Chapitre 423
[Traducteur — Nuit]
[Correcteur — Pistolet]
Chapitre 423 : Grand fond (2)
Le lendemain, à l’aube.
Oscar prit un instant pour respirer l’air froid devant l’auberge. Puis Tesila et ses compagnons sortirent à leur tour, un à un.
« Bââille ! Bonjour, Oscar. Tu es matinal ?
— Je n’ai pas besoin de beaucoup dormir. On part tout de suite ?
— Allons-y. En route ! »
Les six hommes et femmes s’engagèrent dans la rue paisible du village.
Oscar regarda autour de lui et marmonna :
« C’est calme. Pourtant, dans un village de pêcheurs, ça devrait être le moment le plus animé de la journée. »
« Oh, tu connais bien l’endroit ? Tu as raison. En fait, depuis la disparition de l’aura du Roi démon Belpher, Pilap a attiré pas mal l’attention. Parmi les villes de l’ouest, rares sont celles qui ont une plage aussi étendue. Pas vrai ? »
Tesila posa la question en penchant légèrement la tête en arrière. À l’arrière du groupe, Tristan acquiesça.
« Ouais. C’était très animé quand je suis venu ici pour recueillir des informations. À cette heure-ci, les gens vendaient du poisson tout juste pêché de tous côtés. »
« C’était quand, déjà ?
— Je crois qu’il y a une centaine de jours. »
Tesila haussa les épaules et reprit :
« Tout ça, c’est la conséquence des attaques. Comme prendre la mer signifie risquer fortement de se faire attaquer et tuer, tout le monde a peur de sortir. Tu as vu la tête du propriétaire de l’auberge où on a dormi ? L’économie de la ville s’effondre, il doit se faire un sang d’encre. »
« Mais, il y a quelques mois encore, cette ville ne pouvait pas utiliser la mer, non ? Si on voit les choses comme ça, il ne devrait pas y avoir une grande différence avec la situation d’avant. »
« Ce n’est pas pareil. Tout le monde croyait que la mer était redevenue normale. Ils ont réparé leurs bateaux, acheté du matériel et fait d’énormes préparatifs pour reprendre leurs activités en mer. Beaucoup de gens sont aussi venus de l’extérieur. Mais comme tout ça s’est évaporé du jour au lendemain, les retombées sont forcément graves. »
Vu sous cet angle, c’était effectivement logique.
Après tout, donner quelque chose pour le reprendre ensuite était forcément plus agaçant.
« Alors, aucune mesure importante n’a été prise depuis l’enquête de la Famille Impériale ? »
« Il y a environ deux semaines, les villageois ont mis leurs économies en commun pour engager des mercenaires. Ils s’appelaient les Mercenaires de Brihen. Leur chef était Niveau 5 et les autres tournaient autour des niveaux 3 et 4, alors ils n’étaient pas mauvais, mais… »
À la voir s’interrompre, Oscar devina la suite sans peine.
« Ça ne s’est pas bien terminé, j’imagine.
— C’est ça. Ils sont partis en mer et ne sont jamais revenus. »
« Dans ce cas, soit ils ont affronté un ennemi si puissant qu’un Niveau 5 n’oserait même pas le défier, soit… »
« Soit ils étaient en nombre écrasant. Ce doit être l’un ou l’autre. Peut-être même les deux. »
Personnellement, Oscar espérait que la première hypothèse était la bonne.
Affronter un seul ennemi puissant était au moins moins pénible.
« Et pendant le mois que nous avons passé dans cette ville, nous avons mené toutes sortes d’enquêtes, mais… »
« Vous avez avancé ?
— Pas du tout. »
Tesila secoua la tête avec un grand sourire.
« Même les anciens nés et élevés à Pilap ne savaient pas grand-chose sur les sirènes ou leur royaume. »
« Ce n’est pas étonnant. Ils disaient déjà qu’ils n’en savaient rien il y a huit cents ans, non ? »
« Ouais. À vrai dire, on avait quelques mentions d’apparitions de sirènes dans la Mer d’Azur, mais c’était littéralement tout : des apparitions. »
Autrement dit, même les gens d’il y a huit cents ans ignoraient qu’un royaume des sirènes se trouvait ici.
Le fait que les sirènes soient un peuple aussi fermé y était sans doute pour beaucoup.
Comme le père de Marin, celles qui appréciaient les humains n’étaient qu’une infime minorité parmi les sirènes.
*Pas besoin de chercher bien loin : chez les humains aussi, les mariages avec d’autres races sont rares.*
À ce moment-là, Eddie Barton, le clerc, prit la parole.
« Je ne sais pas si c’est une information utile, mais j’ai entendu parler des sirènes pendant que je faisais du bénévolat en ville. »
« Ah bon ? Qu’est-ce qu’on t’a raconté ? »
« Un survivant avait dérivé après que son navire a été attaqué et coulé. Un autre bateau l’a heureusement recueilli et il a pu rentrer vivant. D’après lui, il aurait vu des sirènes se battre entre elles. »
« …Des sirènes qui se battent entre elles ? »
Oscar pencha la tête, perplexe.
Bien sûr, le fait qu’elles soient des sirènes ne signifiait pas qu’elles s’entendaient toutes bien.
Même les nains se considéraient comme des rivaux lorsqu’ils vivaient dans des endroits différents.
Maureen poussa alors un léger soupir.
« Monsieur Eddie, je vous ai dit de ne pas prêter trop attention à ce que raconte cet homme. C’est un ivrogne complètement cinglé. »
« La Déesse Mère de la Terre a déclaré que nul ne mérite d’être victime de discrimination. El Sia. »
« Pfiou… »
Maureen soupira et se tourna vers eux.
« N’y réfléchissez pas trop. Je suis aussi allée le voir, au cas où, mais il a complètement perdu la tête… »
Elle fit tourner son index près de sa tempe et ajouta :
« Il est bon pour l’asile. Il fait juste “héhé” en ricanant. »
« Dans ce cas, le témoignage de cet homme serait le seul indice que les sirènes se sont battues entre elles. »
« Comment croire un fou ? Il a sûrement vu des pêcheurs se battre contre des sirènes et raconte n’importe quoi. »
« Désolée pour Eddie, mais moi non plus, je n’y crois pas vraiment. »
En écoutant la conversation, Tesila intervint :
« Si les sirènes se battaient vraiment entre elles, l’hypothèse la plus probable serait que celles de la Mer du Sud soient venues jusqu’ici, non ? »
« Je suppose. Mais ce n’est pas complètement impossible. Par exemple… si un immense trésor se trouvait dans le royaume des sirènes d’ici. »
« Fufufu. »
Tesila eut alors un rire désagréable et s’arrêta.
Le reste du groupe, qui marchait tranquillement, s’immobilisa à son tour et se retourna. Tesila leva le nez si haut qu’on aurait dit qu’elle ignorait jusqu’où montait le ciel.
« Qui suis-je ? L’une des quatre seules aventurières de classe spéciale officiellement reconnues par la Famille Impériale ! »
« La voilà repartie. »
« Qu’est-ce qu’il y a ? Elle est trop classe. T’es trop classe, grande sœur ! »
Après avoir accueilli ces réactions variées avec un air enfin satisfait, Tesila reprit :
« J’ai essayé de les contacter. »
« Qui ça ? »
« Les sirènes. »
« …Ne me dis pas que tu peux même contacter les sirènes de la Mer du Sud ? »
« Ha ! Oscar, tu crois que je suis aventurière de classe spéciale pour rien ? Si je n’étais même pas capable de ça, je ne pourrais pas me vanter de mon titre ! »
Son menton n’était pas seulement relevé : elle semblait fixer le ciel droit dans les yeux.
Elle finit par baisser la tête et poursuivit :
« Eh oui. Pendant mes aventures, j’ai noué de bonnes relations avec une sirène haut placée là-bas, alors je lui ai posé la question. Elle m’a répondu qu’elle n’avait absolument aucune idée de ce qui se passait. »
« Alors… »
« Ça veut dire que, comme l’a dit Maureen, il s’agit probablement des divagations d’un ivrogne cinglé. À quatre-vingt-dix-neuf pour cent ? »
Tandis qu’ils échangeaient à voix basse, ils arrivèrent sans s’en rendre compte au bord de la mer.
Une sorte de clôture montée à la va-vite longeait toute la plage, entre le trottoir et le sable.
« Un truc pareil peut vraiment servir à quelque chose ? »
« Ils se disent sûrement que c’est mieux que de ne rien faire. C’est humain, de vouloir agir, non ? »
Heureusement, les sirènes montaient rarement jusqu’à la terre ferme pour attaquer.
En contemplant la mer magnifique, Oscar éprouva un pincement au cœur.
« C’est si beau, et pourtant il n’y a personne. »
« Moi, je trouve ça plutôt bien. Grâce à ça, on a tout le paysage pour nous. »
« C’est vrai, mais… »
On aurait dit qu’ils étaient venus profiter de la plage après la fin du monde.
De nos jours, les touristes étaient si nombreux partout qu’il était rare de pouvoir savourer tranquillement la beauté d’un tel endroit.
« Le bateau est prêt ? »
« Bien sûr. Suivez-moi. »
Ils se rendirent à l’endroit où Tesila les guida et découvrirent un bateau de pêche.
Il était d’une taille ambiguë : avec sept personnes à bord, il serait juste plein.
« On va vraiment partir là-dessus ? »
« Ouais, pourquoi ? Si c’est trop serré, je ferai asseoir Maureen sur mes genoux. »
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« Oh ! Grande sœur, j’adorerais ça ! »
« Ce n’est pas ce genre de problème… »
À première vue, ce bateau ne semblait vraiment pas fait pour le combat.
En plus, il n’avait même pas de moteur magitech.
Il n’avait pas non plus de voile. Le propulser avec le vent aurait été peu efficace.
*Serait-ce possible… ?*
Au bout de son regard qui s’était naturellement déplacé, Tristan hocha la tête.
« Je m’occupe de manœuvrer le bateau, ne t’inquiète pas. »
« Mais au moindre assaut, on va couler sans pouvoir se défendre. »
« La tireuse s’occupera de ça. On a déjà fait quelques repérages à bord, alors fais-nous confiance. »
Oscar hocha la tête à contrecœur, puis demanda :
« Alors, quel est le plan ? »
« D’abord, on prend ce bateau et on se rend à ces endroits. »
Tesila déplia une carte et désigna les points entourés en rouge.
« Ces quatre endroits sont les emplacements les plus susceptibles d’abriter le royaume des sirènes. »
« Et une fois sur place ? »
« On plonge. Faites juste en sorte qu’on puisse respirer sous l’eau. On s’occupe du reste. »
« … »
C’était ça, le plan d’un groupe d’aventuriers avec une aventurière de classe spéciale ?
Une chose était sûre.
Le plan des Mercenaires de Brihen, ou quel que soit leur nom, qu’ils avaient entendu mentionner tout à l’heure, devait être bien plus précis.
« …On a d’autres options ? »
« D’autres options ? En cas d’échec ? »
« Oui. Par exemple, si le bateau coule. »
« Il faudra bien le protéger pour éviter ça. »
« Ou si les ennemis sont trop nombreux pour qu’on puisse les maîtriser. »
« Il faudra se battre comme il faut pour ne pas mourir. »
Dès son retour, il déposerait une requête.
Il demanderait si cette personne avait vraiment mérité le titre d’aventurière de classe spéciale.
Tap tap.
Tesila tapota l’épaule d’Oscar.
« Bien sûr, tu auras peut-être un peu de mal à suivre notre rythme, mais ne t’inquiète pas. »
« …Pfiou, ça va. »
Si la situation devenait vraiment critique, il n’aurait qu’à utiliser la magie spatiale pour s’enfuir.
Tesila avait forcément pris cela en compte en le recrutant.
Fouuu !
Le bateau fendit rapidement les courants et s’élança.
*C’est parce qu’il vient bel et bien de la Tour Bleue ?*
Tristan manœuvrait le bateau sans se presser, déplaçant l’eau autour de lui.
Ils n’avaient donc pas menti en disant qu’ils étaient déjà sortis en mer pour faire des repérages à bord de ce bateau.
Il calmait naturellement les vagues avant même qu’elles ne viennent s’écraser contre eux. Le trajet était si confortable et stable qu’on aurait cru voguer sur un lac plutôt qu’en pleine mer.
« Personne n’a le mal de mer ? »
À la question de Tesila, Oscar regarda autour de lui.
Maureen était assise à la proue et fredonnait un air, tandis qu’Eddie lisait les Écritures.
*Tristan pilotait à côté de Maureen… et Mary Jane, où est-elle ?*
La tireuse se tenait sur le toit de la cabine du capitaine, une cigarette à la bouche, et surveillait les environs.
Elle avait les deux mains posées sur son ceinturon, où pendait un revolver de chaque côté.
« Hmm. »
Le bateau fendit la mer bleue pendant un bon moment. Cette sensation était profondément rafraîchissante et nouvelle.
Dans sa vie précédente, cette mer avait été noire, et c’était lui qui l’avait changée.
Il avait même vu sa couleur changer en temps réel, alors qu’il rentrait à bord d’un dirigeable.
Maintenant qu’il naviguait au même endroit, cela lui faisait une impression étrange.
« Un bateau. »
À cet instant, la voix de Mary Jane, qu’on entendait rarement, retentit au-dessus d’eux.
Un navire à moitié détruit, qui flottait sur la mer comme une bouée, apparut au même moment.
Le nom « Daisy » était inscrit sur son flanc.
En le reconnaissant, Tesila perdit son sourire.
« C’est… »
« Tu connais ce navire ? »
« C’est celui qu’ont pris les Mercenaires de Brihen en partant. »
Le groupe de mercenaires qui n’était jamais revenu.
Tesila venait de découvrir leurs traces. Elle prit la parole :
« Tristan, rapproche un peu le bateau. »
« Compris. »
Dès que le bateau fut assez près, Tesila sauta sans hésiter sur le navire à moitié détruit.
Maureen lui demanda d’un air inquiet :
« Grande sœur ! Il y a quelque chose ? »
« Non, rien du tout. »
Après avoir inspecté toutes les parties du navire où elle pouvait se déplacer, Tesila revint et déclara :
« Pas de cadavres, pas de traces de sang, pas même une arme ni le moindre signe de combat. »
« C’est encore plus étrange. »
À l’évidence, le navire était en miettes.
Même s’ils avaient été emportés par une vague par malchance, il était étrange qu’il ne reste pas la moindre arme à bord.
« Ils arrivent. »
Mary Jane parla en crachant dans la mer la cigarette qu’elle tenait.
En un éclair, elle dégaina un revolver à sa ceinture.
Bang !
Le canon chargé de magie cracha des flammes, et la balle fut aussitôt engloutie par l’océan.
Un instant plus tard, du sang rouge remonta des profondeurs et se répandit comme de la peinture.
« C’était quoi ? Je n’ai senti qu’une faible trace de magie. »
« Une silhouette humanoïde. »
Boum !
Le bateau à bord duquel se trouvait le groupe fut alors violemment secoué.
La coque se souleva brutalement et Maureen fut projetée dans les airs.
Tesila la saisit à la taille et la ramena vers elle juste à temps.
Boum !
Un choc encore plus violent ébranla le bateau.
« Il ne bouge plus ! Ces salauds… »
Tristan marmonna en grimaçant.
« Ils veulent d’abord détruire le bateau depuis les profondeurs. »
« C’est comme ça qu’ils ont eu les Mercenaires de Brihen ? »
« Je vais essayer de les retenir autant que possible. »
Tristan projeta de l’eau tout autour de lui et enveloppa le dessous du bateau d’une barrière défensive.
« De toute façon, on est presque arrivés, non ? »
Oscar posa la question en se faisant craquer le cou.
Tesila acquiesça et désigna une direction.
« Oui. Le premier point se trouve à environ deux cents mètres par là… Pourquoi ? »
« Parfait. À partir d’ici, on va marcher. »
« …Marcher ? Mais on est en pleine mer ! »
Tesila pencha la tête, perplexe.
Oscar activa sept filaments de ses circuits magiques et claqua des doigts.
« Écarte-toi, mer. »
Grrrr !
Aussitôt, l’immense océan commença à s’ouvrir, le bateau sur lequel ils se trouvaient au centre du phénomène.
[Traducteur — Nuit]
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