Chapitre 430
[Traducteur — Night]
[Relecteur — Pistolet]
Chapitre 430 : Atlanta (5)
Il n’y eut pas de fête pour célébrer la fin de la guerre…
Après tout, ceux qu’ils avaient affrontés n’étaient pas des ennemis maléfiques, mais d’anciens héros du royaume.
Au contraire, le deuil de ceux qui avaient trouvé le repos éternel se prolongea.
[Je tiens à vous exprimer une nouvelle fois ma gratitude.]
Le Roi Sano s’inclina profondément devant le groupe.
[Sans vous tous, Atlanta… Je ne veux même pas imaginer ce qui serait arrivé.]
[Nous n’avons fait que ce qu’il fallait, non ?]
À la réponse décontractée de Tesila, le Roi Sano esquissa un faible sourire.
[Je ne sais pas si vous le saviez, mais les sirènes n’oublient ni les bienfaits ni les rancunes. À ce titre, j’aimerais vous offrir quelque chose.]
Sur son geste, des sirènes entrèrent dans la salle d’audience, portant des ballots dont le contenu était difficile à deviner.
[Q-qu’est-ce que tout cela ?]
[Nous avons préparé nos spécialités : des perles, des bijoux et des fibres des grands fonds.]
Chacune de ces choses se vendait à prix d’or sur la terre ferme.
En valeur monétaire, le tout dépassait facilement les 500 millions de bels.
[La situation du royaume n’est pas brillante, alors nous n’avons pu vous préparer que ce modeste cadeau. Mais je vous en prie, ne le refusez pas.]
[Modeste ? Pas du tout !]
Le groupe resta bouche bée devant les piles de présents.
Revenant enfin à elle, Tesila tourna la tête.
[Ah, au fait, qu’avez-vous l’intention de faire maintenant ?]
[Maintenant ? Hmm… La pollution de l’océan a pris fin, alors nous devrions sans doute reprendre nos activités à l’extérieur.]
Les sirènes d’Atlanta parcourraient la Mer Bleue et étendraient le territoire du royaume.
De plus, les pénuries d’oxygène et de magie, ainsi que les problèmes alimentaires, seraient bientôt résolus ; de nouvelles sirènes pourraient donc naître.
[Il nous faudra un peu de temps, mais nous comptons avancer à notre rythme.]
[Hum… Voudriez-vous que j’organise une rencontre pour vous ?]
[Une rencontre ?]
[J’ai quelques connaissances parmi les sirènes de la Mer du Sud. Je me suis dit qu’il serait agréable de vous permettre de nouer des liens.]
Était-ce… une façon de jouer les entremetteuses ?
À la surprise générale, le Roi Sano sembla intéressé par la proposition de Tesila.
[V-vraiment ? Si vous pouviez faire ça, je vous en serais infiniment reconnaissante. Il n’y a déjà pas beaucoup de jeunes dans le royaume, et nous nous inquiétions beaucoup de savoir comment faire naître de nouveaux enfants…]
[Alors, je vais essayer de faire avancer les choses !]
Un échange entre les sirènes de la Mer Bleue et celles de la Mer du Sud.
La communauté des sirènes pourrait peut-être même prospérer davantage.
[Ouf… Grâce à vous, je me sens soulagée d’un grand poids.]
Le Roi Sano afficha un soulagement sincère.
[Je ne sais pas si vous le saviez, mais Atlanta est une nation chargée d’histoire, forte de dizaines de milliers d’années d’existence. L’idée que notre lignée puisse s’éteindre avec ma génération m’a causé bien des soucis…]
[Des dizaines de milliers d’années ?]
[Oui. Cela vous étonne ?]
[Après tout, les humains ne vivent pas aussi longtemps que les sirènes… Notre histoire ne remonte qu’à environ mille ans.]
Bien sûr, au cours de ces mille années, l’humanité avait connu un développement fulgurant.
Elle jouissait de la civilisation la plus prospère de toutes les races.
Au fil de leur conversation, le Roi Sano ne cessait de s’émerveiller.
[C’est incroyable. Un navire qui vole dans le ciel…]
[C’est Oscar, ici présent, qui l’a fabriqué. C’est un vrai génie.]
[C-c’est extraordinaire.]
La conversation s’était prolongée ; ils avaient partagé un repas et échangé quelques banalités.
Le Roi Sano frappa doucement dans ses mains, comme si elle venait de se souvenir de quelque chose.
[Ah, il y a une chose que vous aimeriez peut-être voir.]
[De quoi s’agit-il ?]
[En temps normal, nous ne la montrons pas à nos invités, mais… vous n’êtes pas des invités ordinaires. Cela devrait aller.]
Le Roi Sano les conduisit ensuite dans les profondeurs du palais royal.
Une fois les portes franchies, ils découvrirent une salle au plafond incroyablement haut, éclairée par la lueur ténue de coraux luminescents.
Des fresques de toutes sortes couvraient également les murs.
[Quel est cet endroit ?]
[Comme je vous l’ai dit, Atlanta a des dizaines de milliers d’années d’histoire. Ce lieu est célèbre pour ses fresques qui en retracent le cours. Mais il y en a une en particulier : la « Muraille de la prophétie ».]
[La Muraille de la prophétie ?]
[Oui, par ici.]
À l’endroit où le Roi Sano les guida, une grande fresque était gravée dans la pierre.
Lorsqu’elle leva bien haut une torche magique, les détails de la fresque apparurent d’un seul coup.
[On dirait… un humain ?]
[En effet. Je ne sais pas pourquoi il y a une fresque représentant des humains à Atlanta, mais c’est l’une des plus anciennes du royaume.]
[Cela signifie qu’elle a des dizaines de milliers d’années ?]
À la question de Tristan, le Roi Sano acquiesça.
[Oui. C’est pourquoi de nombreux historiens du royaume l’ont baptisée la Muraille de la prophétie. Ils pensent qu’elle représente ce qui arrivera un jour à l’humanité.]
À ces mots, tous les regards se tournèrent vers la fresque.
Elle était divisée en plusieurs scènes.
[Dans quel ordre faut-il la lire ?]
[Les avis divergent aussi sur ce point. Toutefois, la théorie actuellement considérée comme la plus solide est que…]
Sano désigna une fresque sur le côté.
On y voyait une personne seule, qui semblait soudain se multiplier jusqu’à former un groupe de près de dix individus.
[Cette scène serait très probablement le point de départ.]
[Cela pourrait représenter la prospérité de l’humanité ?]
[Oui. On interprète cette scène comme la preuve que nos ancêtres savaient que l’humanité prospérerait un jour.]
[Mais comment ont-ils bien pu…]
[Nous n’avons pas réussi à le découvrir non plus. Pour commencer, les archives du royaume sont souvent incomplètes. Cependant, certains documents mentionnent une profession aujourd’hui disparue, celle de chamans sirènes qui prédisaient l’avenir de leur peuple. Je soupçonne qu’ils ont peut-être accompli quelque chose.]
Voir l’avenir grâce au chamanisme ?
Cela ne semblait pas impossible.
Après tout, nous vivions dans un monde où existait une magie capable de manipuler l’espace.
Le Roi Sano désigna la fresque suivante.
[Comme vous pouvez le voir, après la prospérité de l’humanité, une certaine menace s’en prend violemment à sa civilisation. On pense qu’elle vient de l’autre côté d’une immense chaîne de montagnes.]
[…… !]
Sans que personne ne prenne l’initiative, les membres du groupe échangèrent des regards.
Quelle que soit la personne qui contemplait cette fresque, elle ne pouvait s’empêcher de penser aux « Démons » qui vivaient au-delà de la « Chaîne de montagnes Rouges ».
[Pour leur faire face, les humains franchissent eux-mêmes les montagnes.]
La fresque se terminait sur un humain qui brandissait un objet à deux mains en riant, au terme de la bataille.
[Qu’est-ce que cet humain tient ?]
[Les historiens du royaume y voient le moment où, après une immense bataille, les humains brandissent un symbole de victoire.]
À cette explication, Tesila et ses compagnons se rassemblèrent déjà pour en discuter.
Mais l’esprit d’Oscar, lui, était de plus en plus embrouillé.
J’aurais brandi un symbole de victoire après la bataille, dans le Royaume démoniaque ?
Bien sûr, il y avait tué le Grand Empereur.
Mais il jurait n’y avoir jamais obtenu quoi que ce soit qu’on puisse appeler un symbole de victoire.
Il n’y a donc que deux possibilités. Soit la prophétie de la fresque est fausse, soit…
Elle ne s’est pas encore réalisée.
Si c’était le cas, l’humanité franchirait de nouveau un jour la Chaîne de montagnes Rouges.
Et elle y obtiendrait un symbole de victoire.
Oscar examina attentivement la dernière partie de la fresque.
L’objet brandi à deux mains par l’humain ressemblait à une boîte, mais aussi à un joyau aux arêtes vives.
La fresque s’étant abîmée avec le temps, il était difficile d’en distinguer la forme exacte.
[Par hasard, existe-t-il d’autres récits transmis au sujet de cet objet ?]
[Traducteur — Night]
[Relecteur — Pistolet]
[Il en existe plusieurs interprétations.]
Le Roi Sano s’approcha de la fresque.
[Comme je l’ai dit, l’interprétation la plus répandue est qu’il s’agit d’un symbole de victoire.] 𝘧𝓇𝑒𝑒𝑤ℯ𝑏𝓃𝘰𝑣ℯ𝘭.𝘤ℴ𝘮
[Un symbole de victoire… Ce serait quelque chose comme le cœur du Grand Empereur ?]
[Le Grand Empereur ? Qui est-ce ?]
Tesila raconta l’histoire de l’humanité et des Démons, ce qui éveilla l’intérêt du Roi Sano.
[Ainsi, de telles choses se sont produites dans le monde extérieur. Dans ce cas, il serait juste de considérer que la prophétie de cette fresque s’est, elle aussi, réalisée.]
[Hmm… Je ne sais pas quoi en penser. Je ne vois pas ce que peut être l’objet brandi.]
[Inutile de chercher à tout prix un sens à ce dessin. Il représente peut-être simplement la victoire de l’humanité.]
C’était vrai : il s’agissait d’une fresque, pas d’un document.
On ne pouvait pas y inscrire une phrase comme « L’humanité a gagné » pour transmettre l’idée.
Alors, la victoire avait peut-être été représentée par ce sourire éclatant et cet objet brandi bien haut.
À cet instant, Tristan désigna le bas de la fresque.
[Hmm ? Ce ne seraient pas des caractères anciens de sirènes, là, dans le coin ?]
Tous les regards convergèrent vers le même endroit.
Sous la fresque, des caractères qu’ils n’avaient jamais vus étaient gravés à intervalles réguliers.
[Nous l’avons pensé aussi au début, mais ils ne correspondent à aucun caractère des anciens documents conservés à Atlanta. Jusqu’à présent, personne n’a réussi à déchiffrer cette inscription.]
[Hmm…]
Tesila fronça les sourcils.
[Je parle la plupart des langues des différentes races et je connais les caractères de plusieurs royaumes disparus… mais je n’ai vraiment jamais vu une écriture pareille.]
[Je vois.]
Le groupe tenta un instant de déchiffrer les caractères, puis secoua la tête. Oscar, lui, s’en approcha.
S’il les mémorisait, il pourrait les comparer aux innombrables langues répertoriées dans son espace de stockage.
Je ne connais décidément pas cette écriture.
Elle ne ressemblait ni aux caractères nains ni aux caractères des Elfes.
Pourtant, certains symboles d’apparence similaire se répétaient selon une règle précise.
Autrement dit, cette écriture avait son propre système linguistique.
Oscar grava ces symboles dans sa mémoire.
Le séjour à Atlanta s’acheva ainsi.
Le Roi Sano et une foule de citoyens les accompagnèrent jusqu’à la porte principale pour leur dire au revoir en personne.
[Je ne manquerai pas de contacter les sirènes de la Mer du Sud.]
[Je vous en prie.]
Le Roi Sano serra la main de Tesila, puis regarda tour à tour les membres du groupe.
[Héros de la terre ferme, revenez nous voir quand vous le voudrez. Atlanta vous accueillera non pas comme des invités, mais comme des compagnons d’armes.]
Le groupe, tout sourire, leur adressa de grands signes de la main.
Ils chevauchèrent la tortue géante préparée par le Roi Sano et arrivèrent sur la plage de Pilap.
« Pfiou ! Ça faisait combien de temps qu’on n’avait pas respiré de l’air frais ? »
« On en a pourtant eu tout le temps, de l’air frais. »
« Oscar, ce n’est pas pareil. Ce n’est vraiment pas pareil. »
Après cette grande aventure, qu’ils avaient vécue après une longue période de calme, les membres du groupe se disputèrent presque pour rentrer à l’auberge où ils logeaient.
En voyant cela, Tesila donna un petit coup de coude dans les côtes d’Oscar, qui suivait derrière.
« C’était toi, pas vrai, Oscar ? »
« De quoi parles-tu ? »
« Du pouvoir divin qui est apparu sur le champ de bataille. »
« …… ! »
L’Église lui avait demandé de garder cela secret autant que possible.
« Je ne vois pas du tout de quoi tu parles. »
« Hé hé, Oscar. Mon intuition est excellente, moi aussi. Tu ne peux pas me tromper. »
Avec un sourire malicieux, Tesila reprit :
« Ne t’inquiète pas. Je ne vais pas aller le raconter à tout le monde. »
« …… Ça ne t’intrigue pas ? »
« Pas vraiment. Tu as sûrement tes raisons. Et ce n’est pas de l’énergie démoniaque, mais du pouvoir divin, alors qu’est-ce que ça peut faire ? »
C’était vrai, il n’avait pas été surpris en train de faire quelque chose de mal.
Oscar hocha la tête, et Tesila poursuivit :
« Merci de nous avoir aidés pendant ce voyage. Sans toi, Oscar, nous n’aurions pas pu régler tout ça. »
« Je t’en prie. »
« Allez ! Je suis d’humeur généreuse. Je vais t’offrir un autre bon pour aventurier de classe spéciale ! »
« Tu distribues ça aussi facilement ? »
« Oscar ! Mais qu’est-ce que tu racontes ? Il n’y a presque personne sur tout le continent qui en possède un ! »
« Dans ce cas… je l’accepte avec gratitude. »
Cette aventure lui avait permis de mesurer toute la puissance de feu de Tesila.
Ce coupon extravagant pourrait lui être utile.
« Et toi, Oscar, qu’est-ce que tu vas faire maintenant ? »
« Moi ? Je dois retourner à la Tour Blanche. »
« Dommage. J’espérais que tu voyagerais encore avec nous. Les jeunes ont l’air de s’en réjouir aussi. »
Oscar sourit sans un mot.
Si la guerre contre les Démons prenait fin et que leur quotidien paisible se poursuivait ainsi…
Partir à l’aventure avec eux ne serait pas une mauvaise idée.
« J’y réfléchirai sérieusement. »
« Vraiment ? Oscar ! Tu n’as pas intérêt à revenir sur ta parole ! »
Lorsque les deux arrivèrent à l’auberge,
les membres du groupe, qui étaient rentrés avant eux, s’étaient réunis autour de quelque chose dans une ambiance étrange.
« Pourquoi ? Il s’est passé quelque chose ? »
Eddie Barton se tourna vers Tesila et déglutit.
« Tesila, regarde ça, s’il te plaît. »
Sans un mot de plus, il lui tendit le journal qu’il tenait.
[Exclusivité : Démon confirmé au sein de la Brigade Violette.]
À la lecture du titre, Oscar fronça les sourcils.
[Traducteur — Night]
[Relecteur — Pistolet]