Chapitre 73
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Traducteur/éditeur : Ceaseless
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◈ Le Fou Gendre du Grand-Duc du Nord ◈
Chapitre 73 : Miam-miam
──────
« Flèche de mana. »
Les yeux de Galahad brillèrent froidement.
Il ne s’agissait pas de comprimer le mana. Il fallait l’aiguiser.
« C’est comme la hiérarchie de la magie. »
À l’origine, la magie fonctionnait par ajout de traits.
Si la Flèche de mana du premier niveau mettait le mana en mouvement, la Flèche de feu du deuxième niveau ajoutait à la Flèche de mana le trait d’un attribut. La Boule de feu du troisième niveau ajoutait à son tour le trait du poids à la Flèche de feu.
C’est ainsi que la magie progressait : un trait supplémentaire à chaque niveau.
Il les appelait des traits par souci de simplicité, mais ce n’était pas une notion anodine.
Les sorts de niveau supérieur consommaient ceux des niveaux inférieurs.
La concentration du mana jouait un rôle en magie, mais aucun mage ordinaire ne pouvait le comprimer suffisamment pour compenser un écart de niveau.
Voilà pourquoi les niveaux constituaient un statut absolu parmi les mages. C’était le critère qui les distinguait.
Et pourtant, ce Démonide avait aiguisé sa Flèche de mana.
« Non, ça doit être le principe de base. »
Aiguiser ne consistait pas à ajouter un trait. Comme la Compression du mana, c’était un élément supplémentaire.
Un mage ordinaire n’y aurait pas prêté attention.
Les mages ne juraient que par l’élévation de leur niveau.
Pourtant, les mages parvenus à un haut niveau savaient que ces petits détails pouvaient faire toute la différence en une fraction de seconde.
Galahad était un excellent mage.
« Aiguiser le mana. »
Il se remémora la sensation de tout à l’heure. Il s’était même délibérément laissé toucher à l’épaule pour la comprendre.
En observant le petit trou dans son épaule, il réfléchit à l’idée d’aiguiser.
La compression revenait à écraser le mana. Alors, l’aiguiser, c’était…
« Le rendre tranchant comme une épée. »
Il comprenait l’idée, mais ça ne lui paraissait toujours pas logique.
Comment aiguiser du mana ? Le mana était informe.
« Encore une fois. »
Sans s’en rendre compte, Galahad fit un pas en avant. Le Démonide fronça les sourcils.
« Tu ne peux pas le rendre encore plus tranchant ? »
« Fais pas le malin… »
Il avait posé la question sérieusement, mais le visage du Démonide se tordit comme s’il venait de l’insulter.
Ça semblait marcher. Le Démonide agita la main avec plus de violence encore, comme s’il lançait un poignard.
Galahad se concentra sans ciller. Le mana qu’il avait répandu autour d’eux épousait, instant après instant, l’autorité de la créature.
Puis la barrière fut percée sans difficulté.
« C’était ça. »
Les lèvres de Galahad s’incurvèrent.
À cet instant…
« Hein ? »
Une douleur aiguë lui traversa le dos.
Il tourna légèrement la tête et vit Gwen fixer droit devant elle, le visage au bord des larmes.
Le doigt de Gwen était enfoncé dans le dos de Galahad.
« Qu’est-ce que tu fais… ? »
Au lieu de répondre, Gwen agita l’autre main.
Comme si elle lançait un poignard.
De petits trous apparurent dans l’épaule et la cuisse du Démonide. Le sang jaillit et la créature chancela.
Les yeux de Galahad s’écarquillèrent.
Il n’avait attendu de Gwen qu’une simple imitation.
Mais ce qu’elle venait d’utiliser…
« C’est une véritable autorité. »
Ce n’était pas un trait supplémentaire. C’était de l’autorité.
Exactement la même que celle du Démonide.
Comme elle s’en servait par l’intermédiaire de l’Œuf de Douleur, elle était même plus puissante que la leur.
« Excellent, Gwen ! C’était vraiment impressionnant ! »
« Q-Quoi ? Oui… »
« Tu peux être fière de toi. Regarde ces trous. C’est une autorité parfaite. Tu as dépassé mes attentes. Mais tu manques un peu de précision. Leur autorité est comme une flèche : tranchante et rapide, mais de portée limitée. Comment faut-il s’y prendre pour bien utiliser une flèche ? »
« Je… je ne sais pas. »
« Il faut viser les points vitaux. Par exemple… Viens ici. Ah, ne retire pas encore ton doigt. »
Gwen se retrouva entraînée par Galahad. Il se planta devant le Démonide à terre et lui expliqua, en le désignant du doigt.
« Pour un Démonide comme celui-là, viser le cou, le cœur ou l’entrejambe serait efficace. »
« …Quoi ? »
« Vas-y, réessaie. »
« Beurk. »
Gwen détourna vivement la tête. Galahad claqua la langue.
« Très bien. Je vais m’occuper du reste. »
Il tourna les yeux vers le Démonide.
La créature se débattait, mais son visage ne trahissait aucune peur. Il était toujours empli de désir pour Gwen.
« On dirait un zombie. »
Galahad s’accroupit devant lui et agita un doigt.
« Merci. Cette leçon m’a été précieuse. »
« …Une leçon ? »
Le visage du Démonide se tordit. Galahad lui sourit.
« Voici ta récompense. »
Galahad récita une brève incantation. Le sort consommait une quantité considérable de mana, aussi ne l’utilisait-il qu’en cas de besoin. Mais, pour une raison ou une autre, il avait envie de s’en servir maintenant.
« Feu infernal. »
Une petite boule de feu apparut au-dessus de son doigt.
Il la projeta d’une pichenette.
« Tout ça, c’est grâce à ta leçon. »
Tandis que Galahad le remerciait sincèrement…
« Je ne t’ai jamais appris quoi que ce soit… »
Le Démonide hurla comme s’il était pris de convulsions. Bien sûr, il ne put pas finir sa phrase : il se consumait.
« Ah, merci encore. »
Galahad remercia une nouvelle fois les cendres.
À peu près à ce moment-là, Gwen cessa enfin de vomir. Galahad la regarda et lui demanda :
« Tu peux t’en servir ? »
« Si on m’aide un peu. »
« T’aider ? »
Badoum ! Badoum !
« Ça dit… qu’il faut laisser un trou ouvert. »
La demande de Gwen fit froncer les sourcils à Galahad. Même pour un mage, laisser un trou ouvert comme ça…
« Non, c’est déjà rempli. »
Une chair rouge sombre remplissait le trou. C’était l’Œuf de Douleur.
Il faut vraiment que je te fasse perdre cette habitude.
Galahad garda ses pensées pour lui et hocha la tête.
« Ça va ? »
À cette voix inquiète, il se retourna et vit Gilbert et Adrianna. Derrière eux, Tom recueillait le sang des Démonides.
Est-ce qu’il allait bien ?
À la question de Gilbert, Galahad eut un petit rire.
« Je me sens en pleine forme. »
Galahad posa la main sur la tête ronde de Gwen et sourit.
Clac.
* * *
« Pour les Démonides, le sang humain sert de repas, de sommeil et de boisson sucrée. »
Adrianna écoutait Galahad en silence.
Les Démonides avaient traité Galahad comme l’un des leurs. Ils l’avaient diverti. Il avait aussi traversé la Cité des Démonides comme s’il la connaissait bien et, à l’instant…
« C’était le pouvoir d’un Démonide. »
Était-ce aussi de la magie ? Adrianna se sentait déconcertée.
Plus elle en apprenait sur Galahad, moins elle le comprenait.
« Après m’être renseigné, j’ai découvert que les humains fournissent du sang ici. Comme des marchands. »
Galahad désigna l’endroit devant eux. Un peu plus loin se dressait un bâtiment nettement plus grand que les autres. Plusieurs hommes discutaient devant.
« Cette odeur de sang. »
Une senteur familière emplit les narines d’Adrianna.
« J’ai inspecté les lieux et la sécurité est plutôt stricte. Le sang doit être la marchandise la plus recherchée ici. La Maison Proxel possède deux entrepôts. »
Galahad restait détendu, comme si leur situation n’avait rien d’exceptionnel.
« Bon, le plan est simple. On détruit proprement l’entrepôt de sang de la Maison Proxel, puis on laisse des traces qui désignent la Maison Vans. Des questions ? »
Rien de simple là-dedans. Gilbert leva la main.
« Comment entre-t-on ? »
« Comment ça, comment ? C’est bien une question digne de Sir Gilbert. »
Gilbert se tut. Galahad claqua ouvertement la langue.
Adrianna abaissa discrètement la main qu’elle avait à moitié levée.
« Évidemment, on entre comme des invités. »
« …Pardon ? »
Entrer comme des invités ?
Galahad était certain que les Démonides le prendraient pour l’un des leurs.
Le regard d’Adrianna s’assombrit.
« Sir Gilbert et le plus jeune resteront ici pour surveiller les alentours. Prévenez-nous si des Démonides approchent. Gwen et Tom viennent avec moi. Ah, Tom, tu as une chemise de rechange ? »
« Quoi ? Bien sûr que oui. »
« C’est bien du Tom, ça. »
Galahad retira tranquillement sa chemise.
Impossible de deviner ce qu’il avait traversé en voyant son dos couvert de cicatrices.
Leurs regards se croisèrent.
Adrianna n’avait rien fait de mal, pourtant elle détourna les yeux sans raison.
« Quel obsédé. »
Clac ! Clac !
* * *
« Ces salauds de Proxel abusent, non ? »
Venta, le gourmet, grommela à voix basse.
« On est déjà débordés et maintenant ils veulent qu’on augmente encore les livraisons. C’est des porcs ou quoi ? »
« C’est complètement dingue. Ils nous prennent pour leurs serviteurs ? »
La situation dans le Nord s’était déjà tendue. Ils peinaient à respecter le quota initial, et voilà que la Maison Proxel en réclamait davantage.
Ils étaient évidemment mécontents.
« On ferait pas mieux de se ranger du côté de la Maison Vans ? La Maison Proxel n’est pas au mieux, ces derniers temps. La dernière fois, ils ont essuyé une cuisante défaite et se sont fait massacrer avec les autres. »
Venta secoua la tête.
La Maison Vans était une famille de Démonides en pleine ascension, mais elle ne faisait pas le poids face à la Maison Proxel.
« Les Proxel d’ici ne sont qu’une famille de branche. La maison principale est une véritable noblesse, installée dans le Royaume démoniaque. La Maison Vans ne peut pas tenir tête à Proxel. »
C’était un repaire de Démonides bannis.
Les véritables Démonides vivaient dans cet endroit appelé le Royaume démoniaque. Ceux qui avaient été chassés du Royaume démoniaque s’installaient ici.
Quelqu’un s’approcha alors.
C’était un bel homme, vêtu avec élégance. Son allure raffinée lui venait naturellement et les hommes qui discutaient se redressèrent à la hâte.
« Je ne l’ai jamais vu. »
Venta ne connaissait pas chaque visage de la Maison Proxel, mais il connaissait ceux qui venaient à l’entrepôt. Il n’avait jamais vu ce Démonide.
Pourtant, l’assurance et le raffinement de l’homme n’étaient pas feints.
Il était même accompagné d’une jolie servante et d’un porteur. Se promener ainsi dans un endroit rempli de Démonides signifiait qu’il était sûr de pouvoir se protéger.
« Pourquoi restez-vous plantés là au lieu d’ouvrir ? »
L’homme parla froidement. Sa voix débordait de cette arrogance propre aux nobles.
Venta ouvrit vivement la porte et s’écarta.
L’homme entra avec naturel. La porte claqua derrière lui.
Ce n’est qu’alors que Venta souffla.
« Je ne l’avais jamais vu… On a bien fait de le laisser entrer ? »
Une question hésitante lui parvint de côté. Venta claqua ouvertement la langue.
« On voyait tout de suite que c’était un Démonide de haut rang, idiot. Faut que je te fasse un dessin ? »
« Comment tu peux le savoir ? »
Son compagnon fronça les sourcils.
« Tu crois qu’un non-Démonide viendrait dans un endroit infesté de Démonides, sans arme, avec pour seule compagnie une jolie servante et un porteur, qu’il entrerait la fleur au fusil dans un entrepôt de la Maison Proxel, et qu’il saurait même que c’est un entrepôt Proxel ? »
Les remontrances de Venta firent taire son compagnon.
« Un taré pareil, ça n’existe pas. »
Tous hochèrent la tête à l’unisson.
* * *
« Hum. »
En entrant dans le bâtiment, Galahad fronça les sourcils.
Une chaleur écœurante lui effleura le visage.
L’air était saturé par l’odeur âcre du sang chaud. Cela faisait longtemps qu’il n’en avait pas senti d’aussi infect.
Des chaudrons bouillonnants se dressaient partout. Le sang y gargouillait et éclatait en bulles à la surface.
Les visages de ceux qui circulaient entre les chaudrons ruisselaient de sueur. Pour qui n’aurait pas su ce qui se tramait, ils auraient pu passer pour des ouvriers appliqués.
L’un d’eux, coiffé d’un grand chapeau, s’approcha de Galahad.
L’homme ôta son chapeau et s’inclina.
« Vous devez être nouveau. »
« Enchanté. »
Galahad hocha la tête et fit claquer son doigt.
Un petit trou apparut entre les sourcils de l’homme. Il s’effondra aussitôt. Galahad fit de nouveau claquer son doigt.
Le mana qu’il avait préparé se répandit. Le sort empêchait le son de sortir.
« Préviens-moi si quelqu’un passe la porte. »
« Oui. »
Tom répondit en ramenant son bouclier contre lui. Il n’aurait pas besoin d’intervenir.
Galahad ne risquait pas de manquer sa cible dans un bâtiment sans fenêtres.
Galahad fit de nouveau claquer son doigt.
Un homme se prit la gorge et tomba en arrière. Le chaudron derrière lui bascula, répandant du sang rouge. L’odeur devint plus forte.
L’homme se tordit dans le sang. Un long hurlement s’échappa de sa bouche.
Ce n’est qu’alors que tous ceux qui les entouraient se retournèrent. Galahad fit claquer son doigt.
« Carapace ! »
C’était peut-être un mage. L’homme récita un sort. Carapace était un sort défensif d’un niveau assez élevé.
Les Flèches de mana de Galahad le frappèrent.
Tac. Tac. Tac.
Un large sourire s’étala sur le visage du mage.
« Ce salaud n’est pas un Démonide ! »
« Exact. »
Galahad fit une nouvelle fois claquer son doigt.
« Attaquer Carapace avec des Flèches de mana ? Quel idiot… »
La voix du mage s’éteignit. À la place des mots, du sang s’écoula du petit trou dans son cou. Il tomba en arrière.
Crac !
Un chaudron bascula et le sang se déversa comme une cascade.
Galahad claqua la langue et fit de nouveau claquer son doigt.
Un autre homme dégaina son épée. À la vue de l’aura qui s’en échappait, Galahad devina qu’il s’agissait d’un gourmet.
« Comment oses-tu… »
Au lieu de répondre, Galahad fit claquer son doigt.
L’homme renifla et brandit son épée. Son aura était plutôt bonne. Au moins assez bonne pour lui permettre de ricaner.
Tac.
Son épée trancha la Flèche de mana, et le sort disparut aussitôt.
L’homme ricana.
Les chevaliers capables d’utiliser l’aura étaient vraiment pénibles.
L’aura tranchait tous les sorts.
Tac.
Un petit trou s’ouvrit dans le pied gauche de l’homme. Il se trouvait hors de la trajectoire de son épée, impossible à parer.
À moins d’avoir deux épées.
« Quand… ? »
Les yeux de l’homme s’écarquillèrent à croire qu’ils allaient se fendre.
Galahad ne répondit pas et fit claquer ses doigts à toute vitesse.
L’homme serra les dents et brandit son épée. Son aura trancha les Flèches de mana. La trajectoire de son épée était si prévisible qu’elle aurait presque fait bâiller Galahad.
Tac.
Un trou s’ouvrit dans sa cuisse. Son épée ralentit.
Tac.
Un trou s’ouvrit dans son cœur. Son épée pencha vers l’avant.
« Un chevalier devrait-il retirer son armure parce qu’il a chaud ? »
Ils étaient douze dans le bâtiment. Quatre mages, trois chevaliers et le reste des ouvriers.
Comme ils travaillaient dans la chaleur, aucun n’était équipé correctement.
Ça facilitait grandement les choses.
L’important était de laisser des traces derrière eux.
Même s’il avait appris à aiguiser le mana grâce à l’autorité des Démonides, les traces laissées par son mana aiguisé seraient forcément différentes de leur autorité.
C’était pour cela qu’il avait besoin de Gwen.
Depuis son entrée, Gwen n’avait cessé de vomir. Galahad avait craint que son cœur tendre ne devienne un obstacle, mais…
Contre toute attente, Gwen n’hésita pas.
« Laissez-moi l’emprunter un instant ! »
Pouf.
Même si Gwen continuait de vomir, elle ne se plaignit pas qu’elle n’y arriverait pas. Elle répandit l’autorité sans faiblir.
« Elle devient utile. »
Tom se mit alors à circuler parmi les chaudrons pour les renverser et les briser.
Il y avait tant de sang qu’il débordait même après avoir inondé tout le sol.
Galahad regarda le sang s’écouler en un long filet vers la porte et mobilisa son mana.
Le sang débordant imbiba le sol et continua de couler.
Il atteignit bientôt l’entrée.
« Quoi ?! Qu’est-ce qui se passe là-dedans ?! »
La porte s’ouvrit à la volée.
Un trou apparut entre les sourcils de celui qui venait d’entrer.
« Qu’est-ce que… »
Les têtes des deux hommes de part et d’autre s’envolèrent simultanément.
Gilbert et Adrianna les avaient décapités au même moment.
« C’est réussi. Ah, Gwen, tu pourrais bouger ton doigt ? »
« Oui ! »
Pop !
* * *
« Hum… »
Gilbert avait appris une chose en voyageant avec Galahad.
Inutile de se forcer à comprendre Galahad.
Galahad était un mage. Chercher à le comprendre ne donnerait à Gilbert qu’un mal de tête.
Pourtant, les résultats de Galahad étaient toujours bons. Alors Gilbert le suivait généralement sans poser de questions.
Cette fois-ci, même Gilbert ne put s’empêcher de demander :
« Pourquoi ? »
Un peu plus loin, des Démonides s’affrontaient en mêlée.
Les humains pris au milieu hurlaient de toutes leurs forces.
Les Démonides ne s’arrêtaient pas, même après avoir perdu des membres. Jusqu’à leur dernier souffle, ils frappaient de leurs mains ou de leurs épées.
Les Démonides de la Maison Proxel et ceux de la Maison Vans se battaient.
Alors…
Pourquoi ?
« Pourquoi les Démonides se battent-ils entre eux ? »
« Qu’est-ce que tu veux dire, pourquoi ? Qu’est-ce que tu faisais depuis tout à l’heure ? »
Gilbert fronça les sourcils en entendant Galahad claquer la langue.
« On s’est contentés d’attaquer un entrepôt, non ? »
Ce n’était même pas un grand entrepôt. Un endroit miteux, gardé par des humains, sans aucun Démonide.
Ils se battaient comme ça parce qu’ils avaient frappé un endroit pareil ?
« Ce qu’il faut aux nobles, c’est un prétexte. »
« Un prétexte ? »
« Exactement. Un prétexte ne vaut pas un clou, mais il peut parfois avoir plus de valeur que de l’or aux yeux des nobles. »
« Qu’est-ce que tu… Laisse tomber. »
Gilbert secoua la tête. Il ne comprendrait pas, même en l’écoutant. Il n’aurait qu’un mal de tête.
« Hmm, une vingtaine de Démonides Proxel sont sortis ? Moins que prévu. Damian semble plus précieux que je ne le pensais. »
Galahad passa une main dans ses cheveux en bataille.
La Cité des Démonides était normalement calme et froide. C’était pour cela que Galahad avait ordonné aux membres de l’unité de se taire.
Pourtant, la ville…
« Aaaah ! Tuez-les ! Tuez-les ! »
« Espèces de salauds… »
Le sang éclaboussait et les cris retentissaient. Les affrontements faisaient s’écrouler les murs des bâtiments. L’aura projetait le sang en longues gerbes.
La ville était devenue assourdissante.
Le responsable était évidemment Galahad.
Et pourtant, Galahad fumait une cigarette.
Comme si tout ça ne le concernait pas.
Il était parfaitement détendu.
« Bon, on va aller sauver Damian ? »
Galahad dit cela en jetant sa cigarette terminée.
Le coin de ses lèvres s’était légèrement relevé.
Gulp.
Gilbert avait cru que Galahad était un homme exceptionnellement doué, devenu fou à force de trop de talent.
Il dut revoir son jugement.
Galahad n’était pas simplement doué.
C’était…
Un désastre.
Un désastre qui emportait tout sur son passage, sans se soucier des moyens employés.
« Oui, commandant ! »
Gilbert fut sincèrement soulagé d’être du côté de Galahad.
* * *
Miam-miam ! Miiiam ! Miam !
Helsington, le chef adjoint de la branche Proxel, fronça les sourcils en entendant ces bruits grossiers.
Damian attrapait sans cesse de la viande avec une fourchette pour se la fourrer dans la bouche.
Il tenait sa fourchette si près des dents qu’il aurait tout aussi bien pu manger avec les mains.
La fourchette ne servait à rien, pourtant Damian s’obstinait à l’utiliser jusqu’au bout.
Les vêtements qu’ils lui avaient soigneusement fournis étaient tachés de graisse et de sauce. Il n’avait pas l’ombre d’une dignité.
C’était parce qu’il tenait la moitié de son sang d’humains incultes.
Dégoûtant, mais c’était aussi ce qui lui donnait sa valeur.
Ils convoitaient les crocs de l’humanité : son aura.
Voilà pourquoi ils avaient planté leur semence. À la naissance de l’enfant, ils comptaient le dévorer pour obtenir son aura.
Seule la Maison Proxel pouvait faire une chose pareille.
Et le seul fruit de ces efforts se trouvait devant lui.
« Nous obtiendrons l’aura. »
Les lèvres de Helsington s’incurvèrent.
Le chef de sa maison avait été injustement relégué au rang de branche familiale, mais obtenir l’aura changerait tout.
Le chef de maison dévorerait Damian.
Ils pourraient manier à la fois les armes humaines et celles des Démonides.
« Notre heure approche. »
Tout dépendait de la pureté du sang ; Damian n’avait donc aucune chance de dévorer le chef de maison.
Et si cela devait malgré tout arriver…
« Une idée ridicule. »
Helsington secoua la tête.
Le moment approchait.
« Il a pris assez de chair. Bientôt. »
Helsington hocha la tête en observant Damian.
Puis…
Miam-miam. Miam. Miiiam !
« Encore. »
À ce rythme, ils feraient faillite avant d’y arriver.
Il fallait se dépêcher de mettre leur grand projet à exécution.
Miam-miam-miam.
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