Chapitre 72
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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Chapitre 72 : La célébrité est souvent exagérée (9)
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Dans Light City, la vie de vilain n’avait rien de facile, surtout lorsqu’on était de bas rang.
Commettre un crime, c’était une chose. Le vrai problème venait après : il fallait échapper aux héros, et ce n’était pas une mince affaire.
Les enquêtes menées grâce aux super-pouvoirs avaient rendu le crime parfait presque impossible. Certains savaient lire les traces d’éther laissées derrière soi. D’autres pouvaient voir les souvenirs d’un objet ou reconnaître quelqu’un à sa seule odeur… De nos jours, ne laisser aucune trace sur une scène de crime relevait de l’exploit.
Bien sûr, tout dépendait du type de super-pouvoir.
Pour les utilisateurs de pouvoir de type combat, commettre un crime était assez facile. Ils pouvaient simplement foncer dans le tas. Le problème, c’était qu’ils laissaient des traces partout et qu’une fois leur méfait accompli, ils se faisaient forcément prendre. Un crime à l’aube, une arrestation avant le soir… La prison en livraison le jour même.
Les utilisateurs de pouvoir de dissimulation, eux, risquaient moins de se faire prendre. Mais réussir à commettre un crime était déjà difficile. Comment forcer un coffre-fort ou duper des employés avec un pouvoir spécialisé dans la dissimulation ? Et s’ils avaient le malheur de tomber sur une utilisatrice de pouvoir spécialisée dans l’information compétente, leur dissimulation délibérée serait considérée comme une préméditation, ce qui alourdirait leur peine.
Pourquoi ne pas faire équipe avec des utilisateurs de pouvoir de type combat ?
C’était possible. Mais là encore, rien de facile.
Pour commencer, à Light City, presque aucun vilain n’était tout à fait normal. Tournez le dos à l’un d’eux, et il vous poignardait. Proposez de partager le butin, et tout le magot disparaissait comme par magie. Comment coopérer quand personne ne faisait confiance à personne ?
Même si, par miracle, ils surmontaient tous les obstacles et réussissaient leur coup, ce n’était pas fini. Si le crime était assez important pour attirer un héros de rang A, voire un héros de rang S, dans l’enquête… ils finiraient par se faire prendre, peu importe le soin apporté à leur plan.
Chacun avait ses raisons de devenir un vilain. C’était vrai qu’un coup réussi pouvait rapporter gros. Le problème, c’était que réussir était incroyablement difficile.
Et puis, au milieu de tout ça, quelqu’un fit parler de lui dans toute la ville.
« … Un employé à temps partiel qui a essayé de voler en se transformant en gâteau ? »
Pour une raison parfaitement absurde, le premier criminel arrêté par Kang Jin-ho après qu’il fut devenu officier de police était en train de se faire un nom.
À mesure que la réputation de Kang Jin-ho grandissait, les gens se mirent naturellement à fouiller dans son passé. Les personnes qu’il avait arrêtées furent réexaminées les unes après les autres. Quelle avait été sa première affaire ? Qui avait-il attrapé ? Y avait-il un schéma derrière tout ça ?
Quand les chercheurs, les journalistes et les youtubeurs commencèrent à creuser, l’employé à temps partiel qui avait échoué à braquer un café devint une célébrité du jour au lendemain, sous le titre de « Première affaire de Kang Jin-ho ».
« … »
Un vilain suivait la situation de très près.
Le vilain de rang 3, Sack Thief.
Son pouvoir était simple : il pouvait faire disparaître dans le « sac » qu’il portait sur lui n’importe quel objet qu’il tenait. Son pouvoir était classé comme un pouvoir de téléportation et s’avérait plutôt utile, mais jusqu’ici, tous ses crimes s’étaient limités à de petits larcins.
S’il montait un gros coup, des héros de haut rang se lanceraient à ses trousses et l’arrêteraient. Mais il ne pouvait pas non plus tout arrêter, puisqu’il avait déjà un casier judiciaire…
Après des années à traîner dans les ruelles sans jamais se faire un nom, il bondit de sa chaise en regardant les informations.
« Attendez un peu. »
Les gens arrêtés par Kang Jin-ho devenaient célèbres ?
Alors ça voulait dire que… se faire arrêter par Kang Jin-ho pouvait rendre célèbre ?
Cette idée lui étant venue, Sack Thief se mit à la retourner dans tous les sens.
D’abord, la peine. Jusqu’ici, il n’avait commis que des délits mineurs. S’il se rendait en plus, il écoperait probablement d’un an, deux tout au plus. Peut-être même moins s’il se tenait bien en prison.
Et qu’est-ce qu’il obtiendrait en échange ?
« … Je pourrais me faire connaître comme le vilain arrêté par Kang Jin-ho. »
Rien que ce titre pouvait lui ouvrir des portes pour gagner sa vie. La prison ? Il n’avait qu’à purger sa peine. À sa sortie, quelqu’un l’inviterait sûrement dans une émission ou le convierait à une interview. Le monde entier était obsédé par Kang Jin-ho, qui, lui, refusait les interviews. Tout le monde rêvait donc d’entendre un témoignage de première main.
Impossible de savoir si ce serait encore le cas dans un an ou deux… mais si Kang Jin-ho était toujours célèbre à ce moment-là ? Et si on en savait toujours aussi peu sur lui ? Ne pourrait-il pas gagner beaucoup d’argent en racontant qu’il l’avait rencontré en personne ?
Et s’il n’avait pas envie de rentrer dans le droit chemin, il pouvait toujours rester dans le milieu. Même dans la pègre, celui qui avait affronté Kang Jin-ho et en était revenu vivant valait plus cher. Il pourrait peut-être abandonner sa vie de petit criminel anonyme et participer à des coups autrement plus importants.
Au fond, quelle était la chose la plus difficile dans ce métier ? Se faire connaître. Et il pouvait acheter sa célébrité pour deux ans de prison ?
« … C’est une sacrée bonne affaire. »
Sack Thief prit donc sa décision.
« C’est pour ça que j’aimerais que vous m’arrêtiez. C’est un fait d’armes gratuit pour votre dossier. Alors, qu’en dites-vous ? »
Sack Thief posa un coude sur le comptoir de l’accueil et afficha un sourire rusé.
« Mais il y a une chose que vous devez absolument garantir. C’est très important. »
« … Quoi donc ? »
« Il faut absolument, absolument que ce soit l’officier Kang Jin-ho en personne qui m’arrête. »
« … »
« Vous ne pouvez pas laisser un autre officier s’en attribuer le mérite. Il faut que ce soit l’officier Kang Jin-ho. Vous voyez ce que je veux dire ? »
Sack Thief se lécha les lèvres et poursuivit :
« Et faites en sorte que ce soit écrit dans le rapport aussi. Notez bien que l’officier Kang Jin-ho m’a arrêté en personne. Ah, et si possible, prenez une photo… »
Kang Jin-ho se massa la tempe, abasourdi.
Un vilain était entré de son plein gré, l’avait supplié de l’arrêter, avait rempli lui-même les papiers et réclamait même une photo. Il ne comprenait rien à ce qui se passait, mais…
« … D’accord. Ça marche. »
Qu’aurait-il pu faire d’autre ? Un vilain était venu se rendre. Ce n’était pas comme s’il pouvait le renvoyer chez lui.
« Officier Jeong Do-man, apportez-moi des menottes. »
« Oui, monsieur ! J’y vais ! »
Un peu plus tard, un véhicule du commissariat central arriva, et Sack Thief fut emmené avec un grand sourire.
Le soir même, il devint évident que les calculs de Sack Thief avaient été plutôt justes.
- Dernière minute) Le vilain de rang 3 « Sack Thief » arrêté… L’arrestation a une nouvelle fois été menée par l’officier Kang Jin-ho
- Analyse] Le danger des pouvoirs de téléportation… « Arrêté avant qu’il ne commette un crime majeur »
- Un expert affirme : « Sans l’officier Kang Jin-ho, les dégâts auraient pu être considérables. »
Les médias couvrirent Sack Thief sous toutes les coutures. Son pouvoir fut présenté comme bien plus dangereux qu’il ne l’était réellement, tandis que le fait qu’il ne soit qu’un petit délinquant n’ayant jamais commis de crime majeur fut transformé en preuve qu’il était un vilain machiavélique qui attendait le bon moment.
Le raisonnement des médias était le suivant : un pouvoir permettant de déplacer discrètement dans un sac les objets que l’on tenait ? Alors, avec un sac assez grand, ne pourrait-on pas déplacer un bâtiment entier ? Et même si on ne faisait que le déplacer ailleurs, cela ne paralyserait-il pas forcément son fonctionnement ?
Un vilain doté d’un talent aussi terrifiant avait été arrêté avant de pouvoir provoquer un incident majeur. N’était-ce pas là l’essence même de la police préventive, la preuve que Kang Jin-ho pouvait voir l’avenir de la ville ?
« … Non, ce type s’est contenté de braquer quelques supérettes. »
Kang Jin-ho était abasourdi, mais il devait reconnaître que le plan de Sack Thief était excellent. À sa sortie de prison, il n’aurait peut-être plus jamais à se soucier de gagner sa vie.
À ce moment-là, Kang Jin-ho l’ignorait encore.
Ce n’était que le début.
* * *
Le lendemain matin.
En route pour le poste de police, Kang Jin-ho s’arrêta net à la vue d’un spectacle étrange.
« … ? »
Une file s’étirait devant l’entrée principale du poste. Ils n’étaient pas juste un ou deux : au moins vingt personnes s’alignaient jusque dans la ruelle. Certains avaient étalé des tapis et s’y étaient assis ; d’autres avaient apporté des thermos et sirotaient leur boisson.
« Pourtant, le poste est ouvert… ? »
Le poste de police était ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Qu’est-ce que ces gens attendaient donc ? Ils étaient trop nombreux pour être là pour déposer une plainte… et surtout, ils avaient tous l’air louche ou portaient des vêtements suspects.
Kang Jin-ho s’approcha d’un homme accroupi tout au bout de la file, qui regardait son téléphone, et l’interpella avec prudence.
« Excusez-moi, vous faites la queue pour quoi ? »
« Hein ? Pas question de doubler. J’attends depuis quatre heures du matin. »
Sans même lever les yeux de son téléphone, l’homme le chassa d’un geste agacé.
« C’est la file de Kang Jin-ho. La file de Kang Jin-ho. »
« … La file de Kang Jin-ho ? »
« Ouais. Vous avez vu le type, Sack Thief, que Kang Jin-ho a arrêté cette fois ? Les infos n’arrêtaient pas d’en parler. »
« Oui. »
« Alors, nous aussi, on veut se faire arrêter par Kang Jin-ho, histoire d’en tirer quelques miettes. »
« … »
Kang Jin-ho comprit aussitôt. Il contempla la longue file, puis l’enseigne du poste de police.
Il soupira et se couvrit les yeux d’une main.
« Qu’est-ce que c’est que ça… »
Mais qu’est-ce qui se passait ?
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