Chapitre 88
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Traducteur/éditeur : Ceaseless
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◈ Fou Gendre du Grand-Duc du Nord ◈
Chapitre 88 : Minuscule
──────
Galahad regagna les quartiers tard dans la soirée.
L’endroit était calme. Gwen et Damian semblaient être montés se coucher, tandis que Tom rangeait la pièce.
Galahad s’assit sur une chaise miteuse et tira sur sa cigarette.
Grincement.
La chaise gémit en se balançant. Le silence était tel qu’on entendait Gwen ronfler à l’étage.
Assis en face de lui, Gilbert se servit un verre. Il n’en proposa pas à Galahad. Il vida le sien d’un trait, puis le remplit à nouveau.
[Le monde sera détruit par le Roi démon.]
Galahad passa les doigts sur son carnet de cuir usé.
« Quelque chose ne va pas ? »
Galahad leva les yeux vers Gilbert, qui venait de lui poser la question.
Gilbert l’observait avec une tête de renard du désert particulièrement laid. Galahad fit tomber la cendre de sa cigarette et prit la parole.
« Sir Gilbert, que feriez-vous si vous saviez que le monde allait prendre fin ? »
« Pourquoi le monde prendrait-il fin ? »
« C’est une hypothèse. »
Gilbert plissa les yeux et sembla réfléchir sérieusement.
« Je crois que je prendrais mon épée. »
« Ça vous ressemble bien. »
« Et vous, commandant ? »
« Je l’en empêcherais. »
« Vous en êtes capable ? »
« Je suis un mage exceptionnel et compétent. »
Galahad sourit. Gilbert plissa encore davantage les yeux.
« À bien y réfléchir, n’avez-vous pas dit que la mission de l’Unité des opérations spéciales était d’empêcher la destruction du continent ? »
« Exact. Nous empêcherons le continent d’être détruit. »
« Ça ne ressemble pas à une mission pour une unité de six personnes. »
« C’est ce qu’on appelle une petite équipe d’élite. »
« Elle n’est pas un peu trop petite ? »
Gilbert marmonna en se resservant, mais il avait l’air plutôt satisfait.
Gilbert avait deux passions : l’épée et l’alcool. Des passe-temps qui convenaient bien à un chevalier.
Un peu plus tard, Tom revint après avoir fini de ranger. Il portait un plat fumant. Il avait encore cuisiné, à ce qu’il semblait.
« Comme on pouvait s’y attendre de Tom. »
« Ce n’est rien. J’ai juste fait sauter de la viande et des légumes. »
Gilbert attrapa une grosse poignée de nourriture en souriant.
« Même Damian mange avec une fourchette. Tss. »
« C’est comme ça qu’on mange dans le Nord. »
Gilbert répondit fièrement à la remarque de Galahad, puis claqua des lèvres en mangeant.
« Vous ne mangez pas ? »
« J’ai déjà mangé. Ça ira. »
« Bien, monsieur. »
Tom sortit un instrument et se mit à jouer. Il était plutôt doué. Il avait progressé depuis la dernière fois.
« Tom, qu’est-ce que tu ferais si le monde prenait fin ? »
La musique s’interrompit brusquement.
Tom réfléchit sérieusement à la question, tandis que Gilbert continuait de claquer des lèvres.
« Je crois que je préparerais un délicieux repas que toute l’Unité des opérations spéciales pourrait partager. »
Tom sourit doucement.
« Je peux changer ma réponse, moi aussi ? Je brandirais mon épée tout en mangeant ce que Tom aurait cuisiné. »
Un petit rire échappa à Galahad devant la réponse étrange de Gilbert.
« Ça sent bon. »
Damian descendit alors l’escalier en titubant. Il avait les yeux mi-clos, comme s’il n’était pas encore tout à fait réveillé. Gwen le suivait.
Tom fit glisser une assiette vers Damian. Lorsque Gwen s’assit à côté de lui, la table ronde se retrouva vite encombrée.
« Tu as mangé autant de mon aura et tu as encore faim ? »
Gilbert claqua la langue en voyant Damian lui piquer soudainement sa nourriture.
« J’ai pas pu manger grand-chose. Ton aura était minuscule. »
« Minuscule ?! C’est quoi cette façon de parler ? »
« Pourquoi tu t’énerves contre un enfant ? »
« Non ! Il a dit qu’elle était minuscule ! Elle n’est pas minuscule, morveux ! »
« Si, elle était minuscule. »
« Espèce de nabot ! »
« Pourquoi vous criez sur un enfant ?! »
La pièce devint bruyante en un instant.
Galahad ricana en faisant tomber la cendre de sa cigarette.
« Ah, on parlait de ce que chacun ferait si le monde prenait fin. Et toi, tu ferais quoi ? »
Tom changea de sujet. Gilbert renifla et s’écria : « Elle n’est pas minuscule ! »
« Je mangerais. »
« Moi, j’irais jouer avec tous les enfants ! Mais pourquoi on parle soudain de la fin du monde ? Le monde va prendre fin ?! »
La voix de Gwen se mit aussitôt à trembler. On aurait dit une chèvre effrayée.
« C’est le commandant qui nous l’a demandé. »
Aux mots de Tom, tous les membres de l’Unité des opérations spéciales se tournèrent vers Galahad.
L’unité avait perdu un peu de son allure miteuse, depuis. Galahad fit tomber la cendre de sa cigarette tandis que leurs regards chaleureux se posaient sur lui.
Après un bref instant de réflexion, il prit la parole.
« Le Roi démon détruira le monde. »
Un lourd silence s’abattit sur la pièce.
Les visages qui affichaient encore un vague sourire quelques instants plus tôt se décomposèrent.
L’atmosphère se refroidit aussitôt.
« Le Roi démon n’existe pas. »
Tous répondirent d’une seule voix.
« C’était une blague. »
Ce n’est qu’alors que les rires reprirent.
La chaleur envahit de nouveau la pièce.
Comme s’ils n’avaient jamais eu cette conversation.
[Ça a dû être difficile pour vous, tout seul.]
Galahad tira longuement sur sa cigarette et esquissa un sourire en coin.
* * *
« Ouf. »
Adrianna abaissa lentement son épée et expira longuement. Une épaisse vapeur s’élevait de son armure lourde.
Le soleil commençait à se lever.
*Cette sensation…*
La main d’Adrianna tressaillit.
L’épée qu’elle avait brandie en fuyant la cité des Démonides occupait ses pensées. Le coup qui avait réduit en cendres des dizaines de Démonides en un instant n’avait rien eu d’une technique d’épée.
C’était une manifestation de sa nature.
Adrianna n’avait jamais considéré sa capacité à brûler le mana comme une bénédiction.
C’était une malédiction. Une terrible malédiction qui brûlait tous ceux qu’elle touchait et leur infligeait une douleur insupportable.
Une malédiction qui avait même brûlé sa mère…
Adrianna se mordit violemment la lèvre.
[Imagine que tu les brûles.]
Ce qu’elle avait manié en suivant les paroles de Galahad, c’était cette nature qu’elle s’était tant efforcée de ne pas voir.
Son essence était une malédiction.
Curieusement, l’admettre l’allégea.
Puis sa main se mit à trembler. Son aura jaillit comme si quelqu’un avait versé de l’huile dessus. Elle brûlait avec fureur, comme si elle allait dévorer le monde.
*Je ne maîtrise pas mon pouvoir…*
En se mordant la lèvre, Adrianna balança son épée et dispersa l’aura.
C’était ainsi depuis ce jour-là. Sa nature ne cessait de s’emballer.
Comme si elle allait dévorer Adrianna elle aussi.
« Commandante. »
Adrianna se tourna vers cette voix douce. Son adjointe, Lunabirn, se tenait là.
« La ligne de front est instable ces derniers temps. Vous devriez rentrer. »
Lunabirn avait raison.
La ligne de front était la place d’Adrianna. Le champ de bataille couvert de cendres et imprégné d’une épaisse odeur de sang lui convenait.
« Compris. Je pars tout de suite. »
Adrianna hocha la tête.
C’est alors que des éclats de voix retentirent sur le côté.
« Je vais voir ma fiancée. C’est quoi, le problème ? »
« Depuis quand êtes-vous le fiancé de dame Adrianna ? N’importe quoi ! »
« Comment vous appelez-vous ? »
« Belharn ! »
« Très bien, Belharn. Je vais dire à Son Altesse le Grand-Duc que Sir Belharn, du Premier bataillon, a trouvé ça ridicule. »
« Quand est-ce que j’ai… »
Reconnaissant cette voix, Adrianna sortit un mouchoir et essuya la sueur sur son front.
Après cette petite altercation, les chevaliers de son unité personnelle s’écartèrent. Ceux qui étaient farouchement loyaux à Adrianna avaient bel et bien battu en retraite.
« Tout le monde aurait mieux fait de bouger dès le début. »
Galahad entra en époussetant son col. Derrière lui, le chevalier ouvrit et referma la bouche, médusé.
Galahad fit un signe de la main en apercevant Adrianna. Elle lui adressa une légère révérence.
« Bonjour. Vous êtes belle même couverte de sueur. »
« Oui. »
Galahad parla sans la moindre honte, comme toujours. Adrianna hocha la tête.
Il avait l’air détendu, comme d’habitude, mais semblait aussi étrangement fatigué.
« Vous n’avez pas l’air en forme. »
« J’ai mal dormi. »
Galahad répondit avec un léger sourire.
« Si vous faites un peu d’exercice avant de vous coucher, vous dormirez mieux. »
« Ah oui ? Je m’en souviendrai. »
« Mais si vous en faites trop, ça risque plutôt de vous empêcher de dormir. »
Galahad éclata de rire devant les conseils très sérieux d’Adrianna. Celle-ci, qui s’apprêtait à lui montrer quelques exercices, se ravisa sans un mot.
« Vous comptez repartir ? »
« Oui. Je suis restée loin du front trop longtemps. »
« Je vois. »
Galahad hocha légèrement la tête, comme s’il s’y était attendu.
« Qu’allez-vous faire pour le pari ? »
Adrianna baissa un peu la voix.
Elle parlait du pari que Galahad avait fait avec First.
À ses yeux, First et Citrouille étaient très capables. Elle ne les avait pas affrontés elle-même et ne pouvait donc pas vraiment les juger, mais ils n’étaient clairement pas des adversaires faciles.
« Hmm… Ah, ça. Ça ira. »
« Vous leur avez pourtant donné toutes les informations que vous aviez obtenues. »
« Comme ça, ils ne vont pas en faire venir encore plus ? »
« Mais le pari… »
« Vous vous inquiétez pour moi ? »
Adrianna hocha aussitôt la tête.
Galahad prit un air étrange. Un bref silence s’installa.
« Vous avez progressé. »
« En quoi ? »
« Rien. »
Galahad mit une cigarette à sa bouche. Il en prenait une dès qu’il ne savait plus quoi dire. Adrianna attendit sans le presser.
« Je ne fais pas de paris que je vais perdre. »
Galahad prononça ces mots avec son sourire assuré habituel. Adrianna pencha la tête.
« Pourtant, vous leur avez donné toutes les informations. Je ne peux pas vous aider non plus. Ils ont l’avantage. »
« Savez-vous à quel point le Royaume démoniaque est tentant pour les mages ? »
Quelque chose de singulièrement dangereux se dégageait de Galahad quand il posa la question.
« …Comment ça ? »
« Son Altesse le Grand-Duc leur a mis pas mal de pression cette fois-ci. Les commandants de bataillon voudront se débarrasser de leurs éléments gênants. Si, dans ces circonstances, la nouvelle du Royaume démoniaque venait à se répandre… »
Galahad s’expliqua en faisant tomber la cendre de sa cigarette.
Adrianna prit lentement la mesure de ses paroles.
Autrement dit…
« Vous comptez attirer les mages dans le Camp d’entraînement du Royaume démoniaque ? »
À sa question, Galahad claqua des doigts.
Comme si elle avait donné la bonne réponse.
« Une crise devient une occasion à saisir quand on la surmonte. »
Les paroles de Galahad semblaient assez convaincantes. Oui, surmonter une crise permettait d’en faire une occasion à saisir.
Mais…
« …N’est-ce pas vous qui avez provoqué cette crise ? »
« On n’attend pas que les occasions se présentent. On les crée. »
Comme toujours, Galahad répondit sans hésiter.
Adrianna y réfléchit sérieusement.
Donc, si une crise pouvait se transformer en occasion lorsqu’on la surmontait, il en provoquerait une pour en tirer parti ? C’était étrange.
Galahad lui tendit alors la main.
« Allez, donnez-moi la main. »
Devant son ton assuré, Adrianna lui tendit machinalement la main.
« Ah ! »
Elle se rappela trop tard que sa nature lui échappait. Adrianna tenta de retirer sa main, mais il l’avait déjà prise.
« Ghh… ! »
Adrianna se figea sous l’effet de cette chaleur inconnue.
La réaction de Galahad fut plus violente que d’habitude. Son corps entier trembla et des gémissements qu’il ne pouvait retenir lui échappèrent à répétition.
La nature d’Adrianna s’était renforcée. Elle essaya de retirer sa main, mais Galahad entrelaça même ses doigts aux siens.
Des veines saillirent sous la peau de Galahad. Les vaisseaux sanguins de ses yeux éclatèrent, les teintant de rouge, et son corps fut secoué de violents tremblements.
Adrianna se dégagea précipitamment.
Galahad chancela un instant. Il vacilla, mais ne tomba pas ; il tint bon en s’appuyant sur le Sceptre doré.
Il avait une mine affreuse. Ses yeux étaient rouges comme le sang, son corps tremblait encore comme s’il était pris de convulsions et ses cheveux, d’ordinaire impeccables, étaient complètement en bataille.
Ils ne s’étaient tenu la main qu’un instant, et pourtant, on aurait dit qu’il revenait de l’enfer.
Adrianna se mordit la lèvre.
*Comme je m’y attendais…*
Les lèvres sèches de Galahad s’entrouvrirent lentement.
Elle redoutait l’insulte qu’il allait lui lancer. Allait-il la traiter de sorcière maudite ? De Démonide portant la ruine en elle ?
Adrianna connaissait bien ce genre de réaction.
Mais…
« Vous êtes vraiment incroyable. Avec vous, il y a toujours quelque chose de nouveau et d’exaltant. »
Les paroles de Galahad n’avaient rien à voir avec ce qu’Adrianna avait imaginé.
Il afficha un large sourire.
« …Je m’en vais. »
Adrianna s’enfuit, un peu tardivement.
* * *
[À tous les commandants de bataillon. Le Camp d’entraînement du Royaume démoniaque est achevé. Le Royaume démoniaque désigne la région située au plus profond du Territoire des Démonides, où la concentration de mana est si élevée qu’il est difficile de respirer. Nous comptons l’utiliser pour entraîner les mages à s’adapter au Royaume démoniaque. Cette information risquant de parvenir aux mages, elle doit rester strictement confidentielle. Si des mages pénètrent dans le Royaume démoniaque, leur sensibilité au mana augmentera, ils pourront supporter des concentrations de mana plus élevées et l’efficacité de leurs bâtons…]
Mark, commandant du Cinquième bataillon, fronça les sourcils en lisant l’ordre envoyé par le quartier général.
À première vue, il s’agissait du Camp d’entraînement du Royaume démoniaque.
*Ce n’est pas une publicité pour le Camp d’entraînement du Royaume démoniaque, ça ?*
Le sceau de Theodore, le stratège, était apposé au bas du document.
« C’est vous qui avez écrit ça ? »
Mark baissa l’ordre et posa la question. Galahad était assis tranquillement en face de lui, le Sceptre doré se balançant dans sa main.
« Non, je l’ai seulement dicté. Theodore l’a écrit. Son écriture est plutôt belle, vous ne trouvez pas ? »
« …Ce n’est pas le problème. Les commandants de bataillon se demandent sans doute comment gérer les mages sous leurs ordres sans s’attirer les foudres de Son Altesse le Grand-Duc. Si vous envoyez ça… Ah. C’était donc votre objectif. »
Mark poussa un discret soupir.
Galahad était la personne la plus perspicace que Mark connaissait. Impossible qu’il n’ait pas compris les conséquences de cette lettre.
Le Grand-Duc avait lui-même arraché la tête du commandant du Sixième bataillon devant les autres commandants. Aussi puissants fussent-ils, ils ne pouvaient que se montrer prudents.
Les commandants qui avaient exploité en secret des Mines de pierres magiques jusqu’à présent devaient avoir du mal à gérer leurs mages.
Si un tel ordre leur parvenait dans ces circonstances, ils enverraient à coup sûr leurs mages les plus gênants au Camp d’entraînement du Royaume démoniaque.
« …Depuis quand aviez-vous prévu tout ça ? »
« Prévu ? Vous exagérez. Je me suis contenté d’orienter les choses dans une direction qui m’arrangeait. »
Galahad répondit en souriant.
*Est-ce que ça remonte au moment où il a nommé le commandant du Sixième bataillon pendant cette réunion ? Non… Il a commencé à monter son plan dès qu’il a créé le Camp d’entraînement du Royaume démoniaque ?*
Par où ce plan avait-il bien pu commencer ? On aurait dit que Galahad faisait ce qu’il voulait du Nord. Mark se racla discrètement la gorge.
« …Vous pouvez gérer ça ? »
« Le faut-il ? »
Galahad pointa le Sceptre doré vers Mark en posant la question. Mark fronça les sourcils.
« Ce sera comme avec la Société de magie noire. Je leur proposerai des conditions plutôt avantageuses. De toute façon, ils n’ont nulle part où aller, pas vrai ? »
« …Et s’ils refusent ? Ce serait dangereux que le Camp d’entraînement du Royaume démoniaque tombe entre leurs mains. »
Le coin de la bouche de Galahad se tordit. Son sourire était détendu.
« La persuasion, c’est ma spécialité. »
Sa voix débordait d’assurance.
Mark mit ses idées en ordre tout en observant Galahad.
Galahad était une chose, mais le Septième bataillon était déjà considérablement puissant.
Et puis…
*La Société de magie noire est pratiquement aussi une force de Galahad.*
Après avoir pesé le pour et le contre, Mark hocha la tête.
« Très bien. »
Galahad sourit de toutes ses dents et se leva.
« Où avez-vous trouvé ce Sceptre doré ? Il est joli. »
Galahad sourit à la question de Mark.
« C’était un cadeau. »
* * *
*J’ai envoyé tous les ordres et je me suis occupé de First…*
Galahad fit le point en passant la main sur le Sceptre doré.
Il n’avait jamais eu l’intention de partir lui-même à la recherche des mages. Le Nord était trop vaste et désolé. Les traquer un par un aurait été du gâchis.
C’était pour cela que Galahad comptait sur le Royaume démoniaque. Pour les mages, il s’agissait d’une occasion irrésistible.
Surtout dans la situation actuelle.
Bien sûr, il ne s’attendait pas à voir débarquer tous les mages cachés dans le Nord.
Mais ce serait indéniablement plus efficace que de les chercher lui-même.
Il devait d’abord rassembler autant de main-d’œuvre que possible.
*Ensuite, j’annoncerai la légalisation de l’exploitation des Mines de pierres magiques.*
Galahad hocha la tête.
Il ne suffisait pas de rendre le Nord prospère. Il devait aussi étendre son influence.
*Une fois que j’aurai rassemblé des travailleurs, mon influence ne pourra que grandir.*
Il lui restait cependant beaucoup de préparatifs.
« Celui que le Grand-Duc a reconnu ! »
Les soldats qui passaient le saluèrent avec ferveur. Galahad leur rendit leur salut d’un geste de la main. Le froid du Nord traversait même un manteau de Monstre. Pourquoi s’obstinaient-ils à se promener sans en porter ?
Galahad claqua doucement la langue.
Il avançait d’un pas vif lorsqu’il s’arrêta brusquement.
Il avait ressenti un étrange malaise. Assez léger pour que n’importe qui d’autre l’ignore, mais Galahad faisait confiance à son instinct.
L’instinct était un avertissement envoyé par l’inconscient.
Rien n’était plus stupide que de ne pas se faire confiance.
Galahad tapota le sol de son Sceptre doré et répandit son mana autour de lui.
Son mana ne détecta rien.
Oui, il n’y avait rien.
*Intéressant.*
C’était étrange.
S’il n’y avait rien, pourquoi le mana disparaissait-il par là-bas ?
« Montrez-vous. »
Galahad pointa le Sceptre doré vers le vide.
Aucune réponse. Un vent froid lui balaya les cheveux, comme pour lui répondre.
« Vous êtes pénible. »
Galahad pointa l’air du doigt et claqua des doigts.
L’espace vide ondula.
Ce qui apparut soudain dans les airs, c’était…
« Vous êtes vraiment le disciple du Premier Mage ? »
Masque du Renard.
*Cette magie vient forcément de l’une des quatre Tours de magie déchues…*
Boum ! Boum ! Boum !
À cet instant, l’Œuf de la Douleur se mit à battre à tout rompre.
L’émotion qui l’animait n’était pas son excitation habituelle.
C’était de la peur.
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