Chapitre 390
[Traducteur - Night]
[Correcteur - Pistolet]
Chapitre 390 : Tour des épreuves (4)
« … L’ouvrir ? »
Fran posa la question devant la porte de fer du dixième étage.
À voir comme il déglutissait sans arrêt, il semblait extrêmement tendu.
« Oui. »
« Tu veux vraiment l’ouvrir ? »
« Ouvre-la. »
À cette réponse ferme, Fran, qui s’apprêtait à pousser timidement la porte, se retourna.
« Tu dis ça beaucoup trop facilement, tu sais ? Et s’il y avait un monstre bizarre à l’intérieur, ou si des flammes en jaillissaient ou je ne sais quoi… »
« Si tu ne l’ouvres pas tout de suite, je te donne une pichenette sur le front. »
« Aïe… pas ça. Tu fais mal avec tes mains. »
Fran détestait souffrir. Les larmes aux yeux, il poussa prudemment la porte de fer.
« … Hein ? »
En découvrant la pièce complètement vide, il cligna plusieurs fois des yeux avant d’entrer.
« C’est quoi, ce truc ? J’ai eu peur pour rien ? Comment tu savais ? »
« Une intuition. »
Comparé à la dernière fois qu’il était venu, le dixième étage n’avait pas changé d’un iota.
Fran observa les lieux et se rendit soudain compte de quelque chose.
« Attends, mais ce n’est pas une raison de se réjouir, juste parce que rien n’a changé. »
S’ils ne remplissaient pas la condition [L’atteindre], toutes les souffrances qu’ils avaient endurées jusque-là n’auraient servi à rien.
Fran lui lança un regard anxieux.
« Alors, qu’est-ce qu’on est censés faire maintenant ? »
« T’es bête ou quoi ? Pourquoi tu me demandes ça ? »
Oscar s’assit, adossé au mur tout proche.
« Tu connais déjà la réponse. »
« Tu ne peux pas me la dire clairement ? Tu as bien aidé Becky et Killian, toi. »
« C’est vrai. Mais pas toi. »
Dans le cas des deux autres, même lui n’avait pas été sûr de la bonne réponse.
Tout au plus leur avait-il donné des conseils fondés sur sa longue expérience, mais cette fois, c’était un peu différent.
Il avait l’impression que, d’une manière ou d’une autre, ce qu’il pensait était tout simplement la bonne réponse.
« Je pourrais te donner la méthode à laquelle je pense et t’aider à sortir facilement de ce donjon. Mais après, il ne te resterait rien. Ça te va ? »
« … Non. »
Fran secoua la tête.
Après tout, s’il avait souffert ici pendant plusieurs mois, ce n’était pas uniquement pour s’en échapper.
Il voulait progresser en tant que mage et trouver la voie qu’il suivrait à l’avenir.
Il ne pouvait pas détruire tout ce qu’il avait bâti avec tant d’efforts, juste pour obtenir un peu de réconfort sur le moment.
« Bonne décision. Et réfléchis bien. Si vous y pensez tous les deux, ça ne devrait pas vous prendre trop longtemps. »
« C’est beaucoup trop vague. Mu, et toi ? »
— … Je ne sais pas.
Fran lâcha un léger soupir et se tourna vers Oscar.
Le type avait déjà fermé les yeux, toujours adossé au mur.
Il dit que je connais déjà la réponse ?
En observant les alentours, Fran demanda :
« Mu, tu vois quelque chose à manger à cet étage, par hasard ? »
C’était l’approche la plus sûre possible.
Après tout, tout ce qu’ils avaient trouvé entre le deuxième et le neuvième étage était constitué d’« attributs » que Mu pouvait manger.
Peut-être y avait-il aussi, au dixième étage, une sorte d’attribut invisible à l’œil humain.
Mais Mu secoua la tête.
— Il n’y a rien. Et puis, je ne sens rien de bon.
« Réfléchis bien. Des rayons ultraviolets ou quelque chose comme ça… Ah ! Ou alors, il faut manger la poussière par terre ? »
— Mange-la toi-même, invocateur.
Après avoir tourné en rond un long moment, Fran se plongea dans ses pensées.
Est-ce que je dois libérer ici les attributs qu’on a mangés dans les étages inférieurs ? Comme si on remplissait un entrepôt vide ?
Il réfléchit un instant, puis secoua la tête.
Non. Ça ne peut pas être ça. Si ça marchait comme ça, les attributs qu’on pourrait apporter au dixième étage seraient limités.
Les attributs consommés dans les étages inférieurs étaient tous digérés avant qu’ils n’arrivent ici.
Fran continua de se creuser la tête pendant un long moment, puis se mit à se ronger les ongles, anxieux.
En le voyant, Mu s’excusa d’une voix profondément intimidée.
— Invocateur, je suis désolé.
« … Désolé ? Pourquoi ? »
— Si j’avais pu manger davantage d’attributs, ou les conserver plus longtemps, on aurait peut-être pu terminer cette tour facilement.
Le corps rond de Mu, semblable à une boule, s’affaissa, tout comme ses yeux.
— Ou peut-être que si je m’étais spécialisé dans un domaine, comme les autres esprits, j’aurais pu t’aider davantage. Je suis désolé d’avoir un pouvoir aussi vague.
« Mu… »
Comme pour le réconforter, Fran le caressa doucement tandis qu’il se reprochait son manque de spécialisation.
« Ça va. Je n’ai jamais pensé une seule fois que tu étais vague. »
— Vraiment ?
« Oui. Si on suit cette logique, c’est moi le plus vague de nous deux. Je ne peux même pas dire clairement si je suis un mage ou un invocateur d’esprits. »
À cet instant, il se rappela soudain pourquoi il avait repoussé les deux Rois des esprits et s’était plutôt senti attiré par ce type.
Ce type me ressemble.
Un être vague et maladroit, qui ne savait même pas vraiment ce qu’il était capable de faire.
C’était peut-être pour ça qu’il avait le sentiment que Mu ne le teinterait pas arbitrairement d’une autre couleur.
Chaque fois qu’il le regardait, il avait l’impression de se voir dans un miroir. Son cœur s’attardait alors une nouvelle fois auprès de lui, et son regard le suivait encore.
« Hein ? Ne pas me teinter arbitrairement d’une autre couleur… ? »
À cet instant, une petite étincelle jaillit dans son esprit.
Car l’idée à laquelle il venait d’aboutir comportait une contradiction inexplicable.
Fran baissa les yeux sur Mu, l’air absent.
Mais ce type m’a teinté d’autres couleurs.
À chaque étage, Mu avait consommé des attributs, et il s’en était servi pour colorer Fran.
Alors pourquoi Fran n’avait-il jamais ressenti de rejet à cet égard ?
Comme s’il était sur le point de comprendre quelque chose, Fran ouvrit la bouche.
« Mu, quel genre d’esprit es-tu, en ce moment ? »
— Je suis un esprit incolore.
« Mais… tu as mangé d’autres attributs. »
Le feu et le vent. La glace et la foudre.
Juste avant d’arriver ici, il avait même consommé les ténèbres du neuvième étage.
C’était pour ça que son corps était encore légèrement noir.
— Et pourtant, je suis un esprit incolore. Ça n’a pas changé.
« … Ça n’a pas changé. »
Les yeux de Fran s’agrandirent légèrement.
Manger du feu ne faisait pas de lui un esprit du feu, et manger de la lumière ne faisait pas de lui un esprit de la lumière.
Quels que soient les attributs qu’il consommait, Mu restait un esprit incolore.
« Ah. »
Comme s’il venait de comprendre quelque chose, Fran promena son regard sur tout le dixième étage.
Un espace propre et vide.
Jusqu’à quelques instants plus tôt, cet endroit lui avait paru vide, comme s’il fallait absolument le remplir.
Mais ce n’était plus le cas.
« … Peut-être que cet endroit représente ce que nous sommes vraiment. »
Mu comme lui.
Parce que leurs origines étaient vagues, ils pouvaient accueillir d’innombrables changements.
À la manière des caméléons, ils pouvaient imiter momentanément bien des apparences.
Mais cet état ne durerait jamais pour toujours.
Avec le temps, il ne restait finalement que leur véritable nature.
— Je vois.
Mu, qui semblait lui aussi avoir compris quelque chose, hocha la tête.
[Traducteur - Night]
[Correcteur - Pistolet]
— Je peux continuer à manger de nouveaux attributs.
« Et moi, je peux continuer à m’envelopper de ces attributs, encore et encore. »
Mais Mu restait Mu, et lui-même restait lui-même.
« Hum. »
Oscar, qui était adossé au mur, entrouvrit lentement les yeux.
« Tu as compris plus vite que je ne le pensais. »
« Alors, c’est bien ça ? “L’atteindre”, ça ne voulait pas dire atteindre un endroit, mais reconnaître sa véritable nature ? »
« Si mon hypothèse est juste, oui. »
Bien sûr, s’il avait conçu le donjon, il ne s’y serait pas pris d’une manière aussi détournée.
Mais, peut-être à cause de la personnalité tordue de son concepteur, tout avait été volontairement embrouillé.
Vroooong !
À cet instant, tout le dixième étage se mit à vibrer.
[Condition remplie : L’atteindre]
[Donjon thématique terminé]
La voix désormais familière retentit et, comme toujours, le guide apparut.
Sans même jeter un regard à Fran, il claqua des doigts.
« Oh, une porte. »
« Je vous félicite sincèrement d’avoir relevé le défi. Si vous sortez par cette porte, vous recevrez votre récompense. »
« … Oscar, il se passe quelque chose de dangereux, là ? »
« Non. Tout va bien, sors le premier. »
Fran jeta un regard au guide, puis à Oscar. Sentant l’étrange tension entre eux, il finit par hocher la tête.
« Compris. Alors, à la tour. »
« Oui. »
Une fois Fran et Mu passés par la porte, le guide lâcha un léger soupir.
« J’aime beaucoup résoudre les problèmes difficiles, personnellement… mais celui-ci est bien trop ardu. »
« Qu’est-ce qui est si difficile, exactement ? »
« Hé hé, je me demande ce que je devrais faire de vous. »
Sa voix douce dissimulait une froideur sous-jacente.
Oscar haussa les épaules.
« Et pourquoi ça ? »
« Chaque personne a une forme de faiblesse. Je repère ces faiblesses, puis je lui propose des épreuves à surmonter ou une direction à suivre. Cependant… »
Le regard du guide le transperça comme une dague.
« Je ne vois absolument rien de tel chez vous. »
« C’est parce que je ne manque de rien. »
« Non, ce n’est pas de ça qu’il s’agit. De toute ma vie, je n’ai vu qu’une seule personne aussi totalement dépourvue de faiblesses que vous. »
Après une brève pause, le guide baissa la voix.
« Le Grand Empereur. »
« … »
Ses sourcils tressaillirent malgré lui, et le guide sembla à nouveau hésiter.
« L’hostilité farouche que vous avez montrée au nom du “Grand Empereur”. Et, à l’inverse, cette étrange familiarité que je perçois dans votre âme. Je ne sais pas comment interpréter tout ça. »
Après un instant de réflexion, le guide demanda :
« Permettez-moi de vous poser une seule question. Êtes-vous un démon ? »
« Non. »
« Hum. Soutenez-vous peut-être les démons, alors ? J’ai entendu dire qu’il existe, à cette époque, un groupe de fous appelé les Doigts Noirs. »
« La personne qu’ils veulent tuer plus que tout, c’est moi. »
« Tss. »
Le guide fronça les sourcils, ce qui ne convenait pas à quelqu’un de son âge, et se gratta vigoureusement le menton.
« Ah, c’est compliqué. Enfin, ce n’est peut-être pas important. »
Plissant les yeux, il marmonna :
« Quoi que vous cachiez, vous finirez forcément par le révéler. »
« Je ne suis pas quelqu’un de mauvais. »
« Nous le saurons bien assez tôt. N’oubliez pas que je continue de vous observer. »
On dirait que j’ai vraiment été repéré.
Sous ce regard perçant, Oscar franchit la porte qui venait d’apparaître.
« Oscar ! »
Tesila, qui l’attendait devant la porte, lui fit joyeusement signe de la main.
« Celui-là a pris un temps fou. À force d’attendre, j’ai cru que j’allais me briser la nuque. »
« C’était le plus compliqué jusqu’ici. »
« Mais tu as sauvé tous tes amis, maintenant, pas vrai ? »
« On peut dire ça. »
Oscar lui donna la réponse qu’elle voulait entendre.
« Pas la peine de perdre du temps, allons dans mon donjon. »
« Vraiment ? Ça me va ! J’ai même déjà repéré où se trouvait ta porte. »
Ayant déjà réussi deux invasions, Tesila semblait détendue.
« À bien y penser, cette fois, toi aussi, Oscar, tu pourrais tenter le Niveau 8. »
« Je pense qu’il est encore un peu tôt pour moi. »
Il n’avait même pas encore assimilé tout ce qu’il avait appris récemment.
Surtout, grâce à son mana inépuisable, il n’avait pas tellement de raisons de s’accrocher désespérément au royaume du Niveau 8.
Bien sûr, si l’occasion se présentait, il ne comptait pas la refuser.
« Vraiment ? Moi, j’ai vraiment hâte de voir ça. »
« … Ça t’a aidée ? De voir les donjons des autres. »
Lui-même avait réussi trois invasions, mais il ne s’agissait que des donjons de sales gosses de Niveau 5 ou 6.
Tesila, elle, avait vu deux donjons de Niveau 7 ou plus.
L’un d’eux appartenait même au nouveau Maître de la Tour Jaune, Tony Haberz.
« Aidée, hein… »
Tesila prit un air un peu plus sérieux et haussa les épaules.
« J’ai commencé à réfléchir à certaines choses, mais je ne sais pas encore vraiment. Pour être honnête, j’ai envie de me jeter dans mon donjon dès maintenant. Ça me démange. Alors, Oscar, j’espère que tu termineras le tien aussi vite que possible. »
« Je vais essayer. »
« Bon, l’endroit où se trouvait ta porte, c’est juste ici… Hein ? »
Arrivée devant une porte, Tesila cligna plusieurs fois des yeux.
Après avoir vérifié la plaque, Oscar tourna lui aussi le regard vers elle.
« Je crois que tu t’es trompée d’endroit. Cette porte appartient à quelqu’un qui s’appelle Lennon. »
« Hein ? Non, c’est impossible… Attends, quoi ? Je suis sûre que c’était le bon endroit. »
« Hum… »
À cet instant, un homme s’approcha prudemment et prit la parole.
« Excusez-moi, mais c’est ma porte… Est-ce que je peux entrer ? »
« A-allez-y. »
Les deux s’écartèrent légèrement et l’homme, qu’ils supposaient être Lennon, ouvrit la porte et entra.
Oscar demanda d’un ton indifférent :
« Tu es sûre que c’était le bon endroit ? »
« Oui ! Il s’est passé la même chose quand je t’ai guidé jusqu’aux portes de tes amis, mais les aptitudes de ma classe font que je ne me trompe jamais de lieu ni de chemin une fois que je les ai mémorisés. »
Après tout, il serait absurde qu’une aventurière de tout premier plan ne sache pas trouver son chemin.
Il ne restait donc qu’une possibilité.
« … La porte d’origine a disparu et une nouvelle est apparue. »
« Quoi ? Pourquoi, tout à coup ? »
« Comment tu veux que je le sache ? On le découvrira en entrant, non ? »
Comme le guide semblait se méfier de lui, l’hypothèse la plus probable était que le donjon préparé à l’origine pour Oscar avait été modifié.
Après avoir erré un bon moment, ils finirent par trouver la porte.
<Oscar Crucian, <3>, 00:00:00>
« Allons-y. »
« … Ah, d’accord. »
« Si tu veux, tu n’es pas obligée d’entrer avec moi. »
« Q-quoi ? Qui a dit que j’avais peur ? Dépêche-toi d’entrer. J’envahirai juste après. »
À ces mots, Oscar hocha la tête et ouvrit la porte.
À l’instant même où il entra…
« … »
Le paysage familier d’un village s’offrit à ses yeux.
[Traducteur - Night]
[Correcteur - Pistolet]