Une assiette ?
La servante transféra la nourriture de la gamelle pour chien vers l'assiette.
—Que fait-elle ?
« Vous pouvez manger. »
Richard, incapable de répondre avec sa douceur habituelle, se contenta de l'observer en silence.
La servante posa l'assiette de pain devant lui et sortit ce qu'elle avait préparé derrière son dos.
Elle enveloppa soigneusement la glace dans une serviette et la tendit avec précaution à Richard.
« —Qu'est-ce que c'est ? »
« Vous vous êtes blessé à la jambe. Tenez. »
Cela ne faisait pas longtemps qu'il avait rencontré cette servante, mais elle ne semblait pas être du genre à se soucier de lui.
Au contraire, on aurait dit qu'elle accomplirait son devoir avec la plus grande rigueur s'il tentait de s'échapper.
« Ah, mais. »
Qu'y a-t-il d'autre ?
La servante lui proposa un dessert avec un sourire doux qui ne lui ressemblait pas.
« Vous ne voulez pas goûter ? »
« …. »
Est-ce parce qu'il y avait des ingrédients étranges dedans ?
« Oh, je ne vous donne pas tout. »
La servante saisit une fourchette et en préleva environ la moitié. Elle observa son geste, puis divisa le gâteau en deux parts.
« Je voulais partager. »
Comme il ne répondait pas, la servante se contenta d'un sourire maladroit.
Est-ce Argen qui a ordonné cela ?
Sinon, il ne pouvait expliquer cette attitude, radicalement différente de celle du matin.
Il plongea son regard dans ses yeux roses comme pour percer ses intentions, mais tout ce qu'ils exprimaient, c'était une totale innocence.
« —Votre maître ne l'autorisera pas. »
« Vous parlez du dessert ? Le dessert disparaît une fois mangé, il ne le saura jamais. »
La servante était étonnamment grande.
« Ce n'était pas seulement ça. »
« Vous parlez de l'assiette et de la glace ? »
Il y avait cela, et cette attitude bienveillante à son égard.
Richard n'accordait pas facilement sa confiance. Il se méfiait donc du comportement de la servante.
Pourtant, ses yeux bleus, qui dissimulaient ses sentiments les plus profonds, conservaient une lueur de douceur.
« J'ai subtilisé l'assiette en aidant à la vaisselle en cuisine. Et quand j'ai fait semblant d'être blessée, les gens autour de moi se sont occupés de moi. »
Alors pourquoi avoir fait cela ?
La servante répondit comme si ce n'était rien, mais pour Richard, ce n'était pas un geste anodin.
Ce n'était pas qu'aucun serviteur ne s'occupait de lui.
Mais la plupart agissaient ainsi parce que Richard les séduisait, les attirant à lui par sa nature charmeuse.
Cependant, la servante devant lui ne montrait aucun intérêt particulier. Au contraire, elle exprimait ouvertement son désir de ne pas être impliquée.
Mais pourquoi ?
C'était peut-être une simple marque de gentillesse, mais Richard devait prêter une attention extrême à chaque variable.
C'était le seul moyen d'éviter les imprévus lors de son évasion.
Ne pouvant soulever de doutes, Richard croqua dans le pain qu'elle lui avait donné.
À cet instant, il réalisa que la sensation sur sa langue était bien différente.
Il ne parlait pas du goût.
« Il n'y a pas de stimulants. »
Il y avait toujours des substances nocives dans sa nourriture, mais pas aujourd'hui.
Est-ce grâce à cette servante ?
« Le goût est étrange ? »
« Non... Je trouve juste que c'est un peu différent de d'habitude. »
« Je comprends. Parfois, la nourriture que je mange tous les jours me semble différente. »
Qu'elle soit ignorante de ses paroles ou qu'elle prétende ne pas comprendre, la servante agissait comme si de rien n'était.
Aux yeux de Richard, la seconde hypothèse était la plus probable.
Il l'observa en silence, puis dit quelque chose qu'il n'aurait jamais prononcé en temps normal.
« Pourquoi avez-vous fait cela pour moi ? »
La servante ne put répondre immédiatement.
Son regard tomba sur sa cheville enflée.
« Je suis gentille avec les patients. »
C'était tout ce que cela signifiait.
Richard eut une pensée en la regardant.
Lorsqu'il haletait devant elle en implorant des médicaments, elle les lui donnait docilement.
Était-ce vraiment parce qu'il était un patient ?
À cet instant, Richard comprit une chose.
Pour gagner le cœur de cette servante, il devait rester malade encore un peu.
*****
À l'origine, je n'avais pas l'intention de lui donner de dessert.
Cependant, en voyant sa jambe blessée, ma conscience m'a piquée et m'a poussée à lui offrir ce dessert comme une récompense.
Mais l'expression de Richard était étrange. Non, serait-il touché ?
Richard, qui aurait été sournois en temps normal, restait silencieux.
Il prit lentement le pain et le mâcha avec lenteur.
C'était un acte banal, mais chacun de ses gestes était empreint d'élégance.
« Servante, êtes-vous toujours aussi gentille avec les patients ? »
Ne serait-il pas rare d'être cruel envers les malades ?
Ah. Vous faites partie des rares, n'est-ce pas ?
« Même si vous n'étiez pas un patient, je suis toujours gentille. »
Je parlais poliment à Emily et au chef, que je venais de rencontrer. J'étais gentille avec tout le monde.
—Sauf avec Richard.
« Je vois, gentille servante. »
Est-ce qu'il se moque de moi ?
« —Euh. Vous m'avez demandé quel parfum j'utilisais tout à l'heure, n'est-ce pas ? »
J'avais essayé d'ignorer la question, pensant à une remarque de travail typique de Richard, mais puisqu'il insistait, j'ai décidé de lui répondre.
« Il s'avère que je n'utilise pas de parfum. »
« —Aviez-vous besoin de vérifier si vous portiez du parfum ou non ? »
Ah.
J'ai fait un lapsus.
Eh bien, cela arrive à tout le monde. J'étais un peu trop indulgente envers moi-même.
« Je n'ai pas une bonne mémoire. Je ne me souviens même pas si j'ai mangé juste après avoir fini. »
« Ah. »
Le mensonge était-il trop grossier ?
Je pense que c'était bien, pourtant. Richard écoutera de toute façon ce genre d'histoires triviales.
« Mais vous n'utilisez même pas de parfum. C'est incroyable. »
« À propos de quoi ? »
« Je ne sais pas si vous le savez, mais votre corps dégage une odeur forte. »
Est-ce une remarque professionnelle ?
Le visage de Richard n'avait rien d'une plaisanterie.
« Ce n'était pas une odeur artificielle, cela ressemblait à une odeur corporelle. Je suis désolée si c'était désagréable. »
« Oui, c'est désagréable, alors retenez votre souffle. »
À cette réponse ferme, les yeux de Richard s'écarquillèrent, puis il esquissa un léger sourire.
« Je vous ai dit de retenir votre souffle. »
« Si c'est ce que la servante souhaite. »
—Vous ne vous retenez pas vraiment, n'est-ce pas ?
Contrairement à mes inquiétudes, Richard respirait sans aucune gêne.
Depuis, le calme était revenu. Il finit de manger tranquillement et j'attendis en silence.
N'ayant plus aucune raison de rester, j'enveloppai habilement l'assiette dans la serviette et sortis.
C'était le crime parfait.
—Peut-être ?
******
Le soleil s'était déjà couché et la nuit était tombée.
La femme en uniforme de servante regarda autour d'elle.
Après s'être assurée qu'il n'y avait personne, elle leva les yeux vers la servante de cuisine, qui tremblait devant elle.
« Tu as dit que tu ne pouvais pas mettre le fruit dans les repas du monstre ? »
« …Je suis désolée. »
L'expression de la femme en uniforme se déforma sans hésitation.
Le nom de cette femme était Marie. Elle occupait un rang élevé parmi les servantes.
Elle était favorisée par la gouvernante grâce à sa langue de vipère, et sa position était solide.
Mais un jour, un « homme suspect » l'avait approchée.
Il lui avait remis une grosse somme d'argent et lui avait ordonné d'ajouter ce fruit suspect dans la nourriture de Richard.
Elle avait tenté de refuser cette offre gênante, mais en entendant la somme proposée, elle n'avait pas pu résister.
Ainsi, Marie avait mélangé le fruit inconnu au repas de Richard.
Bien sûr, elle ne s'était pas exposée elle-même et avait donné de l'argent à la servante de cuisine pour qu'elle le fasse.
Si les choses tournaient mal, elle comptait faire porter le chapeau à la servante de cuisine.
« Ce n'est pas que tu ne pouvais pas le faire une fois, c'est que tu n'as pas pu le faire de toute la journée. Que se passe-t-il, bon sang ? »
« Parce que la servante chargée du service surveillait la nourriture— »
Si c'est la servante chargée de servir les repas—
Rosie.
Des yeux roses rappelant les fleurs de cerisier et les azalées. C'était une servante marquante par son apparence.
Tout ce que Marie savait d'elle, c'est qu'elle était silencieuse.
Cette Rosie avait entravé son travail ?
« Une journée, ça ira. Ne saute pas demain et mets-le, quoi qu'il arrive. »
« M, mais— »
« Quel est le problème cette fois ? »
« Elle a dit qu'elle viendrait toujours en premier à l'avenir— »
Ces mots inattendus brisèrent son calme.
« Pourquoi ? »
« Je ne sais pas non plus. Elle a dit qu'elle voulait regarder le chef cuisiner parce qu'il est trop cool— »
Cela pourrait-il être vrai ? Seul le chef a été berné.