Chapitre 391
[Traducteur — Night]
[Relecteur — Pistolet]
Chapitre 391 : Ce qu’on ne pouvait abandonner (1)
Une pièce lumineuse et paisible, baignée d’une douce lumière du soleil.
Le Guide s’assit sur un canapé moelleux et fixa l’homme qui se reflétait dans l’orbe de cristal.
« Oscar Crucian… »
Il se massa les tempes, qui le lançaient déjà.
« Ah, c’est compliqué. »
Sans exagérer, parmi tous ceux qu’il avait rencontrés dans sa vie, c’était le genre de personne qu’il avait le plus de mal à cerner.
Il est intelligent et doué.
À peine entré dans la vingtaine, il était déjà un génie qui dépassait le niveau 7.
Et les génies de cette trempe entraient généralement dans deux catégories.
Les salauds insupportables, ivres de leur propre grandeur, ou les fous obsédés par la maîtrise.
Étonnamment, Oscar Crucian ne correspondait à aucune de ces catégories.
Il se montrait même prévenant envers les autres.
Autrement dit, il est parfait.
Oui, parfait.
Voilà le problème.
Car si quelqu’un était humain, il devait bien avoir quelque défaut, quelque part.
Pourtant, malgré tout le temps qu’il avait passé à observer Oscar Crucian, il ne lui avait trouvé absolument aucun défaut.
C’était précisément pour cela qu’il le trouvait suspect.
Après lui avoir parlé, il ne semble pas appartenir à la race des démons… mais quand même.
Qui était-il, au juste ?
Après l’avoir longuement fixé, le jeune vaurien dans l’orbe de cristal finit par se superposer, dans son esprit, à quelqu’un d’autre.
Une personne qui avait porté le même nom et revêtu une robe de la même couleur.
« … On dirait que je perds la tête, moi aussi. »
Le Guide laissa échapper un petit rire et secoua la tête.
À cet âge, l’autre personne qui venait de lui traverser l’esprit avait elle aussi été une véritable plaie.
C’était pour cela qu’il avait toujours trouvé ridicule qu’on la couvre d’éloges en la présentant comme une sorte de héros.
Autrement dit, même le héros universellement vénéré par l’humanité n’avait pas été parfait à cet âge-là.
« Mais… oui. Si tu es vraiment du même genre que lui… »
Il y avait quelque chose qu’il voulait voir.
Quelque chose qu’il voulait vérifier.
D’un geste exercé, le Guide manipula l’orbe de cristal et créa un donjon destiné à une seule personne.
* * *
« … »
Oscar promena lentement son regard autour de lui.
C’était un village qu’il avait déjà visité.
Beaucoup de temps s’était écoulé depuis, mais il restait gravé dans sa mémoire avec une netteté saisissante.
« Un village de campagne ? Il est joli. »
Tesila, qui avait fait irruption juste après lui, vint se placer à ses côtés.
« Mais il y a un truc intéressant. »
« Quoi donc ? »
« Il y a des gens. »
Dans la direction qu’elle désignait, on apercevait des villageois.
Peut-être étaient-ils tous les deux invisibles, car les villageois ne réagirent pas du tout à l’apparition de ces étrangers.
« Il n’y avait personne dans les deux donjons où je me suis incrustée tout à l’heure. Et dans le tien ? »
« … Non, maintenant que tu le dis, il n’y avait personne non plus. »
Ce donjon avait pour but d’aider les challengers à progresser.
Peut-être était-ce pour cela que nombre de ses épreuves portaient sur la discipline personnelle et la cultivation…
Et maintenant, des gens apparaissent tout à coup. En plus…
Oscar fronça les sourcils.
Le simple fait que le donjon ait choisi « cet endroit » comme terrain d’épreuve lui déplaisait.
Non, ce n’est probablement qu’une coïncidence.
Même si le donjon pouvait lire des informations sur sa cible, il ne devait sans doute pas pouvoir accéder à ses souvenirs.
Oscar chassa de force ses pensées négatives et demanda :
« Alors, qu’est-ce qu’on fait ? Quand est-ce qu’on nous donne les conditions pour terminer l’épreuve ? »
« Ah, c’est vrai. C’est la première fois que tu viens. »
Tesila hocha la tête.
Elle avait accompagné des challengers dans les deux donjons précédents, mais elle-même n’en avait pas été une.
Après tout, elle avait fait irruption dans un donjon plus de deux mois après que ces sales gosses y étaient entrés.
« D’abord, tu échoues. »
« … Il faut qu’on échoue ? »
« Oui. Ne me dis pas que tu pensais réussir dès ton entrée ? Même le Maître de la Tour Jaune n’y est pas arrivé. »
Elle laissa échapper un petit rire.
« Et tu es entré dans un donjon de difficulté 3, encore plus difficile que ça, alors va savoir… Mais je doute que les conditions soient faciles. Peut-être que tous les donjons de difficulté 3 sont comme ça. »
« Vous n’avez pas d’informations à ce sujet non plus, mademoiselle Tesila ? »
« Non. Tu l’as entendu aussi, pas vrai ? Il y a encore quelqu’un qui est entré dans un donjon de difficulté 3 et n’en est jamais ressorti. »
En effet, le Guide le lui avait dit lorsqu’il était entré ici pour la première fois.
« C’est pour ça que tout le monde évite la difficulté 3. La plupart des gens qui viennent ici sont probablement au moins de niveau 6, mais ils ne veulent pas risquer leur vie pour rien. »
« J’imagine que c’est vrai… »
Les visiteurs les plus nombreux étaient sans doute les Mages et les chevaliers de niveau 6, qui cherchaient à franchir le cap du niveau 7 pour devenir Maîtres.
Ensuite venaient les Maîtres de niveau 7 avancé, désireux de dépasser le cap du niveau 8.
Fran, elle, faisait figure d’exception.
Pour quelqu’un de niveau 5, venir ici devait donner l’impression de gâcher une occasion unique.
« Alors, commençons par faire le tour des environs. »
« Bonne idée. Par quoi veux-tu commencer ? »
« Je pense qu’on devrait au moins repérer le terrain autour du village. »
« Waouh, tu veux rejoindre notre groupe d’aventuriers ? Tu ferais un excellent aventurier, je crois. »
« Je passe mon tour. »
Accompagné de Tesila, Oscar commença à explorer le village en partant du centre.
Sur la place centrale, des enfants faisaient rouler un ballon et des vieillards tuaient le temps en jouant aux échecs.
On voyait aussi des femmes près du lavoir et des hommes qui revenaient de la chasse, leurs proies fraîches sur le dos.
« Pour un village de montagne, il est assez grand. »
« Il compte 47 maisons et 182 habitants. »
« Hein ? »
Tesila écarquilla les yeux.
« J’ai compté les maisons, moi aussi, mais comment tu as estimé qu’il y avait 182 habitants ? »
« … J’ai juste l’impression qu’il y a à peu près autant de monde. »
« Oh, allez. »
Laissant Tesila rire derrière lui, Oscar se dirigea vers la périphérie du village.
« Rien ne semble bloqué. »
« Bloqué ? Ah, tu veux dire les murs invisibles ? »
« Oui. Dans les donjons précédents, il y avait des endroits où je ne pouvais pas aller. »
Il y avait eu des zones où il ne pouvait plus avancer, comme si des murs invisibles lui barraient le passage.
Comme l’endroit avait été créé par magie d’illusion, c’était probablement une limite naturelle.
« Oui, il y en avait aussi dans les deux donjons où je suis entrée. Maintenant que j’y pense, il n’y en a pas ici. »
dit Tesila en regardant autour d’elle.
« Ou alors, il y en a, mais les murs invisibles sont très éloignés. »
« … »
Très éloignés.
Ses mots résonnèrent dans les oreilles d’Oscar.
« Si c’est vraiment le cas, alors pourquoi ? »
« Tu veux dire, quelles sont les intentions de la personne qui a conçu le donjon ? »
« Oui. »
« Hmm… probablement parce qu’il y a une raison de quitter le village. Ou peut-être qu’ils ont caché un mécanisme quelconque à l’extérieur. »
Une raison de quitter le village.
Oscar plissa les yeux.
Non, ça ne devrait pas exister.
Même s’il y en avait une, il n’avait absolument pas l’intention de quitter ce village.
Il ne pouvait pas refaire la même erreur.
Après avoir constaté que le soleil avait atteint les sommets des montagnes, Oscar prit la parole.
« Pour l’instant, retournons au village. »
* * *
[Traducteur — Night]
[Relecteur — Pistolet]
La nuit s’épaissit.
Tous deux étaient assis sur un banc, au centre du village.
Après avoir bu les rations et l’eau fournies, Tesila prit la parole la première.
« On devrait dormir et se lever tôt ? Il ne risque pas de se passer grand-chose, la nuit, dans un village aussi tranquille. »
« … Non. »
Oscar secoua la tête.
Ce village, depuis le chemin à l’entrée jusqu’au banc où il était assis à présent.
Chaque recoin était si vivace qu’il aurait pu le retrouver dans ses rêves. C’est pour cela qu’il le savait.
Que cela arrive cette nuit ou dans quelques jours, je l’ignore.
Un visiteur viendrait dans ce village.
Et il détruirait tout, en tuant tous ses habitants.
« … »
Pendant longtemps, Oscar attendit dans l’obscurité cette présence.
Tic, tic.
Au moment où sa montre indiqua 2 h 32 du matin,
Tesila, qui somnolait, ouvrit brusquement les yeux.
« Oscar ! »
« Oui, je le vois. »
Toujours assis, Oscar fixa la présence qui flottait dans le ciel nocturne.
Une silhouette gigantesque de plus de trois mètres, avec une paire de cornes imposantes qui lui jaillissaient du crâne.
« … Un démon. »
BOUM !
Dans un fracas de tonnerre, le démon atterrit et fixa Oscar, toujours assis.
À en juger par le fait qu’il ne jeta même pas un regard à Tesila, debout juste à côté de lui, elle devait être invisible.
« Une robe d’un blanc pur ? Un Mage de la Tour Blanche. »
« … »
« Ton corps est tout raide. Tu n’arrives même pas à penser à te lever, hein ? »
Le démon afficha un sourire cruel et écarta lentement les bras, faisant jaillir des flammes.
À cet instant précis, le village se superposa dans les yeux d’Oscar.
Il vit tous ses habitants morts et le village réduit à un amas de ruines noircies.
Les enfants qui jouaient autrefois au ballon avec lui, le couple qui l’avait invité à manger.
Le chef du village, qui lui avait serré la main en le remerciant de son aide, n’était plus qu’un cadavre desséché et cassant, roulant sur le sol comme un arbre mort.
« Pourquoi es-tu venu ? »
Il s’était toujours posé la question.
Pourquoi ces villageois avaient-ils dû être massacrés ?
Était-ce, d’une manière ou d’une autre, à cause de lui ?
Bien sûr, il le savait.
La scène qui se déroulait sous ses yeux n’était qu’une illusion fabriquée, et le démon qui se tenait devant lui ignorait la réponse.
Malgré tout, il voulait simplement poser la question.
« Hein ? Quelle drôle de question. »
Le démon sourit.
« Depuis quand avons-nous besoin d’une raison pour tuer des humains ? »
« … »
Le cœur humain était faible et trompeur.
Et il semblait que lui non plus n’échappait pas à la règle.
Il ressentait un soupçon de soulagement en entendant des paroles qui ne venaient que d’une illusion.
« Mais c’est plutôt moi qui devrais poser la question. Que fait un Mage de la Tour Blanche dans un endroit pareil… »
Il n’eut pas le temps d’achever sa phrase.
CLAC !
Oscar claqua des doigts.
FWOUSHHH !
Dans le même instant, un typhon furieux s’abattit sur le démon.
« K-Kgh ! »
Lorsque le vent et le nuage de poussière se dissipèrent, le démon apparut, le corps couvert de blessures et dégoulinant de sang.
Il abaissa lentement les bras qu’il avait croisés devant lui, et son regard déborda d’intention meurtrière.
« Quel lâche, comme un insecte. Attaquer pendant que quelqu’un parle ! »
« Je n’ai pas l’habitude de discuter avec les ordures. »
Oscar claqua de nouveau des doigts.
« Je ne me ferai pas avoir deux fois ! »
FWOUSH !
D’un léger geste de la main, le démon fit jaillir des flammes de toutes parts et bloqua le vent.
« … »
Oscar le fixa sans émotion, puis serra le poing.
FWOUM !
Le vent déchaîné écrasa les flammes comme des insectes, les avala tout entières, puis engloutit le démon.
« Kuhu, hahaha ! Pauvre idiot ! Comme si des flammes que j’ai moi-même créées pouvaient me faire du mal ! »
« … »
L’expression d’Oscar ne changea pas d’un iota.
De toute façon, il n’avait jamais eu l’intention d’utiliser les flammes elles-mêmes.
CRACRACRAC !
Le tourbillon, devenu rougeoyant après avoir englouti les flammes, s’affina en lames.
Ces lames raclèrent, tailladèrent et déchiquetèrent sans merci le démon piégé à l’intérieur.
« KRAAAARGH ! »
Le démon se tordit de douleur et cracha frénétiquement des flammes, mais le vent les balaya sans leur laisser la moindre chance de s’échapper.
« … »
Plus de dix minutes passèrent. Quand le vent s’apaisa enfin, quelque chose s’écrasa au sol dans un bruit sourd.
Un cadavre si mutilé qu’il était difficile de le regarder en face.
Oscar le contempla de ses yeux impassibles et marmonna :
« Ce n’est pas que je n’arrive pas à penser à me lever. C’est juste inutile. »
Après tout, ce n’était qu’un démon de classe baron.
À présent, il avait atteint un niveau où il pouvait en massacrer un sans même quitter son siège.
« W-Waouh… »
En assistant à la scène, Tesila poussa un cri d’admiration sincère.
« Je savais que tu étais fort, mais pas à ce point ! »
« J’avais l’avantage. Et mon adversaire était stupide, aussi. »
Utiliser le feu de front contre un Mage de la Tour Blanche.
Même les Mages de la Tour Rouge n’auraient pas commis une telle stupidité.
Après avoir examiné le cadavre, Tesila hocha la tête.
« Il est bel et bien mort. C’est la première fois que je vois quelqu’un terminer un donjon dès sa première tentative. »
« … C’était un donjon déplaisant. »
Oscar renifla doucement et marmonna :
« Alors, ça se termine quand ? »
« Qui sait ? En général, dès que la condition de réussite est remplie, une voix l’annonce. »
Tous deux attendirent longtemps sur le banc.
Ce ne fut qu’à l’aube qu’un message annonçant la réussite du donjon apparut.
[Taux d’accomplissement : 8 %]
[Condition de réussite partiellement remplie. Réussite conditionnelle.]
« … »
Un taux d’accomplissement de 8 % ?
Les conditions de réussite seulement partiellement remplies ?
Comme Oscar fronçait les sourcils, une nouvelle voix retentit devant lui.
[Si vous choisissez de quitter le donjon maintenant, vous recevrez la « Zone sans vent » en récompense.]
[Voulez-vous partir ?]
Le taux d’accomplissement n’était que de 20 %, et pourtant cela suffisait déjà à recevoir la Zone sans vent.
Même s’il quittait le donjon sur-le-champ, il n’aurait rien à perdre.
Après avoir démêlé ses pensées confuses, Oscar demanda :
« Quelle était déjà la condition de réussite de ce donjon ? »
[Votre condition de réussite est unique.]
La voix qui le guidait poursuivit :
[Renoncez.]
[Traducteur — Night]
[Relecteur — Pistolet]