Chapitre 197
[Traducteur - Night]
[Correcteur - Gun]
Chapitre 196 : Le transfuge (1)
Lorsqu'on évoque le ministère impérial de l’Intérieur — et plus précisément le Bureau de la sécurité publique — un seul mot vient à l'esprit :
Élite.
C'est parce que le Bureau de la sécurité publique est l'endroit où l'on entasse chaque talent déniché aux quatre coins du vaste empire.
Et pourquoi auraient-ils besoin d'autant d'esprits brillants ?
La réponse est simple.
« Nous avons détecté des traces du criminel de haut rang Moritz à Louang, dans l'Est ! »
« Quoi ? Ce type ne s'était pas infiltré à Yan il y a trois ans pour échapper à notre surveillance ? »
« Il semble qu'il ait retraversé la frontière récemment. »
« Incroyable. Que fait le département de contrôle des frontières, à la fin… ? Louang, hein ? Demandez la coopération de la Tour Jaune et envoyez les enquêteurs les plus proches ! »
« Par ailleurs, des forces antigouvernementales ont pillé l'entrepôt logistique de la Tour Rouge dans le Sud-Ouest. »
« ...Il est hors de question que ces bâtards de la Tour Rouge restent les bras croisés. »
« Exactement. Ils disent qu'ils vont s'en charger eux-mêmes — et tuer jusqu'au dernier — donc nous ne devrions pas interférer. »
« Ils se moquent de moi ?! Si on laisse faire la Tour Rouge, ils vont raser tout le quartier juste pour écraser quelques insectes. Intervenez immédiatement ! »
Maintenir l'ordre public, enquêter sur les crimes, garantir la sécurité nationale, gérer les catastrophes spéciales…
Et même si le commun des mortels l'ignore, ils sont aussi responsables de la gestion des incidents impliquant des « démons ».
Les gens qui ne comprennent pas demandent pourquoi le Bureau a besoin d'autant de main-d'œuvre, mais la vérité, c'est que ce n'est toujours pas suffisant.
Après tout, même dix hommes forts ne suffisent pas à attraper un seul voleur.
Et les ennemis auxquels ils ont affaire sont bien pires que des voleurs.
« ...On est mal tombés ? »
« Que ce soit maintenant ou plus tard, cet endroit est toujours en ébullition. »
Oscar répondit brièvement au commentaire de Fran tout en traversant le bureau animé en direction du bureau du Chef.
À cet instant, un enquêteur fébrile, qui venait à peine de les remarquer, raccrocha précipitamment le combiné et les intercepta.
« Hé ! Qu'est-ce que des gamins comme vous font ici ? »
« Nous sommes là pour voir le Chef. »
« Quoi ? Le Chef ? »
L'homme poussa un profond soupir, comme s'il les prenait pour des étudiants journalistes.
« Désolé, mais le Chef n'est pas quelqu'un que l'on peut voir comme ça, alors vous feriez mieux de… »
Pan !
Un journal roulé frappa violemment l'enquêteur sur la tête.
Poussant un cri de douleur, il se frotta le crâne frénétiquement et se retourna, les yeux pleins de confusion et d'agacement.
« Inspectrice Belz ? Qu'est-ce que… ? »
« Comment un enquêteur peut-il ne pas reconnaître le Noble ? »
« Le Noble… attendez, ne me dites pas — vous voulez dire ce type de la Tour Blanche… ? »
Ses yeux, ronds comme des pièces de monnaie, se tournèrent vers Oscar.
L'irritation dans son regard se transforma rapidement en admiration et en étonnement — comme un fan rencontrant son idole en personne.
« ...Je devrais faire un signe de la main ou quelque chose comme ça ? »
Tandis qu'Oscar s'interrogeait sérieusement, la femme qui avait écarté l'homme prit la parole.
« Je suis l'inspectrice Belz Moria du Bureau de la sécurité publique. Nous nous sommes déjà rencontrés, n'est-ce pas ? »
Oscar hocha la tête.
Ils s'étaient croisés à quelques reprises dans la ville libre de Baran et à Saint Hill.
« C'est elle qui travaillait avec le Chef Walker. »
Ils n'avaient pas été formellement présentés, mais il se souvenait qu'elle était une chevalière de Niveau 6 avec une aura raffinée.
« Oui. »
« Suivez-moi. Le Chef a mentionné que vous passeriez bientôt de toute façon. »
Ils la suivirent dans un couloir plus calme.
En marchant, elle se retourna et demanda :
« Vous prenez des drogues ou quelque chose du genre ? »
« ...Pardon ? »
« Désolée si ça a semblé impoli. C'est une déformation professionnelle. »
« Non, ce n'est pas ça. Je ne comprends juste pas la question. »
Des drogues ?
Si l'on incluait les potions, certes, il en avait bu quelques-unes — mais ce n'était évidemment pas ce qu'elle voulait dire.
Dans le jargon du Bureau, les « drogues » faisaient généralement référence aux stupéfiants ou à quelque chose de similaire.
« C'est juste que votre progression a été anormalement rapide. Genre, au-delà des limites normales. Alors je me demandais si vous ne preniez pas ce nouveau truc — le "Satori-X". »
« Satori-X ? »
Oscar fronça les sourcils face à ce nom inconnu.
En se tournant sur le côté, il vit Fran hocher la tête, l'air de savoir de quoi il s'agissait.
« Satori. Ça signifie "éveil". C'est une drogue qui, paraît-il, approfondit votre mana et augmente votre niveau dès que vous la prenez. Il court des rumeurs selon lesquelles plusieurs chevaliers et mages auraient franchi des paliers après en avoir consommé. Ça se répand discrètement, mais de plus en plus de gens la recherchent en secret. »
« Ce genre de drogue ne devrait pas exister. »
« Eh bien, elle existe bel et bien. »
Oscar se tourna à nouveau vers Belz.
« Vous voulez dire que la drogue fonctionne vraiment ? »
« C'est exact. Et je crois que vous avez déjà vu quelque chose de similaire, non ? »
Vu ça ?
Une drogue qui booste la force de cette manière — il n'en avait jamais vu —
« Ah. »
Un souvenir traversa soudain l'esprit d'Oscar.
Moira Main.
Une femme née humaine, qui vécut comme une mage de Niveau 5 de la Tour Bleue, et mourut en tant que démon.
« Vous vous en souvenez ? »
« ...Mais cette drogue transformait les gens en démons. Et NewTech a été démantelé, aussi. »
« Nous pensons que tout cela vient de la même racine. Sauf que la version actuelle est une forme plus avancée — modifiée pour que n'importe qui puisse y accéder facilement. »
Belz laissa échapper un petit rire et jeta un coup d'œil derrière elle.
« Vous ne pensiez pas qu'en abattant NewTech, vous aviez coupé tous leurs membres, si ? »
« ...Happy End. »
Le gigantesque cartel de drogue qui s'était autrefois mêlé à l'élection municipale de Baran.
L'intuition d'Oscar semblait être la bonne, car Belz hocha la tête.
« Nous priorisons notre enquête sur eux aussi. Le problème, c'est qu'ils opèrent de manière bien trop propre pour être un simple cartel. Chaque type qu'on attrape n'est qu'un livreur. Il doit y avoir quelqu'un de plus haut placé. »
« Alors n'est-ce pas une situation grave ? »
[Traducteur - Night]
[Correcteur - Gun]
« La famille impériale sévit déjà durement. Nous avons envoyé des avertissements aux Tours, aux Maisons de l'Épée et même à l'Académie récemment. Mais... oui, c'est un problème social grave. »
Personne dans ce monde n'aime l'entraînement intensif.
Enfin — à part quelques masochistes.
« Mais une drogue qui vous aide à franchir des niveaux… »
C'était étrange de dire cela lui-même, mais au bout du compte, ce monde était une lutte de talents.
Il y a ceux qui, manquant de talent, s'entraînent toute leur vie et ne parviennent toujours pas à dépasser le Niveau 5.
Et puis il y a des gens comme son ancienne version — doués dès la naissance — qui atteignent le Niveau 8 dans la vingtaine.
« Surtout ceux qui sont bloqués au Niveau 5 ou 6... ils sont nombreux. »
D'après ce qu'il avait vu, leurs pensées suivaient généralement un schéma.
Au début, ils nient.
Ils se disent qu'ils n'ont pas atteint leur limite, que c'est juste un palier.
Mais au fil des années — une, deux, cinq — cet espoir tombe en poussière.
Ce qu'il reste, c'est de l'amertume et du désespoir.
« Ces gens peuvent-ils vraiment résister à l'envie de prendre cette drogue ? »
Oscar se tut.
À moins qu'une telle option n'ait jamais existé, il ne voyait pas comment les arrêter maintenant qu'elle était là.
« Y a-t-il des effets secondaires ? »
« Bien sûr. Nous ne l'avons pas classée comme stupéfiant pour rien. C'est assez efficace au début, mais plus vous en prenez, moins ça devient efficace — et il ne reste qu'une forte dépendance. »
« Donc, au final, ils deviennent des épaves. »
« L'autopsie a montré que leurs circuits de mana étaient complètement détruits. C'est peut-être pour ça que la plupart d'entre eux sont morts de... disons, de mauvais choix. »
« …… »
Les « mauvais choix » auxquels elle faisait référence signifiaient le suicide.
Si quelqu'un qui avait poursuivi le pouvoir au point de prendre cette drogue finissait avec des circuits de mana détruits, le sentiment de perte serait inimaginable.
« Quoi qu'il en soit, je ne fais pas partie de ceux-là. »
« C'est surprenant. Quand nous nous sommes rencontrés pour la première fois... je crois que vous étiez niveau 3 ? »
« Oui, c'est exact. »
Il venait tout juste d'atteindre le niveau 3 lorsqu'il était actif dans la ville de Baran.
Avec le recul, il n'arrivait pas à comprendre comment il s'en était sorti vivant et en un seul morceau.
« C'est ici. »
L'inspectrice Belz s'arrêta au bout du couloir et frappa légèrement à la porte.
–Faites-les entrer.
À la voix sèche du Chef Walker, la porte s'ouvrit.
En entrant, ils virent une facette très différente de Walker — assis à son bureau, traitant rapidement de la paperasse, un stylo à la main.
« Ça ne lui ressemble pas. »
« Vraiment pas. »
Ignorant leurs pensées, Walker marmonna brièvement.
« Asseyez-vous et attendez un instant. »
Après avoir attendu dix minutes sur les chaises d'invités de haute qualité, Walker finit enfin ses documents urgents et se déplaça vers le siège d'honneur.
Il laissa échapper un léger soupir, provoquant un sourire gêné chez Fran.
« Vous avez l'air très occupé. »
« Ne vous inquiétez pas. C'est juste la routine quotidienne ici. »
Cela ne devrait-il pas être encore plus inquiétant, alors ?
Alors que les deux penchaient la tête de confusion, Walker regarda Oscar.
« Vous avez fait du très bon travail. »
On pourrait s'attendre à ce qu'un tel éloge soit flatteur, mais Oscar répondit sans une once d'excitation.
« Il y a eu une attaque ? »
« J'aimerais pouvoir dire que non, mais malheureusement, il y en a eu une. Ce qui signifie qu'il y a eu une fuite. »
Les cernes de Walker semblaient s'être creusés depuis leur dernière rencontre.
« Donc c'est vrai. Il y a une taupe des Black Fingers au sein de la famille impériale. »
« C'est pourquoi, depuis notre retour à la capitale, nous avons mis en place des gardes en binôme 24h/24 et 7j/7 devant la prison de Neil Brion. »
Pour empêcher tout assassinat ou évasion, sans aucun doute.
Hochant la tête devant tant de rigueur, Oscar prit la parole.
« Une date de procès a été fixée ? »
« Dans deux jours. »
Fran, qui écoutait, demanda prudemment :
« Est-ce qu'un procès a vraiment de l'importance pour quelqu'un comme lui ? Il va écoper de la peine de mort de toute façon. »
« Ça en a. »
Oscar expliqua succinctement.
« Comme tu l'as dit, Neil Brion a tellement de charges contre lui qu'il sera condamné à mort, c'est certain. Mais les informations qu'il détient sont essentielles pour la famille impériale. »
« Alors ils vont le torturer pour les obtenir ? »
« Non. Ils vont probablement approuver l'utilisation de la Couronne de Vérité au tribunal. »
La Couronne de Vérité —
L'un des trésors de l'Empire, dont il ne reste que quelques utilisations.
Le procès ne visait pas à décider de la sentence — mort ou emprisonnement.
Ce qui comptait, c'était que seul le juge en chef pouvait approuver l'utilisation de la Couronne.
« Une fois qu'on aura posé ce truc sur la tête de Neil Brion, on découvrira tout — ses soutiens, ses secrets, tout. »
Oscar ressentit un sentiment de soulagement.
Même s'il restait une taupe chez les Black Fingers, ils ne pourraient probablement plus interférer davantage.
« S'il vous plaît, veillez à la sécurité de Neil Brion jusqu'au procès. »
« Tu n'as même pas besoin de le demander. »
Sur cette courte réponse, Walker fouilla dans sa veste et en sortit une cigarette.
Juste avant de l'allumer, il se souvint des deux personnes assises en face de lui et demanda :
« ...Ça vous dérange si je fume ? »
« Faites comme chez vous. »
« Ça ne me dérange pas non plus. »
« Merci. »
Avec une bouffée de fumée, un peu de vie revint dans les yeux fatigués de Walker.
« Ton énergie est devenue plus forte. Par hasard… »
« Je ne prends pas cette drogue. J'ai déjà tout appris à ce sujet grâce à Belz sur le chemin. »
« Alors c'est un soulagement. Je n'aurai pas à t'arrêter de mes propres mains. »
« On dirait que c'est devenu assez grave. »
« …Je ne peux pas citer de noms, mais des gens de tous horizons — des gens que tu reconnaîtrais — l'ont utilisée. »
Walker fronça les sourcils en poursuivant.
« Il y a quelque chose que je veux te demander plus tard, en rapport avec l'alchimie. Mais ça peut attendre après le procès. »
« Compris. »
« Aussi, vous serez récompensés séparément. »
« Nous avons déjà parlé de la compensation avec Sa Majesté, cependant. »
« Celle-ci vient de moi, sous ma propre autorité. Considérez-la comme séparée. Il n'y a aucun mal à accepter les deux. »
Personne ne refuse une récompense.
Surtout pas celle d'un Chef — il est peu probable que ce soit une boîte de thon.
« Très apprécié. »
« Merci. »
Sur ce, ils quittèrent la pièce.
Deux jours passèrent.
Le jour du procès était arrivé.
[Traducteur - Night]
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