Chapitre 389
[Traducteur - Night]
[Relecteur - Pistolet]
Chapitre 389 : La Tour des épreuves (3)
Les deux mains de Fran, devenues vent et virevoltant dans les airs, se teintèrent de rouge.
Comme s’il ne l’avait pas remarqué lui-même, il haussa les épaules et se tourna vers Oscar.
« Voilà ce que je voulais dire. Parfois, il dit qu’il a faim et se met à manger des trucs comme ça. Alors qu’il ne touche même pas à de la vraie nourriture. »
« Fran, tu… »
« Attends, je vais boire un peu d’eau. »
Au moment où Fran leva sa gourde pour boire,
Frrrrt !
La gourde fondit, puis… Boum !
L’eau, portée à ébullition en un instant, jaillit dans toutes les directions.
『Bouclier de vent』
Fran, qui regardait Oscar lancer un sort à la hâte, lui demanda d’un air hébété :
« Qu-quoi ? Pourquoi ça a explosé d’un coup ? Elle était défectueuse ? »
« Ça va ? »
« Ah, oui. Grâce à toi, je n’ai pas vraiment été blessé. »
« Ce n’est pas de ça que je parle. Tes mains. Ça va ? »
« Mes mains ? »
Ce ne fut qu’à cet instant que Fran baissa les yeux vers ses mains et sursauta.
« Qu-quoi ? Pourquoi mes mains sont comme ça ? »
« Ne bouge pas une seconde. »
Clac !
Oscar tendit le bras et referma sa main sur celle, rouge, du jeune homme.
Une chaleur brûlante lui envahit alors toute la paume.
… Même avec le vent qui souffle, c’est aussi chaud que ça ?
S’il l’avait saisie à mains nues, il se serait gravement brûlé.
Oscar lâcha sa main et déclara :
« On dirait qu’on a trouvé. »
« Trouvé quoi ? »
« Comment utiliser Mu. »
« De quoi tu parles ? »
« Mu a mangé la torche et est devenu rouge. Ensuite, quand il a frotté son corps contre tes mains, il a perdu sa couleur et, à l’inverse, tes mains sont devenues rouges. »
« Ce qui veut dire… »
« C’est peut-être la capacité d’un esprit incolore. »
À en juger seulement par la succession des événements, il était possible que sa capacité consiste à absorber et à transférer des attributs.
Si cette hypothèse se vérifiait, les façons d’utiliser Mu seraient véritablement infinies.
Surtout dans le cas de ce type, qui peut transformer tout son corps en vent grâce au Seigneur du Vent…
Oscar ne pouvait même pas imaginer ce dont il serait capable.
Il calma l’excitation qui l’avait envahi pour la première fois depuis longtemps, puis prit la parole.
« Il va d’abord falloir étudier un peu tout ça, Fran. »
« Compris ! »
À présent, un seul mot suffisait.
Fran savait ce qu’il avait à faire et transforma ses deux mains en vent grâce au Seigneur du Vent.
« Bien. Reste comme ça, prêt à intervenir, et toi, Mu, essaie de manger cette torche. »
— Hah-eup.
Mu mordit à pleines dents dans la torche.
Mais, contrairement à tout à l’heure, son corps ne devint pas rouge.
« … »
« … »
Ils se heurtaient à un problème dès le départ.
« Oscar, pourquoi le résultat est différent ? »
« Bonne question. »
Oscar posa le menton dans sa main et se plongea dans ses pensées.
En général, lorsqu’on menait une expérience magique, l’environnement était le facteur le plus important à prendre en compte.
Pour obtenir des résultats cohérents, il fallait reproduire les expériences dans les mêmes conditions.
Qu’est-ce qui est différent par rapport à tout à l’heure ?
Oscar commença par ajouter du bois à la torche.
Mais le résultat fut le même.
« Hmm. Dans ce cas, est-ce qu’il faudrait aussi tenir compte de l’échange émotionnel ? »
« Mais si c’est la condition à remplir, je ne pense pas qu’on puisse s’en servir en plein combat. »
C’était vrai.
En plein combat, chaque seconde comptait. Ils n’auraient pas le loisir de rester assis à recevoir du réconfort.
— Correction. À mon avis, ce n’est pas ça qui compte.
« Alors, quoi ? »
À la question de Fran, Mu répondit d’un air maussade :
— Le problème, c’est que je suis rassasié.
« … Quoi ? »
— J’avais faim tout à l’heure. Alors, quand j’ai vu la torche, j’ai eu envie de la manger et je l’ai fait.
Avait-il une limite à la quantité qu’il pouvait manger en une fois ?
« Donc, tu ne peux plus rien manger, là ? »
— Si je me force, je peux, mais la sensation est complètement différente.
« Différente comment ? »
— J’ai l’impression que ça va dans un autre estomac.
« … Tu n’as pas un estomac pour les repas et un autre pour le dessert. »
Mais si Mu avait cette impression, c’était sans doute ce qui se rapprochait le plus de la vérité.
Dans ce genre de situation, ce que ressentait la personne concernée était souvent la bonne réponse.
« Alors, pour l’instant, attendons que tu aies de nouveau faim. »
Après être restés un moment assis devant la torche à discuter tranquillement,
Mu prit soudain la parole.
— Maintenant ! J’ai faim !
« Oh, Oscar ! Il s’est écoulé combien de temps ? »
« Environ trente minutes. »
« C’est largement faisable, non ? On pourrait même s’en servir en combat ! »
Oscar tempéra l’enthousiasme de Fran.
« Ne te réjouis pas trop vite. Le délai peut varier selon la quantité mangée et le type d’attribut. »
« Ah, c’est vrai… »
Fran, qui comprit qu’il s’était emballé trop tôt, hocha la tête.
« Alors, qu’est-ce qu’on teste en premier ? »
« Il y a beaucoup à faire. »
Manger des quantités différentes en une fois et vérifier le temps nécessaire à leur digestion.
Noter les différences entre les cas où l’attribut absorbé est transféré à Fran et ceux où il ne l’est pas.
Calculer l’écart de temps de digestion entre ces deux situations.
Enfin, répéter les étapes un à trois avec différents attributs.
Le visage de Fran s’assombrit quand il entendit Oscar énumérer tout ça.
« Euh, je n’ai jamais fait ce genre de recherches magiques. Rien qu’à t’entendre résumer, on dirait que ça ne sera pas terminé en un ou deux jours… »
« Tu as du flair. »
Au minimum, cinq jours.
C’était la « première période de recherche » qu’Oscar avait en tête.
Sous la direction et les instructions d’Oscar, les recherches avancèrent sans accroc.
Du moins, du point de vue d’Oscar.
— … Je dois encore manger ?
« Tu devrais avoir faim, maintenant, non ? »
— Les humains se mettent-ils forcément quelque chose dans la bouche dès qu’ils ont faim ?
« Qu’est-ce que tu racontes ? Il y a même des gens qui grignotent par habitude sans avoir faim. Bref, mange tout ça d’abord. »
Fran regarda Mu s’éloigner en traînant les pieds pour aller manger du feu, puis s’adressa à Oscar avec précaution.
« Oscar. »
« Oui, quoi ? »
« Mu… Tu ne trouves pas qu’il a un peu… grossi, depuis le début de nos recherches ? »
« Hum ? Les esprits n’ont pas de graisse. De quoi tu parles ? »
[Traducteur - Night]
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« Non, c’est juste qu’il a l’air d’avoir un peu grandi. »
Ce ne fut qu’à cet instant qu’Oscar regarda Mu.
… Avait-il un peu grossi ? Non, la différence n’était pas assez marquée pour qu’on puisse le remarquer ainsi.
« Hmm. Il a effectivement l’air d’avoir un peu grandi. En termes humains, il aurait pris environ deux à quatre kilos et demi. »
« … Ça fait combien, exactement ? »
« Un à deux kilos. Rien d’assez visible. »
Mais il avait bel et bien grandi depuis leur première rencontre.
Est-ce qu’un peu de résidu reste à chaque fois qu’il absorbe et transfère un attribut ?
Ce résidu pouvait peut-être accroître la masse même du corps de Mu.
Oscar observa attentivement ses notes de recherche.
Puis il parvint à une conclusion.
« Ah, c’est certain. »
Avec le temps, la quantité que Mu pouvait absorber en une fois augmentait.
Au début, Oscar avait simplement pensé qu’il s’habituait à manger, mais après avoir entendu Fran, il se dit que ce n’était peut-être pas ça.
Il a juste grossi, et c’est pour ça qu’il peut manger davantage ?
C’était fascinant, puisqu’un esprit n’était même pas censé avoir d’estomac.
S’il rédigeait une thèse là-dessus et la présentait, le monde des études sur les esprits s’y intéresserait vivement.
— J’ai tout mangé.
Mu, dont tout le corps était devenu rouge, s’approcha.
Oscar lui lança un regard et Fran acquiesça.
« Seigneur du Vent. »
Tout le corps de Fran se transforma en vent et se dispersa.
Mu s’approcha alors naturellement et entra en contact avec sa main.
Fwoosh !
Tout le corps de Fran, métamorphosé en vent, devint rouge.
« Alors ? Je suis un homme-flamme ! C’est classe, hein ? »
« À proprement parler, tu n’es pas un homme-flamme. Tu es toujours du vent, après tout. »
Pour être plus précis, il ressemblait sans doute davantage à un homme-vent imprégné de feu.
En plus de ça, il avait absorbé des flammes et était devenu brûlant.
« Essaie d’invoquer le vent dans cet état. Oh… L’état de ton corps se répercute même sur le vent que tu invoques. »
Après avoir obtenu les informations qu’il voulait, Oscar hocha la tête avec satisfaction.
« Bien. On peut arrêter cette partie des recherches. »
« … Hein ? Sérieusement ? »
— C’est vrai, humain ?
« Tu m’as déjà vu mentir ? »
« Mais… ça ne fait qu’environ trois jours qu’on a commencé les recherches ! »
— Invocateur, ferme la bouche. Et si cet humain changeait d’avis ?
Oscar comprenait pourquoi ils avaient l’air si incrédules.
Il était vrai que les recherches s’étaient terminées plus vite qu’il ne l’avait lui-même prévu.
Oscar sourit de toutes ses dents.
« Je vous l’ai dit. Cette partie des recherches est terminée. »
Il contempla la tour qui se dressait au pied de la falaise, puis reporta son regard sur Mu.
« Tu dois en avoir marre du goût des torches, maintenant, non ? »
— … Humain. Tu ne me demandes pas de manger tous les désastres de cette tour, j’espère ?
« Oh, tu es enfin un peu plus facile à aborder. »
— Renvoyez-moi ! Renvoyez-moi ! Invocateur, renvoie-moi !
Oscar coinça Mu, qui tremblait de tout son corps, sous son bras et fit signe à Fran.
« Allons-y. Direction la tour. »
La condition pour terminer le donjon : [L’atteindre].
Il avait l’impression de commencer à comprendre.
Lorsqu’il était arrivé avec Fran au dernier étage de la tour pour la première fois, une question lui était soudain venue à l’esprit.
Le premier étage est vide parce que c’est un hall d’entrée, mais pourquoi le dixième l’est-il aussi ?
Contrairement aux étages deux à neuf, couverts de toutes sortes d’attributs, celui-là était d’un calme absolu.
Voilà aussi pourquoi, dès sa première visite, il avait eu l’impression qu’« ils devaient y faire quelque chose ».
« La réponse était peut-être là depuis le début. »
« Je ne comprends pas. Explique-moi. Pourquoi le dixième étage est vide, alors ? »
« … Si mon intuition est bonne, je t’expliquerai quand on y sera. »
Pour être honnête, il n’en était pas encore sûr.
Si j’avais conçu ce donjon, j’aurais sans aucun doute choisi cette condition pour le terminer.
À bien y réfléchir, le donjon de Veronica et celui de Killian avaient été conçus de la même façon.
— Ça m’intrigue. Comment fais-tu pour repérer exactement les éléments dont ils ont besoin ?
Le Guide le lui avait demandé directement.
Oscar les avait aidés de façon décisive à terminer leurs donjons.
À l’époque, il avait balayé la question d’un revers de main, mais à présent, il avait quelques soupçons.
Ce n’est peut-être pas une simple coïncidence.
C’était justement pour cela qu’il voulait vérifier encore davantage.
Jusqu’où le concepteur de ce donjon « pensait comme lui ».
« …scar, Oscar ! J’ouvre ? »
Oscar revint à lui en entendant Fran et hocha la tête.
« Ouvre. »
« Allez, hop ! »
La lourde porte de fer s’ouvrit et tous deux entrèrent au deuxième étage, celui des tempêtes.
D’ordinaire, ils auraient monté les escaliers sans tarder, mais Oscar stabilisa son centre de gravité et cria :
« Mu ! Mange ! »
— … L’Autre Monde me manque particulièrement, aujourd’hui.
Mu grommela, mais ouvrit tout de même grand la bouche.
La tempête déchaînée commença alors à être aspirée vers sa bouche.
Après un long moment, Mu, les deux joues gonflées, le regarda d’un air mécontent.
« Bien. Ton estomac a vraiment grandi depuis la première fois. Tu as réussi à avaler toute la tempête du deuxième étage d’une seule bouchée. »
« C’est étrange. C’est un esprit, il ne peut pas avoir d’estomac. »
— … J’ai l’impression que mon ventre va éclater.
« Tiens bon encore un peu, Mu. »
Pendant que Fran le réconfortait, Oscar observa le deuxième étage, désormais dégagé, puis prit la parole.
« Mais ça m’intrigue. »
Il se tourna naturellement vers Fran, qui utilisait le Seigneur du Vent.
« Le Seigneur du Vent est déjà du vent à la base. Que se passe-t-il si tu lui superposes l’attribut de la tempête ? »
« Je me le demande aussi. Le vent devient plus puissant ? »
Fran eut un petit rire et posa la main sur la tête de Mu.
À cet instant,
Fwooooooosh !
Tout l’espace se mit à trembler.
« Krgh… Une puissance incroyable m’envahit de toutes parts. »
« À ce point ? »
« Ouais. On dirait presque ce que je ressentirais si je devenais un chevalier spécialisé dans le Renforcement. »
Fran déglutit et fronça légèrement les sourcils.
« Je vais avoir du mal à le maîtriser tout de suite, mais une fois habitué, je ne pense pas avoir à rougir face aux chevaliers. »
De fait, Fran bondit légèrement du sol et se jeta à toute vitesse contre les murs et le plafond du deuxième étage.
Sa vitesse n’avait vraiment plus rien à voir avec celle qu’il avait d’habitude.
Gratt, gratt.
Oscar nota le phénomène dans son carnet de recherche, puis reprit la parole.
« Prépare-toi. Dès que son estomac sera vide, on grimpera directement à l’étage suivant. »
« Et pour m’habituer à cette puissance ? »
« Tu pourras t’y entraîner tout seul après notre sortie du donjon. »
Il leur restait sept étages.
Il faudrait probablement deux jours à Mu pour digérer cette quantité d’attribut.
Oscar fit mentalement le calcul et marmonna :
« On mettra environ quinze jours à monter. »
Et, après qu’un laps de temps à peu près équivalent se fut écoulé, tous trois atteignirent le dixième étage.
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