Chapitre 11
Chapitre 11
Edris vint chercher Mara avant que la lumière ait entièrement quitté l’atelier.
Elle venait de ranger la copie du reçu hydraulique dans son carnet. Les trois pièces d’Ors reposaient sous une bande de cuir, séparées de la colonne où l’intendance promettait encore d’évaluer le prix de ses attaches et de son fil.
Quelqu’un frappa deux fois, s’interrompit, puis ajouta un troisième coup plus faible.
Ce n’était pas le commis.
Mara ouvrit.
Edris se tenait sur le seuil, couvert de la même poussière grise que la veille. Les lignes noires sous la peau vitreuse de sa tempe semblaient plus profondes dans la lumière du soir. Son gant métallique était fermé jusqu’au poignet, les petits tubes transparents encore à moitié remplis.
— Vous aviez dit demain matin, remarqua Mara.
— J’avais prévu demain matin.
— Et qu’est-ce qui est arrivé à votre prévision ?
— La matinée.
Il regarda derrière elle.
Le dernier panneau avait disparu de la table. Le coffre des commandes terminées était resté ouvert.
Edris observa l’espace vide où la veste avait reposé, sans poser de question.
— La Liseuse est prête, dit-il.
— Depuis ce matin ?
— Depuis que la matrone a accepté de ne pas la toucher avant notre arrivée.
— Ce n’est pas ce que je demandais.
— Depuis ce matin.
Mara prit son manteau.
Son corps lui parut plus lourd lorsqu’elle se pencha pour l’attacher. Son ventre ne se voyait toujours presque pas sous la robe, mais certaines positions commençaient à lui demander une prudence qu’elle ne possédait pas quelques jours auparavant. Elle dut recommencer le premier bouton.
Edris attendit sans l’aider.
Elle lui en fut reconnaissante.
Ils traversèrent les rues encore encombrées par les restes du Renouvellement. Des rubans humides collaient aux façades. Un morceau de pain épicé avait été écrasé près du bassin cérémoniel. Deux employés du domaine démontaient le conduit transparent dans lequel l’eau avait circulé pour la foule, tandis que la véritable conduite poursuivait son travail sous leurs pieds.
Edris suivit son regard.
— La cérémonie s’est bien déroulée ?
— L’eau a coulé.
— C’est généralement le critère le plus utile.
— Personne ne vous avait invité ?
— Si.
— Vous n’y étiez pas.
— J’ai répondu non.
Mara le regarda.
— On peut faire cela ?
— Cela dépend de ce que les gens ont besoin que vous fassiez ensuite.
Il continua de marcher.
La matrone les attendait devant le dispensaire. Elle avait fermé la porte principale, mais une lampe brûlait dans le couloir. À l’intérieur, la Liseuse se trouvait sous son drap, sur la même table que lors du premier examen.
La mosaïque du mur observait toujours la pièce avec son visage à moitié effacé. Saint, médecin ou publicité : aucune nouvelle réparation n’avait permis de trancher.
La matrone verrouilla la porte derrière eux.
— Lina n’est pas venue ? demanda-t-elle.
— Edris voulait le moins de personnes possible, répondit Mara.
— Le moins de variables possible, corrigea-t-il.
Il posa son sac près de la machine.
La matrone approcha de Mara, puis s’arrêta à une distance où elle n’avait pas besoin de reculer.
— Puis-je examiner votre ventre avant que nous commencions ?
Mara défit lentement son manteau.
La question n’effaçait pas ce que la matrone avait caché. Elle ne transformait pas la confiance en une chose réparée.
Mais elle était là.
— Oui.
La matrone releva seulement ce qui était nécessaire, posa deux doigts sous les côtes, puis plus bas. Ses gestes étaient précis et chauds.
— Une douleur depuis le dernier examen ?
— Non.
— Des saignements ?
— Non.
— Des vertiges ?
— Quand je me lève trop vite.
— Des nausées ?
— La graisse du fil me donne envie de jeter le fil, le panneau et parfois la conduite entière dans le bassin.
La matrone eut un mouvement au coin des lèvres.
— Cela compte comme oui.
Elle termina l’examen, puis retira ses mains.
— Puis-je installer les sangles ?
Mara regarda celles qui pendaient au bord de la table.
La première fois, personne ne lui avait demandé.
— Oui.
Edris retirait déjà le drap de la Liseuse.
Il ne découvrit rien d’extraordinaire sous la poussière : un écran noir, un boîtier rapiécé, des câbles dont les gaines avaient été remplacées à des époques différentes. La petite cellule d’alimentation reposait sur un plateau à part.
Il fit le tour de l’appareil sans le toucher.
— Reprenons depuis le début, dit-il. Votre position exacte.
La matrone désigna la table.
— Allongée ici.
— La tête ?
— De ce côté.
— La cellule ?
— Fixée sous l’écran.
— Chargée comment ?
— Lina tournait la manivelle.
Edris regarda Mara.
— Vitesse régulière ?
— Aussi régulière qu’une enfant de treize ans à qui l’on demande de faire fonctionner un appareil médical inconnu.
— Cela ne répond pas à la question.
— Elle ralentissait lorsqu’elle regardait l’écran.
La matrone hocha la tête.
— Et accélérait quand je le lui demandais.
Edris nota les deux informations sur une feuille distincte.
— Combien de temps avant l’image ?
— Quelques instants, répondit la matrone.
— Quelques instants est une mesure inventée pour empêcher les comparaisons.
— Je n’avais pas de sablier sous les yeux.
— Vous aviez une apprentie qui tournait une manivelle.
— Ce n’est pas un sablier.
— Elle semble pourtant plus précise que votre réponse.
La matrone croisa les bras.
— Douze rotations environ.
Edris écrivit.
Ils replacèrent la cellule sous l’écran. La matrone tourna la manivelle elle-même, d’abord lentement, puis à la vitesse qu’elle pensait avoir imposée à Lina.
La courroie claqua.
Le premier grésillement parcourut le boîtier.
Une ligne pâle apparut sur l’écran, trembla, puis disparut. La matrone continua jusqu’à la douzième rotation.
Edris leva deux doigts.
Elle s’arrêta.
L’écran resta noir.
— Maintenant, dit-il, retirez la cellule.
La matrone la détacha. Edris vérifia ses contacts avant de la poser à l’autre extrémité de la pièce.
Ils attendirent.
Mara entendait la respiration de la matrone, le léger sifflement d’un tube dans le gant d’Edris et, derrière le mur, le ruissellement d’une canalisation trop étroite.
La Liseuse ne réagit pas.
Edris compta silencieusement jusqu’à un nombre que Mara ne connut pas.
Puis il demanda de recommencer.
Ils modifièrent la vitesse. La position de Mara. L’inclinaison de l’écran. La durée pendant laquelle la cellule restait connectée. Edris fit éteindre la lampe, puis la rallumer. Il demanda à la matrone de reproduire les paroles prononcées pendant le premier examen.
Elle s’en souvenait mal.
— Vous aviez dit que l’appareil hésitait, rappela Mara.
— Je dis souvent cela.
— Vous aviez aussi insulté le contact inférieur.
— Cela aussi.
La matrone se pencha vers le boîtier.
— Vieille ordure capricieuse.
Edris leva les yeux de sa feuille.
— Était-ce la formulation exacte ?
— Non.
— Alors nous venons peut-être de compromettre l’expérience.
La matrone lui adressa un regard sec.
Mara aurait pu rire. Elle ne le fit pas.
Elle regardait l’écran.
À chaque tentative, une part d’elle attendait le point.
Le petit centre presque noir. La contraction unique. Le mouvement sans énergie qui avait poussé la matrone à recouvrir la machine et à mentir par omission pendant plusieurs jours.
Rien ne vint.
Edris retira lui-même la cellule, la retourna, examina ses bords et la posa sur le plateau.
— Encore une fois.
La cinquième tentative ne donna rien.
La sixième non plus.
Lors de la septième, la courroie glissa et la machine émit un bruit si brutal que Mara sentit son ventre se contracter. La matrone arrêta immédiatement la manivelle.
— Une douleur ?
— Non. J’ai sursauté.
Edris attendit qu’elle se détende avant de poursuivre.
Après la huitième tentative, il referma son carnet.
— Cela suffit.
La matrone posa la manivelle.
— Vous avez une conclusion ?
— Oui.
Mara se redressa sur les coudes.
— Laquelle ?
— La machine n’a rien fait.
— J’avais remarqué.
— C’est une observation plus utile que d’inventer ce qu’elle aurait dû faire.
La matrone défit les sangles après avoir demandé l’autorisation. Mara remit sa robe en place, mais resta assise sur la table.
Edris passa un doigt ganté au-dessus du contact inférieur sans le toucher.
— Vous espériez qu’elle se rallume.
Mara releva la tête.
— Non.
— Vous regardiez l’écran avant chaque retrait de cellule.
— Parce que nous étions venus observer l’écran.
— Vous reteniez votre souffle.
— Peut-être que votre protocole manque d’air.
Edris ne sourit pas.
Son visage transformé ne lui permettait pas toujours de montrer ce qu’il pensait. Pourtant, sa main droite cessa d’écrire.
— Vous n’espériez rien de souhaitable, dit-il.
Mara détourna les yeux vers la mosaïque.
C’était cela.
Elle ne voulait pas que la machine se réveille.
Elle voulait que quelque chose confirme qu’elle ne l’avait pas imaginé. Que la matrone n’avait pas caché un défaut ordinaire. Que la nuit bleue, le bourdonnement et le point sur l’écran appartenaient tous au même monde, même si personne n’en comprenait encore la forme.
— Une machine qui refuse de répéter un événement ne prouve pas que l’événement n’a jamais eu lieu, reprit Edris.
— Une nuit silencieuse ne réfute pas une nuit qui ne l’était pas.
Il la regarda.
— Vous m’écoutez.
— Parfois.
— C’est imprudent.
Quelqu’un frappa à la porte du dispensaire.
Pas trois coups égaux.
Une série rapide, suivie d’un choc plus lourd, comme si la personne avait posé la main contre le bois pour ne pas tomber.
La matrone alla ouvrir.
Un garçon d’une vingtaine d’années entra, couvert de poussière blanche jusqu’aux sourcils. Il portait le brassard des équipes de carrière.
Son regard trouva Edris.
— Ils ont fermé la galerie nord.
— Pourquoi ?
— Deux hommes sont ressortis par l’accès sud.
Edris attendit.
Le garçon reprit son souffle.
— Ils étaient entrés par le nord.
— Les galeries communiquent.
— Pas celles-là. L’effondrement les sépare depuis neuf ans.
La matrone referma la porte.
— Ils sont blessés ?
— Non. Pas vraiment. L’un dit qu’ils sont restés moins d’une heure. L’équipe de surface les cherchait depuis le début de l’après-midi.
Edris prit son manteau.
— Ont-ils entendu quelque chose ?
— Des outils.
— Combien ?
— Ils disent quatre personnes qui travaillaient derrière eux.
— Ils étaient combien dans la galerie ?
— Deux.
Edris ferma les attaches de son sac avec une lenteur qui contrastait avec la respiration du messager.
— Personne ne retourne à l’intérieur. Même pour récupérer du matériel.
— Le contremaître a déjà interdit l’accès.
— Dites-lui que je confirme son ordre, afin qu’il puisse prétendre plus tard que l’idée venait de lui.
Le garçon hocha la tête et repartit aussitôt.
Mara descendit de la table.
— C’était votre mission avant de venir ici.
— Oui.
— Vous l’avez laissée attendre.
— Elle semblait disposée à le faire.
— Plus maintenant.
Edris sortit une bobine de fil noir et un petit morceau de cire de son sac. Il fit passer le fil autour du boîtier de la Liseuse, entre deux attaches qu’on ne pouvait déplacer sans le rompre, puis écrasa la cire sur le nœud avec le bord métallique de son gant.
— Personne n’ouvre cette machine.
La matrone observa le sceau.
— Elle ne fonctionnait déjà presque pas.
— Cela n’empêchera personne d’essayer de la réparer jusqu’à ce qu’elle ne fonctionne plus du tout.
Il regarda Mara.
— Ne tentez pas de reproduire l’activation seule.
— Je n’ai pas de Liseuse dans mon atelier.
— Vous avez du cuivre, des fils, des outils anciens et une tendance récente à poser les bonnes questions dans un ordre dangereux.
— C’est un diagnostic ?
— Une inquiétude.
Il ramassa ses feuilles.
— Si l’écran s’allume sans cellule, notez l’heure, la lumière, la température, les personnes présentes et tout bruit inhabituel. Ne touchez à rien. Prévenez la matrone et Ors.
— Et vous ?
Edris ajusta le tube le plus proche de son poignet.
— Si je suis revenu.
Mara regarda sa main gantée.
— Combien de temps serez-vous absent ?
— Je l’ignore.
— Une estimation raisonnable ?
Il tourna légèrement la tête.
— Entre plusieurs jours et une mauvaise décision.
Puis il quitta le dispensaire avec le messager.
La Liseuse resta sous la lampe, entourée de son fil noir.
Son écran ne se ralluma pas.
---
Les jours cessèrent ensuite de se distinguer par les événements qu’ils contenaient.
Ils se distinguèrent par les vêtements que Mara ne pouvait plus fermer.
Elle déplaça une première fois le bouton de son tablier. Lina observa le nouvel emplacement, mais ne dit rien.
Deux semaines plus tard, Mara le déplaça encore.
À la troisième modification, elle cessa d’accuser le lavage.
Son ventre apparaissait désormais sous ses robes, non comme une déformation inquiétante, mais comme une courbe que les habitants pouvaient reconnaître avant même de reconnaître son visage. Certains détournaient les yeux. D’autres regardaient plus longtemps qu’ils ne l’auraient admis. La plupart s’habituèrent.
Le scandale ne disparut pas.
Il devint ancien.
Une femme revint faire réparer une chemise qu’elle avait retirée à Mara le premier jour. Elle parla du prix, de l’usure du col et du temps nécessaire. Pas de la grossesse.
Un homme lui confia deux pantalons en précisant qu’il n’avait trouvé personne d’autre capable de reprendre les genoux sans réduire la longueur. Il déposa les vêtements sur la table comme si l’utilité pouvait excuser sa présence dans l’atelier.
Mara accepta les commandes.
Elle n’offrit à personne le confort d’appeler cela un pardon.
Lina continua de venir.
Un matin, elle plaça un tabouret sous la table avant l’arrivée de Mara.
— Il était dans le passage, expliqua-t-elle.
— Depuis trois ans ?
— Le passage est devenu plus exigeant.
Mara s’assit sans la remercier.
Lina ne réclama rien.
La matrone vint chaque semaine.
Elle frappait, entrait lorsqu’on l’y invitait et posait toujours la même question avant le premier geste :
— Puis-je ?
Parfois, Mara répondait oui immédiatement.
Parfois, elle la faisait attendre.
La matrone attendait.
La Liseuse demeurait fermée sous son fil noir.
Une note d’Edris arriva au début de la quatrième semaine. Elle ne portait ni salut ni signature, seulement deux phrases :
Rien de reproductible.
Ne touchez pas à la machine.
Mara la relut plusieurs fois sans parvenir à déterminer si la première phrase concernait la carrière, la Liseuse ou l’ensemble de sa vie récente.
Elle rangea la note dans son carnet, à côté du reçu d’Ors.
---
Edris revint six semaines après son départ.
Il entra dans l’atelier au milieu d’un après-midi de pluie, sans frapper assez fort pour couvrir le bruit des gouttes sur l’auvent. Lina fut la première à le voir.
— Il y a un homme mouillé devant la porte.
Mara leva les yeux de sa couture.
— Il y en a beaucoup quand il pleut.
— Celui-ci a une moitié de visage en verre.
Edris entra.
Son manteau avait séché par plaques irrégulières, laissant sur le tissu des cercles blanchâtres. Une nouvelle rayure traversait la plaque de son gant. Le tremblement de sa main gauche était assez fort pour agiter le liquide dans les tubes.
Mara posa son ouvrage.
— Qu’est-il arrivé à la carrière ?
— Elle est toujours là.
— Ce n’était pas ma question.
— C’est la réponse que je possède encore en entier.
Lina regarda Mara, puis Edris.
— Je dois partir ?
— Oui, répondirent-ils ensemble.
Elle prit son manteau.
— Au moins, cette variable est reproductible.
Edris la suivit des yeux jusqu’à la porte.
— Elle apprend vite.
— Elle écoute parfois.
— C’est imprudent.
Mara se leva.
Edris regarda son ventre.
Son expression ne changea pas. Son silence, oui.
— Dix-huit semaines, dit Mara.
— Selon la Liseuse ?
— Selon la matrone.
— C’est plus fiable.
Ils se rendirent au dispensaire avant la tombée de la nuit.
Le fil noir était intact. La cire ne portait aucune marque.
La matrone demanda à Mara si elle acceptait un nouvel examen. Mara répondit oui.
Cette fois, les sangles durent être déplacées. La première passait trop près de son ventre. La matrone la retira entièrement plutôt que de chercher à l’adapter.
Edris examina le sceau, le rompit et ouvrit le boîtier.
L’intérieur ne révéla rien de nouveau.
La matrone chargea la cellule.
La courroie tourna.
L’écran produisit une ligne pâle, puis redevint noir.
Edris retira le panneau inférieur, suivit un câble du doigt et vérifia le contact avec une lame de cuivre.
— La cellule transmet, dit la matrone.
— Je n’ai pas dit qu’elle ne transmettait pas.
— Vous avez dit que l’écran ne recevait rien.
— C’est différent.
— Pour qui ?
— Pour l’écran, considérablement.
Mara sentit alors quelque chose.
Si léger qu’elle crut d’abord que sa robe avait glissé contre sa peau.
Un effleurement à l’intérieur de son ventre.
Pas une douleur.
Pas un coup.
Quelque chose qui se déplaçait là où, jusqu’ici, elle n’avait connu que le poids, les nausées et les battements entendus par une machine.
Elle retint son souffle.
Edris leva immédiatement la tête.
— Une douleur ?
— Non.
La matrone s’approcha d’un pas.
— Une crampe ?
— Non.
Mara posa la main sur la courbe de son ventre.
Il n’y avait plus rien.
Le silence de la pièce changea. La Liseuse continuait de grésiller faiblement, indifférente à ce qui venait peut-être de se produire.
— Qu’avez-vous senti ? demanda Edris.
— Je ne sais pas.
La matrone regarda la main de Mara.
Son visage s’adoucit d’une manière que Mara ne lui avait encore jamais vue pendant un examen.
— Est-ce que l’enfant a bougé ?
Mara ne répondit pas.
La question était trop simple.
Personne ne lui demandait ce que cela annonçait. Personne ne lui demandait si elle avait entendu un bourdonnement, vu une lumière ou approché une zone.
Seulement si l’enfant avait bougé.
— Je crois, dit-elle enfin.
Edris posa lentement sa lame de cuivre.
Il ne vint pas près de la table. Il ne prit pas son carnet.
La matrone leva une main, puis s’arrêta avant de toucher Mara.
— Voulez-vous que je vérifie ?
Mara gardait la paume sur son ventre.
— Pas encore.
La matrone baissa la main.
Ils attendirent.
Quelques secondes passèrent. Peut-être davantage.
Puis, sous la paume de Mara, le mouvement revint.
Cette fois, il était plus net. Toujours faible, mais distinct de ses muscles, de son souffle et du battement de son propre sang.
La Liseuse demeura noire.
Cette fois, Mara ne regarda pas l’écran.