Chapitre 65
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Traducteur/éditeur : Ceaseless
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◈ Le Fou Gendre du Grand-Duc du Nord ◈
Chapitre 65 : Miser et doubler
──────
« À gauche, un point. »
Adrianna baissa les yeux vers son gantelet droit.
Une longue entaille barrait l’épais gantelet.
Son Altesse la Princesse avait visé le gantelet droit d’Adrianna avec une précision parfaite.
Le problème, c’était la bague à sa main droite.
C’était celle que la Princesse avait offerte à Galahad.
Si la Princesse voyait Adrianna la porter…
Hors de question.
Adrianna se mordit la lèvre.
À cet instant, son regard croisa celui de la Princesse.
Les yeux rouge sang de la Princesse étaient glacials.
Elle ne se souvient pas de moi ?
Adrianna murmura tout bas.
Enfant, elle avait passé environ une demi-journée avec la Princesse.
Dans ses souvenirs, la Princesse était vive, chaleureuse, digne et posée.
Elle s’était même réjouie d’apprendre que la Princesse venait.
Pourtant, celle qui se tenait devant elle à présent était différente.
Elle était devenue encore plus rayonnante, mais n’avait plus rien de chaleureux.
Concentre-toi sur le duel.
Adrianna secoua légèrement la tête.
Elle était en plein duel.
Laisser son esprit vagabonder serait discourtois.
Elle rajusta sa prise sur son épée et repassa dans sa tête les mouvements de la Princesse.
Il était difficile de croire que la Princesse puisse se déplacer aussi vite sans recourir à son aura.
Mais elle n’était pas assez rapide pour échapper au regard d’Adrianna.
Le problème, c’était qu’Adrianna ne pouvait pas utiliser son aura.
Et pas seulement : elle devait la réprimer de force.
Ses réflexes ne pouvaient donc que ralentir.
C’était comme affronter un chevalier maniant l’aura sans s’en servir elle-même.
La Princesse reprit alors sa garde.
Elle avança légèrement le pied gauche et se pencha en avant.
Adrianna se mit elle aussi en garde.
Hoo…
À son expiration, ses pensées parasites s’évanouirent.
La Princesse prit appui sur le sol et fondit sur elle en un instant.
Sa rapière fila droit devant, comme une pointe unique.
En se mordant la lèvre, Adrianna leva son épée d’un coup.
Sa lame heurta le milieu de la rapière.
Tung.
La rapière plia dans un bruit sourd.
À cet instant, la Princesse tourna le poignet.
Comme si elle avait prévu la réaction d’Adrianna…
La rapière courbée glissa le long de l’épée d’Adrianna.
Cette technique aurait pu la prendre au dépourvu si elle l’avait découverte pour la première fois, mais Galahad la lui avait déjà montrée.
Adrianna ramena son épée et pivota de l’épaule.
Son centre de gravité se déplaça, entraînant la rapière avec lui.
Mais la lame de la Princesse était plus rapide que celle de Galahad.
De beaucoup.
Un choc traversa sa main droite et Adrianna fronça les sourcils.
Une nouvelle entaille barrait son gantelet droit.
Presque au même endroit que la précédente.
La Princesse visait ouvertement sa main droite.
Comme si elle voulait la lui trancher.
« À gauche, un point ! »
Les lèvres de la Princesse s’étirèrent davantage.
Adrianna secoua sa main droite en repassant l’échange dans sa tête.
Un chevalier assez doué pouvait comprendre son adversaire en croisant le fer avec lui.
C’était plus efficace qu’une conversation.
On pouvait enjoliver ses paroles de mensonges, mais pas son épée.
L’épée de la Princesse était…
… vicieuse.
On aurait dit un serpent venimeux emprisonné des années dans une cuve de poison.
Qu’est-ce qui avait bien pu lui arriver ?
La Princesse pointa alors sa rapière vers Adrianna et lui adressa un sourire éclatant.
Son sourire était si éblouissant qu’il aurait pu intimider une autre femme.
[L’épée de la Princesse sera plus rapide que la mienne.]
L’entraînement avec Galahad lui avait été d’une grande aide.
L’épée de la Princesse ressemblait énormément à celle que Galahad lui avait montrée.
Vraiment énormément.
On ne pouvait pas imiter une technique à ce point en un jour ou deux.
Quelle relation avaient-ils ?
Adrianna resserra sa prise sur son épée et chassa ces pensées.
C’était le moment de se concentrer.
* * *
« À gauche, un point ! »
La Princesse marqua encore un point.
« La Princesse est-elle une Maîtresse épéiste ? »
« Quel genre de question est-ce là, Sir Gilbert ? »
« Hein ? »
« Ah, c’était Sir Gilbert. »
« Quel genre de… Non, comment son escrime peut-elle être aussi remarquable ? »
« Parce qu’elle est issue du sang impérial le plus noble. »
« …Tous les membres de la Famille impériale sont comme ça ? »
« Ceux qui survivent, oui. Et elle est plutôt du côté des faibles. »
Gilbert prit un air grave. Il semblait enfin comprendre.
La Princesse regagna tranquillement sa place.
Adrianna secoua brièvement sa main droite. Des morceaux de son gantelet tombèrent.
Encore deux fois, peut-être.
Quelques coups de plus, et le gantelet semblait prêt à se briser.
Aussi géniale qu’Adrianna fût, le duel était le domaine de la Princesse.
La Princesse n’égalait pas Adrianna, mais elle aussi était qualifiée de génie.
« Peu importe comment je la regarde, ses mouvements sont trop rapides. Elle n’utilise pas l’aura en cachette ? »
« Je ne vous l’ai pas dit ? C’est une princesse. »
« Quel rapport entre son rang et sa vitesse ? »
« Les princesses sont d’une noblesse exceptionnelle. »
Gilbert plissa les yeux. Comme il ne comprenait toujours pas, Galahad claqua la langue et développa :
« Les membres de la Famille impériale doivent être nobles. Pour cela, ils mangent depuis l’enfance des aliments bons pour la santé. En grande quantité. L’argent dépensé pour la Princesse suffirait probablement à entretenir tout un bataillon dans le Nord. »
« Allez, ne me racontez pas de salades. »
« Hélas, je ne mens pas. »
Le visage de Gilbert tressaillit.
« …Elle ne va pas perdre, comme ça ? »
Gilbert posa la question d’un air grave.
Si Gilbert le disait, les autres n’en pensaient pas moins.
Après ces défaites à la chaîne, l’atmosphère autour d’eux avait déjà des airs d’enterrement.
Les gens du Nord avaient le visage sombre. Ces braillards n’arrivaient même plus à acclamer leur championne.
Ils n’y pouvaient rien.
La Princesse avait marqué trois points, tandis qu’Adrianna n’en avait pas inscrit un seul.
La première à cinq points remportait le duel ; on pouvait donc parler d’une rencontre à sens unique.
Mais…
« Elle va gagner. »
Le duel n’irait pas jusqu’à cinq points.
« Comme vous me l’avez dit, j’ai tout misé sur Lady Adrianna. »
« Bien joué, Tom. »
« Tout ? »
« Les fonds de l’Unité des opérations spéciales. Ah, Sir Gilbert, j’ai aussi misé votre solde. »
« …Quoi ?! »
« Pourquoi vous mettez-vous à crier, Sir Gilbert ? Vous ne doutez tout de même pas d’Adrianna ? »
« Ce n’est pas ça. Non, quel genre de fou organise des paris sur un duel entre Son Altesse la Princesse et Lady Adrianna ? »
« Il y en a un, là-bas. »
« Quel genre de… »
Gilbert se redressa brusquement, puis se figea.
Il tourna la tête par à-coups : le Monstre de haut rang… non, le Grand-Duc, le fusillait du regard.
Galahad dissimula discrètement son visage derrière Gilbert.
« Son Altesse le Grand-Duc a organisé les paris. »
« Alors Son Altesse a misé sur la Princesse ? »
« C’est un père remarquablement froid. »
Gilbert poussa un grognement sourd.
« Non, si Son Altesse a misé sur la Princesse, c’est grave, non ? »
« Calmez-vous. Je perds rarement aux paris. On pourrait même me qualifier de joueur. »
La réponse assurée de Galahad détendit un peu Gilbert.
Puis quelque chose lui parut bizarre.
« Ça veut dire que vous avez déjà perdu, non… ? »
À cet instant, le duel reprit.
La Princesse prit appui sur le sol.
Adrianna bougea son épée.
Leurs lames s’entremêlèrent de nouveau.
Les heurts secs de l’acier retentirent à plusieurs reprises.
Adrianna dévia une à une les attaques de la Princesse.
L’épée d’Adrianna était franche. Chaque geste allait à l’essentiel.
Celle de la Princesse, en revanche, était flamboyante. Elle traquait Adrianna comme un serpent vivant.
Leurs épées continuèrent à s’entremêler.
Peu à peu, Adrianna repoussa la lame de la Princesse, coup après coup.
Les étincelles jaillirent les unes après les autres.
Puis Adrianna passa à l’attaque pour la première fois.
Au lieu de simplement écarter l’épée de la Princesse, elle la força vers le bas.
Et là…
Clang.
L’épée d’Adrianna effleura l’avant-bras de la Princesse.
Une petite éraflure apparut sur l’armure rouge.
« À droite, un point ! »
Des acclamations éclatèrent du côté du Nord.
Adrianna s’inclina légèrement et recula.
« Euh… Tom ! Tu as bien placé le pari ?! »
Gilbert reprit des couleurs. Tom acquiesça avec assurance.
Elle n’avait marqué qu’un point, mais la confiance des spectateurs en Adrianna semblait renaître.
Après tout, on la considérait comme l’héroïne du Nord.
« Comme on pouvait s’y attendre de Lady Adrianna ! »
Les acclamations fusèrent de toutes parts.
Galahad observa Adrianna en silence.
Elle avait les sourcils froncés.
Ce n’était pas la réaction de quelqu’un qui venait de marquer.
Adrianna avait dû le sentir, elle aussi.
La Princesse lui avait délibérément offert ce point.
Furieuse, elle n’avait pas l’intention de se contenter de gagner.
Elle voulait manifestement savourer l’instant le plus longtemps possible.
La Princesse fit alors tournoyer sa rapière.
Comme pour dire à Adrianna de venir l’attaquer.
En plus de perdre, Adrianna se faisait tourner en bourrique ; pourtant, elle lui témoigna toujours poliment son respect.
Cette fois, Adrianna prit appui sur le sol.
« À droite, un point. »
Les acclamations fusèrent de nouveau.
* * *
« À droite, un point ! »
« Trois partout ! Elle est revenue au score ! Merde ! »
Gilbert encouragea la combattante en lâchant un juron sonore.
L’égalité soudaine enflamma tout le monde.
Tous criaient, mais Adrianna, qui venait de remonter au score, affichait un air sombre.
La Princesse souriait de toutes ses dents.
Puis elle regarda Galahad.
Ses yeux rouges semblaient lui murmurer qu’elle lui était supérieure.
C’était évident.
Ça devrait suffire.
Galahad tourna ostensiblement les yeux vers Adrianna.
Et là…
« Ma femme, tu y es presque ! Continue ! »
Il haussa la voix pour crier.
Adrianna semblait entièrement concentrée. Elle se contenta de rajuster sa prise sur son épée.
La présence de la Princesse s’aiguisa.
Galahad la sentait même de loin.
Un soldat annonça alors la reprise du duel.
Contrairement à tout à l’heure, la Princesse prit deux fois appui sur le sol.
Cette légère hésitation dans son jeu de jambes fit vaciller son corps.
Il y avait une technique que Galahad n’avait pas enseignée à Adrianna.
Pour deux raisons.
Même si elle la connaissait, elle ne pourrait pas la contrer, et elle n’en avait pas besoin.
L’épée d’Adrianna bougea alors avec célérité.
Oh.
Au lieu de bloquer la rapière ralentie, Adrianna lança son épée en avant.
Ce n’était pas un geste calculé, mais un mouvement instinctif.
Elle maîtrise mieux son aura qu’avant.
Elle avait progressé en si peu de temps. C’était vraiment un génie.
Galahad en fut sincèrement impressionné.
Mais son adversaire était mal choisi.
La Princesse enfonça sa rapière plus profondément et coinça l’épée d’Adrianna avec la garde.
Et là…
Elle la souleva d’un coup.
Difficile à prévoir.
La ligne centrale d’Adrianna était complètement dégagée.
Une blessure près du cœur valait deux points.
C’était l’occasion de mettre fin au duel.
Pourtant, au lieu de viser le cœur d’Adrianna, la Princesse s’en prit à son gantelet droit.
Clang !
Des éclats de gantelet jaillirent dans un bruit sec.
Une articulation du gantelet roula sur le sol.
Un instant plus tard, le gantelet se fendit comme s’il allait se briser.
Boum.
Le gantelet tomba lourdement au sol.
Goutte.
Du sang rouge coula du poignet pâle d’Adrianna et imbiba le gantelet.
Les yeux de la Princesse s’écarquillèrent à croire qu’ils allaient se déchirer. Les commissures de ses lèvres tremblèrent, comme si elle luttait pour retenir son rire.
Bientôt, ses lèvres rouges s’étirèrent en un large sourire.
Et là…
« Ha ha ha ha ! »
Un rire déchaîné jaillit d’elle.
Son rire était si clair et sonore que les spectateurs sursautèrent.
Sa réaction était bien plus forte que prévu.
Adrianna cacha vivement sa main dans son dos. Elle avait vu où se trouvait la bague et compris.
Elle l’avait mise à l’annulaire.
Galahad poussa un petit grognement.
« Ha ha ! »
La Princesse éclata d’un rire rauque et fit tournoyer son épée.
Son aura jaillit aussitôt.
L’aura de la Princesse était…
« …Rose ? »
Gilbert n’avait pas fini sa question que la Princesse bougea.
Une pointe rose fusa vers Adrianna.
C’est fini.
L’aura était interdite dans un duel.
Dès qu’on l’utilisait, on perdait, quel que soit le score.
Mais Galahad était certain que la Princesse avait perdu pour une autre raison encore.
L’aura jaillit de l’épée d’Adrianna.
Elle était d’un blanc pur.
Sans la moindre impureté, cette aura blanche submergea sans peine la rose, mêlée de rouge et de blanc.
Une aura forgée par la Famille impériale contre une autre trempée toute une vie sur le front. Laquelle avait les convictions les plus solides, cela ne faisait aucun doute.
Si le duel était le domaine de la Princesse, l’aura était celui d’Adrianna.
Le duel prit fin en un instant.
L’épée d’Adrianna pointait vers le cœur de la Princesse.
« Ah… »
Adrianna entrouvrit les lèvres.
Son visage impassible se décomposa, la surprise prenant le dessus.
Adrianna reprit ses esprits et s’apprêtait à dire quelque chose quand…
« Je m’avoue vaincue. »
La Princesse lâcha son épée et recula.
À son dos qui s’éloignait, Adrianna lança :
« Merci de m’avoir instruite. »
Elle baissa la tête.
La pure méchanceté.
Adrianna le pensait sincèrement, ce qui rendait la provocation d’autant plus efficace.
* * *
« Le deuxième duel opposera Liam, commandant du Deuxième bataillon, à… »
« C’était un duel impressionnant. Non, pourquoi vous me fusillez encore du regard ? »
« Ce n’est pas bien. »
Galahad adressa un sourire contrit à Adrianna, qui le réprimandait.
« Se servir d’un cadeau précieux pour jouer avec les émotions de son adversaire… C’était indigne d’un duel. »
« Tu as raison. C’était plutôt déloyal. »
Adrianna ouvrit légèrement les yeux quand Galahad acquiesça sans discuter.
« Mais sans ça, tu aurais perdu. »
« Cela aurait simplement montré que mon talent ne suffisait pas, et il n’y aurait rien eu à y faire. Il n’y a pas de honte à perdre. Personne ne gagne à tous les coups. »
C’était un argument juste.
La défaite devait peser lourd à l’héroïne du Nord, pourtant elle ne semblait pas le moins du monde honteuse.
Il y avait une raison à la pureté de son aura.
« Dans les duels impériaux, on cherche à provoquer les émotions de son adversaire. À la capitale, ils vont encore plus loin. Certains chevaliers insultent les parents de leur adversaire pour le faire sortir de ses gonds. Ils sont sacrément doués pour ça. »
« Le comportement condamnable d’autrui ne justifie pas le sien. »
Elle était honnête à un degré exaspérant.
C’était pour cela qu’elle serait l’épée qui transpercerait le Roi démon.
Montrer la bague pour provoquer l’adversaire n’était pas interdit dans un duel impérial, mais inutile d’irriter davantage la Princesse.
« D’accord. Je suis désolé. »
Quand il s’excusa sans hésiter, Adrianna secoua la tête.
« Ce n’est pas à moi que tu devrais présenter tes excuses. »
Elle tourna les yeux vers la Princesse. Galahad claqua la langue et lui fit signe de la main.
La Princesse fixait Galahad en silence.
Ses yeux étaient injectés de sang, tant elle avait refusé de cligner des paupières.
« Je lui présenterai des excuses comme il se doit. »
« Très bien. »
Adrianna s’assit à côté de Galahad. Son regard s’était adouci, mais elle avait toujours les sourcils froncés.
« En plus, c’était moi l’enjeu de ce duel. Je voulais que tu gagnes, coûte que coûte. Si tu perdais, je ne pourrais pas te tenir la main. Moi aussi, j’étais désespéré. »
À ces mots sincères, Adrianna haussa légèrement les sourcils.
« Un Nord stérile, froid et barbare où tu es, c’est mieux qu’une capitale sans toi. »
« …Tu peux t’arrêter. J’ai compris. À y réfléchir, j’ai aussi une part de responsabilité. »
Adrianna poussa un léger soupir et hocha la tête.
Les yeux de Galahad s’illuminèrent.
« C’est vrai. »
« …Quoi ? »
« Maintenant que j’y pense, c’est moi qui ai suggéré l’idée, mais c’est toi qui l’as mise à exécution, non ? »
Le sourcil d’Adrianna tressaillit.
« Non… »
« En plus, tu l’as mise à l’annulaire. Je ne te croyais pas aussi calculatrice. »
L’agitation monta autour d’eux. Quelqu’un avait dû marquer un point.
Galahad regarda Adrianna.
Ses yeux s’agitèrent vivement.
« Tu l’as vraiment fait tourner en bourrique. En sortant l’annulaire comme ça. »
« Quand est-ce que j’ai fait ça ?! »
« Si tu hausses la voix, c’est que tu te sens coupable. »
« Non… »
Adrianna poussa bientôt un profond soupir.
« Alors, qu’est-ce que tu veux ? »
« À t’entendre, on croirait que j’ai dit ça parce que je veux quelque chose. »
Adrianna plissa brièvement les yeux.
« Malgré tout, je ne peux pas te décevoir. Donne-moi ta main un instant. Tu avais l’air blessée tout à l’heure. »
« Tu ne vas pas bientôt te battre ? »
« Justement, j’en ai besoin. »
Il voulait lui tenir la main parce qu’il en avait besoin pour le duel ?
Adrianna n’y comprenait rien.
Le sourire en coin qu’il affichait donnait l’impression qu’il mijotait encore quelque chose.
« Ta main. »
Dans un soupir, Adrianna lui tendit la main.
* * *
« À présent, le dernier duel opposera le commandant de l’Unité des opérations spéciales, Galahad, à Bunch. »
« J’y vais, alors. »
Adrianna regarda sans réagir Galahad s’éloigner en titubant vers l’arène.
Il lui avait serré la main si fort qu’elle en picotait encore.
Pourquoi ?
Adrianna murmura en observant sa main rougie.
Galahad était intelligent. Pourtant, avant un duel, il lui avait tenu la main.
Et plus longtemps que d’habitude.
C’était le genre de geste qui lui ferait perdre des forces.
Adrianna chercha sérieusement à comprendre pourquoi il avait fait ça.
Gilbert s’approcha alors.
Il avait bien meilleure mine que d’habitude.
Son expression semblait la supplier de poser la question ; Adrianna s’exécuta.
« Il vous est arrivé quelque chose de bien ? »
« Ah, j’ai gagné gros. »
« Vous avez gagné ? »
« Le capitaine a misé de l’argent sur le duel de Lady Adrianna. »
Gilbert laissa échapper un petit rire rusé.
Le Grand-Duc aimait jouer ; il avait donc dû organiser les paris.
« J’ai quand même été un peu surpris quand le capitaine a ajouté ma solde et misé toute sa fortune… »
Gilbert gloussa avec malice.
À son sourire, il avait sans aucun doute gagné.
Galahad avait misé toute sa fortune sur Adrianna, ce qui signifiait que le Grand-Duc avait parié sur la Princesse.
La poitrine d’Adrianna se serra à l’idée que le Grand-Duc ait misé sur la Princesse.
Mais Galahad avait parié toute sa fortune sur elle…
Elle se sentait oppressée, et en même temps étrangement chatouillée.
Toute sa fortune…
Adrianna toussa doucement.
Gilbert annonça ensuite fièrement qu’il avait misé sur Galahad tout l’argent gagné.
Adrianna fronça les sourcils.
Si Galahad comptait gagner, il n’avait pas eu besoin de lui tenir la main.
Il avait forcément un autre plan.
Peut-être que…
« Hé hé. Je suis riche, maintenant. »
Adrianna se détourna de Gilbert.
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