Chapitre 392
[Traducteur - Night]
[Relecteur - Pistolet]
Chapitre 392 : Ce qu’on ne pouvait abandonner (2)
Abandonner ?
Abandonner quoi ?
Avant même que la question ait eu le temps de se former dans son esprit, une porte apparut devant eux.
[Souhaitez-vous sortir ?]
À la voix du guide qui résonna dans l’espace, Tesila prit la parole.
« C’est vraiment différent d’un donjon de difficulté 3. Sortons. »
Même s’ils partaient maintenant, ils recevraient quand même la récompense initialement prévue : la « Zone sans vent ».
Et, bien sûr, ils obtiendraient également le droit d’accès à l’équipe d’aventure de Tesila.
« … »
Oscar fixa la porte.
Il lui suffisait de faire quelques pas pour la franchir.
Pourtant, ses pieds refusaient de bouger.
Ne comprenant pas son comportement, Tesila pencha la tête.
« Hum ? Tu ne pars pas ? »
« … Continuons encore un peu. »
« Mm, d’accord. Si c’est ce que veut le propriétaire du donjon. »
À la réponse indifférente de Tesila,
[Intention de réessayer confirmée.]
[La porte disparaît.]
La porte qui l’avait tenté s’évanouit sans laisser de trace.
Puis, comme si le temps lui-même remontait à rebours, le paysage autour d’eux se mit à reculer.
Le soleil, qui venait de poindre à l’horizon, replongea derrière la crête montagneuse, tandis que la lune se levait.
Le membre de la race démoniaque, déjà réduit à l’état de cadavre, se releva avant de disparaître dans le ciel.
Au terme de cet étrange spectacle, un paisible village attendait les deux compagnons.
« C’est exactement comme lorsque nous sommes entrés. »
Tesila désigna quelque chose du menton.
« Le vieil homme coupait déjà du bois, à l’époque. »
CRAC !
Un homme d’âge mûr, solidement bâti, fendait des bûches à la hache.
« Je me souviens de lui aussi. »
« Et si ma mémoire est bonne, de ces petits morveux aussi. »
Elle regarda les enfants qui jouaient au ballon dans le terrain vague.
« Le ballon devrait bientôt arriver par ici. »
Comme elle l’avait annoncé, un enfant rata son coup de pied et le ballon roula jusqu’à eux.
L’enfant qui se trouvait le plus près trottina alors jusqu’au ballon pour le ramasser.
« Nous sommes donc toujours invisibles à leurs yeux… Qu’est-ce qui nous a échappé ? »
À ces mots marmonnés par Tesila, Oscar se plongea lui aussi dans ses pensées.
Il avait beau réfléchir, il ne comprenait pas.
À l’origine, tous les habitants de ce village meurent sous les coups de ce démon.
Toutes les maisons et les installations du village brûlaient, et l’on ne retrouvait ensuite que les restes calcinés des habitants.
C’était un souvenir vivace de sa vie précédente.
Mais en tuant le démon, il avait empêché cette catastrophe.
Il avait donc naturellement pensé avoir rempli la condition de réussite.
Non… Maintenant que j’y pense, c’est justement ça qui est étrange.
Seule une poignée de personnes savaient que tous les habitants du village avaient été massacrés par des démons.
Et la plupart d’entre elles étaient déjà mortes.
Alors, ils ont lu mes souvenirs pour créer ce donjon ?
Mais quand ?
Comment ?
Il avait rencontré le Guide d’innombrables fois, mais jamais il n’avait senti qu’il utilisait une telle magie sur lui.
Même si un artefact avait été employé, il aurait au moins dû éprouver une impression de déjà-vu.
Alors, ce n’est ni de la magie ni un artefact ?
Comment savaient-ils donc que ces villageois avaient été tués par des démons ?
Oscar ferma les yeux et fouilla dans ses souvenirs.
Des informations.
Il lui fallait des informations.
La mort de ceux qu’il n’avait pas pu protéger dans ce village subsistait dans un coin de sa mémoire, mais, pour être honnête, les détails de la situation lui échappaient.
Après avoir erré sur d’innombrables champs de bataille, cet endroit n’était plus qu’un lieu parmi tant d’autres.
Souviens-toi.
Heureusement ou malheureusement, il avait retrouvé des souvenirs liés à ce village assez récemment.
Lorsqu’il avait rendu visite à Vince, le Baron des Cauchemars avait fait une scène qui lui avait remis cet endroit en mémoire.
Je t’en prie.
N’importe quoi ferait l’affaire, du moment que cela pouvait l’aider, même un peu.
Alors qu’il fouillait ses souvenirs, les sourcils profondément froncés, une brève conversation lui revint à l’esprit.
— C’est plutôt brutal. À en juger par les méthodes et les traces, c’étaient forcément ces salopards de démons.
C’étaient les paroles de Magiro, qui s’était approché en secouant la tête.
— Des survivants ?
— … Aucun.
Après la fin de leur conversation, Radan avait marmonné :
— Oscar. On dirait que nous étions leur cible depuis le début.
Fff !
Oscar rouvrit brusquement les yeux.
Exact. Voilà ce que c’était. Nous étions leur cible.
Il y avait une raison pour laquelle il avait conduit l’élite de la Tour Blanche dans cette région, au lieu de se trouver sur le champ de bataille où il aurait dû être.
Varkan, un démon de classe baron.
Ce salaud, qui répandait la peste et relevait les cadavres, avait soudain disparu du champ de bataille.
Vu la nature de ses pouvoirs, dès qu’il pénètre en territoire humain, c’est le début d’un désastre.
Rien que d’imaginer des dizaines de milliers, voire des centaines de milliers de soldats morts-vivants se lever au cœur de la région qu’ils devaient protéger lui donnait des frissons.
Si cela devenait réalité, l’humanité, déjà en position de faiblesse, s’effondrerait sous les attaques venues de l’intérieur comme de l’extérieur.
C’est alors que la Famille Impériale avait découvert des traces de démons dans cette région.
Sans même avoir le temps d’enquêter correctement, elle l’y avait envoyé en urgence.
Mais Varkan n’était pas là, finalement.
Pour l’attirer, lui et l’élite de la Tour Blanche, loin du champ de bataille, Varkan s’était délibérément caché et avait envoyé ses démons subalternes à sa place.
Il se souvenait que les lignes de front avaient considérablement reculé à cause de cela.
« … Huit pour cent. »
Il comprenait enfin pourquoi le sauvetage du village n’avait rapporté qu’un taux d’achèvement de huit pour cent.
Le champ de bataille.
Au moment précis où le village avait brûlé, les lignes de front s’étaient effondrées et plus de deux mille soldats étaient morts.
« Ha. C’est complètement dingue. »
Oscar laissa échapper un rire sans joie, et Tesila lui demanda :
« Pourquoi ? Tu as compris quelque chose ? »
« Peut-être. »
« … Peut-être ? »
« Oui. Au sujet du démon qui a attaqué ce village. »
Oscar promena lentement son regard autour de lui.
« Maintenant que j’y pense, tu ne trouves pas ça étrange ? Qu’un démon de classe baron soit venu jusqu’ici uniquement pour massacrer un village de montagne de cent quatre-vingt-deux habitants. »
« Bon, c’est la faction ennemie, donc ce n’est pas impossible… mais oui, ça paraît disproportionné. »
« Et si cet investissement était en réalité le choix le plus rationnel ? »
« Qu’est-ce que tu veux dire ? »
« Ce village… Peu importe comment j’y réfléchis, je crois que c’est celui qui est lié au démon Varkan. »
Tesila plissa les yeux.
« Varkan… Tu veux dire Varkan de la Peste ? Le démon de classe vicomte ? »
« Oui. Tu connais vraiment bien l’histoire. »
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« Q-Quoi ?! Je l’ai appris en étudiant, d’accord ? À l’époque où la guerre battait son plein, je n’étais encore que… »
« Bref. Je me souviens avoir lu en cours d’histoire que Varkan avait utilisé des diversions de ce genre pour faire s’effondrer les lignes de front. »
À ces mots, Tesila réfléchit un instant avant de répondre :
« Je reconnais que les situations se ressemblent, mais ça pourrait être une coïncidence, non ? »
« Quand j’ai sauvé les cent quatre-vingt-deux habitants du village, le taux d’achèvement n’était que de huit pour cent. Si ce taux correspond simplement au nombre de personnes sauvées… »
« Alors, à cent pour cent, ça ferait plus de deux mille personnes ? »
« Exactement deux mille deux cent soixante-quinze. »
Oscar poursuivit en la regardant :
« Et lorsque les lignes de front se sont effondrées à cause du plan de Varkan, plus de deux mille soldats sont morts. »
« … Je vois. »
Tesila hocha lentement la tête, l’air grave.
« Alors, il y a de fortes chances que ce donjon reproduise un événement historique. Si c’est le cas, je comprends ce qu’il voulait dire en nous demandant d’abandonner. »
« Oui. Pendant que le village était attaqué, les lignes de front s’effondraient aussi. »
« Cent quatre-vingt-deux villageois et plus de deux mille soldats. Il nous dit de sacrifier un camp. »
Le visage sombre, Tesila observa les villageois.
« J’imagine… qu’il faut sauver le camp où il y a le plus de monde ? »
Le camp où il y avait le plus de monde.
À ces mots, Oscar prit une profonde inspiration sans même s’en rendre compte.
Il avait lui-même choisi, autrefois, de privilégier l’humanité à la Tour Blanche, sacrifiant le camp le moins nombreux.
Il avait déclaré avec assurance qu’il ne regretterait jamais ce choix, et pourtant, il avait échoué.
Car face à la mort, impossible de se débarrasser de ce goût amer du regret.
Bien sûr, même aujourd’hui, si quelqu’un me posait la question, je ne pourrais toujours pas dire que je le regrette.
Sa décision était prise depuis longtemps.
En revanche, il avait pris une résolution dans cette nouvelle vie qui lui avait été accordée.
Après ma mort, je voulais vivre uniquement pour les miens…
Mais une fois revenu à la vie, même cela s’était avéré difficile.
C’était tout simplement dans sa nature.
Il ne pouvait jamais ignorer ceux qui demandaient de l’aide.
C’était pour cela qu’il avait décidé de devenir plus fort.
Devenir plus fort que quiconque et vivre sans jamais rien abandonner.
S’il avait été bien plus puissant que l’Empereur démoniaque.
S’il avait eu la force de tenir tête seul à l’armée des démons.
Alors, jamais il n’aurait été acculé par des menaces aussi minables.
C’était pour cela que ce donjon représentait pour lui bien plus qu’un donjon parmi d’autres.
Est-ce que quelqu’un comme moi a grandi après sa mort ?
Était-il seulement un rêveur aux ambitions démesurées, ou possédait-il vraiment la force à la hauteur de sa résolution ?
Cet endroit n’était rien d’autre qu’une scène où le prouver.
« Je n’abandonnerai aucun des deux camps. »
Tesila ouvrit de grands yeux en entendant Oscar.
« Aucun des deux ? »
« Oui. Aucun. »
« Mais… comment ? »
« Je trouverai une solution. »
Sur ces mots, il vérifia sa montre.
Dix-sept heures quarante-deux. Il me reste largement le temps.
Les démons arriveraient au village à deux heures trente-deux du matin.
Il leur restait donc environ neuf heures.
« Avant l’aube, il faut qu’on aille sur le champ de bataille et qu’on sauve autant de soldats que possible. »
« Quoi ? C’est seulement possible ? Même si on trouve où il se trouve… Ah ! Attends, ne me dis pas que… »
« Si. »
Crac !
L’espace devant eux se fendit et révéla un sous-espace.
La gravure des informations n’était toujours pas terminée.
« Alors, j’avais raison. Tu utilises la magie spatiale. »
« Oui. Avec ça, rejoindre le champ de bataille ne posera pas de problème. »
« Alors, on y va ? »
« Un instant. Il y a quelque chose à vérifier d’abord. »
Oscar plaça l’entrée du portail devant les enfants qui jouaient au ballon.
Naturellement, ils ne le percevaient toujours pas.
Même quand il leur parlait, ils ne réagissaient pas, et il ne pouvait pas non plus toucher le ballon.
« Qu’est-ce que tu fais ? »
« Je vérifie si les villageois peuvent emprunter le portail du sous-espace. »
S’ils pouvaient passer par le portail, tous les problèmes seraient réglés.
Il n’aurait pas besoin de défendre le village.
Il lui suffirait de placer tous les villageois dans le sous-espace et de se consacrer entièrement au champ de bataille.
« … »
« On dirait que ça ne marche pas ? »
Comme elle l’avait dit, l’expérience échoua, malheureusement.
Les enfants traversèrent simplement le portail, tels des fantômes.
« Dommage. Si ça avait marché, les choses auraient été bien plus simples. Allons-y. »
En le suivant dans le sous-espace, Tesila lui fit part de son impression :
« Quand tu as parlé de sous-espace, je m’attendais à ce que ce soit calme, mais c’est plus animé que je ne le pensais. »
« C’est le bazar en ce moment, parce qu’il vient de subir des travaux de réaménagement presque forcés, mais il fonctionne toujours pareil. »
« Alors, tu peux vraiment aller jusqu’au champ de bataille avec ça ? »
« Sans problème. »
Lorsqu’il tira sur les fils de l’espace, une nouvelle sortie s’ouvrit non loin.
Oscar en franchit le seuil d’un pas assuré, puis acquiesça.
« Je crois qu’on est au bon endroit. »
« C-C’est vraiment le champ de bataille. »
En contrebas de la falaise où ils se tenaient, des baraquements rudimentaires et des tentes s’étendaient à perte de vue dans la plaine.
À la vue du paysage saturé d’odeurs de sang et de mort, Tesila se retourna brusquement.
« Même l’air est différent… On a parcouru quelle distance ? »
« Environ neuf cent quarante-deux kilomètres. »
« Mm, donc presque mille kilomètres ? »
« … ! »
Oscar sursauta, stupéfait.
« Tu connais les miles ? »
« Hein ? Bien sûr. Beaucoup de vieux donjons et d’archives sont rédigés en miles. Les aventuriers sont obligés de connaître cette unité. »
« C’est un métier qui en jette. »
« … Je ne vois pas ce que tu trouves impressionnant là-dedans, mais, sérieusement. Plus de neuf cents kilomètres. »
Elle jeta à Oscar un regard semblable à celui d’une chasseuse qui aurait repéré une proie de choix.
« Plus je te découvre, plus tu me sembles être un bien précieux. »
« Je ne suis pas un bien. Je n’ai même jamais été mis sur le marché. »
Oscar coupa court à la conversation et regarda au-delà des baraquements, vers le champ de bataille.
Ce lieu, situé loin au nord du village de montagne de Sirin, était déjà plongé dans l’obscurité, le soleil ayant complètement disparu.
Boum. Boum.
Au milieu d’un grondement sourd et désagréable, comme si la terre elle-même tremblait,
une vague noire se mit à onduler en avançant depuis l’autre côté de la plaine.
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