Chapitre 426
[Traducteur – Night]
[Relecture – Pistolet]
Chapitre 426 : Atlanta (1)
Une fois entré dans la grotte, Tristan déclara :
« Pour l’entrée d’un royaume des sirènes… c’est bien modeste. »
Personne ne contesta ces paroles.
De l’entrée jusqu’au fond, la grotte était bien trop ordinaire.
« Pour l’entrée d’un pays, les installations sont vraiment rudimentaires. »
« Même dans les vieux ouvrages de la bibliothèque de l’Ordre, rien n’indique qu’un royaume des sirènes existe dans la Mer Bleue. »
« Dans ce cas, il faut en déduire que quelque chose attire les sirènes corrompues. »
En vrais aventuriers, ils changèrent rapidement de point de vue, sans s’en tenir aux hypothèses existantes.
Ils ne virent pas une seule sirène corrompue avant d’arriver tout au fond.
La raison en était, bien sûr, le canon magique de Tesila.
« Mademoiselle Tesila, combien de fois pouvez-vous lancer de suite la magie que vous avez utilisée tout à l’heure ? »
« Hmmm… Quand je suis en pleine forme, je peux même le faire cinq fois. »
« Cinq fois… »
Oscar se caressa le menton.
Qui pourrait encaisser cinq attaques consécutives d’une magie aussi dévastatrice ?
Le seul qui me vient à l’esprit, c’est quelqu’un du calibre du Grand Empereur.
Parmi les Quatre Grands Comtes, à l’exception de Darwin, aucun ne semblait capable d’y résister.
Même dans le cas de Darwin, il s’agirait moins d’encaisser le coup que de se régénérer après avoir été anéanti.
Bien sûr, tout cela supposait que les cinq sorts atteignent leur cible.
J’avais écarté les aventuriers de la guerre contre les démons, mais ils représentent une force de combat bien plus précieuse que je ne le pensais.
Oscar la fixa avec un air ravi, comme s’il contemplait un jouet qu’il venait d’acquérir.
Face à ce regard, Tesila esquissa un sourire gêné et ajouta :
« Euh, enfin… pour être honnête, il y a aussi un inconvénient. »
« Un inconvénient ? »
« Oui. Après avoir lancé le sort une fois, je dois laisser mes circuits magiques refroidir. Environ trois minutes ? Oh, mais quand je suis en forme, deux minutes quarante ! »
Avec une telle puissance destructrice, ses circuits magiques devaient effectivement surchauffer en un instant.
Il était naturel qu’il leur faille du temps pour refroidir.
« Je vois. C’est aussi pour gagner ce temps que vous avez formé le groupe ainsi. »
« Exactement. De toute façon, presque personne ne peut lancer une attaque plus puissante que la mienne. »
Oscar hocha la tête.
En effet, pour ce groupe, mieux valait des gens capables de gagner du temps que des combattants dotés d’une grande puissance offensive.
Car la plupart ne pourraient pas résister à la magie de Tesila.
Alors qu’il étudiait encore sa magie, Maureen tendit le bras et s’écria :
« Hein ? Il y a quelque chose devant ! »
En éclaireuse du groupe, elle s’élança, son marteau à la main, pour inspecter les lieux.
Tesila, qui avançait tranquillement derrière elle, lui demanda en la voyant s’arrêter net :
« Maureen, tu as trouvé quelque chose ? »
« Ah ? Oui, il y a quelque chose, mais… »
Maureen laissa sa phrase en suspens et répondit d’un ton hésitant :
« Il y a une mare ? »
« Quoi ? »
Quelques instants plus tard, les autres arrivèrent à côté de Maureen et clignèrent des yeux.
Au fond de la grotte, dans un creux du sol, de l’eau s’était bel et bien accumulée.
Sa surface était lisse, comme recouverte d’une membrane transparente, et elle ne se mélangeait pas à l’eau de mer alentour.
Les petites ondulations qui se formaient de temps à autre ne laissaient aucun doute : c’était bien une mare.
« C’est vraiment une mare, hein ? »
« Mais on est sous l’eau. Comment une mare peut-elle exister ici ? »
« Calmez-vous. Ce n’est rien d’extraordinaire. »
Tristan, un mage de la Tour Bleue, prit la parole.
« Tristan, tu sais ce que c’est ? »
« Oui. C’est un phénomène appelé bassin de saumure sous-marin. L’eau qui s’est accumulée là est probablement une saumure hypersalée, bien plus lourde que l’eau de mer autour. La différence de salinité est si importante que les deux eaux se mélangent difficilement, alors la saumure s’est déposée au fond. »
« Oh, la Tour Bleue ne déçoit jamais ! »
« Un vrai monsieur Je-sais-tout. »
Alors que Tesila et Maureen applaudissaient, il gloussa et plia un genou.
« Je vais vous montrer quelque chose d’intéressant. Regardez : si on met la main dedans et qu’on remue doucement… »
Mais au moment où il plongea la main dans la mare…
Crac !
La surface se fendit comme un miroir brisé.
En voyant cela, Tesila s’écria, folle d’enthousiasme :
« Waouh ! Tristan ! C’est trop amusant ! »
« El Sia. Le monde regorge encore de phénomènes mystérieux que nous ne connaissons pas. »
Contrairement au reste du groupe, qui s’émerveillait devant cette scène étrange, Tristan se figea.
« C-c’est bizarre. »
« Hein ? Qu’est-ce que tu as dit ? »
« Ce… Ce phénomène est très différent de celui du bassin de saumure sous-marin que je connais… »
Il secoua la tête et s’apprêtait à ajouter quelque chose quand…
Frouu !
Le corps de Tristan fut aspiré dans la mare.
« Tristan ! »
Terrifiée, Tesila plongea dans la mare en se couvrant le visage de ses bras croisés en X.
« Grande sœur ! »
Maureen la suivit aussitôt.
Les trois personnes qui les regardaient se jetèrent à leur tour dans l’eau, sans hésiter un seul instant sur l’ordre de passage.
« Ouf ! »
Après avoir roulé plusieurs fois par terre, Oscar se releva en hâte et regarda autour de lui.
Devant ses yeux s’étendait une ville à l’architecture qu’il n’avait jamais vue ni même entendue évoquer.
Dans cette immense cavité sphérique, des bâtiments étaient accrochés non seulement au sol, mais aussi aux murs et au plafond.
Des coraux luminescents brillaient comme des étoiles entre les édifices arrondis de pierre blanche et de nacre.
Il n’y avait ni escaliers ni routes ; des courants marins chargés de poudre bleue lumineuse tourbillonnaient partout dans la ville.
Ils utilisent ces courants comme un moyen de transport pour circuler dans la ville ?
Oscar observait avec intérêt le panorama de la cité lorsque…
[@#$^&!]
Il tourna la tête en entendant une voix enfantine derrière lui.
Une jeune sirène, brandissant un harpon, se précipitait sur Tristan.
« Une attaque-surprise ? »
Tristan jeta un coup d’œil dans sa direction et claqua des doigts.
L’eau de mer alentour s’agita doucement et brisa le harpon.
Puis le corps de la sirène s’écrasa au sol, et l’enfant poussa un cri dans une langue incompréhensible.
« Attends ! Ne le tue pas ! »
Tesila arrêta Tristan et s’approcha de la jeune sirène.
Puis elle s’agenouilla et prononça des mots qu’Oscar eut du mal à comprendre.
[%!@#%^?]
La sirène, surprise par ses paroles, lui répondit à voix basse.
[......@!$#.]
Après avoir échangé quelques mots, Tesila hocha la tête.
« Tristan, laisse-le partir. »
« … D’accord. »
Tristan obéit sans protester et s’écarta. La jeune sirène se redressa.
Ensuite, elle balaya le groupe du regard et se mit à parler à toute vitesse.
« Mademoiselle Tesila, qu’est-ce qu’elle dit, cette sirène ? »
[Traducteur – Night]
[Relecture – Pistolet]
« Elle nous demande si nous sommes vraiment humains et comment nous sommes entrés ici. »
« … Vous savez parler la langue des sirènes ? »
« Je vous l’ai dit : j’ai une amie sirène dans la Mer du Sud. Heureusement, on arrive à communiquer. »
Non, évidemment, on pensait que cette sirène savait parler la langue impériale.
« Attendez un instant. »
Oscar déplia les Archives du Vent et lança un sort de traduction sur tous les membres du groupe, sauf Tesila.
« Avec ça, vous devriez pouvoir comprendre à peu près ce qu’elle dit. »
« Hmmm ? C’est vrai ? Hé, gamine, tu m’entends ? »
« Qui tu traites de gamine ?! »
La sirène s’emporta et cria à Tristan :
« Oh, je comprends vraiment ce qu’elle dit. »
« Ce sont les Archives du Vent de l’ancien Maître de la Tour Blanche ? On comprend qu’on les considère comme une magie toute-puissante. »
« … Non, vraiment, j’ai appris cette langue en souffrant comme un chien pendant deux mois. »
Au moment où Tesila marmonna en laissant tomber les épaules…
Clac, clac !
Des guerriers sirènes apparurent et les encerclèrent, leurs tridents pointés sur eux.
Ils formaient un cercle très serré, flottant aussi bien au-dessus de leurs têtes qu’au ras du sol.
« Mademoiselle Tesila, qu’est-ce qu’on fait ? On se bat ? »
« Non. Puisqu’on peut communiquer avec eux, essayons d’abord de régler ça en discutant. »
Tesila leva les deux mains bien haut et déclara :
« Bonjour ! Nous sommes des humains. Est-ce qu’on pourrait discuter un peu ? »
« … Des humains, dites-vous ? »
« Et en plus, ils parlent notre langue ? »
Tandis que les guerriers sirènes murmuraient entre eux, leur chef présumé plissa les yeux et demanda :
« Humains. Comment êtes-vous entrés ici ? »
« On a traversé une mare étrange et on s’est retrouvés ici. »
« Une mare ? Hmm. Vous êtes entrés par la sortie de secours ? »
Le guerrier pencha la tête.
« Mais c’est étrange. La magie défensive placée là devrait être aussi puissante que celle de la porte principale. Comment a-t-elle pu être brisée ? »
À cette question, tous les membres du groupe tournèrent les yeux vers Tesila.
Vu les circonstances, il ne faisait aucun doute que son canon magique avait réduit en miettes même cette protection.
« Hein ? Pourquoi vous me regardez comme ça… »
Tesila, qui penchait la tête sous leurs regards insistants, pâlit.
À cet instant, Maureen, préoccupée par quelque chose, prit la parole avec précaution :
« G-grande sœur. Parfois, on peut se permettre de ne pas tout à fait dire la vérité. »
Pourtant, Tesila se prosterna et s’excusa.
« Pardon ! La magie défensive de la mare… Je crois que je l’ai brisée ! »
À cet aveu, tous les membres du groupe se couvrirent le visage et soupirèrent.
« Une simple humaine a brisé la magie défensive de notre royaume… ? »
Le guerrier fronça les sourcils et demanda :
« Déjà, qu’est-ce que vous êtes, ces humains, pour être venus si loin sous la mer ? »
« Nous sommes des aventuriers. Pour vous donner une idée, je suis un aventurier de classe spéciale, même dans l’Empire. Et dans tout l’Empire, il y en a à peine… »
À la fin de cette longue explication, le guerrier sirène prit la parole :
« Autrement dit, ces spectres vous causent aussi des problèmes, à vous autres humains. Dans ce cas, nous avons un ennemi commun. Hmm. Ce n’est pas une affaire que je puisse régler à mon niveau. »
Sans baisser son trident, qu’il tenait toujours pointé vers eux, le guerrier s’adressa à son subordonné :
« Va voir Sa Majesté le Roi et rapporte-lui la situation. »
Le palais du Roi des sirènes flottait exactement au centre de la ville.
Des sols, des murs et même du plafond de la cité,
c’était le seul édifice depuis lequel on pouvait contempler tous les quartiers d’un seul regard.
« … Faites votre rapport. »
À la demande du Roi des sirènes, les rapports mensuels s’enchaînèrent.
« Les attaques répétées ont affaibli la magie défensive de la ville. Il faut la renforcer immédiatement. »
« La pénurie de nourriture s’aggrave peu à peu. Nous devons envoyer régulièrement des guerriers à l’extérieur pour nous ravitailler. »
« La circulation de l’eau de mer étant bloquée, l’oxygène se raréfie dans le royaume. Les enfants et les personnes âgées commencent à se plaindre de difficultés respiratoires. »
« Faute de mana, les lumières magiques s’éteignent et la ville s’assombrit peu à peu. Pour l’instant, nous dépendons entièrement des coraux luminescents. Si la situation perdure, nous ne pourrons même plus maintenir la magie défensive. »
« L’équipement des guerriers se corrode aussi gravement. La pénurie de mana nous a privés des moyens de l’entretenir. Vous devez prendre une décision avant que notre équipement restant n’arrive au terme de sa durée de vie. »
Décidément, pas la moindre bonne nouvelle.
Étourdie, la Roi ferma les yeux, poussa un profond soupir et demanda :
« Mon père… est-il toujours dans le même état ? »
« L’ancien Empereur continue de fixer la porte principale. »
À ces mots, la Roi esquissa un sourire amer.
Il n’avait pas l’air d’avoir oublié sa promesse de revenir coûte que coûte, mais, en ce moment, cette promesse semblait d’une cruauté sans nom.
Boum !
La porte de la salle d’audience s’ouvrit brusquement et un guerrier sirène entra.
« Votre Majesté ! J’ai un rapport urgent ! »
« Que se passe-t-il ? »
La Roi déglutit et demanda.
À ce stade, ces deux mots suffisaient à lui provoquer une crise de nerfs.
« Un groupe d’humains a pénétré dans le royaume ! »
« … Qu’avez-vous dit ? »
Des humains avaient pénétré dans le royaume ?
Dans cette situation ?
Je suis déjà débordée avec mon père, et voilà qu’un nouvel ennemi se présente… ?
De nouveau étourdie, la Roi reprit à grand-peine ses esprits et demanda :
« Est-ce une attaque ennemie ? Combien sont-ils ? »
« Ils sont six au total. Le capitaine de la garde retient actuellement ceux qui se présentent comme des aventuriers. »
Six personnes seulement avaient traversé les défenses rigoureuses du royaume et s’y étaient introduites ?
La Roi cligna des yeux et demanda :
« Mais comment sont-ils entrés ? »
« Ils disent être passés par une mare. Il semble qu’ils aient utilisé la sortie de secours. »
« La sortie de secours… »
La magie défensive qui s’y trouvait avait-elle donc atteint la fin de sa durée de vie ?
Si c’était le cas, l’intrusion de spectres dans le royaume ne serait plus qu’une question de temps.
« D’après les humains, l’une d’entre eux pense avoir détruit la magie défensive. »
« C’est impossible… »
La Roi secouait la tête sans même s’en rendre compte, mais elle s’interrompit.
Et si c’était vrai ?
Après un instant de réflexion, la Roi releva la tête, comme si elle avait pris sa décision.
« Faites venir ces humains devant moi. Tout de suite. »
[Traducteur – Night]
[Relecture – Pistolet]