Chapitre 435
[Traducteur — Night]
[Relecteur — Pistolet]
Chapitre 435 : Ennemi public du continent (5)
« Qu’est-ce que c’est que… »
Son esprit se vida un instant face à cette variable inimaginable.
C’était la première fois qu’un objet ou un être vivant prisonnier d’un sous-espace en ressortait de lui-même.
Même son maître, Ado Valel, ne lui avait jamais parlé d’un cas pareil.
« Kugh. »
« Hé, ça va ? »
À la question inquiète d’Oscar, le Commandant parvint à peine à lever la main.
Mais ses tremblements ne faisaient que confirmer que son état était loin d’être normal.
« Bon sang… »
« Que s’est-il passé, exactement ? Pourquoi êtes-vous sorti ? »
« … Je ne suis pas sorti de mon plein gré. »
Bzzzt, bzz-bzzzt.
Le visage du Commandant, qui répondait avec peine, était lui aussi dans un sale état.
Comme si l’artefact qui brouillait d’ordinaire les perceptions en dissimulant son visage s’était brisé, celui-ci se brouillait avant de prendre les traits d’un parfait inconnu, changeant plusieurs fois par seconde.
« L’énergie démoniaque de ce type… m’attire. »
Oscar comprit aussitôt à qui il faisait référence.
Se pourrait-il que… l’énergie démoniaque du deuxième Grand Empereur l’attire ?
Bien sûr, il savait que le mystérieux pouvoir des deux frères démons exerçait une sorte de force d’attraction.
On disait que si l’un mourait, l’autre absorbait son pouvoir.
Mais j’ignorais que ce pouvoir pouvait agir jusque dans un sous-espace.
Oscar fronça les sourcils, l’esprit embrumé.
À cet instant, tout le plan qu’il avait échafaudé vola en éclats.
Et la difficulté de l’opération grimpa à un niveau insensé.
À présent, il devait s’échapper de ce filet dont nul ne pouvait sortir, tout en emmenant le Commandant avec lui.
« Kugh. »
Le Commandant se cramponna à sa poitrine.
Des veines rouge sombre saillaient sur le dos de sa main, puis se rétractaient, encore et encore.
En le voyant, Oscar marmonna :
« Ça va être difficile de vous faire rentrer. »
« Je vais être franc. Pour l’instant… je suis déjà à bout rien qu’à contenir ce pouvoir. »
Autrement dit, il était hors de combat.
Oscar n’avait même pas encore eu le temps de démêler cette situation vertigineuse que…
« Ha, haha ! Hahahaha ! »
Des éclats de rire retentirent soudain.
« Haha, attendez, une seconde. Qu’est-ce que c’est que tout ça ? »
Les hommes qui l’encerclaient se prirent le front entre les mains.
Ils regardèrent dans leur direction — ou, plus précisément, le Commandant — puis ricanèrent, incrédules.
« Tu as mis quelqu’un dans un sous-espace ? »
« … »
« Ah, maintenant que j’y pense, c’était évident. Le Commandant étant devenu l’ennemi public du continent, c’est étrange que quelqu’un essaie de le sauver, non ? »
Le regard de l’homme s’attarda sur Oscar.
« Mais venant de toi, c’est une autre histoire. Oscar Crucian. »
« … »
Il avait l’esprit vif.
En même temps, dès lors qu’il avait été témoin du sous-espace, il n’avait pas eu d’autre choix que de deviner son identité.
« À bien y réfléchir, tu n’étais pas venu avec l’Épée Céleste lors du dernier Grand Invocation ? Je n’y étais pas… mais vu que le Commandant s’en est sorti indemne, vous avez dû conclure un marché. »
L’homme hocha la tête et esquissa un sourire narquois.
« Ça m’intrigue, tu sais ? Quel genre de marché avez-vous conclu, à l’époque, pour que tu risques ta vie même dans une situation pareille ? »
« … Tu es bien curieux. D’après mon expérience, les types comme toi ne font pas de vieux os. »
« Ouhahaha ! »
Les quatre hommes se tinrent les côtes en riant.
« Tu as l’air bien sûr de toi. Tu crois vraiment pouvoir me battre ? »
« … »
« Si je suis venu chasser le Commandant tout seul, tu dois bien te douter du niveau de mes capacités, non ? »
« Tu es peut-être juste un type pétri d’arrogance. Tu manques de lucidité sur toi-même. »
« Kékéké, pourquoi ne pas demander au Commandant, juste à côté de toi ? »
L’homme inclina le menton, et le Commandant prit une courte inspiration avant de répondre :
« … Ce n’est pas juste un vantard. C’est l’un des rares membres de la Brigade à agir en solitaire. »
« Tu l’as entendu, pas vrai ? »
Les hommes écartèrent les bras en souriant à pleines dents.
« Notre Commandant est plutôt avare en compliments. C’est une sacrée évaluation, ça. »
Oscar ignora la remarque et demanda :
« Sa capacité ? »
« C’est exactement ce que tu vois. Il invoque plusieurs versions de lui-même. »
Le Commandant contempla les hommes qui les encerclaient.
« Chacun d’eux est réel, doté d’un corps physique. »
« Des clones qui imitent son corps d’origine ? »
« Non. Si tu te bats en le croyant, tu mourras. »
Le regard du Commandant glissa lentement sur eux, comme un cours d’eau.
Même visage, même carrure, même expression.
« Ce salaud aimait apprendre un peu de tout. Il maniait l’épée, étudiait la magie et savait même se servir d’un arc et d’un pistolet. »
« Il était donc polyvalent. »
« Il avait du talent dans bien des domaines, mais n’a jamais réussi à se fixer sur un seul. Il était trop avide. »
Oscar observa de nouveau les hommes autour d’eux.
Les arcs et les fusils à canon scié dans leur dos, les pistolets à leur ceinture, les fourreaux et jusqu’aux artefacts qui leur couvraient le corps.
« … Ce qui veut dire qu’il se sert vraiment de tout ça. »
« Oui. Ce sont les incarnations des possibilités auxquelles il a renoncé, et qu’il n’a donc jamais pu atteindre. »
Le lui qui n’avait jamais lâché son épée.
Le lui qui s’était consacré uniquement à la magie.
Le lui qui avait exploré l’art des armes à feu, ou s’était voué exclusivement à l’arc, et ainsi de suite.
« En choisir une, c’est renoncer aux autres. Le temps est limité, et on n’a qu’un seul corps. »
Mais l’homme qui se tenait devant eux rejetait ce bon sens élémentaire.
Qu’aurait-il pu devenir s’il avait cultivé un seul talent jusqu’au bout ?
Un monde ultime, né de cette curiosité et de ce désir.
« Voilà le monde de Julian Bern : 『Tout à moi』. »
« Merci pour ces explications ! »
Clac !
Le Julian de droite tira le fusil à canon scié de son dos.
« Puisqu’on m’a dit que je pouvais te ramener mort, pourquoi ne pas laisser un peu d’argent de poche à ton ancien subordonné, Commandant ? »
Le canon était braqué sur la tête du Commandant.
Au moment où Oscar déploya en urgence un bouclier protecteur, boum !
Une détonation assourdissante retentit.
Papapam !
La chevrotine qui frappa la barrière de vent se dispersa dans toutes les directions.
« Kugh ! »
La puissance destructrice était suffisante pour traverser sans peine plusieurs couches de boucliers.
J’ai quand même réussi à la bloquer, pour l’instant.
À peine un soupçon de soulagement l’effleura-t-il que le Julian derrière eux dégaina son épée et se rua sur lui.
« Les gêneurs, écartez-vous ! »
Fffouit !
La lame fondit sur lui, visant droit son cou.
Oscar planta sa lance en biais pour parer le coup.
Clang !
Elle est lourde.
Le choc qui remonta le long de la hampe lui parcourut tout le corps, comme une décharge électrique.
Le Julian qui croisait le fer avec lui esquissa un sourire.
« C’est lourd, hein ? Et pourtant… »
« Tu ne devrais pas regarder ailleurs ! »
Le Julian de devant récita un sortilège. Des lianes jaillirent du sol et s’enroulèrent autour de tout son corps.
En un instant, il fut immobilisé.
Au même moment, le Julian qui s’était éloigné relâcha la corde de son arc, tendue à bloc.
« … Je te tiens. »
Sa voix se perdit dans le sifflement de la flèche.
『Frappe spatiale』
Une lame spatiale apparut dans les airs et trancha en deux la flèche qui arrivait.
Dans le même temps, des lames identiques se formèrent au-dessus de la tête des Julians.
« … Hein ? »
« Qu’est-ce que… »
Fchlaaac !
Dans un bruit de chair tranchée, un bras roula sur le champ enneigé.
C’était celui du type armé d’un pistolet.
« Kuaaaagh ! »
« Tu n’as pas réussi à esquiver ça ? Quel idiot. »
« Ha, je le comprends, quand même. C’est déjà déconcertant de se faire toucher par ce truc. »
Le Julian Chevalier, qui avait roulé au sol pour quitter la zone, laissa échapper un rire sans joie.
« Lancer une magie mortelle sans le moindre avertissement… tu n’es pas qu’un simple candidat, hein ? »
« … Je crois qu’on va devoir changer un peu nos priorités. »
[Traducteur — Night]
[Relecteur — Pistolet]
« Autant se contenter de tenir le Commandant à distance et de tuer ce type en premier. »
Les Julians, après s’être concertés, changèrent d’expression.
Oscar, lui aussi, avait terminé son analyse.
J’ai lancé la Frappe spatiale dans l’intention de tous les tuer… et pourtant, aucun des quatre n’a subi de blessure mortelle.
C’était stupéfiant : aucun n’était en dessous du niveau 6.
Autrement dit, tous les quatre étaient au niveau 7.
Ils ont tous la même apparence, mais j’ai déjà identifié leur spécialité.
C’étaient respectivement le Julian Chevalier, le Julian Mage, le Julian Tireur et le Julian Archer.
Oscar souffla au Commandant :
« C’est le nombre maximum qu’il peut contrôler ? »
« Probablement. C’est la première fois que j’en vois quatre, moi aussi. »
« Dans ce cas… »
Des Lames de vent s’élevèrent doucement derrière Oscar.
Fchlaac ! Fchac !
D’un seul mouvement, Oscar trancha les lianes qui l’entravaient et lâcha la lance qu’il tenait.
Il n’avait plus besoin de jouer les lanciers.
Puisqu’ils ont découvert qui je suis… je ne peux pas les laisser en vie.
Le regard d’Oscar se fit un peu plus froid. Il balaya rapidement les environs des yeux.
Les Julians qui les encerclaient avançaient lentement en cercle.
Tout monde a ses failles.
Surtout un monde comme « Tout à moi », qui ne semble montrer que des avantages : sa faille devait être évidente.
La découvrir devenait sa priorité absolue.
En temps normal, il aurait dû libérer son propre monde pour faire jeu égal avec eux.
Mais si je libère mon monde…
La lune rouge, encore vive dans sa mémoire, lui revint à l’esprit.
Rien ne garantissait que le phénomène inquiétant qu’Itaca avait éliminé pour lui la dernière fois ne se reproduirait pas.
Surtout, à l’heure actuelle, Itaca avait déjà fort à faire pour contenir le Grand Empereur.
… Et cette poursuite risque fort de s’éterniser.
Dans ces circonstances, mieux valait éviter autant que possible de libérer son monde, une méthode qui consommait du mana à l’aveuglette.
Arrivé à cette conclusion, Oscar écarta sans hésiter l’option de libérer son monde.
Pas le choix. Je garderai cette option en dernier recours.
À cet instant…
« Qu’est-ce que tu fiches à réfléchir ? Espèce d’enculé ! »
Bang ! Bang !
Au bruit des coups de feu, le pistolet du Julian qui avait perdu un bras cracha des flammes.
『Bouclier de vent』
Drrr.
La barrière de vent, placée en biais, dévia les balles sur le côté.
Au même instant, une rafale de vent souffla et brisa la flèche qui fonçait au-dessus de sa tête.
« Je vois que tu sais bien bloquer les attaques à distance ! »
L’épée du Chevalier s’abattit.
Oscar l’évita du regard, comprima le vent et créa dix Lames de vent.
Clang !
La première lame bloqua l’attaque du Chevalier. Les deuxième et troisième filèrent ensuite vers son cou et son cœur.
« Kugh ! »
Le Chevalier repoussa les lames, les sourcils froncés devant leur précision incroyable.
Oscar détourna la tête après avoir constaté le résultat.
Ça devrait suffire à le tenir occupé, lui…
Les sept lames restantes jaillirent dans toutes les directions et attaquèrent les Julians.
Fffouuuuit !
Trois lames se dirigèrent vers le Mage.
Les autres foncèrent sur l’Archer et le Tireur, deux chacun.
« Kugh ! Bouclier ! »
Le Julian Mage dressa une barrière protectrice tout en esquivant les lames qui arrivaient, mais…
Clang ! Crac !
Les trois lames martelèrent la barrière sans relâche, jusqu’à la déchirer.
« Merde ! »
Sous cette pluie d’attaques effrénée, le Mage se crispa.
Mais il était parvenu à bloquer l’assaut, pour l’instant.
Bon, si je dresse une nouvelle barrière avant qu’elles ne reviennent…
À cet instant…
« Euh, hein ? »
Le Julian Archer laissa échapper un son perplexe, mais le Mage l’ignora.
Je n’ai pas le temps de me préoccuper d’un autre type dans une situation pareille.
Il était déjà bien assez occupé à gérer les trois lames juste devant lui.
Il ne pouvait donc pas savoir que…
l’une des lames qui s’en était jusque-là prise à l’Archer avait changé de direction et fonçait droit sur l’arrière de son propre crâne.
Fffouuuuit !
« Mage ! Attention, derrière… ! »
Fchlaaac !
Avant même que l’avertissement ne s’achève, la lame trancha le cou du Mage.
Son corps décapité s’effondra, et Oscar marmonna :
« Apprenez à les esquiver tout seuls. Mes lames n’ont pas d’yeux. »
Tac, tadac !
Ses dix doigts s’agitaient sans relâche, comme s’il jouait du piano.
À chaque mouvement, les Lames de vent changeaient de trajectoire et de cible, attaquant leurs ennemis.
« … C’est un malade. »
Pour la première fois, le Chevalier laissa échapper une voix dénuée de rire.
En soi, repousser les lames qui arrivaient n’avait rien de difficile.
Le problème, c’était leur fonctionnement.
Impossible de savoir quand une lame visant un autre Julian se retournerait contre lui.
Contrairement à notre ennemi, qui contrôle seul tout le champ de bataille, nous réfléchissons et agissons chacun de notre côté.
D’ordinaire, cette liberté constituait une arme redoutable.
Mais dans une situation pareille, les divergences de pensée finissaient forcément par créer des failles.
Et leur adversaire les visait comme un fantôme.
Ne me dites pas que tout cela faisait partie de son plan ?
Au moment où le Chevalier déglutit…
Les Julians se mirent à crier.
« Écartez-vous ! Il faut augmenter la distance que les lames doivent parcourir ! »
« Quelles conneries ! Il faut au contraire rester groupés ! On doit éliminer complètement nos angles morts ! »
Pour la première fois, ils étaient en désaccord, et Oscar ne laissa pas passer cette confusion.
L’un de ses doigts s’abaissa légèrement.
Fffouuuuit !
Aussitôt, les deux lames qui s’occupaient du Tireur piquèrent rapidement vers le bas, ne visant plus que ses chevilles.
« Kugh ! Espèces de anguilles ! »
Bang ! Bang !
Au moment où le Tireur baissa précipitamment les yeux vers le sol et pressa la détente…
Une lame libérée par la mort du Mage s’abattit sur le sommet de son crâne.
Crac !
« Guh… glurk. »
La lame lui traversa net le crâne et la colonne vertébrale. Le corps du Tireur tressaillit légèrement.
À sa mort, les pupilles du Chevalier se dilatèrent et la tension s’empara de tout son corps.
Le mana qui parcourait la lame de son épée se mit lui aussi à enfler brusquement.
« Merde ! Arrête de gaspiller ton mana ! »
En entendant le Julian Archer crier, Oscar eut les yeux qui brillèrent.
Car au moment où le mana du Chevalier avait augmenté, celui qui se concentrait sur la flèche de l’Archer avait nettement diminué.
Ils ne partagent pas leurs pensées.
Chacun juge et réagit de son côté.
Et il venait d’apprendre une autre chose.
Ils partagent tous une seule réserve de mana.
À présent qu’il avait parfaitement compris la faille de leur monde, plus rien ne pouvait faire dévier l’issue du combat.
Moins de cinq minutes plus tard…
Jusqu’au dernier Julian, tous gisaient dans la neige glacée.
[Traducteur — Night]
[Relecteur — Pistolet]