »
« On peut l’ouvrir avec un code de mana précis. Je l’ai bien sûr mémorisé à l’avance. »
Oscar saisit rapidement le code de mana, puis posa la main sur la poignée.
Waaaaaah !
Une sirène d’alarme retentit bruyamment.
Pris au dépourvu, Oscar bredouilla une excuse :
« N-non. Je suis pourtant certain que c’est le bon code de mana. »
« Oscar. »
Le commandant posa l’index sur ses lèvres pour lui faire signe de se taire. Oscar baissa la voix.
Un instant plus tard, le commandant dressa les oreilles, releva la tête et murmura :
« Cette alarme ne vient pas de ce bâtiment. »
Waaaaaah !
La sirène, assez puissante pour vriller les tympans, retentissait dans toute la ville.
[Traducteur — Night]
[Relecteur — Pistolet]