Chapitre 7
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Traducteur/éditeur : Ceaseless
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◈ Le Fou Gendre du Grand-Duc du Nord ◈
Chapitre 7 : Bâtard impérial
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« Il n’y aura plus de conneries, hein ? »
Gilbert s’inquiéta soudain en regardant l’annexe où Adrianna était entrée.
« Hmm, je lui tranche la tête ou je lui arrache le cœur ? »
À cet instant, une petite femme aux couettes tressées pencha la tête, l’air agacé. C’était Mardian, qui vouait à Adrianna une obsession maladive.
« Non, je vais lui fracasser le crâne moi-même. »
Hermun, un colosse bâti comme un ours, marmonna d’une voix grave. L’atmosphère autour de lui sembla s’alourdir.
« Dégage. Je vais lui arracher les tripes et les étaler sur du pain. »
« C’est toi qui dégages. C’est à moi de m’occuper de ce salaud qui a insulté Adrianna. »
Gilbert claqua la langue devant cette dispute stérile.
« Quel genre d’homme est Galahad ? »
Lunabirn posa la question d’un ton calme. Tous se tournèrent vers Gilbert.
« C’est vrai, ça ! Gilbert ! Je ne t’avais pas dit de le tuer en chemin ? Tu n’avais qu’à dire que des bandits ou des loups l’avaient déchiqueté ! »
Mardian lâcha ces mots d’une voix perçante. Son obsession pour Adrianna était de notoriété publique. Si on la traitait de folle, ce n’était pas pour rien.
« Quel genre d’homme est-il ? »
Quel genre de personne était Galahad ?
« Un escroc. »
Galahad racontait des plaisanteries idiotes et se vantait d’être un mage exceptionnel.
Pourtant, il avait peiné face à un seigneur qui n’avait qu’un peu de sang démonide. Ce n’était manifestement qu’un vantard et un imposteur.
« Il faut le tuer ! Il va forcément tromper l’innocente dame Adrianna avec sa langue fourbe ! Il faut la lui arracher ! »
« Un escroc, hein ? Il n’a pas l’air si remarquable. »
Une fois encore, des menaces de mort fusèrent.
« Malgré tout, il avait quelque chose… »
Chaque fois que Gilbert le voyait, Galahad le mettait mal à l’aise, comme une épine coincée dans la gorge. Gilbert ravala le reste de sa pensée.
La porte de l’annexe s’ouvrit et Adrianna sortit. Mardian tressaillit, comme un chien qui se retient désespérément de se soulager.
« Qu’est-ce que ce salaud t’a fait ? Je vais lui trancher la tête sur-le-champ. Ou au moins lui couper un bras… »
Adrianna dissimula nonchalamment une main derrière son dos. À cette réaction discrète, le visage de Mardian se figea.
« Il m’a tenu la main. »
Pendant un bref instant, Adrianna prit une expression qu’aucun d’eux ne lui avait jamais vue. Puis, comme si rien ne s’était passé, son visage redevint impassible.
L’atmosphère se tendit d’un coup, mais Adrianna ne sembla pas s’en soucier.
Elle ne s’était jamais intéressée à autre chose qu’au front.
« Ce n’était pas un mage ? Alors ça a dû lui faire encore plus mal… »
Adrianna acquiesça à la question de Lunabirn.
Tous ici savaient qu’Adrianna brûlait le mana.
Même les non-mages s’évanouissaient souvent de douleur s’ils avaient le malheur de l’effleurer.
Plus on avait de mana, plus la douleur était intense. Et pourtant, un mage lui avait tenu la main…
« Il a dû hurler à la mort ! Ahaha ! Quel idiot ! Il n’avait qu’à pas toucher dame Adrianna ! »
« Il s’est sûrement pissé et chié dessus ! Quel crétin ! Dommage que je n’aie pas vu ça. »
Tous se moquèrent bruyamment de ce mage stupide.
Ils connaissaient cette douleur, alors aucun ne remit leur récit en question.
À mesure que leur histoire s’enflait, jusqu’à ce que quelqu’un affirme que le mage était mort dans d’atroces souffrances, la langue pendante, Adrianna prit la parole.
« Il a entrelacé ses doigts avec les miens. Il a dit qu’il voulait comprendre le principe… »
La voix atone d’Adrianna fit taire tous ceux qui parlaient à tue-tête quelques instants plus tôt.
Même Mardian, pourtant folle, n’avait jamais fait que tenir légèrement la main d’Adrianna.
Mais ce mage avait entrelacé ses doigts avec les siens…
Leurs visages se transformèrent. Colère, irritation, incrédulité…
Leurs expressions différaient, mais au fond, ils étaient tous horrifiés.
Même Mardian ne parvenait qu’à ouvrir et fermer la bouche.
« Il est vraiment cinglé. »
Les choses avaient déjà tourné bizarrement quand il avait tué ce seigneur, et maintenant il avait entrelacé ses doigts avec ceux d’Adrianna pour satisfaire sa curiosité…
Gilbert éclata de rire sans s’en rendre compte.
Adrianna tourna les yeux vers lui.
« Gilbert, reste ici et protège-le. »
L’ordre était inattendu.
Adrianna avait toujours fait passer le front en premier. Elle-même ne s’en éloignait jamais. Pourtant, elle chargeait Gilbert, l’un de leurs éléments clés, de monter la garde. Ça ne lui ressemblait pas.
« … Oui, compris. »
Gilbert avait des questions, mais il acquiesça sans les poser.
« Les autres, nous repartons immédiatement. »
« Vous ne voyez pas le Grand-Duc avant de partir ? »
« Nous avons reçu un rapport : les mouvements des Démonides sont suspects. Nous repartons tout de suite. »
Adrianna secoua la tête en réponse à Lunabirn.
« La puissance de dame Adrianna aurait faibli ? C’est impossible qu’il ait résisté à cette douleur ! »
Mardian s’écria soudain, les yeux pleins d’incrédulité.
Adrianna secoua la tête, mais cela n’eut aucun effet sur Mardian, dont le regard s’était déjà égaré. Celle-ci avait posé la main sur le dos de celle d’Adrianna.
Tous pensaient la même chose. Comment quelqu’un pouvait-il supporter cette douleur ? Surtout un mage… Il était plausible que la puissance d’Adrianna eût faibli.
« Je vais leur montrer que mon amour est plus fort que celui d’un vulgaire salaud… »
« Aaah ! »
Mardian poussa un cri perçant et s’évanouit. Ses yeux se révulsèrent et de la bave lui coula de la bouche.
Lunabirn soupira et s’occupa de Mardian.
« Mais à quel point ce salaud est-il cinglé ? »
Gilbert claqua la langue.
« Je ne suis pas encore complètement remis, alors je partirai un peu plus tard. »
À cet instant, Hermun prit la parole, le visage meurtrier. Il avait clairement l’intention de faire quelque chose. La rage se lisait sur ses traits.
Hermun était aussi robuste qu’un Démonide, et pourtant, il prétendait ne pas être complètement remis… C’était évidemment un prétexte. Il ne semblait même pas chercher à le dissimuler.
Adrianna, comme toujours, s’en moquait.
Hermun ne comptait pas pour elle.
« Très bien. Repars quand tu seras complètement remis. Ta santé passe avant tout. »
« Ça va mal tourner. »
Gilbert claqua la langue en regardant Hermun resserrer sa prise sur sa hache.
Puis il se dit que ce ne serait peut-être pas si mal de voir Galahad se prendre un coup.
Un seul coup, ça devrait aller.
Oui, ça devrait aller.
* * *
« … Mon mana brûle. »
Galahad regarda sa main qui le picotait et soupira.
La sensation du mana qui brûlait était trop atroce pour être décrite. On aurait dit qu’on cautérisait minutieusement chacune de ses veines au fer rouge.
« Elle brûle le mana rien qu’en touchant quelqu’un. Ça a le moindre sens ? »
Ce n’était pas une façon de parler. Son mana avait réellement brûlé.
Même Galahad, qui avait fréquenté l’Académie et le Bureau du renseignement, n’avait jamais entendu parler d’un tel phénomène.
S’il en parlait à un mage de la capitale, il se ferait sûrement taper dessus avec un bâton.
En magie, le mana était immuable. Les formules et les sorts ne faisaient que lui ajouter des propriétés. Ils ne le transformaient pas lui-même.
Le mana pur était sacré, noble et immuable.
Pourtant, Adrianna brûlait littéralement le mana pur.
C’était une découverte historique. En tant que mage, Galahad n’avait pas pu s’empêcher de tenir la main d’Adrianna.
« Il y a quelque chose à creuser. »
Les doigts tremblants, il sortit une cigarette et la glissa entre ses lèvres. Par habitude, il claqua des doigts, mais rien ne se produisit.
« Je n’ai plus de mana. Si j’avais tenu un peu plus longtemps, j’aurais pu y passer. »
Galahad sourit amèrement.
« Il y a quelqu’un ? »
« Qu’est-ce que vous voulez ? »
La réponse venait de derrière lui. Quand il leva les yeux, Gilbert le dévisageait avec mépris.
Quand était-il arrivé ? Le sort d’alarme ne s’était pas déclenché… Ah oui. Il n’avait plus de mana.
« Vous ne savez pas frapper ? »
« Si, je l’ai fait. »
Galahad avait dû être si absorbé par la magie qu’il ne l’avait pas entendu.
C’était son problème chronique. Dès qu’il était question de magie, il avait du mal à se maîtriser. C’était à la fois sa faiblesse et ce qui l’avait mené aussi loin.
« Vous avez de quoi allumer ? »
« Le feu ne sort pas de vos doigts ? »
« Mon mana s’est consumé. »
Gilbert claqua la langue et sortit quelque chose. Un petit silex.
« Quelle barbarie… Vous n’avez ni briquet ni allumettes ? »
« Vous êtes dans le Nord. »
Quelle barbarie. Galahad claqua la langue à la réponse de Gilbert, qui fit jaillir des étincelles de son silex devant lui.
Tac, tac. C’était un peu dangereux, mais la cigarette s’alluma sans problème. Une agréable odeur de citron emplit la pièce.
« Vous avez beaucoup de cigarettes. »
« Ce sont des Cigarettes de mana. »
Gilbert eut l’air de ne pas comprendre, mais Galahad ne prit pas la peine de lui expliquer. De toute façon, c’était difficile à expliquer à quelqu’un qui n’était pas mage. Et puis, ce n’était pas nécessaire. Gilbert ne posa pas d’autre question.
« Qu’en avez-vous pensé ? »
« De quoi parlez-vous ? »
« De dame Adrianna. »
La question de Gilbert ramena les pensées de Galahad à Adrianna. Cette propriété de brûler le mana… Ah…
Ses pensées recommencèrent à s’emballer.
« Je vous demande ce que vous en avez pensé. »
La voix contrariée de Gilbert le tira de ses pensées. La cigarette s’était éteinte à mi-parcours. En claquant la langue, Galahad en sortit une autre et la glissa entre ses lèvres.
Gilbert lui tendit de nouveau le silex. Galahad secoua la tête et claqua des doigts. Une faible flamme vacilla au bout de son index.
« Vous n’avez pas dit que vous n’aviez plus de mana ? »
« C’est pour ça que j’ai fumé une Cigarette de mana. »
Gilbert fronça les sourcils. Galahad tira une longue bouffée.
« Alors, qu’en avez-vous pensé ? »
Il insistait pour obtenir une réponse. Galahad claqua la langue et répondit.
« Elle était sacrément belle. »
« Je vous ai dit que c’était la plus belle femme du continent. »
« Ouais. Elle était plus jolie que la princesse impériale. »
« … Vous avez rencontré la princesse impériale ? »
« C’est arrivé comme ça. Si jamais vous la croisez, fuyez. Elle est cinglée. »
« Vous recommencez à vous vanter… »
Gilbert claqua doucement la langue. Il ne le croyait manifestement pas. Galahad ne prit pas la peine de s’expliquer.
« C’est tout ? »
Gilbert posa de nouveau la question, comme s’il espérait entendre une réponse précise.
Galahad réfléchit un instant. Adrianna avait sans aucun doute le plus beau visage du continent, mais son apparence ne l’intéressait pas.
C’était sa capacité à brûler le mana.
« J’ai envie de la toucher encore. Plus longtemps, cette fois… »
« … »
Le visage de Gilbert se tordit aussitôt. En voyant son dégoût, Galahad comprit que ses paroles avaient paru un peu étranges.
Mais la réaction de Gilbert l’amusait, alors il ne se corrigea pas.
Galahad expira lentement la fumée. Ses pensées embrouillées s’apaisèrent peu à peu.
« Elle brûle le mana… »
Galahad sortit son carnet de cuir et en consulta le contenu. Gilbert tendit le cou pour y jeter un coup d’œil, mais Galahad s’en moqua.
« C’est quelle langue ? »
« La langue de mon pays natal. »
« Votre pays natal, ce n’était pas la capitale ? »
« Si. »
« … ? »
Après cette réponse évasive, Galahad parcourut son carnet.
[Le Roi démon vacilla violemment tandis qu’il brûlait.]
« Alors, c’était Adrianna. »
Parmi les trois crises du Roi démon, celle-ci était la plus mise en avant. Probablement… Il n’en était pas sûr.
Persuadé que le Roi démon était vulnérable au feu, Galahad s’était autrefois consacré à la magie du feu. Même aujourd’hui, c’était sa spécialité principale.
« J’ai bien fait de venir dans le Nord. »
Il n’avait rien gagné malgré le travail acharné qu’on lui avait imposé au Bureau du renseignement, et voilà qu’il venait de trouver un indice aussi capital dès son arrivée dans le Nord… Il sourit comme si on venait de lui arracher une dent qui le faisait souffrir depuis longtemps.
Adrianna était la clé. Il devait trouver un moyen de rester à ses côtés pour l’étudier…
« Où est le problème ? C’est ma fiancée. »
Galahad applaudit doucement et sourit.
« J’ai envie de toucher ma fiancée. Vous m’indiquez le chemin ? »
« … ? »
« Ah, je voulais dire que j’avais envie de la voir. Je me suis mal exprimé. »
En voyant le dégoût sur le visage de Gilbert, Galahad rectifia ses paroles.
« … Dame Adrianna est repartie au front. »
Elle était déjà repartie ? Elle jouait les difficiles ?
Galahad se leva d’un bond.
« Parfait ! Alors allons au front. Ça m’intriguait. »
« Vous croyez que le front, c’est une colline derrière la maison ? Et vous n’êtes pas assigné à résidence sur ordre du Grand-Duc ? »
« J’étais assigné à résidence ? »
« Ne faites pas semblant de l’ignorer. »
« Hmm. Dans ce cas, je dois d’abord rencontrer le Grand-Duc pour faire lever cette assignation. Emmenez-moi le voir. »
« … Son Altesse est occupée. Si vous prenez rendez-vous maintenant, vous pourrez peut-être le voir dans un an. »
Gilbert fixa Galahad comme s’il se demandait s’il était idiot.
Il n’avait pas l’air de plaisanter. Un an, c’était trop long…
« Je devrais tout mettre sens dessus dessous ? »
Il y songea sérieusement en regardant le mur près de lui. Il avait déjà étudié tous les itinéraires en venant. Il voyait environ cinq façons de semer le chaos ici. Mettre les choses sens dessus dessous, c’était sa spécialité.
Toc, toc.
Quelqu’un frappa à la porte. C’était trop poli pour être Gwen. Gilbert ouvrit.
Un homme d’âge mûr, à l’impressionnante barbiche, se tenait sur le seuil.
« Bâtard impérial ! Le Grand-Duc vous convoque ! »
L’homme à la barbiche s’exprimait dans une langue impériale rude, presque mécanique.
Galahad regarda Gilbert et sourit.
« Ah, en fait, j’avais pris rendez-vous il y a un an. »
Le visage de Gilbert se décomposa.
Il était vraiment trop facile à taquiner.
« Ah, mais je ne suis pas un bâtard impérial. Je m’appelle Galahad. »
« Bâtard impérial ! Suivez-moi ! »
Cette fois, Gilbert ricana.
* * *
« Pourquoi le Grand-Duc m’a-t-il convoqué ? »
Galahad se regarda dans le miroir et rajusta sa tenue. Le manque de sommeil lui avait creusé des cernes sous les yeux. Quand il glissa une cigarette entre ses lèvres pour se réveiller, l’homme à la barbiche s’empressa de l’arrêter.
« Une cigarette ! Bâtard impérial ! Vous avez perdu la tête ?! »
Sa langue impériale ressemblait à une traduction mot à mot.
« Ce n’est pas une cigarette, c’est une Cigarette de mana. Elle sent très bon le citron, Son Altesse l’appréciera aussi. Personne n’aime pas l’odeur du citron. »
« Non ! Pas ça ! Gardez-la ! »
Devant le refus catégorique de l’homme, Galahad tira d’un coup sur le reste de sa cigarette et l’éteignit.
La convocation du Grand-Duc était inattendue. Il avait gardé Galahad enfermé jusqu’ici, puis l’avait soudain fait appeler… La raison la plus probable était la visite d’Adrianna.
« Elle a dit être venue en secret, mais il savait tout. »
Malgré son allure parfaite et glaciale, elle était peut-être un peu lente à la détente.
« Bâtard impérial ! Vos cheveux ! Peignez-les vers l’arrière ! »
« Je ne suis pas un bâtard impérial. Je m’appelle Galahad… »
À l’injonction de l’homme à la barbiche, Galahad claqua la langue et se plaqua les cheveux en arrière avec de l’huile. Son beau visage se révéla entièrement.
Il se fit un clin d’œil dans le miroir. Derrière lui, Gilbert eut un discret haut-le-cœur. Quelle jalousie pitoyable.
Il suivit l’homme à la barbiche jusqu’au Grand-Duc.
La résidence du Grand-Duc était si vaste qu’elle semblait interminable, même en la traversant. On comprenait aisément pourquoi on l’appelait le Roi du Nord.
La résidence était remplie de soldats et de chevaliers. Difficile de savoir s’il s’agissait d’une résidence ou d’un terrain d’entraînement militaire.
Des regards hostiles le suivaient partout. Certains allaient jusqu’à l’insulter.
« Gilbert, ces salauds viennent de m’insulter. Va leur apprendre les bonnes manières. »
« Espèce de fils de pute. »
« Pas moi, eux. »
« Sale grande gueule. »
« Hmm, laisse tomber. Ils ont l’air de se remettre en question après tes insultes sans pitié. »
« Espèce de graisseux. »
Leurs effectifs dépassaient ce qu’indiquaient les rapports du Bureau du renseignement. Et ce n’était même pas le front, mais la résidence du Grand-Duc. Il devait y avoir bien plus de troupes là-bas.
Le Bureau du renseignement avait aussi ses angles morts. Galahad s’émerveilla silencieusement de ce constat.
Bientôt, ils arrivèrent devant une immense porte. Deux chevaliers armés se tenaient là.
« Halte. »
Un homme aux yeux perçants comme ceux d’un faucon l’arrêta. Sa barbe était blanche, mais sa carrure et sa présence inspiraient la crainte. C’était un vétéran âgé.
L’homme à la barbiche s’expliqua, mais le chevalier aux cheveux blancs ne l’écouta pas. Il fit signe à Galahad.
« Vous avez des armes ? »
Galahad ricana à cette question. Demander à un mage s’il avait une arme… Les gens du Nord ne connaissaient vraiment rien aux mages.
Malgré tout, ça aurait été gênant de ne rien montrer ; il sortit donc de sa poche un mégot de cigarette et le lui tendit. Le visage du chevalier se crispa.
Le chevalier lui tendit une paire de lourdes menottes. Galahad les reconnut : c’étaient des entraves anti-mana.
« Ils ont ça, ici ? »
Les entraves anti-mana perturbaient la circulation du mana. Elles étaient fabriquées à partir des propriétés de Démonides de haut rang, et Galahad ne les avait vues que lorsqu’il était jeune recrue au Bureau du renseignement.
Les voir ici lui rappela de vieux souvenirs.
« Bâtard impérial ! Sale mage ! Mettez-les ! Les entraves ! »
Après la traduction brutale de l’homme à la barbiche, Galahad les passa.
« Ça faisait longtemps. »
Son époque de jeune recrue au Bureau du renseignement lui revint soudain en mémoire. Ce n’étaient pas des souvenirs particulièrement agréables. Toc, toc. Ses doigts tambourinèrent contre les entraves.
« À partir d’ici ! Seul ! Allez ! Bâtard impérial ! »
« Je ne suis pas un bâtard impérial, je m’appelle Galahad. Il a déjà refermé la porte. »
Galahad claqua la langue devant la porte qu’on venait de refermer brutalement.
La pièce était vaste et somptueuse. Pas grâce à des objets luxueux comme des bijoux.
Des épées et des lances étaient plantées partout, tandis que les murs exposaient les cadavres de monstres terrifiants. On aurait dit un musée de Démonides empaillés.
« Alors, voilà à quoi ressemblent les Démonides. »
Il y avait peu de Démonides dans l’Empire, et il avait donc rarement eu l’occasion d’en voir.
De toute façon, le Bureau du renseignement s’occupait surtout des humains.
Il arrivait que des Démonides se manifestent, mais un autre service s’occupait d’eux. Le service de Galahad, lui…
Une présence interrompit ses pensées. Au fond de la pièce, un homme était assis, presque avachi, dans un immense fauteuil.
Vu l’atmosphère, ce devait être le Grand-Duc. Sinon, la situation serait plutôt étrange.
Son manteau semblait fait de cuir de Démonide. Sur chacune de ses épaules reposait une grosse tête aux molaires acérées. Ça avait l’air bien chaud.
Plus qu’à un noble, il ressemblait à un célèbre chasseur de Démonides. Malgré son épais manteau, sa musculature était évidente.
Sans parler de ses traits marqués, semblables à ceux d’un tigre, et de son regard vif…
Le souverain du Nord, le Grand-Duc.
« Il n’a pas l’air très occupé. »
Galahad dissimula ses pensées et lui témoigna son respect.
« Je salue le bouclier éternel de l’Empire. »
Il entendit le Grand-Duc se lever. Ses pas lourds, mêlés au cliquetis du métal, évoquaient ceux d’un bourreau.
Galahad résista de justesse à l’envie de se gratter le cou.
Le Grand-Duc n’avait aucune raison de trancher la tête de Galahad.
Ce n’était pas parce que sa tête était trop lourde. C’était parce qu’elle ne pesait pas assez.
Face aux complications politiques de ses fiançailles avec Adrianna, la tête de Galahad ne comptait absolument pas.
Si le Grand-Duc était assez incompétent pour ne pas le comprendre, le front du Nord se serait effondré depuis longtemps. L’Empire l’aurait annexé ou les Démonides l’auraient envahi…
Après avoir achevé ses calculs, Galahad releva lentement la tête.
Des yeux bleus le fixaient. Les affronter lui donnait l’impression que ses propres yeux brûlaient.
« Elle ne ressemble pas du tout à son père. »
Si seulement une petite part de ce visage féroce s’était retrouvée dans le sien, elle n’aurait pas eu une telle apparence.
Galahad força les coins de ses lèvres à se relever.
À cet instant, l’épaule du Grand-Duc bougea. Dès que Galahad le vit, tous ses calculs s’évanouirent et son instinct, aiguisé par l’entraînement, prit le dessus.
Galahad pivota souplement le poignet. Leurs mains se frôlèrent en se croisant.
L’immense main du Grand-Duc s’immobilisa près de la tête de Galahad. Une fraîcheur cuisante lui chatouilla la tempe.
« Vous êtes comme un loup. »
Le Grand-Duc eut un petit rire en regardant la main de Galahad, braquée sur son propre cou. Galahad tenait une lame de glace condensée.
« Déformation professionnelle. »
Galahad répondit en maîtrisant sa tension.
Clang.
Les entraves anti-mana roulèrent sur le sol.
« On m’avait dit qu’elles neutraliseraient n’importe quel mage ordinaire. Quelle connerie. »
Le Grand-Duc claqua la langue en regardant les entraves brisées.
« C’est parce que je ne suis pas un mage ordinaire. »
Le Grand-Duc rit plus fort à la réponse de Galahad.
« Quel arrogant, ce salaud. »
Il l’avait dit aussi humblement que possible…
Galahad ravala le reste de ses paroles.
Notes :
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