Chapitre 433
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Chapitre 433 : Ennemi public du continent (3)
Après avoir vérifié que le sous-espace s’était refermé, Oscar jeta un nouveau regard autour de lui.
*Il n’y a aucun témoin… Ça s’est terminé plus facilement que je le pensais ?*
Après tout, qui aurait pu savoir que le Commandant se trouvait ici, sur ce vaste continent ?
Même s’ils avaient eu la chance de deviner l’endroit, ça n’avait plus d’importance.
Le Commandant avait déjà dissimulé son corps dans le sous-espace.
*À partir de maintenant, plus besoin de me presser.*
Maintenant qu’il avait mis le Commandant en sûreté, il ne lui restait plus qu’à sortir de cette forêt.
Il aurait préféré emprunter un portail pour partir sur-le-champ, mais la Forêt des Ombres empêchait cela.
En principe, un portail était une magie qui repérait les coordonnées de deux espaces distincts et les reliait.
Cependant, les flux de mana irréguliers de la Forêt des Ombres entravaient le processus même de repérage de l’espace extérieur et de définition d’une destination.
*Si je forçais vraiment, je pourrais établir une connexion, mais…*
Le problème, c’était qu’il ne pouvait pas savoir où elle le mènerait. 𝘧𝓇𝑒𝑒𝑤ℯ𝑏𝓃𝘰𝑣ℯ𝘭.𝘤ℴ𝘮
Dans le pire des cas, elle pouvait déboucher sur une région lointaine comme le Royaume démoniaque et lui faire dépenser tout son mana.
*Il me suffit de quitter la forêt pour résoudre tous mes problèmes. Inutile de prendre ce risque.*
Sentant sa tension retomber un peu, Oscar récupéra la lance qu’il avait plantée dans le sol et réfléchit.
Devait-il discuter avec le Commandant sur une île déserte de la Mer du Sud ?
Personne ne penserait à chercher dans un endroit pareil.
*Je pourrai aussi décider de la suite à donner à tout ça.*
Une fois sa destination choisie, Oscar posa sa lance sur son épaule et se mit en route.
Il lui suffisait de rebrousser chemin en suivant les marques qu’il avait laissées à l’aller.
Tant qu’il ne se perdait pas en chemin, il devrait pouvoir ressortir par l’endroit où il était entré en moins de deux heures.
Il avançait en songeant à tout cela quand…
— Froufrou.
Au bruit de feuilles mortes écrasées qui venait de devant lui, Oscar se hâta de se dissimuler derrière un grand arbre.
Les autres n’étaient qu’à trente mètres.
Oscar fronça les sourcils.
*Qu’est-ce que c’est que ça ? Je n’ai pas senti leur présence avant qu’ils s’approchent autant ?*
Avait-il baissé sa garde parce que sa mission était terminée ?
Ramenant sa vigilance au plus haut, Oscar passa la tête hors de sa cachette pour observer la situation.
« … »
« … »
Un homme et une femme approchaient.
L’homme avait une carrure massive, comme un ours, tandis que la femme était si maigre qu’on lui voyait les os. Le contraste était saisissant.
Leurs tenues ressemblaient à celles des mercenaires qu’il avait croisés plus tôt.
Ils portaient chacun une robe usée par-dessus une armure de cuir, avec une épée ou une hache à la ceinture.
*Ils ont l’air de mercenaires tout ce qu’il y a de plus classiques, mais…*
C’est alors que…
Les deux s’arrêtèrent net, comme s’ils s’étaient entendus à l’avance.
« Tout près. »
L’homme resta immobile et marmonna, les yeux fixés droit devant lui.
La femme glissa alors une main dans son décolleté.
Un instant plus tard, elle en sortit une boussole.
« Vingt-six mètres. »
« C’est confirmé. »
Après ce bref échange, elle remit la boussole dans son décolleté et ils reprirent leur chemin.
Oscar ne relâcha pas sa vigilance avant qu’ils ne soient partis, puis plissa les yeux.
*Des pieds ?*
Comme les miles, c’était une unité de mesure obsolète à cette époque.
Il avait entendu dire que certains mercenaires l’utilisaient comme code, mais c’était la première fois qu’il en était témoin.
« … »
Oscar attendit plus de cinq minutes sans bouger d’un pouce.
Les deux qui venaient de passer lui avaient paru étrangement décalés.
Et ce n’était pas seulement parce qu’ils avaient utilisé l’unité « pied ».
Boumm, boumm.
Son cœur, qui était resté calme même pendant le combat contre les mercenaires, se mit soudain à battre plus vite.
Même si son esprit n’en trouvait pas la raison, son corps le mettait en garde : ces deux-là étaient dangereux.
*Ces deux-là étaient vraiment… Je ne saurais pas l’expliquer, mais quelque chose clochait…*
Tressaillant, Oscar fronça les sourcils.
Un souvenir venait de lui revenir.
*Attends… S’il s’agissait de vingt-six mètres…*
Convertie dans le système métrique moderne, la distance de 86 pieds faisait environ 26 mètres.
C’était exactement la distance entre l’endroit où ils s’étaient arrêtés et celui où il se trouvait.
À l’instant où il comprit cela…
Froufrou.
Ses pupilles se dilatèrent tandis qu’un léger bruit résonnait à son oreille.
« Ah. »
La voix de la femme, qui était bel et bien passée devant lui un instant plus tôt…
« Je t’ai trouvé. »
Elle venait de derrière l’arbre où il se cachait.
*Merde !*
Oscar se mordit la lèvre et pivota brusquement.
Sa position était déjà compromise.
Il n’avait pas le moindre doute à ce sujet.
Et il avait raison.
Clang !
« … Kugh ! »
Oscar fut projeté en arrière.
Il venait de bloquer de justesse une attaque qui avait traversé l’arbre derrière lequel il s’était caché.
Ce qu’il avait bloqué de justesse était une arme longue et fine comme une aiguille : une rapière.
Frrt.
L’attaque ayant échoué, la rapière se retira. L’œil de la femme apparut dans le trou percé dans le bois.
« Quel dommage. J’avais si bien réussi à m’approcher sans me faire repérer. »
Au moment où ses yeux s’incurvèrent joliment en croissants de lune…
Un frisson glacé lui remonta le long de l’échine. Oscar fit tournoyer sa lance derrière lui.
Kaboum !
« Kuaaagh ! »
Projeté par l’impact, l’homme à la carrure d’ours roula plusieurs fois sur le sol enneigé avant de se relever d’un bond.
Oscar le fixa d’un regard noir et demanda :
« Qu’est-ce que ça signifie ? »
« Hmm. Parler, c’est pénible. Voilà pourquoi les humains sont pénibles, eux aussi. »
« … Quoi ? »
Avant qu’il puisse éclaircir la question…
Fiuu !
Une lame semblable à un poinçon jaillit derrière lui.
*Rapide !*
Une épée droite, affûtée à l’extrême pour l’estoc.
La rapière allait plus de deux fois plus vite qu’il ne l’avait cru.
*Elle était un peu plus lente tout à l’heure parce que l’arbre avait absorbé une partie de l’impact ?*
Il parvint à peine à esquiver en pivotant, mais la lame lui transperça la peau près de la clavicule et le sang jaillit.
« Quel dommage. »
La femme, qui n’avait passé que sa tête et son bras droit armé derrière l’arbre, lui adressa un sourire en coin.
Oscar détourna les yeux d’elle et regarda vivement derrière lui.
*La femme est rapide, et l’homme…*
Fort.
Kaboum !
Il bloqua le poing qui fondait sur lui avec le manche de sa lance, serrée à deux mains, mais…
« … !? »
Le poing repoussa le manche et finit par frapper Oscar en pleine poitrine.
« Kof ! »
Projeté en arrière, Oscar s’accrocha vite à sa conscience vacillante et mobilisa son mana.
Fouu !
Au moment où le mana qui jaillissait du sol le souleva dans les airs…
La rapière, qui l’attendait déjà, frôla son lobe d’oreille de justesse.
« Quel dommage ! Quel dommage, quel dommage ! »
Ayant manqué sa cible une nouvelle fois, la femme tapa du pied et fit une crise.
Après avoir roulé plusieurs fois sur le sol, Oscar se releva rapidement.
Un sifflement aigu…
Sa vue vacilla, prise d’un vertige soudain.
*Ça sent mauvais.*
Ces types étaient forts.
Oscar essuya le sang qui lui coulait de la bouche et demanda :
« Vous chassez les humains ? »
« Hmm. Dans l’ensemble, tu n’as pas tort. »
« Quel dommage ! »
L’homme s’approcha de la femme qui gloussait.
Il la regarda et lui demanda :
« Tu es sûre que c’est lui ? »
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« Attends. »
La femme glissa la main dans son décolleté, en ressortit la boussole et la vérifia.
Puis, elle hocha la tête et se désigna de l’index.
« C’est bien lui. Onze mètres. »
« Comme prévu, la boussole ne se trompait pas. »
Une boussole ?
Ils le traquaient grâce à cet objet ?
Oscar fronça les sourcils.
« … Je ne sais pas ce que vous me voulez. Mais vous faites erreur. Et surtout, les boussoles ne fonctionnent pas normalement dans cette forêt. »
« Keuk, probablement. »
L’homme prit la boussole des mains de la femme et déclara :
« Si elle fonctionne, c’est parce que… comment dire ? Ah oui, son mécanisme est différent. »
Son mécanisme était différent ?
Bien sûr, les propriétés du mana pouvaient varier légèrement, mais, dans l’ensemble, il ne pouvait exister de différence absolue.
*Si une telle chose pouvait exister…*
Oscar tressaillit, le visage soudain fermé.
En même temps, il leva lentement la tête et dévisagea les deux individus, incrédule.
« Vous deux, ne me dites pas que… »
« Tu as enfin compris ? »
« Il est lent, celui-là. »
Les deux individus souriants se jetèrent sur lui, sans attendre que l’autre bouge.
Leurs fronts s’ouvrirent en même temps, laissant jaillir des cornes.
L’aura rouge sombre qu’ils retenaient sous leur apparence humaine explosa.
Face aux cornes et à l’énergie démoniaque, deux éléments qu’il connaissait trop bien, le visage d’Oscar se déforma.
« Des Démons… ! »
Et il comprit.
Pourquoi son cœur s’était emballé dès qu’il les avait vus.
Pourquoi leur présence lui avait paru si étrange alors qu’il les voyait pour la première fois.
*Est-ce que je me suis émoussé sans m’en rendre compte ?*
Son esprit s’était émoussé à force de vivre au sein de la société humaine.
Mais ses sens, aiguisés par d’innombrables champs de bataille, n’avaient pas oublié leur odeur ni leurs traits distinctifs.
Oscar fut submergé par la colère.
*Moi…*
Il ne les avait pas reconnus dès le premier regard.
Clac !
Oscar se gifla les deux joues et son regard s’éclaircit.
Au même instant, crac !
Il lança le genou au visage du géant qui fonçait sur lui, les bras écartés.
Presque dans le même mouvement, il tendit la main vers la rapière qui se ruait sur lui.
« Quel dommage ! Tu ne peux pas m’attraper ! »
La rapière de la femme, qui s’agitait d’une excitation malsaine, se couvrit d’énergie démoniaque rouge sombre.
Paf !
Comme elle s’y attendait, la paume d’Oscar fut transpercée sans la moindre difficulté.
Une blessure fatale, impossible à empêcher, même avec son « Brise ».
Pourtant, Oscar ne sourcilla pas.
« Je sais. »
Au contraire, il poussa sa paume plus loin.
Sa blessure s’élargit, mais il s’en moqua. Il enfonça sa main et agrippa fermement la poignée de la rapière.
« Bien essayé. Mais quel dommage. »
Mordant !
La femme se mordit soudain le pouce et sourit.
« Au revoir, humain. Bye-bye. »
Puis, dans la plaie percée par la rapière, plic, ploc !
Elle fit couler son propre sang.
La scène se déroula au ralenti sous les yeux d’Oscar.
En général, lorsqu’un humain recevait le sang d’un Démon, il n’avait que deux issues possibles.
La première, c’était de ne pas supporter la puissance déchaînée de ce sang et d’en mourir.
Sinon…
« Tu es des nôtres, maintenant. Un des nôtres. »
Il devenait un Démon et se transformait comme eux.
Crac ! Craaac !
Une force prodigieuse envahit la main d’Oscar, qui tenait la poignée.
Il brisa la poignée d’un coup, puis se mit à broyer la main de la femme.
« Aïe ! Ça fait mal ! »
La femme fronça les sourcils.
À ses yeux, la situation n’avait aucun sens.
L’humain qui se tenait devant elle était parfaitement indemne : il était donc devenu l’un des siens.
Dans ce cas, elle, la Maîtresse qui lui avait transmis son sang, aurait dû être en mesure de le commander.
« Lâche-moi ! »
Mais l’humain n’obéit pas.
Au lieu de cela, il la regarda de haut, comme eux avaient l’habitude de mépriser les humains.
Comme s’il était supérieur aux Démons.
Crac !
Les articulations de ses doigts se tordirent en même temps que la poignée de l’épée.
« Ah… Ça fait mal ! Ça fait mal, ça fait mal, ça fait mal, ça fait mal ! »
En entendant ses cris, l’homme se précipita sur Oscar et le percuta de tout son poids sur le flanc.
Kaboum !
Mais Oscar ne recula pas d’un seul pas.
« … Qu-Quoi ! »
L’homme, qui s’agrippait de toutes ses forces à la taille d’Oscar, affichait une incrédulité absolue.
À cet instant, le bras d’Oscar s’enroula autour de son cou comme un serpent.
« À ton avis, ça fait combien d’années que je combats les tiens ? »
Il avait appris dès sa deuxième année de guerre à empêcher leur sang de pénétrer dans son corps.
« T-Tu es un monstre ! »
« Un monstre ? Ouais, ça me va. »
Oscar, qui avait commencé à mobiliser son mana dès qu’il avait compris que les deux étaient des Démons, marmonna :
« Je suis toujours prêt. »
« Kk, kkeueueugh ! »
« Prêt à devenir moi-même un monstre pour combattre des monstres comme vous. »
Le Démon poussa un gémissement de douleur.
Mais ce ne fut qu’un instant. Le mana concentré dans le bras d’Oscar explosa.
Kaboum !
Oscar relâcha la tension dans son bras. L’homme, dont la tête avait disparu sans laisser de trace, s’effondra sans vie dans la neige.
« Maintenant… »
Il tourna lentement son regard vers la femme.
Le Démon femelle affronta son regard, si glacial qu’elle avait du mal à croire qu’il appartenait à un humain…
*C-C’est effrayant. Effrayant, effrayant !*
Elle eut envie de hurler et de s’enfuir.
« Pourquoi ne me dirais-tu pas ce que tu sais ? »
Bien sûr, l’humain ne le lui permit pas.
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