Chapitre 76
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Traducteur/éditeur : Ceaseless
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◈ Le Fou Gendre du Grand-Duc du Nord ◈
Chapitre 76 : Bonbon au ginseng rouge
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« Une aura grise… »
Gilbert resserra sa prise sur son épée et fronça les sourcils.
Damian se tenait devant lui, l’épée pointée vers Gilbert. Ce n’était pas la lame grossière dont il s’était servi auparavant, mais une arme de belle facture.
La couleur de l’aura qui l’enveloppait attira le regard de Gilbert.
L’aura pouvait prendre bien des couleurs. Celle d’Adrianna était blanche, tandis que celle de Gilbert était bleue. Celle de la Princesse était même rose.
Il y en avait trop pour les compter.
Elles avaient pourtant toutes un point commun.
Elles étaient lumineuses.
Car la conviction ne pouvait être sombre…
Et pourtant, l’aura de Damian était grise.
Même en faisant preuve de la plus grande indulgence, impossible de la trouver lumineuse. Elle était lugubre, comme de lourds nuages d’orage un jour de pluie.
Les hommes du Septième bataillon qui avaient reçu le pouvoir des Démonides avaient, eux aussi, produit une aura grise. Mais il ne s’agissait que de leur aura mêlée au pouvoir des Démonides.
C’était une impureté, qui ne méritait pas vraiment le nom d’aura.
Mais celle que Damian possédait à présent était indubitablement une aura.
L’aura, c’était la conviction. C’était le réconfort de ceux qui refusaient d’abandonner, même dans la boue.
Qu’une telle aura soit sombre…
« T’as dû avoir une vie sacrément dure, gamin. »
Gilbert eut un sourire amer.
« Sir Gilbert, Gwen et moi ne pouvons pas vous aider. Si ça devient dangereux, demandez de l’aide à la plus jeune. »
La voix de Galahad lui parvint de derrière. Gilbert jeta un coup d’œil en arrière et vit Galahad et Gwen s’affairer.
Lui demander de l’aide à cette abrutie de plus jeune…
« Ce n’est encore qu’un gamin. Je peux m’en occuper tout seul. »
Gilbert répondit en resserrant sa prise sur son épée.
« Hmm, il en a peut-être l’air, mais il y a un vieux bonhomme tout ridé à l’intérieur. Un sale vieux qui, malgré son âge, convoite le corps d’un garçon. »
« … Quoi ? »
Damian poussa un rugissement de vieillard, et Gilbert ricana. Galahad savait vraiment comment provoquer les gens.
« Contenez-le. Je vais trouver une solution. »
« Le contenir… »
Gilbert s’accroupit légèrement et pointa la pointe de son épée vers Damian.
« Je vais d’abord lui apprendre les bonnes manières. »
La voix de Gilbert était ferme. Son aura bleue jaillit comme des flammes.
« Très bien. Demandez de l’aide à la plus jeune si ça devient trop difficile. »
« Inutile. Je suis Sir Gilbert. Vous pensez que je vais perdre contre Damian ? »
« Ah oui ? »
« Vous autres humains, vous n’avez aucune éducation. Tss. »
Damian claqua la langue et abattit son épée. Son aura grise traça une longue ligne sur le sol.
L’instant d’après, il se tenait devant Gilbert et faisait tournoyer sa lame.
« C’est quoi, ce… »
Gilbert leva son épée à la hâte. Les auras grise et bleue s’entrechoquèrent. D’une violence féroce, ces deux auras radicalement différentes se déchirèrent, comme si chacune cherchait à dévorer l’autre.
Un gros morceau d’aura bleue fut arraché.
Gilbert plissa les yeux. Leurs épées se croisèrent de nouveau, et une nouvelle portion d’aura bleue fut arrachée.
« Ça… »
Se mordant la lèvre, Gilbert déploya de nouveau son aura. L’aura bleue jaillit et repoussa la grise.
Mais cela ne dura qu’un instant.
Un autre morceau d’aura bleue disparut.
Gilbert balança son épée dans un large arc.
Boum !
Un choc retentissant résonna et Damian fut projeté loin en arrière. Contrairement à d’habitude, il ne perdit pas l’équilibre.
Il avait un sacré talent à l’épée. Ce n’était pas un style pratique, adapté au combat, mais une technique de manuel. Tout le contraire de la manière habituelle de Damian.
Mais son escrime n’était pas le problème.
Cette aura grise…
Elle dévorait celle de Gilbert.
« Délicieux. »
Damian se lécha les lèvres. L’aura grise qui tremblotait autour de son épée était plus grande qu’avant.
« Mon aura… s’est fait bouffer ? »
Gilbert baissa les yeux sur son épée. Son aura bleue était un peu plus petite qu’avant, comme si on en avait arraché des morceaux à coups de dents…
Une aura qui dévorait les auras…
C’était comme…
« Un monstre qui bouffe les chevaliers. »
La paume de Gilbert devint moite autour de la poignée de son épée. Un frisson lui parcourut le dos.
« Ton aura est délicieuse, contrairement à ta tête. »
Damian marmonna d’une voix grave. Son aura grise déferla autour de lui, comme si elle se léchait les babines.
Elle grandissait en dévorant les auras. Gilbert fronça profondément les sourcils devant cette chose qu’il n’aurait jamais imaginée.
Ils n’avaient échangé qu’un seul mouvement, et Gilbert était déjà acculé. L’aura de Damian avait même grossi.
« Plus il croise le fer avec un chevalier, plus il devient fort ? »
Ils n’avaient échangé qu’un seul coup, mais Gilbert avait instinctivement compris à qui il avait affaire.
Pourquoi Damian était soudain devenu ainsi, et ce qu’était cette étrange aura, tout cela était bien trop compliqué.
Rien que d’y penser, il avait mal à la tête.
Mais le commandant avait dit qu’il trouverait une solution.
Et Gilbert était un chevalier.
Alors…
« Sir Gilbert. »
Il se contenta de resserrer sa prise sur son épée.
* * *
« Intéressant. »
Galahad marmonna en regardant Damian croiser le fer avec Gilbert.
Gilbert était un excellent chevalier.
Il était têtu parce qu’il était idiot, et cette obstination rendait sa conviction plus solide que celle de n’importe qui.
L’aura de personne n’était plus robuste que celle de Gilbert.
Et pourtant, celle de Damian déchirait et dévorait l’aura de Gilbert.
« Une aura qui bouffe les auras… »
Les deux auras s’entrechoquèrent de nouveau.
L’aura bleue perdit à peine une poignée de sa taille, mais Galahad remarqua qu’elle avait légèrement diminué.
L’aura grise, quant à elle, grossit exactement de la taille de ce qu’elle avait dévoré.
Une aura qui dévorait les autres et grandissait à mesure…
« L’ennemi naturel des chevaliers. »
Les chevaliers étaient les pires ennemis des Démonides.
Si c’était l’ennemi naturel des chevaliers…
« Je devrais m’en débarrasser ? »
Galahad plissa les yeux.
Laisser Damian tel quel comportait trop de risques. S’il tombait entre les mains des Démonides, il finirait par devenir une calamité terrifiante.
Tap, tap.
Galahad claqua des doigts.
Il n’en avait pas envie, mais il n’était pas assez stupide pour fuir une tâche nécessaire juste parce qu’elle ne lui plaisait pas.
Pour prendre une décision, il devait mettre ses émotions de côté. C’était le seul moyen de faire le bon choix.
Il pesa froidement les risques et les possibilités.
Mais…
[Je ne t’avais pas dit que c’était dangereux de rester avec moi ?]
Galahad fronça les sourcils.
[Tu t’attaches trop.]
Il claqua doucement la langue.
Il ne pouvait pas abandonner Damian. Plus le risque était grand, plus le gain pouvait l’être.
Galahad n’était pas assez froussard pour renoncer d’avance à quelque chose par peur.
« Nous allons utiliser l’autorité de la Maison Proxel. Puisque nous passons par l’Œuf de la Douleur, je devrais pouvoir lui transmettre mon pouvoir. »
« … Quoi ?! Tu vas donner du pouvoir à Damian ?! »
Gwen demanda, incrédule, et Galahad acquiesça.
« Et… et si je n’y arrive pas ? »
« Alors, désolé, Damian. »
Gwen ouvrit de grands yeux. Contrairement à d’habitude, elle ne pleura pas. Elle se mordit seulement la lèvre avec force. Son visage exprimait de la colère.
« Je vais le faire. »
« Bien. Je compte sur toi. »
Galahad fléchit légèrement les jambes et se concentra sur l’Œuf de la Douleur.
Boum ! Boum ! Boum !
L’Œuf de la Douleur palpitait violemment. Il semblait le pousser à ne pas se fatiguer inutilement, mais plutôt à dévorer Damian proprement et à en finir avec lui. Il éveilla son excitation et secoua son esprit avec force.
« Tu dépasses vraiment les bornes. »
À son murmure glacial, l’Œuf de la Douleur s’immobilisa brusquement.
Il sentait son regard. Les lèvres de Galahad se retroussèrent. Un poids se posa sur son cœur, comme s’il menaçait de le faire éclater.
Galahad ricana.
« Raconte pas de conneries. »
Il agita la main droite. Un cercle magique s’illumina. L’Œuf de la Douleur se tortilla lorsque Galahad porta son poignet droit à son cœur.
À mesure qu’il s’en approchait, l’Œuf de la Douleur se mit à trembler violemment. Galahad l’ignora et fit circuler encore plus de mana.
Une vitalité jaillit de l’Œuf de la Douleur. Celui-ci s’agrippa désespérément à son cœur, mais…
« Ça ne violerait pas le contrat, ça ? »
L’Œuf de la Douleur s’arrêta net.
La condition du contrat était de tuer Adrianna si Corton le désirait.
Corton rêvait de devenir le Chef de la Société de magie noire et extrayait assidûment des minerais dans ce but.
Même si Adrianna mourait maintenant, le mérite en reviendrait clairement à quelqu’un d’autre. Corton était particulièrement avide de reconnaissance.
Il la réclamerait sans aucun doute une fois devenu Chef de la Société.
Galahad avait calculé tout cela avec précision, et il se fiait à son calcul.
Autrement dit…
Si l’Œuf de la Douleur faisait éclater le cœur de Galahad ici, ce serait une violation flagrante du contrat.
« Tu es devenu plus utile, mais tu as été conçu pour respecter les contrats. Tu peux vraiment faire quelque chose qui en viole un ? »
Boum.
L’Œuf de la Douleur trembla légèrement.
« Je joue le jeu seulement quand j’ai le temps. Là, je n’ai pas le temps de m’occuper de tes caprices, alors tais-toi et écoute avant que je t’arrache… »
Le doigt de Galahad désigna précisément le côté gauche de sa poitrine.
L’Œuf de la Douleur comprit instinctivement. Ce fou était peut-être réellement prêt à se transpercer la poitrine…
L’Œuf de la Douleur se tut.
« Alors, pourquoi tu ne te tiens pas tranquille ? »
Galahad claqua doucement la langue.
Boum…
« Il dit… qu’il plaisantait ? »
« Dis-lui que je déteste les blagues pas drôles. Ce qui compte, maintenant, c’est l’autorité de la Maison Proxel. Tu peux le faire ? »
« Oui, je crois que j’ai compris. »
« Oh, bravo, Gwen. »
« Mais c’est dangereux. C’est… »
Les lèvres de Gwen remuèrent sans qu’aucun son n’en sorte. Toutes sortes d’émotions tourbillonnaient dans ses yeux. C’était une gentille enfant.
« Gwen. »
« C’est vraiment dangereux. J’ai l’impression qu’un lien est en train de se former… »
« Le danger, c’est ma spécialité. »
Galahad desserra sa manche en parlant.
« Allez, on y va. »
Les lèvres de Galahad s’incurvèrent vers le haut.
Le visage de Gwen se fit beaucoup plus sérieux.
Puis Gwen enfonça profondément son doigt.
Pique.
La vision de Galahad vacilla.
* * *
Fffff…
Le bruit féroce de la pluie lui martelait les oreilles. L’odeur de bois et de terre mouillés emplissait l’air. Il se trouvait dans une baraque délabrée.
Galahad baissa légèrement la tête. Le plafond était si bas qu’il avait failli se cogner.
Des éclats de rire retentissaient à l’intérieur. Les rires joyeux d’un homme et d’une femme faisaient trembler la maison. Galahad fronça les sourcils et regarda autour de lui.
Grrr…
Une silhouette était recroquevillée dans un coin. Elle était si maigre qu’on l’aurait prise pour un cadavre au premier regard.
Par habitude, Galahad chercha une cigarette, mais n’en trouva pas. Il claqua la langue et s’assit à côté du garçon.
En levant les yeux, il aperçut un plafond mal fichu. Il avait été construit avec tant de négligence que l’eau s’infiltrait constamment par les interstices.
Ploc. Ploc.
Le garçon observait les gouttes. Galahad fit de même.
La goutte grossit, puis tomba.
À cet instant, les gémissements cessèrent. La porte s’ouvrit et une chaleur étouffante se répandit dehors.
Un homme chauve aux joues rouges sortit en rajustant ses vêtements à la taille. Lorsqu’il aperçut le garçon, il claqua la langue et lui lança quelque chose, comme s’il nourrissait un chien.
C’était un morceau de pain à moitié couvert de moisissure. Le garçon s’en empara à la hâte et l’enfourna dans sa bouche.
Peu après le départ du chauve, un homme aux cheveux bouclés entra. Il arborait une barbe plutôt élégante.
Le barbu ne jeta même pas un regard au garçon en se dirigeant vers l’intérieur.
« Elle a l’air populaire. »
« Les prix ont baissé récemment. Une autre prostituée est arrivée, alors les clients sont moins nombreux. »
« Ah oui ? Elle a le sens des affaires. »
Le garçon hocha la tête. Puis il fut pris d’une violente quinte de toux. Il se précipita sous une fuite et ouvrit grand la bouche pour recueillir l’eau.
Boum !
Un bruit assourdissant retentit quelque part et fit trembler toute la maison.
Galahad claqua la langue et se leva. Le plafond humide lui frôla le sommet du crâne. Le garçon le fixa.
« Debout. On doit partir. »
« Pourquoi ? »
Le garçon posa la question avec sincérité. Il ne semblait pas comprendre pourquoi il devait quitter cet endroit.
Galahad n’avait pas vraiment eu une enfance heureuse non plus, alors il n’avait rien à répondre.
De toute façon, il n’était pas du genre à essayer de convaincre quelqu’un avec de grands discours émouvants.
Galahad fouilla de nouveau ses poches. Enfin, il le trouva.
Une cigarette au léger parfum de citron reposait dans sa main.
Galahad la glissa entre ses lèvres. Toc, toc. Elle ne s’allumait pas facilement, à cause de l’eau qui gouttait du plafond. Il finit par y parvenir après un moment.
Après avoir tiré une longue bouffée, il baissa les yeux vers le garçon.
Le garçon s’était recroquevillé encore plus qu’avant.
Galahad claqua la langue.
« C’est un ordre. »
Les yeux du garçon s’écarquillèrent. Peut-être que le parfum frais lui avait mis l’eau à la bouche, car il déglutit péniblement.
« Ah, ta volonté n’a aucune importance. »
Galahad claqua des doigts. Rien ne se passa.
Ça gâche l’effet.
En maugréant, Galahad donna un coup de poing. Son poing s’enfonça dans le plafond détrempé. Des débris s’éparpillèrent tandis que le trou s’élargissait.
Fffff !
La pluie redoubla de bruit. Une pluie tiède s’abattit à l’intérieur.
« Non ! »
Le garçon s’exclama, alarmé. Galahad releva les commissures des lèvres.
« Désolé, mais c’est trop tard. »
Il frappa de nouveau le plafond, agrandissant le trou.
Galahad saisit les morceaux brisés et les arracha. Le plafond miteux s’effondra entièrement.
La pluie battante s’abattit à répétition sur Galahad.
« C’est pas rafraîchissant ? »
À la question de Galahad, le garçon plissa les yeux. En y regardant de plus près, il souriait.
Des gens bien habillés occupaient les environs.
Ils regardaient partout, comme s’ils cherchaient quelque chose.
« Ah. Je suis là. »
Galahad leur fit signe.
Dès qu’ils le repérèrent, ils se ruèrent vers lui, le visage meurtrier.
« Eh bien, on m’a retrouvé. »
« C’est toi qui as détruit le toit, grand frère. »
Le garçon afficha une expression ahurie.
« C’est ma spécialité. »
Galahad fouilla dans sa poche. Ça devait être par là…
Ah, le voilà.
Galahad en sortit un bonbon.
Un bonbon bien rouge…
« Ça te donnera des forces si tu le manges. »
Il lança le bonbon, que le garçon attrapa avec empressement avant de le manger.
« Beurk… »
Le visage du garçon se tordit aussitôt en une grimace de dégoût.
« Ce qui est bon pour toi est amer. »
Galahad ricana.
D’innombrables pas résonnèrent derrière lui.
Galahad ouvrit grand les bras et…
« Bon, je suis en danger. Sauve-moi, Damian. »
Il le dit sans la moindre honte.
« Oui, grand frère. »
Damian gloussa.
* * *
« Pitoyable. »
Gilbert plissa les yeux et dévia l’épée de Damian.
La lame de Damian arriva en diagonale.
Pour le dire gentiment, c’était une escrime orthodoxe. À en juger par son style, elle était clairement raffinée. Le genre de technique que les nobles apprenaient.
Mais elle était beaucoup trop orthodoxe.
La différence sautait aux yeux.
Elle ne faisait pas le poids face à Gilbert, qui avait perfectionné son art du combat sur les lignes de front.
Le problème, c’était l’aura de Damian.
Elle avait grossi en déchirant et en dévorant l’aura de Gilbert, et elle avait désormais presque la taille d’une épée à deux mains.
À l’inverse, l’aura qui enveloppait la lame de Gilbert avait été réduite de moitié.
Il avait tenu bon grâce à son seul talent à l’épée, mais…
Même cela devenait de plus en plus difficile.
« T’as fini, oui ?! »
Gilbert cria entre ses dents serrées. Son épée lui semblait lourde. La paume de l’une de ses mains s’était ouverte et projetait du sang partout.
« L-le commandant dort ! »
La voix aiguë de Gwen lui parvint de derrière.
« Il dort à un moment pareil… C’est quoi, ce… »
C’était absurde, mais Galahad avait dit qu’il trouverait une solution. Il en trouverait certainement une.
Le rôle de Gilbert était de tenir jusque-là.
Le problème, c’était…
« Je commence à m’ennuyer. »
L’écart entre eux ne cessait de se creuser.
À présent, même parer un seul coup lui faisait flageoler les jambes.
Gilbert plissa les yeux en fixant Damian. L’aura de ce dernier n’était plus contenue par son épée et déferlait tout autour.
Pendant ce temps, l’aura de Gilbert parvenait à peine à conserver sa forme.
[Si ça devient trop difficile, demande de l’aide à la plus jeune.]
Gilbert jeta un coup d’œil sur le côté. La plus jeune attendait, l’épée à la main.
« Tu aurais dû venir m’aider plus tôt. Quel imbécile exaspérant. »
Gilbert grommela dans sa barbe.
Mais Noad était la benjamine un peu simplette. À ce niveau, son aide ne changerait rien.
« Fuis. Je m’en occupe. »
Gilbert s’adressa fermement à Noad.
C’était un adversaire que Gilbert lui-même ne pouvait pas vaincre. Ajouter cette benjamine simplette ne changerait rien.
Clac.
La benjamine secoua son casque, comme si elle cherchait à dire quelque chose.
Puis Damian pointa son épée vers Gilbert. L’aura grise déferla comme une gueule béante.
Gilbert leva son épée pour la recevoir.
L’immense aura grise se précipita vers lui. Elle avait tant grossi qu’on aurait dit une vague.
Gilbert claqua doucement la langue et resserra sa prise. Une douleur brûlante jaillit de sa paume déchirée.
Son aura était presque invisible, à présent.
Alors une armure imposante s’interposa devant lui.
C’était la benjamine. Cette silhouette lui semblait étrangement familière.
Très étrangement…
« Je t’ai dit de fuir ! Imbécile… ! »
Gilbert explosa de colère.
Puis la benjamine tira son épée.
La lumière qui entourait cette épée…
Était d’un blanc pur.
L’aura, c’était la conviction.
Une seule personne possédait une justice assez pure pour la rendre blanche.
« … La benjamine serait Lady Adrianna ? »
Pour la première fois, Gilbert lâcha son épée.
* * *
« Alors, pour maintenir la ville… »
Masque de Renard leva les yeux lorsque la personne en face de lui se redressa soudain.
Un taré qui portait une couronne alors qu’il était un Démonide…
Le regard du Souverain était tourné ailleurs.
« Sale enfoiré. »
Masque de Renard marmonna une injure à voix basse.
Quelqu’un avait clairement attiré l’attention du Souverain.
Masque de Renard sentit la concentration de mana chuter après qu’il eut utilisé l’autorité.
Une seule personne était assez inconsciente pour faire une chose pareille.
« Adrianna ? Qu’est-ce que cette salope fout ici ? »
Si c’était elle, tout s’expliquait : le Souverain venait de se lever brusquement.
Adrianna avait manifestement attiré son attention.
« Pas encore. »
Masque de Renard se mordit la lèvre inférieure.
Si Adrianna et le Souverain s’affrontaient ici, la balance pencherait encore davantage.
Plutôt que de laisser faire…
« Je devrais m’occuper du Souverain ? Ah, quelle galère. »
Masque de Renard gémit doucement.
Il fallait tout de même empêcher d’une manière ou d’une autre le Souverain et Adrianna d’entrer en contact.
Masque de Renard fit jouer ses deux mains.
À ce moment-là…
« Belhardenia, te voilà enfin. »
Le Souverain sourit largement.
« Belhardenia ? C’est le nom du Premier Mage. »
Le Premier Mage n’aurait pas pu venir ici. Belhardenia était incapable de se déplacer.
« Alors, qui le Souverain regarde-t-il ? »
Le masque de renard pencha sur le côté.
En tout cas, il ne semblait pas s’agir d’Adrianna.
Masque de Renard éprouva un léger soulagement.
Les heures supplémentaires étaient bien la dernière chose qu’il voulait.
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