Chapitre 80
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Traducteur/éditeur : Ceaseless
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◈ Le Fou Gendre du Grand-Duc du Nord ◈
Chapitre 80 : Ascension
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*Qu’est-ce qui lui prend, tout à coup… ?*
Chartien, commandant du sixième bataillon, fronça les sourcils devant le sceptre d’or pointé sur lui.
C’était Galahad qui le tenait. Un étrange sourire aux lèvres.
*Il m’a démasqué ?*
Chartien fronça légèrement les sourcils.
Non, il n’avait laissé aucune trace. Sous le regard du Grand-Duc, il avait veillé à ne s’impliquer qu’au minimum.
Déjà, il était assez étrange que le Grand-Duc ait convoqué cette réunion à l’improviste.
*Il s’est passé quelque chose à Hellove. Mais pourquoi me vise-t-il ?*
Chartien dévisagea Galahad, qui affichait toujours une expression indéchiffrable.
Il ne pouvait pas y avoir de preuve. Chartien se composa un air impassible et jeta un coup d’œil autour de lui.
Le Grand-Duc les observait depuis la place d’honneur. Chartien savait qu’un simple mot de travers pourrait lui coûter la tête.
Le visage fermé, il prit la parole.
« Hellove, ce n’est pas juste une histoire qu’on raconte pour faire marcher les nouvelles recrues ? Qu’est-ce qu’il pourrait bien y avoir là-bas ? »
« Ah, c’est comme ça que vous comptez vous y prendre. Pas mal. »
La réponse évasive de Galahad lui porta sur les nerfs.
S’il reculait, c’en était fini de lui. Chartien saisit le Sceptre doré de Galahad. Un frisson lui parcourut la main.
« Parlez clairement. Vous semblez avoir pris la grosse tête depuis que Son Altesse le Grand-Duc vous a reconnu. Je suis commandant dans le Nord. Vous ne pouvez pas m’accuser à la légère. »
Plusieurs commandants acquiescèrent. Peu d’entre eux appréciaient Galahad. Chartien, lui, avait toujours entretenu de bonnes relations avec eux.
Il était évident de quel côté ils se rangeraient.
La situation aurait été différente si Galahad avait eu des preuves, mais c’était impossible.
L’atmosphère de la salle de réunion se tendit brusquement. La tension envahit les lieux.
« Je vois. Je me serais trompé ? »
Le Sceptre doré de Galahad se retira lentement.
En voyant Galahad battre en retraite, Chartien retroussa les lèvres et resserra sa prise sur le sceptre. Il comptait bien profiter de son avantage.
« Expliquez-moi ce qui s’est passé. Qu’y a-t-il eu à Hellove ? Pourquoi m’avoir désigné… »
Galahad n’avait pas pu descendre sous Hellove. S’il l’avait fait, il serait forcément mort.
Alors…
« Il y avait une Cité des Démonides. Et même un Démonide de haut rang qu’on appelait le Souverain. Ce Sceptre d’or était un objet précieux pour lui. Il est joli, pas vrai ? »
Galahad agita le sceptre.
Le Sceptre d’or…
Le regard de Chartien vacilla.
Le Souverain ? Ses pensées s’embrouillèrent. Il se rappela les rumeurs sur le sceptre du Souverain. Galahad avait tué le Souverain ? Ce salaud ? Un mage ? Comment ?
Une foule de questions lui traversa l’esprit.
*Impossible.*
C’était forcément du bluff. Chartien n’était pas assez naïf pour se laisser berner par une histoire pareille.
Puis il sentit un frisson lui remonter la nuque.
*Quoi… ?*
Chartien tourna la tête et se figea.
Le Grand-Duc se tenait juste derrière lui.
* * *
Galahad avait pointé le commandant du sixième bataillon en s’appuyant sur plusieurs indices.
Les patrouilles à Hellove étaient assurées à tour de rôle par les sixième, troisième et cinquième bataillons, mais le sixième avait récemment proposé de s’en charger.
Et pourtant, aucun rapport notable n’avait été transmis. En outre, lorsque Hellove avait été mentionné, Chartien avait retenu son souffle un instant.
Il y avait plusieurs indices de ce genre, mais ils ne suffisaient pas.
Galahad avait seulement voulu le sonder discrètement. C’était la base pour amadouer quelqu’un et le rallier à sa cause.
Mais ce n’était plus d’actualité.
Splaaash !
Le sang jaillit dans les airs et Galahad claqua des doigts.
Une barrière translucide apparut, vite éclaboussée de rouge.
Galahad se rendit compte d’une chose.
Le Grand-Duc ne se contentait pas d’arracher la tête des Démonides.
Il arrachait aussi celle des humains. Et il était très doué pour ça. Un véritable expert en décapitation.
Le corps sans tête s’effondra au sol.
Les commandants tournèrent les yeux vers le Grand-Duc. Leurs expressions variaient, mais aucun ne semblait effrayé.
Apparemment, voir la tête d’un humain vivant arrachée n’avait rien d’extraordinaire dans le Nord.
Le Grand-Duc posa devant Galahad la tête qu’il venait d’arracher. Sa longue langue pendait mollement, tandis que du sang chaud en coulait sans discontinuer.
« Son cœur battait à tout rompre. Comme une proie pourchassée. »
Le Grand-Duc retroussa les lèvres, féroce.
Tous ceux qui se trouvaient ici étaient des commandants. Ils n’auraient pas eu le cœur qui s’emballe pour Hellove, un endroit qui n’était censé servir qu’à effrayer les nouvelles recrues.
La raison se tenait plutôt bien.
*Quand même, lui arracher la tête parce que son cœur battait trop vite…*
Le plus absurde, c’était que le Grand-Duc puisse entendre les battements de cœur.
*Je ferais mieux de surveiller le mien aussi.*
Galahad régula sa respiration en regardant la tête de Chartien posée là.
Lui arracher la tête. Une punition à la hauteur du Grand-Duc. Chartien servirait désormais d’exemple aux commandants.
Tout de même…
*Est-ce qu’il m’a délibérément interrompu ?*
Si Galahad avait réussi à amadouer Chartien, il aurait peut-être pu en apprendre davantage. Le Grand-Duc avait réglé l’affaire d’un coup net.
Le Grand-Duc fixa Galahad en silence. Le sang qui lui coulait sur le visage dissimulait son expression.
*Intéressant.*
Galahad passa la main sur le Sceptre d’or.
Sa texture était plutôt agréable, ce qui le calma.
* * *
*Ça s’est terminé plutôt facilement.*
Galahad marmonna en glissant une cigarette entre ses lèvres.
Une fois Chartien transformé en Guan Gong, la réunion avança rapidement.
Le Grand-Duc nomma commandant le commandant adjoint du sixième bataillon. Puis il envoya le deuxième bataillon, l’unité d’Adrianna et le sixième bataillon à Hellove.
La réunion prit fin après qu’il eut annoncé qu’il les convoquerait de nouveau une fois leurs découvertes rapportées.
Voir près d’une centaine de soldats armés partir en mission avait quelque chose d’impressionnant.
« Pourquoi vous faites cette tête ? »
Gilbert le lui demanda de son visage disgracieux. Galahad claqua doucement la langue.
« Parce qu’ils ne trouveront rien, de toute façon. »
« Quoi ? Dans une ville aussi grande ? Comment ça se fait ? »
« Je vous l’ai déjà dit. Allez demander aux Démonides. »
« …Quoi ? »
Au lieu de répondre, Galahad tapota sa cigarette pour en faire tomber la cendre.
Il regrettait de ne pas avoir pu interroger Chartien, mais au moins, il s’était débarrassé d’une épine dans le pied. Et pas au figuré. On l’avait bel et bien arrachée.
Quoi qu’il en soit, il avait éliminé un commandant suspect.
Et maintenant qu’une force aussi importante avait été envoyée, ces salauds n’auraient d’autre choix que de déplacer la ville. Ce serait un coup dur pour eux.
Dommage qu’il n’ait pas attrapé le Souverain, mais…
*On ne peut pas tout avaler d’un coup.*
La cupidité finissait toujours par attirer les ennuis.
Dans l’ensemble, les choses s’étaient plutôt bien passées.
« Heureusement que la commandante Adrianna connaît le chemin. »
« Vous êtes bien naïf, Sir Gilbert. »
« Quoi ? Vous êtes plutôt irritable, aujourd’hui. Ah, c’est à cause de ça ? »
Gilbert afficha un grand sourire. Galahad poussa un grognement sourd.
D’ordinaire, Galahad serait parti à Hellove avec eux.
Adrianna avait aussi plaidé en ce sens. Puisque le commandant Galahad avait découvert l’endroit, il était logique qu’il mène l’expédition.
C’était aussi ce qu’avait prévu Galahad.
Mais le Grand-Duc le lui avait interdit.
Bon, se faire refuser n’était pas un problème en soi.
Le problème, c’était la suite.
[Le Commandant de l’Unité des opérations spéciales partira chasser avec moi.]
Chasser. Voilà un mot bien étrange.
Chasser, c’était capturer des bêtes, mais le Grand-Duc ne se déplacerait pas pour chasser de simples animaux.
« Peut-être que ce n’est qu’une partie de chasse. Ça ira. »
« Sir Gilbert. »
« Oui ? »
« Vous devriez venir aussi. »
« Ah, j’aimerais bien, mais Son Altesse n’a-t-elle pas dit qu’elle partait seulement avec vous, commandant ? »
Le sourire narquois de Gilbert fit grimacer Galahad.
« N’est-ce pas l’occasion de vous rapprocher de Son Altesse le Grand-Duc ? »
« C’est vrai. »
Galahad acquiesça. Partir seul le tracassait un peu… non, beaucoup, mais c’était une bonne occasion.
Il avait bien des choses à demander, notamment au sujet du pacte et de la raison pour laquelle le Grand-Duc avait arraché la tête de Chartien.
« Le Grand-Duc est-il déjà parti chasser avec quelqu’un d’autre ? »
« Oui. À ma connaissance, deux fois. »
Ce n’était donc pas la première fois. Galahad se sentit un peu rassuré.
« Avec qui ? »
« Ah, l’ancien commandant du cinquième bataillon et l’ancien chef d’état-major. »
« …Ils sont tous les deux anciens ? »
Quelle coïncidence incroyable. À peine Galahad eut-il marmonné cela que Gilbert lui fournit une explication.
« Oui, ils sont partis chasser et ont disparu. »
« Disparu ? »
« Oh, rien de grave. On ne les a plus jamais revus après qu’ils ont gravi la montagne avec Son Altesse. »
« Oui, bien sûr. Rien de grave. »
Galahad se toucha le cou sans raison.
« Enfin, ils ont disparu. Ah, c’est peut-être parce que l’endroit où chasse Son Altesse s’appelle le Cimetière des Monstres. »
« Le Cimetière des Monstres ? »
« Oui. C’est la plus haute montagne du Nord. Les Monstres qui n’ont pas réussi à regagner leur territoire s’y rassemblent. »
Galahad poussa un grognement sourd en entendant l’explication de Gilbert.
« Le huitième bataillon en a la charge, mais ses soldats ne gravissent pas la montagne. Ils se contentent d’abattre les Monstres qui en descendent. On raconte qu’une étrange énergie circule là-haut. »
« Ça ne va pas. Je vais devoir demander à Son Altesse. »
« Lui demander quoi ? »
« D’emmener Sir Gilbert. »
« …Quoi ? »
À cet instant, une silhouette familière s’approcha. C’était Theodore.
« Je plaisantais. »
Galahad s’éclaircit doucement la gorge et s’avança.
« Ah, ne disparaissez pas. Si vous êtes en danger, appelez-moi. J’accourrai. »
La voix de Gilbert était tout à fait sérieuse. Il serra la poignée de son épée, comme s’il avait oublié que son adversaire était le Grand-Duc.
« Vous pourrez venir si je vous appelle ? »
« Ah, criez bien fort, c’est tout. »
« Quelle méthode avisée. »
Gilbert ricana. Galahad claqua la langue et écrasa sa cigarette.
« Assurez-vous que Damian reçoive son aura à temps. »
« Oui, ne vous inquiétez pas. »
Il lui adressa un geste désinvolte et se dirigea vers Theodore.
« Par ici. »
Ses pas lui parurent plus lourds que lorsqu’il était entré dans la Cité des Démonides.
* * *
Le visage du Grand-Duc était féroce.
Non, « féroce » ne suffisait pas. Le visage du Grand-Duc était d’une férocité excessive.
Des cicatrices soigneusement gravées sur son visage à ses yeux de tigre et sa mâchoire lourde, tout en lui semblait fait pour déchirer la chair.
Si un Monstre de haut rang avait mangé de l’ail dans une grotte pendant cinquante et un jours, il aurait peut-être fini par lui ressembler.
Même Galahad trouvait plutôt inquiétante l’idée de partir chasser seul avec le Grand-Duc.
« Allons-y. »
À cette voix qui ressemblait au grondement d’une bête, Galahad acquiesça.
Le Grand-Duc voyageait sans aucun serviteur. Il n’emportait que l’énorme hache passée dans son dos.
*Heureusement que j’ai pris ça.*
Galahad marmonna en tenant son épais sac de cuir.
Tom l’avait rempli à la hâte en apprenant que Galahad partait chasser. Puisque c’était Tom qui l’avait préparé, il devait contenir tout ce dont il aurait besoin.
*À mon retour, je devrais réduire la solde de Sir Gilbert et la donner à Tom.*
Galahad hocha la tête, amusé par sa plaisanterie. De toute façon, il ne pouvait plus reculer.
Le Grand-Duc prit la direction d’une immense montagne couverte de neige. Son pic acéré semblait toucher le ciel, et la neige recouvrait toutes les branches dénudées, empêchant de voir ce qui se cachait derrière.
Des miradors se dressaient partout dans les environs. Ils étaient bien plus nombreux que près des autres bataillons.
Des soldats et le commandant du huitième bataillon les attendaient. Les soldats lourdement armés les saluèrent avec vigueur. Le commandant du huitième bataillon accourut pour accueillir le Grand-Duc.
« Vous voilà. »
Le commandant s’inclina profondément, mais le Grand-Duc ne lui accorda même pas un regard et poursuivit son chemin.
Manifestement habitué à être ignoré, le commandant du huitième bataillon leur désigna les environs d’un geste. Les soldats s’activèrent pour dégager le passage vers la montagne.
Ils déplacèrent plusieurs rangées de palissades en bois pointues. Des morceaux de chair et des traces de sang sur les barricades attirèrent le regard de Galahad.
Le Grand-Duc s’engagea sans hésiter sur le chemin dégagé. Galahad boutonna son manteau et le suivit.
Le terrain de la montagne était extrêmement accidenté. Mais surtout, aucun sentier ne se dessinait. La neige immaculée recouvrait tout, rendant impossible de s’orienter.
Le Grand-Duc continua d’avancer en silence.
« Quelle montagne impressionnante. »
Aucune réponse.
Galahad se tut à son tour et se concentra sur le chemin. Au cas où quelque chose arriverait, il mémorisait leurs pas et leur direction.
Au moins, le Sceptre doré lui facilitait la tâche. Il était vraiment conçu pour l’escalade.
Combien de temps marchèrent-ils ?
Pour la première fois, le Grand-Duc s’arrêta. Il saisit la hache qu’il portait dans le dos.
Fchink.
Dans un tintement glaçant, l’énorme hache glissa avec légèreté dans sa main.
Il était difficile de comprendre comment il pouvait tenir d’une seule main une hache aussi massive.
Le Grand-Duc leva la hache au-dessus de sa tête. C’était la posture de quelqu’un qui s’apprêtait à la lancer. Galahad crut presque entendre les muscles du Grand-Duc hurler. Celui-ci expira lentement, un long nuage de buée s’échappant de sa bouche.
Gloups.
Galahad avala sa salive et détendit ses mains.
Boum, boum !
L’Œuf de la Douleur poussa des cris répétés, comme une proie face à un chasseur.
Puis la main du Grand-Duc bougea.
L’énorme hache fendit les airs en un instant. Le sifflement de l’air déchiré était aussi glaçant qu’un cri.
La hache disparut entre les arbres.
Thud !
Un bruit sourd retentit au loin.
« Je l’ai eu. »
Le Grand-Duc prit la direction de l’endroit où la hache avait disparu.
*C’est un monstre.*
Galahad se remémora la hache qu’il venait de voir.
C’était de la violence. Une violence écrasante.
Il se demanda si c’était possible sans aura.
Galahad avala difficilement sa salive et suivit le Grand-Duc, qui continua à s’enfoncer dans la montagne un long moment.
Au bout du chemin se trouvait un Monstre colossal.
Sa tête rappelait celle d’un reptile. Ses bras étaient recouverts d’une épaisse carapace au lieu d’une fourrure, tandis qu’un pelage gris et dense lui couvrait le bas du corps.
Le Monstre poussa un long hurlement de douleur. La hache était plantée à l’arrière de son cou.
Il se débattit avec violence. Les arbres se brisèrent et le sol se souleva sous ses mouvements. Le sang gicla de tous côtés. La neige blanche se teinta rapidement de rouge.
Le Grand-Duc s’approcha tranquillement. On aurait vraiment dit qu’il était à la chasse.
*Chasser des Monstres…*
Le Grand-Duc saisit la hache plantée dans le Monstre, qui hurla de plus belle.
Le sang jaillit comme d’une fontaine, mais le Grand-Duc ne ferma pas les yeux. Puis il frappa le manche de la hache du poing.
Boum !
Un grondement de tonnerre, incongru pour un coup de poing, retentit. La hache s’enfonça dans le cou du Monstre.
Boum !
Le manche de la hache s’enfonça davantage.
Boum !
Crac. Dans un bruit sourd, la tête du Monstre bascula sur le côté.
Boum !
La tête du Monstre roula par terre.
Elle dévala la pente et s’arrêta devant Galahad.
Le visage du Monstre était horriblement déformé. Il affichait une peur qui ne lui allait pas.
*Hmm.*
Galahad laissa échapper un son sourd.
Des pas lourds s’approchèrent. Sans qu’il s’en rende compte, le Grand-Duc se retrouva devant lui. Il ramassa la tête du Monstre.
« Les Monstres… »
La tête du Monstre pendait à la main du Grand-Duc. Du sang coulait de la surface tranchée net.
La bouche du Monstre s’entrouvrit.
Elle semblait murmurer : « Fuis. Cette chose est un monstre qui chasse les Monstres. »
« Le meilleur morceau, c’est la tête. »
Crac.
Ce bruit sauvage tortura les oreilles de Galahad. Comment le simple bruit de quelqu’un qui mâchait pouvait-il être aussi terrifiant ?
Le Grand-Duc lui tendit un morceau de chair marqué de traces de dents.
« Vous en voulez ? »
C’était une menace puérile. Non, était-ce vraiment une menace ? Il semblait le lui proposer sérieusement.
*Il me le proposait vraiment.*
Galahad claqua doucement la langue en croisant le regard du Grand-Duc.
« J’ai mangé avant de venir. »
« Sale bâtard impérial. »
Le Grand-Duc retroussa les lèvres. À chaque grosse bouchée, la tête du Monstre disparaissait un peu plus.
Puis le regard de Galahad se posa sur le sang qui gouttait sans discontinuer.
« Ah, vous ne buvez pas le sang ? »
Les lèvres du Grand-Duc se retroussèrent davantage.
« C’est vrai. Vous aimez le sang. »
Le Grand-Duc sortit quelque chose de ses vêtements. C’était cette coupe.
Elle fut rapidement remplie à ras bord.
Galahad la prit et en but une gorgée. Le Grand-Duc déchira la chair à belles dents.
*On forme une belle paire, finalement.*
Galahad se fit cette plaisanterie en lui-même.
L’atmosphère sembla se détendre un peu.
« Donnez-m’en une autre coupe. »
Galahad lui tendit la coupe vide. Les sourcils du Grand-Duc se haussèrent légèrement.
*Il s’exprime avec les sourcils, comme Adrianna.*
Galahad se sentit un peu rassuré.
Après tout, si le Grand-Duc ne l’avait pas apprécié, il lui aurait arraché la tête depuis longtemps. Il ne se serait pas donné la peine de monter jusqu’ici avec lui.
« Il n’y a pas un bruit, ici. Les Monstres ont mangé tous les rats et les oiseaux. »
Le Grand-Duc lui tendit la coupe remplie de nouveau en parlant.
*Il n’y a donc aucune oreille indiscrète ici.*
Galahad acquiesça. Ce qui signifiait qu’il y en avait au château du Grand-Duc.
« Vous ne pourriez pas attraper des rats et des oiseaux vous-même ? Vous avez l’air d’être doué pour ça. »
« Ce n’est pas encore le moment. »
Cela voulait dire qu’il les attraperait un jour. Galahad but une gorgée.
Il observa discrètement l’atmosphère. La moitié de l’énorme tête du Monstre avait déjà disparu.
« D’où venaient les rats ? »
Le Grand-Duc fixa Galahad. Ses yeux étaient rouges du sang du Monstre.
« Tout ce qui est pourri vient de l’Empire. »
Le Grand-Duc entrouvrit les lèvres. Un morceau de chair tomba de l’une de ses canines, épaisse et acérée.
*Tout ce qui est pourri ?*
Ces mots ne pouvaient pas être vides de sens. Galahad allait lui poser une autre question quand le Grand-Duc se releva.
« J’en attraperai encore cinq. »
Une question par Monstre ?
La conversation était vraiment étrange. Galahad acquiesça.
Alors qu’il s’apprêtait à bouger…
Screee !
Un cri familier retentit. En levant les yeux, il vit un immense faucon blanc tournoyer dans le ciel.
C’était le faucon d’Adrianna.
« Hmm. »
Le Grand-Duc laissa échapper un son sourd. Ses sourcils s’étaient haussés.
Galahad savait que le Grand-Duc chérissait Adrianna.
Mais réagir ainsi rien qu’en voyant un faucon…
*Il est complètement gaga de sa fille.*
Galahad avait l’impression d’avoir découvert une nouvelle facette du Grand-Duc.
« On dirait que la commandante Adrianna a envoyé un rapport. Elle vient à peine d’arriver, et elle l’a déjà transmis. Elle devait être pressée. »
Galahad le flatta prudemment en observant sa réaction.
« Hmm. »
Le Grand-Duc émit de nouveau ce son. Il faisait mine d’être indifférent, mais ses sourcils se haussèrent un peu plus. Galahad eut l’impression d’avoir trouvé la bonne approche.
« La commandante Adrianna est assez timide. Elle prétend le contraire, mais quand elle est avec moi, elle parle tout le temps de Votre Altesse… Ah. Elle m’a dit de garder ça secret. Oh là là… C’est un secret. »
Les sourcils du Grand-Duc se haussèrent encore un peu.
*Voilà, c’est ça.*
Galahad s’apprêtait à poursuivre ses flatteries quand il s’interrompit.
Non, il n’eut pas le choix.
Un poids lourd se posa sur son épaule droite.
Pour la première fois, Galahad sentit son cou peser une tonne. Il tourna péniblement sa nuque raide.
Une chose qui n’aurait absolument pas dû se trouver là était perchée sur son épaule.
Le faucon blanc lui tapota la joue du bec et lui tendit une patte.
Comme pour lui dire de la prendre, et vite.
« Ha ha, pauvre petit idiot. Vous me confondez avec quelqu’un d’autre ! Allez plutôt voir Son Altesse le Grand-Duc, là-bas ! »
Le faucon sans cœur ne bougea pas.
Le Grand-Duc leva sa hache.
Un instant, Galahad vit Chartien sourire de toutes ses dents.
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