Chapitre 84
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Traducteur/éditeur : Ceaseless
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◈ Le Fou Gendre du Grand-Duc du Nord ◈
Chapitre 84 : Merde
──────
« Une forêt… »
Galahad fronça les sourcils devant la verdure qui l’entourait.
Des arbres luxuriants s’étendaient à perte de vue. Feuilles pointues ou larges, toutes sortes de feuillages frémissaient sous la brise légère.
L’herbe lui effleurait les pieds, assez haute pour lui arriver aux genoux. Le chant joyeux des oiseaux lui chatouillait les oreilles. Une odeur riche, comme si l’on venait d’arracher de l’herbe juste devant lui, emplissait ses narines.
Tout semblait parfaitement naturel. Comme s’il était né ici…
Par habitude, Galahad fouilla sa poche à la recherche d’une cigarette.
Il n’en avait pas.
« Ce n’est pas la réalité. »
La dépendance était une habitude, et les habitudes relevaient de l’inconscient. L’inconscient constituait une excellente barrière.
Comme maintenant…
Ce n’était pas un rêve. Galahad, un agent, ne rêvait pas.
« La forêt, ce Démonide, un Démonide de haut rang… »
Dès qu’il reconnut ces éléments, son esprit s’éveilla peu à peu. Sa méfiance, acquise au fil des années, se mit à décortiquer un à un ces détails trop parfaits.
Galahad étendit sa perception. Pour un agent, se défendre contre les intrusions mentales était la base. Une intrusion mentale était un sort facile à briser dès qu’on remarquait que quelque chose clochait.
C’était bien ainsi que ça fonctionnait. Non, il fallait que ce soit le cas.
« Ça ne se brise pas. »
Les oiseaux chantaient toujours, l’herbe ondulait sous le vent et les feuilles continuaient de tomber.
Il revenait d’une chasse avec le Grand-Duc. Ce n’était pas le Royaume démoniaque. Pourtant, cette chose le contrôlait si complètement…
Alors les buissons s’écartèrent. Les arbres s’inclinèrent et s’ouvrirent devant lui.
Le Démonide quadrupède apparut lentement.
À chacun de ses pas, l’herbe se changeait en fleurs. Des pétales s’éparpillaient, marquant ses empreintes.
Le Démonide quadrupède s’arrêta devant Galahad. Il était plus net que la fois précédente.
[Tue l’Empereur.]
Sa voix résonna dans l’esprit de Galahad.
Il comprit la situation.
« Ah, un contrat. »
Les paroles qu’il avait prononcées la dernière fois pour invoquer le Démonide semblaient avoir formé un contrat. Si c’en était un, les choses se compliquaient sérieusement.
[Tue l’Empereur.]
De la verdure jaillit de la bouche de Galahad. De l’herbe y poussa.
La douleur était plus vive que la fois précédente. Une souffrance terrible le submergea.
« C’est l’effet du contrat. »
Galahad fronça les sourcils, admiratif. Une fleur rouge s’épanouit dans son œil gauche. Une abeille vint se poser dessus.
Il avait l’impression que des arbres poussaient à l’intérieur de son corps. La douleur de sentir quelque chose éclater en lui, couche après couche, était plutôt nouvelle.
« Tu manques de patience. Ne me presse pas. »
Le Démonide quadrupède releva les commissures de ses lèvres.
[Tue l’Empereur.]
« J’en ai l’intention. Mais l’Empereur, ce n’est pas James, le voisin. Je ne peux pas simplement le tuer, si ? Il me faut de l’aide. En termes professionnels, ça s’appelle un acompte. Combien peux-tu m’offrir ? »
[Tue l’Empereur.]
« Tu exagères. Si tu continues comme ça, tu ne feras que retarder les choses. Ça ne me dérange pas que l’herbe me dévore, mais tu pourrais épargner ma bouche ? On négocie. »
[Tue l’Empereur.]
« Impossible de discuter avec toi. »
[Tue l’Empereur.]
« Ça ne servira à rien. »
Galahad se dispersa en brins d’herbe.
Une nouvelle douleur le submergea. Son esprit ne faisait que s’éclaircir, comme s’il voulait qu’il ressente encore mieux la souffrance.
Galahad observa sérieusement les brins d’herbe qui avaient été son corps se disperser.
« C’est encore une intrusion mentale ? »
Intéressant.
L’intrusion mentale atteignait un niveau inimaginable. À ce stade, on pouvait parler de forme ultime de l’intrusion mentale.
Des insectes croquaient le corps de Galahad, désormais éparpillé en herbe.
Au-delà, le Démonide quadrupède arborait un léger sourire.
« Alors, il compte me donner des cours particuliers tous les jours, chaque fois que je dormirai ? »
Le sourire du Démonide quadrupède se figea.
Quelle délicate attention…
* * *
« Encore un peu… »
Galahad ouvrit les yeux en haletant.
Un mur de bois brut apparut dans son champ de vision. Il se trouvait dans un carrosse. Repoussant ses cheveux en bataille, il chercha une cigarette.
Il y en avait une.
Il la coinça entre ses lèvres et l’alluma en hâte.
Un profond parfum de citron se répandit en lui.
« Un contrat, hein. »
Le Démonide avait paru disposé à l’aider, mais il semblait n’agir ainsi que pour remplir les termes du contrat.
« Tue l’Empereur. »
Galahad murmura les mots à voix basse.
Il était désormais certain que l’Empereur retenait les gens capables d’agir. Le vide qui en résultait était immense. C’était la principale raison pour laquelle les Démonides avaient pu étendre leur influence sur tout le continent.
Le Grand-Duc à lui seul en était la preuve. C’était un homme qui arrachait la tête des Monstres pour se remplir l’estomac.
Si le Grand-Duc était passé à l’action, le Nord ne serait pas devenu aussi infesté de Démonides.
Le Grand-Duc n’était pas le seul concerné.
Plus d’une ou deux personnes capables s’étaient retirées dans l’ombre.
C’était la principale raison pour laquelle les Démonides étaient devenus si nombreux.
Et, indépendamment de cela…
« L’Empereur est absent depuis trop longtemps. »
La Famille impériale n’avait jamais été un lieu chaleureux, mais elle était désormais devenue un champ de bataille silencieux. Son maître, l’Empereur, était parti depuis bien trop longtemps.
Ironie du sort, ce n’était pas la première fois qu’on demandait à Galahad d’assassiner l’Empereur.
La mission avait échoué à cause de la trahison de la Princesse, mais Galahad l’avait lui aussi envisagée.
Un bon nombre de personnes voulaient la mort de l’Empereur.
Un jour, ironiquement, la Famille impériale elle-même lui avait confié cette mission.
Il s’agissait d’une demande d’assassinat destinée à renforcer la sécurité impériale.
La Famille impériale accordait davantage sa confiance aux chevaliers qu’à la magie. Les chevaliers impériaux rassemblaient les génies du continent entier. S’introduire dans un palais rempli de tels chevaliers était presque impossible.
À l’époque, Galahad avait échoué juste avant la dernière porte.
[Comment avez-vous réussi à arriver jusqu’ici ?]
L’air stupéfait du commandant des chevaliers impériaux avait été assez amusant.
Galahad avait insisté sur le fait que tant qu’il y aurait des hommes, il y aurait toujours des failles.
La Famille impériale avait alors renforcé en hâte les défenses magiques. Elle avait invité plusieurs mages de haut rang à s’en charger.
C’est là que Galahad avait rencontré le Maître de la Tour de magie du Crépuscule.
Quoi qu’il en soit, une fois les défenses magiques installées, le palais impérial était en réalité devenu plus facile à infiltrer pour Galahad.
Le problème était venu après.
S’il tuait l’Empereur, il deviendrait certainement l’ennemi public numéro un de l’Empire. Il fallait éviter ça.
Le Démonide quadrupède le pressait, mais il n’y avait aucune raison de se précipiter.
Au pire, il perdrait un peu de sommeil.
Boum ! Boum !
Au rythme lourd des tambours, Galahad tourna la tête vers la fenêtre.
Des soldats étaient alignés tout autour du château du Grand-Duc.
On aurait dit que tous les soldats de l’intérieur étaient sortis. La vue de ces hommes entassés le long des immenses remparts était impressionnante.
Pourtant, même tous réunis, ils ne faisaient pas le poids face au Grand-Duc.
Le Grand-Duc chevauchait un Monstre dont les sabots étaient en feu et qui avait cinq yeux.
Le Grand-Duc, à l’air féroce, chevauchait torse nu une créature aussi terrifiante. Ils allaient parfaitement ensemble, c’était tout ce qu’il y avait à dire.
Il ressemblait au plus brave guerrier à avoir jamais émergé des enfers.
Même les courageux soldats du Nord arboraient des mines horrifiées.
Galahad suivit le Grand-Duc jusqu’au château. Lorsqu’il descendit du carrosse, les soldats le dévisagèrent comme s’ils avaient vu un fantôme. Son retour vivant de la chasse semblait les impressionner.
Le Grand-Duc marchait déjà loin devant. Ne même pas lui dire au revoir lui ressemblait bien.
Galahad préférait ça. C’était simple et net.
Il glissa une autre cigarette entre ses lèvres.
Il comptait d’abord s’occuper de l’Unité des opérations spéciales.
Une silhouette familière s’approcha alors de lui.
C’était Theodore.
« Son Altesse vous demande de le rejoindre à l’étage pour le repas. »
« Hmm, je n’en ai pas envie. »
« Haha, il a dit que c’était un ordre. »
Theodore répondit avec un sourire embarrassé.
« Il a dû beaucoup aimer le cadeau de mariage. »
Il allait devoir manger seul avec ce Grand-Duc féroce. Galahad voulait refuser, mais c’était un ordre.
« Haha, on dirait que Son Altesse vous apprécie particulièrement, commandant Galahad. »
« Je vais avoir une indigestion. »
Theodore éclata de rire, puis s’empressa de se couvrir la bouche.
* * *
Grrr !
Le cri du Monstre fit trembler la pièce. Ce n’était même pas un Monstre de rang intermédiaire, alors il n’avait rien de menaçant.
Le problème, c’était…
« Il l’a vraiment fait entrer dans la pièce. »
Galahad fronça les sourcils devant le Monstre aux côtés du Grand-Duc.
La créature était immense. L’entrée était bien trop étroite pour la laisser passer.
La plupart des gens l’auraient laissée dehors dans une telle situation.
Le Grand-Duc, lui, avait affronté le problème de front.
Non, il l’avait réduit en miettes.
Le Grand-Duc avait abattu à la hache chaque partie qui le gênait. Après avoir ainsi agrandi la pièce, il avait obstinément fait entrer le Monstre jusqu’au bout.
Galahad appréciait plutôt la chaleur que dégageait le feu de la créature.
Le Grand-Duc se contentait de déchirer la viande, si bien que Galahad se demanda pourquoi on l’avait convoqué. Il fit légèrement griller sa propre viande tout en mangeant.
Quand Galahad eut fini son repas, le Grand-Duc s’attaquait à son cinquième morceau de viande.
Il était remarquable qu’il puisse encore manger autre chose après avoir dévoré tant de Monstres.
Galahad l’observa un moment, puis prit la parole.
« Ma famille ne viendra pas. »
Le Grand-Duc tourna les yeux vers Galahad.
« Vous ne devez pas bien vous entendre. »
À la voix impassible du Grand-Duc, Galahad releva les commissures de ses lèvres. Le Grand-Duc devait déjà connaître toute son histoire.
« En effet. Je suis l’enfant qu’ils ont rejeté. »
« Même le plus jeune diplômé de l’Académie a été rejeté ? »
« C’est une famille de bretteurs. »
Le Grand-Duc réagit à peine, comme s’il le savait déjà.
« Ils osent manquer les fiançailles de ma fille ? »
« Oui. »
« Tant mieux. »
Galahad fronça les sourcils devant cette réponse inattendue. Le Grand-Duc haussa légèrement les sourcils, comme s’il ne plaisantait pas.
Le Grand-Duc se réjouissait réellement que la famille de Galahad ne vienne pas. La raison était évidente.
« Ma famille ne ferait que gêner, c’est ça ? »
Le Nord nourrissait un profond ressentiment envers l’Empire. Le Grand-Duc comptait manifestement s’occuper de Galahad tout seul. Voilà pourquoi il se réjouissait de l’absence de sa famille.
Comparé à l’époque où il n’avait aucune intention de les laisser se marier, c’était un progrès immense.
« Alors je suis vraiment un gendre qui s’installe chez sa belle-famille. »
Galahad se toucha le cou sans raison.
La porte s’ouvrit doucement.
Adrianna entra, vêtue d’une élégante armure blanche au lieu de l’armure ridicule qu’elle portait d’habitude.
« Adrianna, commandante du premier bataillon, de retour de mission. »
Adrianna salua le Grand-Duc d’une légère révérence. Il hocha la tête.
« Nous avons trouvé des traces de la cité, mais elles sont ténues puisque tout a été détruit. Le commandant du deuxième bataillon les poursuit, mais la situation ne s’annonce pas favorable. »
Le Grand-Duc acquiesça au rapport d’Adrianna.
« Mange. »
« Bien. »
Galahad se leva aussitôt et tira la chaise à côté de lui.
Adrianna, qui s’apprêtait à s’asseoir en face de Galahad, s’arrêta.
Le regard du Grand-Duc transperça Galahad. Celui-ci fit de son mieux pour l’ignorer et désigna la chaise.
« Asseyez-vous ici. »
« … Tu n’avais pas besoin de me tirer ma chaise. »
« C’est la moindre des politesses. »
Adrianna hésita un instant, puis s’assit à côté de Galahad.
Satisfait, Galahad se rassit.
Lorsqu’il s’adossa, le nez d’Adrianna, remarquablement droit, lui masqua en partie le Grand-Duc. Ce ne fut qu’alors qu’il eut l’impression de pouvoir digérer son repas.
« Comment s’est passée la chasse ? »
« C’était plutôt amusant. Son Altesse et moi avons même fait un pari pendant la chasse. »
« Ah, vous avez parié ? »
Adrianna jeta un bref regard au Grand-Duc. Une drôle d’atmosphère régnait dans la pièce. Le Grand-Duc observait le Monstre à côté de lui.
« Et qui a gagné ? »
« J’ai gagné de justesse. Grâce à la bienveillance de Son Altesse. »
« Je n’ai pas été bienveillant. »
« C’est vrai. Il s’avère que j’ai aussi un talent naturel pour chasser les Monstres. »
Les sourcils du Grand-Duc se froncèrent légèrement. Adrianna ouvrit de grands yeux.
« C’est impressionnant. Réussir à battre Son Altesse, qui chasse les Monstres dès qu’il en a l’occasion. »
« Hum. »
Le Grand-Duc toussa discrètement.
« Le talent de Son Altesse ne fait aucun doute. C’est seulement parce que son adversaire, c’était moi. »
Les sourcils du Grand-Duc bondirent.
Galahad se dissimula discrètement derrière Adrianna.
Une légère odeur de sang mêlée à celle de la cendre imprégnait Adrianna. C’était l’odeur du front.
« Et qu’est-ce que c’est que ce Monstre ? »
Adrianna désigna la monture du Grand-Duc.
« Mon cheval. »
« Ce n’est pas un cheval. C’est un Monstre. Les Monstres ne se domptent pas. Ça n’avait pas déjà causé des problèmes, la dernière fois ? »
Galahad admira en silence Adrianna, qui parlait aussi franchement au Grand-Duc.
« Il a déjà essayé plusieurs fois. »
Le Grand-Duc était assez imposant pour rivaliser avec un Monstre. Aucun cheval n’aurait pu porter un corps aussi massif.
Malgré tout, il avait essayé de dompter des Monstres.
Ça lui ressemblait bien.
« Tu comptes encore en exposer un autre ? »
À ces mots d’Adrianna, Galahad soupira doucement.
Les innombrables têtes de Monstres accrochées aux murs témoignaient de ses tentatives. Il y en avait de toutes sortes, des serpents aux lions, et même des oiseaux.
« Voilà pourquoi il était si content. »
Sans le vouloir, il semblait avoir offert au Grand-Duc le meilleur cadeau de mariage possible.
« Au lieu de parler d’un Monstre, la situation dans le Nord… »
« Je m’en suis occupé pour vous. »
Galahad intervint avec souplesse tandis qu’Adrianna poursuivait ses critiques sans détour.
« … Quoi ? Tu t’en es occupé ? »
« J’ai adapté le cercle magique du Dresseur de monstres et je l’ai dompté. Il ne causera pas de problèmes. Il faut une quantité considérable de sang de Monstre pour le maintenir, mais Son Altesse saura bien s’en charger. »
Cette fois, les sourcils du Grand-Duc se haussèrent, tandis que ceux d’Adrianna s’abaissèrent.
L’équilibre devenait plutôt difficile à maintenir.
Les sourcils d’Adrianna s’abaissèrent brusquement. Son regard s’assombrit.
« Tu as dit Dresseur de monstres ? Le Dresseur de monstres faisait partie des Cinq Grands Fléaux. Il a causé d’immenses dégâts en combattant du côté des Démonides pendant la Guerre de Jema. Tu veux dire que tu as utilisé la technique d’un criminel ? »
Les reproches d’Adrianna, jusque-là adressés au Grand-Duc, se tournèrent vers Galahad.
Il claqua doucement la langue.
« Imaginez un forgeron malfaisant. Un forgeron abject, qui forge une épée extraordinaire pour ensuite opprimer les villageois. C’est une ordure. »
« Même si quelqu’un possède une épée célèbre, elle ne lui servira à rien si son maniement de l’épée est mauvais. »
« C’est vrai. Mais cette épée est tellement incroyable que, quand on la brandit, elle embrase son adversaire. »
« Une épée magique. Je comprends. »
Adrianna hocha gravement la tête.
Galahad hésita un instant à lui expliquer qu’il s’agissait d’une métaphore, puis poursuivit.
« Oui, une épée magique. Bref, le forgeron tue et maltraite les villageois avec cette épée. Un jour, un garçon la lui vole en secret et le chasse avec. Est-ce que le garçon devient un criminel pour autant ? »
« Non. »
« Exactement. C’est ce que je veux dire. »
Adrianna regarda Galahad un instant.
Il reprit la parole.
« Maintenant, imaginez un forgeron vraiment malfaisant… »
« … Je comprends. Mais les épées magiques réclament du sang. S’il continue à la garder, le garçon deviendra un forgeron. »
« Le garçon est très malin. Une fois le forgeron parti, il reposera l’épée magique. »
Adrianna fixa Galahad en silence.
Ses yeux bleus étaient si clairs qu’ils lui piquaient la poitrine.
Galahad inclina discrètement le visage vers elle. Surprise, Adrianna détourna la tête.
Galahad croisa alors le regard du Grand-Duc.
« Donc, c’était un voleur. »
Le Grand-Duc releva les commissures de ses lèvres d’un air féroce.
Galahad se racla doucement la gorge pour changer de sujet.
Après un long moment de réflexion, Adrianna regarda Galahad et prit la parole.
« Tu dois faire attention avec les épées magiques. C’est indépendant de la confiance que je t’accorde. »
À cette réponse sérieuse, Galahad hocha la tête en silence.
Son cou lui sembla un peu lourd.
Adrianna se mit alors à manger.
Le Grand-Duc semblait d’assez bonne humeur. En présence d’Adrianna, il s’adoucissait un peu.
Il passait du statut de Monstre de haut rang à celui de Monstre de rang suprême.
L’ambiance pouvait être qualifiée d’assez agréable.
Galahad se rappela ce qu’il voulait demander.
« Une récompense pour la Cité des Démonides. »
Adrianna était revenue après avoir inspecté la Cité des Démonides ; le Grand-Duc allait donc lui accorder une récompense.
Il devait tout de même écarter la possibilité de recevoir une nouvelle fois les félicitations du Grand-Duc. Il n’en avait plus besoin.
Galahad voulait autre chose.
Seul le Grand-Duc pouvait la lui accorder.
L’opposition serait certainement farouche.
Galahad prit donc la parole avec précaution.
« J’ai entendu dire que vous m’accorderiez une récompense pour la Cité des Démonides. »
« C’est exact. »
« Détruire une cité où se trouvait un Démonide de haut rang appelé le Souverain, ainsi que plus de deux cents Démonides, c’est un exploit de taille, n’est-ce pas ? »
Galahad tapota légèrement l’armure d’Adrianna.
Adrianna, qui mangeait consciencieusement, sursauta légèrement, puis hocha la tête.
« C’est exact. Si nous avions laissé la situation s’envenimer, elle serait certainement devenue très dangereuse. C’est un grand exploit. »
Adrianna ajouta son avis.
Le Grand-Duc fronça légèrement les sourcils.
« Dis-moi ce que tu veux. »
Le Grand-Duc l’interrogea d’un ton bourru.
Galahad entra aussitôt dans le vif du sujet.
« La légalisation de l’exploitation des Mines de pierres magiques. »
Le silence ne dura qu’un instant.
L’atmosphère s’alourdit aussitôt. La présence féroce du Grand-Duc écrasa Galahad. Le Monstre à côté de lui poussa un cri et chancela.
L’étonnement se peignit sur le visage d’Adrianna. Elle ne s’y attendait pas.
« Tu parles de la merde de Démonide ? »
La voix du Grand-Duc était indifférente. Galahad eut l’impression qu’on lui serrait la gorge. Il se toucha le cou en répondant.
« Pas de la merde de Démonide. Des Pierres magiques. »
« Je t’ai laissé faire parce que tu avais l’air utile, et maintenant tu prends la grosse tête. »
Le Grand-Duc réagit avec véhémence.
Les Pierres magiques avaient donc une réputation encore pire que Galahad ne le pensait.
Le Grand-Duc le foudroya du regard. Si un regard avait pu tuer Galahad, il serait déjà mort trois fois.
« Il m’a traité d’utile, même maintenant. Ça veut dire qu’il m’a reconnu ? »
Galahad jeta un coup d’œil à Adrianna.
Même Adrianna, son renfort, le fusillait du regard.
« Les Pierres magiques sont des objets maudits. Les Démonides, les Monstres et les hors-la-loi de l’Empire les convoitent tous. D’innombrables guerriers du Nord ont péri à cause d’elles. La légalisation des Pierres magiques est une affaire compliquée. »
Adrianna lui expliqua rapidement la situation.
Il comprenait leur opposition. Pour le Nord, qui rejetait la magie, les Pierres magiques n’étaient que des cailloux brillants. Pire encore, elles attiraient sans cesse des gens avides, et c’était une véritable nuisance.
Mais…
« D’abord, les Pierres magiques ne sont pas de la merde de Démonide. À la capitale, elles valent plus que de l’or. Seuls les ignorants qui ne connaissent pas leur valeur s’obstinent à dire que ce sont des cailloux. »
Les sourcils du Grand-Duc se plissèrent avec force.
Galahad soutint son regard et poursuivit.
« Et ne manquons-nous pas de budget ? Même si c’était de la merde de Démonide… »
La posture bien droite de Galahad rendit Adrianna étrangement nerveuse.
Elle commençait à comprendre un peu sa personnalité.
Mais là, devant le Grand-Duc…
Adrianna remarqua alors que les yeux de Galahad pétillaient légèrement.
Il avait ce regard juste avant de faire des siennes.
Elle tenta de l’arrêter, mais Galahad fut plus rapide.
« Si on n’a pas d’argent, on n’a qu’à ramasser de la merde et la vendre. »
Les sourcils d’Adrianna tremblèrent violemment.
Notes :
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