Chapitre 424
[Traducteur — Night]
[Relecteur — Pistolet]
Chapitre 424 : Les profondeurs (3)
Un vent furieux s’engouffra au milieu de l’océan.
Rrrrroum !
Des dizaines de millions de tonnes d’eau de mer furent repoussées de part et d’autre, et l’océan, qui ne formait qu’un tout, se scinda en deux.
Le spectacle était digne d’un mythe transmis uniquement de bouche à oreille, qui se serait déroulé sous leurs yeux.
Le navire qu’ils occupaient prit ensuite le vent et descendit lentement, jusqu’à se poser sur le fond boueux.
« Voilà donc le paysage… Le fond de la mer Bleue. »
Oscar marmonna, le regard émerveillé, en observant les alentours.
Tesila et ses compagnons, eux, étaient pétrifiés, incapables de prononcer un mot.
Seuls leurs regards ahuris se tournaient vers Oscar.
Et, à vrai dire, c’était une réaction tout à fait naturelle.
Ils avaient beau avoir exploré toutes sortes de lieux inconnus jusque-là, la situation présente dépassait complètement leur entendement.
Qu’est-ce que… je suis en train de voir ?
Un simple humain peut vraiment posséder une telle quantité de mana ?
Niveau 9. Non, à la rigueur, je pourrais comprendre s’il était au moins Niveau 8. Mais un Niveau 7 peut faire ça ?
El Sia.
Floc !
Oscar, qui fut le premier à descendre du navire, se retourna vers eux.
« Vous ne descendez pas ? »
« Euh… si ! Bien sûr ! »
Reprenant enfin ses esprits, Tesila l’imita et débarqua à son tour.
Le fond des abysses était un peu différent du sable d’une plage.
Il semblait beaucoup plus ferme, après avoir absorbé tant d’eau.
Quelle sensation étrange.
Les yeux soudain brillants d’une véritable aventurière, elle contempla les environs.
De chaque côté se dressaient des murailles d’eau de mer.
Elles atteignaient une centaine de mètres de haut.
À l’intérieur, on distinguait toujours des algues ondulantes et des poissons en train de nager.
En outre, les salauds qui avaient tenté de détruire le navire par-dessous les observaient aussi, un peu plus loin.
« Ah, c’étaient vraiment des sirènes. »
Le haut de leur corps ressemblait à celui des humains, mais leur moitié inférieure était couverte d’écailles et de nageoires, comme chez les poissons.
Peut-être était-ce une première pour elles aussi : elles n’attaquèrent pas à l’aveuglette et se contentèrent d’observer la situation.
« Allons-y. »
« Euh… oui. Allez, tout le monde, en route. »
Ils laissèrent le navire derrière eux et suivirent naturellement Oscar.
Ne parvenant pas à retenir sa curiosité, Tesila lui demanda :
« Par hasard, tous les mages de la Tour Blanche savent faire ça ? »
« Pas du tout. Je suis probablement le seul à en être capable. »
« Pourquoi toi seul, Oscar ? »
« J’ai juste un peu plus de mana. »
« … »
On pouvait vraiment accomplir une chose pareille juste parce qu’on avait « un peu plus de mana » ?
Ça ?
On ne serait même pas surpris de voir ça consigné dans les écritures de l’Ordre d’El Terra.
Après avoir jeté un regard autour d’elle, Tesila déglutit et reprit :
« Par hasard, combien de temps ça va tenir ? Si cette muraille d’eau s’effondre sur nous… »
« Ça ira. Elle devrait tenir trente minutes. »
Oscar contempla la muraille d’eau qui s’élevait à perte de vue.
Crac ! Fwoooosh !
La muraille, qui semblait sur le point de s’écrouler à tout instant, ne parvenait pas à franchir une certaine limite, comme si un obstacle invisible l’en empêchait.
« J’ai dégagé un espace en séparant la mer, puis j’ai dressé des murs spatiaux pour empêcher l’eau de déborder. »
« C’est bien plus complexe que je ne le pensais. »
Un miracle qu’on ne pouvait accomplir qu’en maniant deux attributs : le vent et l’espace.
Elle comprenait mieux pourquoi il avait affirmé être le seul à pouvoir le faire.
« Tu avais déjà fait quelque chose de ce genre ? »
« Non. »
Il avait fait quelque chose de similaire dans sa vie précédente, mais, pour être honnête, cette fois, le résultat était bien plus net et lui avait coûté moins de mana.
À l’époque, il ne maîtrisait pas encore la magie spatiale.
« Mais comment t’est venue l’idée d’essayer un truc pareil ? »
« J’ai simplement senti que ça pouvait marcher. J’avais une idée du résultat. »
« Impressionnant. »
À peine Tesila eut-elle terminé son interrogatoire que Tristan, comme s’il attendait son tour, prit la parole.
« Dans ce cas, cette barrière ne peut arrêter que l’eau ? »
« Non. Elle bloque pratiquement tout, en principe. C’est un mur spatial. »
Tristan tourna son regard vers la muraille d’eau.
Les sirènes qui avaient attaqué le navire un peu plus tôt les suivaient en gardant leurs distances.
« Tant mieux. Ça veut dire que ces trucs ne vont pas surgir d’un coup de l’autre côté de la muraille. »
« Oui, même si ça changerait si elles étaient capables de briser le mur spatial, bien sûr. »
À ces mots, Tesila s’éloigna discrètement de la muraille.
Elle continua malgré tout à observer les sirènes.
« À les regarder, elles sont exactement comme les sirènes de la Mer du Sud que nous connaissons. Même le fait que leur torse se couvre d’écailles en combat. »
« Mais elles ont l’air beaucoup plus agressives. Elles ont tenté de couler le navire sans la moindre raison ni le moindre avertissement. »
« C’est étrange, quand même. Elles sont si nombreuses, mais elles ne semblent échanger aucun signal. »
Elles ne communiquaient ni par des sons ni par des gestes.
Et pourtant, elles se déplaçaient en parfaite synchronisation, avec une précision glaçante.
Après avoir marché un moment en observant les sirènes,
ils arrivèrent au premier point et fouillèrent minutieusement les alentours.
« Regardez. Il y a par terre des vêtements et des armes qui appartiennent aux Mercenaires de Brihen. »
« Il y a des crânes et des fragments d’os éparpillés sur le sol. »
« …Ils ont dû couler le navire d’abord, puis traquer les survivants un par un. »
« Quelle cruauté. »
Comme il s’était déjà écoulé plus d’une quinzaine de jours, il ne restait aucun corps intact.
Ils avaient probablement tous fini depuis longtemps en nourriture pour poissons ; il ne restait que ces ossements.
« Hmm. »
Tesila poussa un petit grognement et haussa les épaules.
« On ne peut pas espérer être rassasiés dès la première bouchée. Allons au deuxième point. »
« Si on remonte à bord, les sirènes nous attaqueront de nouveau. »
« …Elles sont de plus en plus nombreuses. Il doit y en avoir largement plus d’un millier, maintenant. »
« Oscar, c’est trop difficile pour toi de séparer la mer à nouveau ? »
Oscar réfléchit à la question.
Il avait essayé parce qu’il pensait que ça marcherait, mais cette magie avait consommé environ huit pour cent de son mana total.
Ce n’était pas une quantité particulièrement éprouvante, mais il ne pouvait pas non plus la lancer à répétition à chaque point d’exploration.
Surtout…
Ça pouvait sembler un peu dur, mais il ne leur faisait pas encore confiance à cent pour cent.
Autrement dit, il ne voulait pas leur donner le moindre indice qui leur permettrait de déduire sa réserve totale de mana.
« La relancer plusieurs fois de suite risque aussi de m’être difficile. »
« Ah bon ? Enfin, vu l’ampleur du sort, c’est compréhensible. »
« Ce serait plus étonnant que tu y arrives. »
Le groupe acquiesçait sans se méfier outre mesure, quand…
Ploc, ploc.
« Hmm ? Il pleut. »
Eddie, le clerc, marmonna en levant la tête.
« De la pluie ? Impossible. »
« Il n’y avait aucune prévision de ce genre, si ? »
[Traducteur — Night]
[Relecteur — Pistolet]
Puisqu’ils avaient prévu de prendre la mer, ils n’avaient rien organisé sans avoir vérifié la météo en détail.
Tandis que tous penchaient la tête, perplexes, et levaient les yeux,
Ploc, ploc, ploc.
Une ou deux gouttes leur tombèrent sur le visage.
« C’est vrai. Une averse soudaine… ? »
« Le ciel est bien trop dégagé pour ça. »
À cet instant, Tristan lécha de la langue une goutte qui lui coulait sur la joue.
Son visage se froissa comme une feuille de papier.
« …C’est salé. Ce n’est pas de l’eau de pluie. C’est de l’eau de mer. »
« Hmm ? Ça veut dire que l’eau de mer déborde de ce “mur spatial” ? »
« Pourtant, j’ai prévu une marge assez généreuse pour la hauteur. »
Comme il avait tenu compte des vagues qui s’écrasaient, il avait placé le mur à quinze mètres au-dessus du niveau de la mer.
Et si l’eau débordait malgré tout, cela signifiait…
Ce serait possible ?
Au moment où Oscar fronça les sourcils, concentra son mana dans ses yeux et regarda vers le haut,
Flac ! Paf !
Il vit des sirènes bondir sans relâche hors de la surface de la mer et s’écraser contre les murs spatiaux.
La plupart échouaient, mais, de temps à autre, de l’eau débordait et retombait en pluie.
« …Ça me donne la chair de poule. Ces salauds essaient de franchir le mur. »
« J’ai un mauvais pressentiment. Je crois qu’on ferait mieux de rentrer, pour l’instant. »
« En route. Retournons là où nous avons laissé le navire. »
Le visage crispé, le groupe se mit à rebrousser chemin vers le navire.
À cet instant, Fwoosh !
Une sirène, qui avait pris son élan dans une gerbe d’eau pour franchir la barrière, plongea la tête la première sur le fond marin.
Crac !
Naturellement, elle se brisa net la nuque.
Le sol n’était pas recouvert d’eau, qui aurait pu amortir sa chute.
« …Attends, on n’a peut-être pas vraiment besoin d’avoir peur ? »
Au même moment, Tristan marmonna :
Une deuxième, puis une troisième sirène tombèrent à leur tour et moururent exactement de la même façon.
Maureen, qui regardait la scène d’un air absent, laissa échapper un rire sans joie.
« Quoi, on a eu peur pour rien. En fait, c’est plutôt une bonne chose qu’elles se tuent toutes seules, non ? »
Juste alors, d’innombrables sirènes se mirent à pleuvoir du ciel.
Crac ! Boum ! Splatch !
Toutes celles qui s’écrasaient se brisaient la nuque ou la colonne vertébrale, et leur chair était réduite en bouillie.
« Mais qu’est-ce qui se passe… »
« Elles sont encore plus bêtes qu’on ne le pensait ? »
Le visage figé, ils assistèrent un instant à ce suicide collectif incompréhensible.
Crac, crac !
Les sirènes qu’ils croyaient mortes se mirent à tituber et à se relever.
« Merde ! »
« Tout le monde, courez jusqu’au navire ! Avant qu’on soit encerclés ! »
Au cri de Tesila, le groupe se mit à courir d’un seul élan.
En même temps, de l’autre côté de la muraille, les sirènes les menaçaient en la frappant de leurs paumes.
Boum ! Boum, boum !
Des grondements assourdissants retentissaient dans toutes les directions. Un simple mortel aurait pu céder à la panique, mais…
Ce sont des vétérans, c’est certain.
Le groupe d’aventuriers de Tesila gardait son sang-froid malgré tout.
Dès qu’ils montèrent à bord, Tesila cria :
« Oscar ! »
« Oui, je vais le soulever. »
Rrrrroum !
Un vent puissant propulsa le navire vers le haut, qui prit peu à peu de l’altitude.
Boum ! Baf !
À cet instant, les sirènes qui se ruaient sur eux agrippèrent le navire et s’y suspendirent.
« Tombe. »
Clic, bang !
Le canon du pistolet de Mary Jane cracha des flammes.
Chaque fois qu’elle pressait la détente en courant le long du bastingage, la tête d’une sirène explosait.
« …Elles s’accrochent vraiment. »
Pourtant, la main d’une sirène décapitée ne lâchait pas le bastingage.
Crac !
Au contraire, ses doigts brisés s’enfoncèrent encore plus profondément dans le bois.
« Elles s’obstinent à s’agripper au navire et à grimper, même après avoir perdu la tête ? »
« Virez-les, c’est tout ! »
Tristan et Maureen s’avancèrent à leur tour et arrachèrent de force celles qui s’accrochaient au navire.
Boum ! Boum, boum !
Mary Jane pressait la détente sans relâche.
Les balles pulvérisèrent les cinq doigts cramponnés au bastingage, puis les coudes, et enfin les épaules.
Ce n’est qu’alors que la sirène finit par tomber.
« Ouf… On en a semé la plupart ? »
« Je crois. »
Au moment où le groupe se pencha par-dessus le bastingage et poussa un soupir de soulagement,
une ombre recouvrit leurs têtes.
Boum ! Crac !
Les sirènes tombées d’en haut s’abattirent directement sur le pont.
« Que les impies soient châtiés ! »
La puissance divine qui émanait du corps d’Eddie balaya les sirènes sur le pont.
Elles frissonnèrent, leurs mouvements ralentissant de façon visible.
« La puissance divine les affecte énormément ! »
« Ce serait une sorte de morts-vivants ? »
« En voilà une ! Hii-yah ! »
Maureen bondit en avant comme l’éclair et abattit son marteau.
Crac !
La sirène fut projetée dans les airs et percuta une autre qui tombait du ciel ; toutes deux roulèrent sur le pont.
Brandissant avec une énergie réjouissante un marteau plus grand qu’elle, Maureen cria :
« Il n’y en a pas de fin ! Elles n’arrêtent pas de tomber ! »
« Il y en a aussi qui remontent par-dessous ! Merde, ces salauds s’attachent les unes aux autres pour former une corde ! »
À ces mots, Oscar jeta discrètement un coup d’œil par-dessus le bastingage.
Comme Tristan l’avait dit, on aurait dit une longue file ininterrompue de fourmis.
Des centaines de sirènes s’étaient accrochées les unes aux autres pour saisir le navire et le tirer vers le bas.
Voilà pourquoi on n’arrivait pas à prendre de la vitesse.
Oscar réfléchit un instant, puis claqua des doigts.
« Libération. »
Une partie du fond du mur spatial qu’il avait dressé disparut entièrement.
Au même instant, l’eau de mer retenue s’abattit sur les sirènes avec une fureur redoublée, telle un raz-de-marée.
[Traducteur — Night]
[Relecteur — Pistolet]