Chapitre 81
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Traducteur/éditeur : Ceaseless
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◈ Le Fou Gendre du Grand-Duc du Nord ◈
Chapitre 81 : La chasse
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« Quelque chose la préoccupe… ? »
Lunabirn observa Adrianna, qui fixait le ciel.
Comme toujours, Adrianna affichait une expression impassible, mais une étrange inquiétude émanait d’elle.
« Quelque chose vous tracasse ? »
Adrianna tourna les yeux vers Lunabirn. Peu à peu, son regard bleu retrouva sa vivacité.
« C’est à cause de la Cité des Démonides ? Ils enquêtent, les résultats ne devraient plus tarder. »
Lunabirn désigna l’entrée derrière elles. L’intérieur de la ville s’était effondré.
Si Adrianna n’avait pas repéré la brèche, le rapport du commandant Galahad aurait pu passer pour un mensonge.
Le commandant du deuxième bataillon était parti avec ses troupes inspecter les profondeurs par cette brèche. Elles sauraient bientôt à quoi s’en tenir.
Adrianna secoua la tête.
« Il n’y aura rien. »
« Pardon ? »
« Il a dit qu’ils l’avaient sûrement déjà déplacée. Que c’était une perte de temps. »
« … Qui a osé dire une chose pareille ? »
Lunabirn plissa les yeux. Une centaine d’hommes avaient été mobilisés sur ordre du Grand-Duc. Le commandant du deuxième bataillon et Adrianna elle-même avaient fait tout ce chemin, et quelqu’un avait osé qualifier cela de perte de temps.
Peu de gens étaient assez fous pour parler aussi librement des ordres du Grand-Duc.
« Le commandant Galahad a dit qu’ils avaient dû déplacer la ville. Il a ajouté qu’on devrait arrêter de perdre notre temps et aller plutôt faire de l’alpinisme ensemble. »
Les paroles d’Adrianna confirmèrent les soupçons de Lunabirn. Cette dernière fronça les sourcils.
« Il se permet beaucoup trop de choses. Comment ose-t-il… »
« Ce n’est pas grave. »
« … Quoi ? »
« C’était vraiment une perte de temps. »
Adrianna se détourna de nouveau et leva les yeux vers le ciel. Ses longs cheveux blonds voltigeaient au vent.
Lunabirn la dévisagea, abasourdie. Même en étant une femme, elle n’arrivait pas à s’habituer à ce visage.
« Vous voulez dire qu’il n’y a rien là-bas ? »
Adrianna hocha la tête.
Lunabirn s’embrouilla dans ses pensées. Galahad avait-il même prévu que les Démonides disparaîtraient ?
Adrianna la regarda droit dans les yeux.
« Lunabirn, tu cuisinais bien. »
Le compliment tombait de nulle part. Lunabirn acquiesça.
« Tu as aussi du papier et une plume sur toi, n’est-ce pas ? »
« Oui. Il m’en faut pour rédiger mes rapports. »
« Tu tiens aussi les comptes ? »
« Pourquoi est-ce que je tiendrais des comptes ? »
« Tu ne le fais pas. Mais tu te débrouilles plutôt bien au combat. Égalité. »
« … Quoi ? »
« Et pour fabriquer des manteaux avec des peaux de Monstres ? »
Adrianna avait toujours été difficile à cerner, mais ces derniers temps, elle était devenue encore plus impénétrable.
Un manteau en peau de Monstre, comme ça, sans prévenir. Lunabirn n’avait aucune idée de ce que cela signifiait, mais, pour une raison ou une autre, elle n’avait pas envie de répondre qu’elle en était incapable.
« S’il le faut, je le ferai. »
« Je vois. »
Lunabirn se rappela soudain qu’Adrianna avait envoyé un faucon un peu plus tôt.
« Vous avez envoyé le rapport ? »
« Ah, il le remettra. »
* * *
Le Monstre de haut rang… non, le Grand-Duc, foudroyait Galahad du regard. Du sang gouttait de la gigantesque hache qu’il tenait à la main.
Galahad laissa échapper un grognement sourd.
Perché sur son épaule droite, le faucon, ignorant les pensées de Galahad, le tapota de ses serres.
Il le pressait d’ouvrir le message sans tarder.
« C’est pour moi. »
Goutte à goutte, le sang tombait de la hache. Le Grand-Duc se contentait de fixer Galahad.
« Les filles, c’est toujours pareil, pas vrai ? On les élève et puis… Hum. »
Galahad grogna en ouvrant la lettre.
【Bonjour. Ici Adrianna, commandante du premier bataillon. Nous sommes arrivés à Hellove. Le sol s’est effondré et il ne reste aucune trace. Comme vous l’aviez dit, c’était bien une « perte de temps ». J’aurais dû vous accompagner au Cimetière des Monstres. Ah. Veuillez transmettre ce rapport à Son Altesse le Grand-Duc. Adrianna, commandante du premier bataillon.】
« Je ne peux pas lui montrer ça. »
Le long trait soulignant les mots « perte de temps » sautait beaucoup trop aux yeux.
Il avait choisi ces mots pour convaincre Adrianna de l’accompagner, mais elle avait l’air de les avoir trouvés très amusants.
Quand Galahad releva les yeux de la lettre, le Grand-Duc le fixait toujours.
Galahad glissa la lettre au fond de sa poche intérieure.
« La commandante Adrianna regrette de ne pas avoir pu faire de l’alpinisme avec Votre Altesse. Elle aimerait vous accompagner la prochaine fois. »
Il était question d’Adrianna, pourtant les sourcils du Grand-Duc s’abaissèrent au lieu de se relever.
« Il ne veut pas qu’Adrianna vienne dans la montagne. »
En tant que père, il était naturel qu’il ne veuille pas emmener sa fille dans une montagne infestée de Monstres comme celle-ci.
Pourtant, Adrianna avait été envoyée sur le front.
Il devait y avoir une autre raison.
« On disait que cet endroit était hors de portée de l’Empire. »
Et des gens avaient aussi disparu. Il y avait forcément autre chose.
« Mais je ne pouvais pas laisser la commandante Adrianna venir dans un endroit aussi dangereux. J’ai refusé catégoriquement. »
Un coin de la bouche du Grand-Duc se releva. Des crocs glacials apparurent dans l’ouverture.
Impossible de savoir s’il souriait ou s’il s’apprêtait à arracher la gorge de Galahad.
« Ah, la Cité des Démonides s’est effondrée. Ils inspectent l’intérieur, mais il y a peu de chances qu’ils trouvent quoi que ce soit. »
« Vous en êtes certain ? »
« Oui. Puisqu’ils ont été repérés, il est naturel qu’ils aient pris la fuite. »
« Vous connaissez bien les Démonides ? »
« Assez bien. Il faut connaître son ennemi pour le vaincre. »
Le Grand-Duc fit tournoyer sa hache. Du sang rouge gicla dans les airs.
« À votre tour, maintenant. »
Ils semblaient chasser à tour de rôle.
Galahad hocha la tête et claqua des doigts.
Une Flèche de mana tournoya dans les airs. Il en évalua la concentration en fonction de sa taille.
La concentration était supérieure à celle de l’extérieur, mais inférieure à celle du Royaume démoniaque. Elle se situait quelque part entre le Territoire des Démonides et le Royaume démoniaque.
Galahad mobilisa son mana et effleura le Grand-Duc. Il voulait voir à quel point le mana avait prise sur lui.
Pourtant, il ne parvint pas à pénétrer en lui.
« C’est un monstre. »
Là où Adrianna brûlait le mana, la peau du Grand-Duc semblait dure comme la pierre. Galahad se demanda combien de couches de manteaux en peau de Monstre il avait bien pu empiler sur lui.
Par curiosité, Galahad comprima davantage son mana et lui donna un petit coup.
Le sourcil du Grand-Duc tressaillit légèrement.
« Il l’a remarqué ? »
La quantité de mana était infime. À moins d’être mage, il n’aurait pas dû le sentir. Galahad en injecta un peu plus.
« Qu’est-ce que vous faites ? »
« Repéré. »
À l’évidence, sa peau épaisse n’expliquait pas tout.
« Ah, je vous prenais pour un Monstre. »
Galahad fit tranquillement circuler son mana.
La montagne enneigée s’étendait à perte de vue. Le vent mordant lui caressait les cheveux. Tout en maintenant sa concentration, Galahad lança un sort de détection sur une vaste zone.
Amélioré à partir de la Flèche de mana, le sort de détection se dispersa rapidement et balaya les environs. Cette méthode n’était possible que parce que leurs cibles étaient des Monstres.
« Il y en a beaucoup. »
Comme Gilbert l’avait expliqué, les Monstres étaient éparpillés partout. Certains s’étaient même regroupés en meutes.
Ce n’était pas le Cimetière des Monstres. C’était une forêt de Monstres. Galahad les examina attentivement.
Puis il repéra le plus gros de tous.
« Celui-là. »
Après avoir choisi sa cible, Galahad rappela son mana avant de le relâcher de nouveau. Il le concentra dans cette direction et distingua la forme de la créature.
Une fois cette étape franchie, Galahad choisit son sort. La montagne enneigée était couverte d’arbres maigrelets. Le sort le mieux adapté à cet environnement était bien sûr…
« Lance de givre. »
Une lance transparente apparut au-dessus de Galahad. Elle était si pure qu’aucune bulle ne la troublait.
Galahad ne s’arrêta pas là. Il aiguisa le mana jusqu’à lui donner un tranchant acéré.
Puis il se concentra sur sa cible.
Le Monstre se plaça à l’endroit idéal.
« Maintenant. »
Galahad claqua des doigts.
La lance disparut en un instant. Aucun bruit. Seule une légère brise passa.
Un cri de Monstre retentit au loin. Ce n’était pas un hurlement de douleur, mais un rugissement chargé de rage.
« Faible. Comme un mage, quoi. »
« Ah oui ? »
Galahad posa la question avec un léger sourire. Le Grand-Duc fronça les sourcils.
À cet instant, les cris du Monstre se rapprochèrent à toute vitesse. Fou de rage, il fonçait sur eux comme un dément. Le sol trembla violemment.
Galahad évalua la distance grâce aux vibrations, puis claqua des doigts.
Une lance de glace apparut. La lance glaciale attendit un instant avant de partir.
… !!
Les cris du Monstre se rapprochèrent encore.
« Belle prise. »
Galahad glissa une cigarette entre ses lèvres et claqua des doigts.
Une autre lance de glace apparut. Elle faisait deux fois la taille de la précédente, car il l’avait remplie de mana.
Les arbres maigrelets devant eux éclatèrent alors avec violence. Des éclats de bois et de la neige fusèrent dans les airs. Un Monstre surgit au milieu des débris.
C’était un Monstre à l’allure de loup. Il était plus grand que celui qu’avait capturé le Grand-Duc.
Des lances de glace lui transperçaient la nuque et l’épaule gauche. Chacun de ses mouvements élargissait les blessures, d’où s’éparpillait du givre.
Bientôt, l’une de ses pattes avant pendit sans force et le Monstre chancela.
S’il avait été une bête ordinaire, il aurait déjà pris la fuite. Mais c’était un Monstre. Au lieu de cela, il ouvrit grand la gueule.
Alors que ses mâchoires s’approchaient d’eux, le Grand-Duc fit tournoyer sa hache.
« Il est à moi. »
Galahad s’avança et claqua des doigts.
Ha ! Le Grand-Duc laissa échapper un rire discret.
Une lance vola dans la gueule béante du Monstre. Elle s’y enfonça sans résistance et se planta au fond de sa gorge.
Le sang des Démonides contenait du mana à très forte concentration. Le mana se déplaçait des zones les moins concentrées vers les zones les plus concentrées. C’était pour cela que les Démonides étaient les ennemis naturels des mages.
L’inverse était également vrai. Si un sort utilisait un mana plus concentré que celui d’un Monstre…
« Le sang du Monstre devient du combustible. »
La lance plantée dans la gueule du Monstre trembla. La glace rougit sous l’effet de son sang. Celui-ci gela aussitôt et se transforma en pointes acérées.
Le sang qui tombait se cristallisait, faisant gonfler la glace. Comme de l’huile jetée sur le feu, de nouveaux cristaux de glace s’aiguisaient les uns après les autres.
Les cristaux en expansion transpercèrent la peau du Monstre. On aurait dit une explosion qui avait eu lieu à l’intérieur de son corps.
Le Monstre se changea en une magnifique sculpture de glace.
« Parfait. »
Galahad se tourna vers le Grand-Duc, admiratif.
La chasse avait été parfaitement propre.
La réponse du Grand-Duc fut…
« Trop voyant. »
Galahad fronça les sourcils. Qualifier une telle œuvre d’art de tape-à-l’œil… Il était pire que Gilbert.
« Un Nordiste inculte. »
Galahad claqua doucement la langue et chercha comment expliquer cette remarquable chasse magique.
« Le mana se déplace des zones les moins concentrées vers les zones les plus concentrées. Ah, par concentration, je veux dire… »
Crac. Galahad se retourna au bruit atroce et vit le Grand-Duc arracher la tête du Monstre à mains nues.
« Il ne m’écoutait pas du tout. »
Dès le départ, c’était une erreur d’essayer d’expliquer la magie à un Nordiste.
Le Grand-Duc mordit à pleines dents dans la tête du Monstre. Le bruit sauvage écorcha les oreilles de Galahad.
« Rafraîchissant. Un vrai délice. »
On aurait dit qu’il donnait son avis sur une glace.
Cette fois, le Grand-Duc posa une question.
« Que pensez-vous d’Adrianna ? »
La hache du Grand-Duc bougea lentement.
« C’est donc ça, cette histoire de tour de rôle. »
Chacun abattait un Monstre, puis posait une question. Telle semblait être la règle.
« Ce que je pense d’Adrianna… ? »
Galahad y réfléchit un instant. Il serait clairement mal avisé de dire qu’elle était l’épée destinée à transpercer le Roi démon.
Alors…
« C’est une femme qui a un beau sourire. »
Galahad hocha la tête.
Le Grand-Duc fronça les sourcils. En y regardant de plus près, il souriait peut-être.
Un bref silence s’installa. Galahad détendit ses mains tout en évaluant la distance qui le séparait du Grand-Duc. Une habitude professionnelle.
« Votre cœur bat vite. »
Galahad fronça les sourcils à la question du Grand-Duc.
Son cœur. C’était un sujet sensible pour Galahad.
Mais au lieu d’insister, le Grand-Duc lui tendit une coupe. Elle était remplie de sang de Monstre.
« Ha ha, je suis nerveux. »
Galahad accepta poliment la coupe et la vida d’un trait.
« Rafraîchissant. »
Le sang de Monstre avait un goût infect, mais le boire glacé le rendait un peu plus supportable.
« Il en reste quatre. »
Le Grand-Duc se leva.
* * *
La hache du Grand-Duc disparut si vite qu’elle se brouilla en plein vol.
Boum ! Boum ! Les arbres maigrelets qui se trouvaient sur son passage éclatèrent sans effort. La hache ne ralentit pas le moins du monde.
… !
Un hurlement atroce retentit au loin.
Galahad se toucha le cou. Il était toujours là. Soulagé, il poussa un discret soupir et suivit le Grand-Duc.
Un Monstre était étendu au sol, se débattant violemment. Il avait quatre pattes, chacune munie d’une lame acérée. Elles étaient si aiguisées qu’elles raclaient le sol.
Le Grand-Duc s’approcha sans se soucier du danger. Le Monstre lança une patte dans sa direction. Le Grand-Duc l’attrapa à mains nues.
Puis il l’arracha.
… !
Le Monstre hurla de nouveau. Du sang jaillit de sa patte arrachée, et son os pendait hors de la plaie.
Le spectacle de dépeçage du Grand-Duc venait de commencer. Crac. Des bruits atroces retentirent les uns après les autres.
« C’est la première fois que j’ai pitié d’un Monstre. »
Galahad but une gorgée à sa gourde.
Le Grand-Duc saisit alors la tête du Monstre et regarda Galahad.
« Les Monstres meurent quand on leur coupe la tête. »
« Comme les humains. »
« Je vois. Je l’ignorais. »
Crac. Le bruit sauvage de son repas continua.
Galahad attendit tranquillement. Le Grand-Duc remplit une coupe de sang et la lui tendit. Galahad ne refusa pas et la vida d’un trait.
Le Grand-Duc mordit à pleines dents dans la tête du Monstre, puis regarda Galahad.
« Il veut que je pose une question ? »
Galahad mit de l’ordre dans ses pensées.
Ce qu’il voulait savoir ensuite, c’était le pacte.
Galahad soupçonnait l’Empereur de lier les puissants par un pacte. Il avait prévu de commencer par poser cette question, mais…
« Ce serait du gâchis. »
Galahad se concentra sur le mot « pacte ».
Un pacte signifiait que les deux parties avaient fixé des conditions. L’Empereur avait forcément promis quelque chose, lui aussi.
Alors…
« Qu’est-ce que l’Empereur offre à Votre Altesse en échange de ce pacte qui vous lie ? »
Galahad posa la question comme si de rien n’était.
Les yeux féroces du Grand-Duc se braquèrent sur lui. Des fragments d’os broyés tombèrent d’entre ses crocs acérés, semblables à ceux d’une bête.
S’il mangeait avec autant de sauvagerie, ce n’était pas pour rien. Il mangeait aussi les os. Au moins, il n’aurait pas à craindre une carence en calcium.
« Une question à la fois. »
Le Grand-Duc se cura les dents avec un os. Quel cure-dent terrifiant.
« Il ne mordra pas à l’hameçon. »
Galahad claqua doucement la langue. Il n’était pas tout à fait comme Gilbert.
Mais refuser de répondre, c’était déjà une réponse.
« Donc, il y a bien un pacte. »
Galahad sut instinctivement que sa supposition était juste.
« Ah, ma question était trop longue. Qu’est-ce que l’Empereur offre en échange du pacte ? »
Le Grand-Duc posa les yeux sur Galahad. Celui-ci soutint son regard.
« Il ne fait rien. »
Galahad plissa les yeux en entendant la réponse du Grand-Duc.
« Il ne fait rien… »
Des mots simples, mais lourds de sens.
L’Empereur n’avait pas quitté le Palais impérial depuis avant la naissance de Galahad.
Depuis son accession au trône, l’Empereur n’était jamais apparu officiellement en public. Galahad, qui avait servi la princesse, ne l’avait pas vu non plus. Cela en disait assez long.
« Ça veut dire qu’il ne cherchera pas à conquérir le Nord ? »
L’Empire se montrait effectivement plus passif que ne le décrivaient les anciens textes. Pourtant, toutes les missions que Galahad avait effectuées pour le Bureau du renseignement avaient servi l’Empire.
Même si l’Empereur ne faisait rien, l’Empire continuait d’avancer. Le fait que Galahad ait été choisi comme époux d’Adrianna en était la preuve.
Et pourtant, il ne faisait rien ?
« Cela ne concerne que l’Empereur lui-même ? Son inaction a-t-elle une telle importance ? »
« Dans ce cas… »
Crac. Des fragments d’os s’éparpillèrent au sol dans un claquement sec. La bouche du Grand-Duc se courba en un sourire.
« Il en reste trois. »
Le Grand-Duc se leva.
Les règles étaient simples.
Quand le Grand-Duc abattait un Monstre, Galahad posait une question. Quand Galahad en abattait un, le Grand-Duc en posait une.
Il ne leur restait que trois occasions.
Si les choses suivaient leur cours, Galahad n’aurait droit qu’à une seule question de plus.
Il lui en fallait au moins deux autres.
« Non. Les trois seront pour moi. »
Le regard de Galahad s’assombrit.
La hache du Grand-Duc pointa alors dans sa direction.
Le sang qui en dégoulinait était plutôt menaçant.
En le voyant, Galahad eut une idée qui tenait la route.
« Vous saviez ? »
Le Grand-Duc plissa les yeux. Son regard transperça Galahad.
Sans raison, Galahad sentit son cou le démanger et son dos se hérisser.
Galahad prit une profonde inspiration et calma les battements de son cœur.
Puis il regarda le Grand-Duc.
« Le Monstre que j’ai abattu était plus gros. »
Un coin de sa bouche se releva.
C’était une provocation évidente. Le Grand-Duc, couvert de sang, fixa Galahad.
Galahad l’observa un instant.
Le visage du Grand-Duc s’était déformé.
La provocation semblait avoir fonctionné.
« Ensuite… »
« Faisons un pari. Il n’en reste que trois. »
Galahad claqua des doigts. Une petite flamme alluma sa cigarette.
« Le gagnant rafle tout. »
L’air s’emplit d’un parfum de citron.
« D’accord. »
La voix du Grand-Duc était étonnamment calme.
Comme s’il l’avait attendu…
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