Chapitre 64
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Traducteur/éditeur : Ceaseless
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◈ Le Fou Gendre du Grand-Duc du Nord ◈
Chapitre 64 : Anneau et gantelet
──────
*Elle aussi, elle peut faire une tête pareille.*
Galahad marmonna doucement en regardant Adrianna.
Adrianna était d’ordinaire impassible. Même lorsqu’il se passait quelque chose, seuls ses sourcils bougeaient, et encore, à peine.
Galahad devait se tenir face à elle pour s’en apercevoir.
Pourtant, Adrianna le foudroyait du regard.
On aurait dit qu’elle avait des haches dans les yeux.
Si même Adrianna le regardait ainsi, c’est qu’elle devait être furieuse.
Et pour cause…
« Ce cadeau appartenait à quelqu’un d’autre, non ? Le donner à une autre personne… ce n’est pas bien. »
Adrianna s’exprima d’un ton ferme.
Elle était furieuse qu’il ne respecte pas le cadeau de quelqu’un d’autre. C’était tout à fait Adrianna.
Et elle avait raison.
Mais…
« Je n’ai jamais dit que je te le donnais. »
« … !! »
Adrianna ouvrit de grands yeux. Son regard furieux disparut.
« Tu as une sacrée opinion de toi-même. »
Galahad claqua la langue et Adrianna se figea. Il n’entendait même plus sa respiration.
La voyant toujours raide comme un piquet, Galahad ajouta :
« Je te dis de le porter pendant le duel. »
Alors seulement, Adrianna poussa un profond soupir.
Ses sourcils bougèrent de nouveau. Les coins intérieurs s’abaissèrent, tandis que les extérieurs remontaient. Cette fois, son regard n’avait rien de féroce.
« Un duel est sacré. Il n’est pas juste que d’autres facteurs interviennent dans un affrontement qui devrait se décider uniquement à l’épée. »
Elle avait encore raison.
Le visage d’Adrianna reprit son expression habituelle, vide de toute émotion.
Ses joues étaient toutefois un peu rouges.
« Une règle interdit-elle de porter une bague pendant un duel ? »
« … Non. »
« Alors pourquoi dis-tu que c’est mal ? »
Adrianna entrouvrit les lèvres, puis les referma. Peu après, elle fronça légèrement les sourcils, comme si elle réfléchissait intensément.
« Tu ne te sers pas de la sincérité derrière ce cadeau pour provoquer celle qui te l’a offert ? Ça… »
« Ça ? »
« Ça ne contrevient pas aux règles, mais… »
« Mais ? »
« … »
Adrianna pinça les lèvres. Elle semblait ne plus savoir quoi dire. Ses yeux bleus tremblèrent légèrement.
« La Princesse en portera une aussi. Cette bague est dotée de plusieurs bénédictions. Si la Princesse en porte une et pas toi, ce ne serait pas injuste ? »
Les sourcils d’Adrianna tressaillirent violemment.
Puis elle hocha lentement la tête.
« C’est… vrai. »
« Alors pourquoi refuses-tu ? »
« Même ainsi… »
« Même ainsi ? »
Adrianna garda fermement la bouche close.
« Comme tu le sais, c’est moi qui suis en jeu dans ce duel. Si tu perds, cette Princesse m’emmènera sans hésiter. »
« Vous aviez l’air proches, toutes les deux. »
« Tu es jalouse ? »
« … Quoi ? »
« La Princesse est une supérieure exécrable. Si je la suis, j’ai de grandes chances d’y laisser la peau. »
« Qu’est-ce que tu veux dire ? »
L’expression d’Adrianna devint aussitôt sérieuse.
Il exagérait un peu, mais ce n’était pas un mensonge.
Au lieu de répondre, Galahad glissa une cigarette entre ses lèvres. Adrianna ne le pressa pas.
Un instant plus tard, Adrianna poussa un faible soupir et retira son gantelet.
Ses doigts blancs et fins étaient couverts de callosités. Elle passa la bague à son auriculaire. Elle était un peu trop grande.
« Elle ne te va pas. Mets-la à l’annulaire. »
« Non. »
La voix d’Adrianna était ferme.
Son regard féroce réapparut, et Galahad s’éclaircit doucement la gorge.
« Je n’aurai pas besoin de me servir de cette bague. »
Adrianna reprit son ton indifférent habituel.
Cela ne dépendait pas de la volonté d’Adrianna, mais inutile de le préciser.
« Son Altesse la Princesse vous cherche. »
Galahad hocha la tête à l’adresse d’Adrianna, puis s’éloigna.
Adrianna fixa un instant sa main, l’air absent.
Elle ne comprenait pas pourquoi elle portait la bague que la Princesse avait offerte à Galahad.
La situation était devenue quelque peu étrange, mais…
Elle porterait de toute façon son gantelet, et personne ne verrait la bague.
La poitrine inexplicablement serrée, Adrianna réajusta sa prise sur son épée.
* * *
« Le Nord, c’est que de la merde, mais l’alcool est pas mal. »
La Princesse était étendue sur un canapé.
La pièce était rustique, à l’image du Nord, mais la splendeur de la Princesse lui donnait des airs de salle de banquet de la capitale.
Des bouteilles vides jonchaient le sol autour d’elle. Une forte odeur d’alcool imprégnait la pièce.
Galahad fronça les sourcils et claqua des doigts.
Le vent dispersa l’épaisse odeur d’alcool.
La Princesse étendit ses longues jambes. Le côté de sa robe somptueuse avait été déchiré. Elle l’avait manifestement arraché parce qu’il la gênait.
« Pourquoi es-tu venu ? »
« Je ne t’ai pas dit que je venais parce que j’avais envie de te voir ? »
Galahad plissa les yeux devant la réponse désinvolte de la Princesse.
Elle se la coulait vraiment trop douce. Il porta une cigarette à ses lèvres.
Quand il l’alluma, un parfum de citron se répandit dans la pièce.
« Tu es pressé. »
La Princesse marmonna en regardant la cigarette.
Galahad l’ignora et tira une longue bouffée.
Alors seulement, la Princesse se redressa.
« Défier le Grand-Duc en duel était une décision idiote. »
« Le fait de t’avoir vue en a fait une réussite. »
Sa voix était sincère.
La Princesse croyait réellement que ça avait été une réussite.
Et, ce qui était agaçant, elle connaissait bien Galahad.
À partir du moment où elle lui avait donné son doigt, elle était devenue une carte qu’il n’avait pas le choix de garder en réserve.
Elle avait tout de même semé un sacré bazar.
« Ça va être difficile à arranger. »
« Ma vie a-t-elle déjà été facile ? »
Galahad sourit faiblement. Le parfum de citron emplit la pièce.
La Princesse, membre de la Famille impériale, avait défié le Grand-Duc en duel amical.
Si elle perdait, on s’occuperait d’elle sous prétexte qu’un membre sacré de la Famille impériale avait été blessé.
Gagner poserait également problème.
Galahad n’avait aucune intention de quitter le Nord.
La solution, c’était…
« Épouse le prince du Royaume de Barten. »
La Princesse fronça les sourcils en entendant Galahad.
L’atmosphère se refroidit instantanément.
Galahad n’en eut cure et poursuivit :
« Maintenant que le doigt a disparu, le Troisième Prince ne pourra plus agir à sa guise. Si Votre Altesse épouse le prince du Royaume de Barten, vous pourrez sortir de l’impasse. »
« C’est logique. Tu es intelligent, comme toujours. »
Les lèvres de la Princesse s’incurvèrent.
Un sourire feint.
La Princesse folle souriait quand elle était en colère.
Elle pleurait quand elle était heureuse…
« Très bien. J’ai compris. Mais j’ai une condition. »
« Je refuse. »
Galahad secoua aussitôt la tête. Pas besoin de l’entendre.
« Tu ne l’as même pas entendue. »
« Tu vas me demander de devenir ton amant, pas vrai ? »
« Exactement. Deviens mon amant. »
La Princesse désigna Galahad de son long doigt.
La Princesse connaissait parfaitement sa propre valeur. Sa beauté éclatante et son statut de princesse étaient des atouts précieux, et le moyen le plus coûteux de les exploiter était une demande en mariage.
En lui proposant de devenir son amant, la Princesse lui offrait ce qu’elle avait de plus précieux.
Malheureusement, lui proposer d’être son amant était la chose la plus romantique que la Princesse pouvait dire.
« Non. Il y a une femme que j’ai l’intention d’épouser. »
« Et moi, j’ai un homme que j’ai l’intention d’épouser. Nous sommes quittes. »
Son raisonnement se tenait plutôt bien, et Galahad resta sans voix un instant.
Puis le bout de sa cigarette tomba avec un petit toc. La Princesse poussa un faible soupir.
« Ma réponse ne change pas. »
« Tu es un sacré entêté. »
La Princesse prit son verre et le remua. Galahad claqua la langue, puis des doigts. L’alcool s’éleva du tonneau posé à côté d’eux et coula dans le verre de la Princesse.
La Princesse vida son verre d’un trait, puis sourit.
« C’est parfaitement frais. L’alcool que tu verses reste le meilleur. »
Galahad écrasa sa cigarette. La Princesse eut l’air déçue.
Il la jeta, puis se détourna sans hésiter.
En voyant son dos froid, la Princesse ouvrit la bouche.
« Même si ce jour revenait, je te choisirais. »
Juste avant de sortir, Galahad s’arrêta.
« Dis-le correctement. Tu ne m’as pas choisi. Tu ne m’as pas fait confiance. »
Galahad quitta la pièce sans un mot de plus.
La Princesse claqua la langue en le voyant disparaître sans lui laisser le temps de répondre.
Il avait raison.
Ce jour-là, la Princesse n’avait pas fait confiance à Galahad.
« C’est un peu injuste. »
La Princesse marmonna doucement.
Elle savait mieux que quiconque de quoi Galahad était capable.
Mais…
« Même si c’était toi, comment aurais-je pu fermer les yeux sur ta déclaration de rébellion ? »
La Princesse éclata de rire, toute seule.
* * *
*Le Troisième Prince, le doigt et la Princesse…*
« Eh bien, si ce n’est pas mon cadet arrogant. »
Une voix acerbe interrompit les pensées de Galahad.
Un homme en cape blanche se tenait devant lui. La cape blanche était le symbole de la Tour de magie blanche, et les fils dorés brodés dessus indiquaient qu’il s’agissait d’un mage de haut rang.
C’était sans aucun doute le mage qui affronterait Galahad en duel.
« Cadet ? On se connaît ? »
Le visage de l’homme se déforma aussitôt à la question de Galahad.
« Ha ! Tu fais semblant de ne pas me connaître. »
« Désolé, mais je ne retiens pas les choses inutiles. Tu m’as appelé “cadet”, donc tu dois venir de l’Académie impériale. Alors… »
Galahad examina le visage de l’homme. Ses sourcils clairsemés lui semblaient assez familiers.
*Ah, c’était un larbin du Prince héritier.*
Des souvenirs de ses années à l’Académie lui revinrent après tout ce temps.
Quand Galahad y était entré, le Prince héritier était en dernière année. Il ne l’avait aperçu que de loin.
Le Prince héritier n’avait pas apprécié que Galahad batte son record et devienne le plus jeune élève à intégrer l’Académie.
Bien sûr, il ne s’en était pas pris directement à Galahad.
Le Prince héritier était un noble membre de la Famille impériale.
Il s’était contenté de dire que Galahad l’agaçait un peu.
C’était suffisant pour que les larbins du Prince héritier rendent la vie de Galahad difficile.
Cet homme en faisait partie.
« Ah, un des types qui suivaient le Prince héritier partout. Tu t’appelais… Chimpanzé ? »
« Je m’appelle Bunch, espèce d’enfoiré ! Tu fais juste semblant de ne pas me connaître. »
Bunch sourit d’un air suffisant. Il se comportait davantage comme un voyou que comme un mage.
« Ah, Bunch. C’était ton nom. Chimpanzé sonne mieux, quand même. Ravi de te revoir. »
Galahad lui tendit la main par habitude. Bunch fronça les sourcils et ne la prit pas.
Il se méfiait pas mal.
Bunch agita son bâton et ricana.
« Ha ! Quel drôle de destin. Être détesté par Son Altesse le Prince héritier ne te suffisait pas, il a aussi fallu que Son Altesse la Princesse te prenne en grippe. »
Bunch renifla et ricana. Il cherchait à provoquer Galahad, mais il disait vrai.
Galahad acquiesça sans hésiter.
« Je suis d’accord. Quelle vie épuisante. »
« Tu es devenu sacrément grossier. À l’Académie, tu avais un certain charme. »
« Désolé, mais j’étais déjà plus grand que toi à l’époque. Tu n’étais pas déjà petit, même alors ? »
Le bâton trembla dans la main de Bunch. Galahad le détailla de nouveau.
*Un mage de haut rang de la Tour de magie blanche…*
La Tour de magie blanche était assez prestigieuse pour compter parmi les quatre grandes Tours de magie.
Le talent seul ne suffisait pas pour y entrer. La lignée comptait aussi.
Bunch était donc un mage issu d’une famille prestigieuse et doté d’une grande puissance.
*Il était assez compétent pour rester aux côtés du Prince héritier.*
Il n’avait pas l’air d’avoir le meilleur caractère, mais le Prince héritier était digne du trône.
Le Prince héritier savait reconnaître les gens talentueux. La concurrence était féroce pour rester près de lui. Le simple fait que Bunch ait pu se tenir à ses côtés prouvait ses capacités.
Bien sûr, le Prince héritier avait détesté Galahad pour avoir battu son record, mais il n’était pas le seul.
La plupart des mages avaient détesté et envié Galahad.
C’était le sort inévitable d’un génie.
Quoi qu’il en soit, si Bunch avait réussi à rester aux côtés du Prince héritier, ses compétences étaient indéniables.
Il serait un adversaire pénible.
Une question lui vint alors. Bunch avait clairement suivi le Prince héritier, alors que faisait-il ici ?
« Ah, à te voir collé à la Princesse, tu as rompu avec le Prince héritier ? »
« Quoi ? Espèce de chien… »
Galahad avait posé la question poliment, mais Bunch s’emporta. Galahad claqua doucement la langue.
« Tu manques toujours autant de savoir-vivre. »
Une musique familière se fit alors entendre. Le brouhaha s’éteignit aussitôt.
Tandis que la musique enflait, une femme vêtue de rouge apparut lentement.
C’était la Princesse, en robe de soirée.
Sans se soucier des regards braqués sur elle de toutes parts, la Princesse avançait avec assurance.
À son apparition, Bunch recula discrètement.
« Je te remettrai les idées en place plus tard. Je te rappellerai tes années à l’Académie. »
« Tes menaces manquent autant d’originalité que ta magie. »
« Grr… ! »
Bunch recula légèrement quand la Princesse regarda Galahad.
La Princesse se dirigea tout naturellement vers la tribune la plus élevée. Elle s’installa comme si elle s’adossait à un immense fauteuil, puis fit un geste. Un chevalier lui apporta un verre.
Une corne retentit, stridente. Au lieu de crier, les chevaliers frappèrent le sol du pied.
Boum !
De lourds pas résonnèrent au milieu du martèlement.
C’était le Grand-Duc.
Dès son apparition, tout se tut.
Tous observèrent attentivement le Grand-Duc.
Peu après, il monta sur la tribune située en face de celle de la Princesse.
À cet instant, Adrianna s’approcha de Galahad. Son front était couvert de sueur ; elle avait donc dû s’entraîner à l’épée jusqu’à l’instant même.
C’était vraiment une chevalière.
« Tu connais cet homme ? »
Adrianna demanda en désignant Bunch, au loin. Galahad acquiesça.
« Nous étions à la même Académie. »
« Ah, je vois… »
« Et la bague ? »
À la question de Galahad, Adrianna hésita un instant, puis hocha la tête.
« À quelle main ? »
« Quoi ? Je l’ai mise à la main droite. »
Adrianna agita la main droite. Son gantelet la dissimulait.
Galahad déplaça discrètement son regard. La Princesse les observait d’en haut.
Son regard était fixé sur Galahad.
Ces grands yeux rouges lui firent…
« Donne-moi ta main. »
« … Quoi ? »
« Ah, ne retire pas ton gantelet. Je suis pressé. »
À la demande insistante de Galahad, Adrianna tendit la main.
Elle portait un gantelet, mais ce n’était pas bien grave.
Galahad posa sa main sur celle d’Adrianna. Une faible chaleur traversa le gantelet froid.
Adrianna ouvrit de grands yeux. Elle tenta de retirer sa main à la hâte.
Galahad l’enjoignit doucement :
« Ne bouge pas. C’est nécessaire. »
Adrianna se figea.
Comme si elle s’était effondrée.
Galahad jeta un coup d’œil à la Princesse.
La Princesse…
Souriait de toutes ses dents.
*Ça a marché.*
Galahad porta la main à son cou glacé.
Puis il sentit le regard de quelqu’un.
En tournant la tête, Galahad tressaillit légèrement.
Un Monstre de haut rang le foudroyait du regard.
Non, en y regardant de plus près, c’était le Grand-Duc.
Le Grand-Duc le fusillait du regard.
Cette fois, même Galahad n’eut d’autre choix que de détourner les yeux.
Il ne lâcha pourtant pas la main d’Adrianna.
C’était nécessaire…
Boum.
*Œuf de bas étage, reste tranquille.*
L’Œuf de la douleur trembla en signe de protestation.
* * *
*Pourquoi est-ce que c’est moi qui supervise tout ça…*
Theodore, chargé d’arbitrer le duel, se frotta la gorge sèche.
*L’ordre est… Liam, Galahad, puis Adrianna.*
Au départ, l’ordre devait être Galahad, Liam, puis Adrianna, mais Liam avait demandé à passer en premier.
Il prétendait qu’il prendrait l’avantage en combattant le premier.
L’ordre avait été modifié à sa demande.
L’adversaire d’Adrianna était la Princesse. Mieux valait ne pas en arriver à son combat.
*Il serait préférable que Liam et Galahad règlent ça proprement.*
Inutile de parler des talents de Liam. Galahad inquiétait Theodore, mais il avait même tué des Démonides : il n’y avait aucune raison qu’il perde.
Si tous deux l’emportaient, Adrianna n’aurait pas à se battre. Rien de bon ne pouvait résulter d’un affrontement avec une membre de la Famille impériale comme la Princesse.
Theodore chercha un signe du Grand-Duc.
Le Grand-Duc regardait ailleurs.
Theodore tourna la tête et fut légèrement horrifié. Galahad et Adrianna se tenaient ouvertement la main.
Non, à vrai dire, Adrianna avait plutôt l’air d’avoir été prise en faute.
Galahad, lui, était assis tranquillement…
*Il a vraiment du cran.*
Même si elle portait un gantelet, il tenait la main d’Adrianna devant le Grand-Duc. Theodore admirait sincèrement cette folle audace.
Les épaules du Grand-Duc se mirent à tressaillir.
S’il ne faisait rien, il finirait à coup sûr par arracher la tête de Galahad.
Theodore s’empressa de prendre la parole.
« À présent, le premier duel opposera… »
« Je vais y aller. »
Une voix froide retentit quelque part.
Quand Theodore se retourna, la Princesse s’était levée.
Elle n’avait plus la même allure. Ses cheveux rouges s’éventaient dans toutes les directions, comme les dents d’un râteau, et ses yeux se plissaient en de magnifiques arcs.
Elle souriait des yeux, mais quelque chose dans ce sourire était étrangement froid.
La Princesse se tenait déjà au centre. Un chevalier impérial se précipita pour lui remettre une épée.
C’était une rapière richement ornée.
« Avance. »
La Princesse pointa sa rapière vers Adrianna.
Sa voix résonnait de rire.
Adrianna, qui venait d’être désignée…
Était toujours figée.
« Adrianna, elle te dit d’avancer. »
Quand Galahad lui lâcha la main, Adrianna cligna des yeux.
Peu après, elle reprit ses esprits, se leva et se dirigea vers le centre.
Face à la Princesse, Adrianna poussa un profond soupir.
Son visage retrouva son habituelle impassibilité.
Contrairement à Adrianna, lourdement armée, la Princesse portait une robe.
« Vous n’allez pas mettre d’armure ? »
À la question d’Adrianna, la Princesse releva un coin des lèvres.
« Inutile. Ton épée ne m’atteindra jamais. »
« Alors, nous ne pouvons pas commencer le duel. »
Adrianna avait répondu sérieusement. Les yeux de la Princesse se plissèrent davantage.
« Tu es pénible. »
La Princesse saisit le col de sa robe et le déchira.
Theodore fut stupéfait par ce geste scandaleux.
Sous la robe déchirée se trouvait une armure, d’un rouge éclatant et richement ouvragée.
Elle épousait étroitement son corps, comme la peau d’un reptile.
*Ça va compliquer le déroulement…*
Theodore hurla intérieurement devant cet ordre soudain bouleversé.
Les deux femmes s’étaient déjà avancées.
Il n’avait pas le choix : il devait lancer le duel.
Theodore fit un signe sur le côté.
Le soldat qui tenait la corne dans sa bouche hocha vigoureusement la tête.
La corne retentit, stridente, annonçant le début du duel.
Au même instant, la Princesse bougea.
Non, elle disparut.
Clang !
Un son aigu retentit l’instant d’après.
Leurs épées s’étaient déjà croisées.
« Flanc gauche : un point. »
En voyant la longue marque gravée sur son gantelet…
Et le sourire de la Princesse s’élargir…
Adrianna perdit contenance.
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