Chapitre 60
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Traducteur/éditeur : Ceaseless
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◈ Le Fou Gendre du Grand-Duc du Nord ◈
Chapitre 60 : Cadeau
──────
« Où étiez-vous passé ? »
Gilbert posa la question d’une voix légèrement fébrile. De la vapeur s’élevait sous son épaisse armure.
Le soleil commençait à peine à se lever et il s’entraînait déjà avec acharnement. C’était vraiment un excellent chevalier.
« Je suis allé me promener cette nuit. »
— « Quelle promenade dure toute la nuit ? »
— « Vous vous intéressez beaucoup à moi. Je suis déjà promis à une femme. Et même si ce n’était pas le cas, les hommes ne m’attirent pas. »
Galahad répondit avec fermeté, et Gilbert pencha la tête.
Laissant derrière lui Gilbert et son air idiot, Galahad entra.
Le commandant du cinquième bataillon était assis là, comme si c’était tout naturel. Galahad prit place en face de lui et lui exposa brièvement la situation.
Il lui expliqua dans les grandes lignes que la Société de magie noire était devenue un rassemblement d’ouvriers de la Mine de pierres magiques.
« Compris. Je vais donc déployer davantage de troupes à la Mine de pierres magiques. »
Contrairement à la plupart des gens du Nord, Mark avait l’esprit vif.
C’est alors qu’un cri rauque retentit dehors. La porte s’ouvrit à la volée et Gilbert entra.
« Bon sang ! »
Mark ouvrit de grands yeux devant l’entrée fracassante de Gilbert. Celui-ci s’inclina légèrement devant Mark, puis s’adressa de nouveau à Galahad.
« Cette femme me plaît ! »
— « Vous êtes donc un coureur de jupons. »
— « … Quoi ? »
— « Commandant Mark, Sir Gilbert dit qu’il aime beaucoup les femmes. »
— « Sir Gilbert, que pensez-vous de Lumian ? Elle a encore plus mauvais caractère ces derniers temps. »
— « Oh, excellente idée. Scellons notre alliance par un mariage, Sir Gilbert. »
— « C-cette Lumian est un peu… »
— « Eh bien, vous êtes laid et difficile, en plus. »
Galahad ricana en voyant le visage de Gilbert se décomposer, puis glissa une cigarette entre ses lèvres.
« Je ne suis pas laid. »
— « Si, vous êtes laid, sans aucun doute. Vous avez au moins une tête sympathique, mais vous êtes laid. »
— « Je suis d’accord. »
— « À la majorité, votre laideur est officiellement certifiée. »
— « Quoi ? Ça veut dire quoi, certifiée ? »
Galahad tapota la cendre de sa cigarette tandis que Mark mettait les documents en ordre. Au bout d’un moment, Gilbert reprit la parole avec empressement.
« Non, ce que je veux dire, c’est que Lumian a vraiment mauvais caractère. Et ses taches de rousseur… »
Gilbert continua de détailler les raisons pour lesquelles Lumian lui déplaisait.
« Sir Gilbert. »
— « Et puis, elle a un regard tellement féroce… »
— « Sir Gilbert ? »
— « Pourquoi vous n’arrêtez pas de m’appeler ? Je n’ai pas fini. »
Galahad claqua doucement la langue devant l’assurance de Gilbert.
« Quand le commandant Mark est là, son adjointe, Lumian, se trouve généralement dans les environs. »
— « Quoi ? »
Gilbert tourna la tête.
Lumian se tenait là, le regard encore plus féroce que ce que Gilbert avait décrit. Le visage de celui-ci blêmit.
« Sir Gilbert ne me plaît pas non plus. Il est laid. »
— « Eh bien, trois personnes sur quatre sont d’accord. »
Gilbert tenta de se justifier, mais Lumian s’en alla la première.
Gilbert serra les lèvres.
« La réaction n’était pas si mauvaise, non ? »
— « Je suppose. Lumian ne l’a pas insulté. »
— « Eh bien, Sir Gilbert est un sacré pécheur. »
Galahad et Mark se relayèrent pour taquiner Gilbert. Celui-ci finit par entrouvrir prudemment la bouche.
« … Vraiment ? »
— « Vous étiez fait pour être chevalier. »
Mark acquiesça aux paroles de Galahad.
À ce moment-là, une odeur appétissante leur parvint d’on ne savait où. Galahad tapota la cendre de sa cigarette et se leva.
À l’étage, Tom remuait énergiquement une marmite. À côté de lui, Gwen transpirait à grosses gouttes en soufflant sur le feu.
« Ah, vous voilà. C’est presque prêt. »
— « FEEEEU ! »
— « Gwen, une fois le sort lancé, pas besoin de continuer à le réciter. »
— « Ça m’aide à mieux me concentrer ! »
Galahad acquiesça à la réponse de Gwen.
Chaque mage suivait sa propre voie vers la magie. Il en existait une infinité.
Galahad était convaincu que sa méthode était la bonne, mais il ne le lui fit pas remarquer.
Ce genre d’entêtement prouvait qu’elle devenait mage.
Bientôt, Tom retira du feu la marmite de ragoût terminée et remplit les bols.
« Sers-en deux autres. Il y a des gens travailleurs en bas. »
— « Ah, je les avais déjà préparés. »
Galahad ordonna à Gilbert de porter le ragoût en bas.
Gilbert se lissa les cheveux, prit une drôle d’expression, puis emporta les bols.
Après avoir servi les autres, Tom posa la marmite restante. Damian y plongea aussitôt la tête.
Galahad claqua la langue, et Damian releva la tête.
« Prends une cuillère. »
— « C’est gênant. »
— « Hum. »
Damian se servit du ragoût dans la marmite à l’aide d’une cuillère.
Comme toujours, le ragoût était incroyable. Galahad en fut sincèrement impressionné.
Tom remarqua que le manteau de Galahad était déchiré et se leva en disant qu’il allait lui en confectionner un nouveau.
Tom mangeait et dormait moins que les autres, mais travaillait davantage. Galahad hocha la tête, satisfait.
« Il dit qu’il a faim, lui aussi. »
— « Qui ça ? »
— « Là. »
Gwen désigna la poitrine de Galahad.
« Il parle plus couramment qu’avant ?! »
— « Ah bon ? Qu’est-ce qu’il dit ? »
— « Euh… Quoi ? C’est un secret ? Il dit que c’est un secret ! »
Gwen se couvrit la bouche, stupéfaite, et Galahad fronça les sourcils.
« C’est un ordre. »
— « U-un ordre ! »
— « Désobéir aux ordres est passible de mort et d’une baisse de salaire. »
— « … Une baisse de salaire ! Je vais vous le dire ! »
Le visage de Gwen se durcit. Elle prit un air grave et parla d’une voix basse.
« Hé hé… Avec autant de puissance, j’en ai même peur. »
Boum ! Boum ! Boum !
C’était une déclaration bien grandiose pour un œuf de bas rang.
Boum ! Boum !
Peut-être parce qu’il avait rencontré Gwen, quelqu’un avec qui il pouvait communiquer, l’œuf continuait de battre avec insistance.
« Ensemble, nous sommes invincibles… »
— « Ça suffit. Tu peux arrêter. »
— « Ah ! Oui ! Il dit qu’il est déçu ! »
— « Dis-lui de se taire. »
— « Tais-toi ! »
Vers la fin du repas, Tom revint. Il portait un élégant manteau noir.
La qualité et la coupe étaient supérieures à celles du précédent. Il semblait avoir été confectionné avec la peau de l’énorme Monstre capturé par le Septième bataillon.
Tom avait réussi à récupérer cette peau au milieu de tout ce chaos. Galahad en fut discrètement impressionné.
« Il ne gardait pas très bien la chaleur, alors j’ai doublé l’intérieur avec de la peau de courtilière. »
— « Bien. »
Galahad retira son manteau en loques. Tom l’aida à enfiler le nouveau, comme l’aurait fait un tailleur.
« Ce serait encore mieux si vous soigniez les finitions du col et des manches. »
— « Ah, je vois. Y a-t-il autre chose qui vous gêne ? »
Tom lui demanda d’autres remarques. Galahad lui indiqua ce qu’il fallait modifier, et Tom nota soigneusement tout ce qu’il disait.
Gilbert, qui était revenu tard, vida son bol comme s’il le buvait.
Une fois Gilbert repu lui aussi, Galahad se leva.
« Tout le monde, préparez-vous. Le sixième bataillon est le prochain. Nous poursuivrons l’inspection des brèches sur la ligne de front, comme Son Altesse le Grand-Duc nous l’a ordonné. »
— « Tout est prêt ! »
Comme toujours, Tom répondit avec entrain.
« Vous venez à peine d’arriver, non ? »
Gilbert demanda cela en regardant Galahad d’un air étrange.
« C’est vrai. »
— « Vous ne devriez pas dormir ? »
— « Ça va. Je ne dors pas beaucoup. »
Gilbert fronça les sourcils devant la réponse de Galahad.
Le silence s’installa un instant. Galahad songea à tout ce qu’il avait à faire.
La Maison Proxel, les Démonides de haut rang, Aube, Adrianna… Il y avait beaucoup trop de choses en attente.
Gilbert prit alors la parole.
« Commandant, on dirait toujours que quelque chose vous poursuit. »
Gilbert parlait sans détour.
Cette question, qu’il avait déjà entendue, lui rappela plusieurs voix.
[Le Roi démon n’existe pas.]
[Pourquoi êtes-vous si pressé ?]
[Quelle obsession étrange.]
Il l’avait entendue bien souvent.
Galahad avait beau tout expliquer, personne ne comprenait ce qu’était le Roi démon.
Tous niaient l’existence du Roi démon.
Ils s’obstinaient stupidement à prétendre qu’une telle chose n’existait pas.
Pourtant, la vérité ne devenait pas mensonge simplement parce que tout le monde la niait.
Galahad était certain d’avoir raison.
« Poursuivi ? C’est moi qui poursuis quelque chose. Quelle stupidité. »
Galahad claqua doucement la langue en voyant le visage de Gilbert tressaillir. Sans s’en rendre compte, sa voix s’était faite sèche.
De toute façon, Gilbert ne comprendrait pas, alors il ne prit pas la peine de s’expliquer.
Tom sortit à cet instant.
« Allons-y. »
Galahad porta une cigarette à ses lèvres en parlant.
La fenêtre vola alors en éclats. Gilbert dégaina précipitamment son épée.
Un faucon rouge venait d’entrer.
Non… était-ce un Monstre ?
« C’est le faucon de Son Altesse le Grand-Duc. »
Même sans l’explication de Gilbert, Galahad savait qu’il appartenait au Grand-Duc.
Qui d’autre que le Grand-Duc aurait élevé un faucon qui ressemblait à s’y méprendre à un Monstre ?
Le faucon laissa tomber un bout de papier, puis repartit aussitôt.
Damian ramassa le papier et le tendit à Galahad.
« Merci, Damian. »
Galahad examina le papier en silence.
« Hmm. »
Un son discret lui échappa.
Alors…
Gilbert vit pour la première fois Galahad sans sourire.
Son visage était glaçant.
* * *
« Pourquoi du sang de Démonide… »
Lunabirn, l’adjointe d’Adrianna, fronça les sourcils devant le tas de gourdes.
Le sang des Démonides dégageait une odeur incomparablement plus infecte que celui des humains.
Le conserver dans des gourdes atténuait un peu l’odeur, mais recueillir du sang de Démonide n’avait toujours aucun sens.
C’était un ordre d’Adrianna.
« Une demande du commandant Galahad, de l’Unité des opérations spéciales… »
Lunabirn claqua discrètement la langue en l’imaginant boire du sang de Démonide.
Les mages étaient incompréhensibles.
Au début, Lunabirn avait pensé qu’il ne tarderait pas à disparaître.
Pourtant, il n’était pas parti. Au contraire, il ne cessait de se distinguer.
Même au sein du premier bataillon, on disait du bien de lui.
Il n’était désormais plus possible de faire semblant de ne pas le voir.
Et puis…
« Lady Adrianna a l’air étrangement plus radieuse. »
Lunabirn jeta un coup d’œil à Adrianna, qui comptait les gourdes.
Son visage restait impassible, mais Lunabirn servait Adrianna depuis longtemps et savait reconnaître le moindre changement.
Jusqu’alors, Adrianna ne s’intéressait qu’aux Démonides et à rien d’autre.
Qu’Adrianna s’intéressât ne serait-ce qu’un peu à autre chose constituait un changement énorme.
Le changement n’était pas toujours une bonne chose.
Lunabirn songea à Galahad.
C’était un homme noble sous tous les angles. Beau Gosse était toujours plein d’assurance et décontracté ; il avait manifestement de l’expérience.
Adrianna était une héroïne du Nord, mais elle ne connaissait rien à l’amour. Sa tendance à consumer le mana la rendait maladroite non seulement en amour, mais aussi dans ses relations avec les autres.
Cette Adrianna si naïve risquait de se faire berner par lui.
Bien sûr, cela n’arriverait jamais…
Un faucon blanc passa alors au-dessus d’elles et se posa sur l’épaule d’Adrianna. Celle-ci déplia avec précaution le papier attaché à sa patte.
Adrianna lut la lettre sans y prêter attention. Lunabirn l’observa en silence.
Pour une raison ou une autre, elle mit beaucoup de temps à la lire.
Après avoir fixé le papier un moment, Adrianna regarda Lunabirn.
Quand Adrianna posait les yeux sur Lunabirn, son expression s’adoucissait légèrement. C’était la plus grande fierté de Lunabirn.
Mais le visage d’Adrianna était à présent plus grave que jamais.
Il s’était forcément passé quelque chose de grave.
La ligne de front confiée au deuxième bataillon s’était-elle effondrée ? Ou ces salauds d’impériaux avançaient-ils vers le nord ? Mille inquiétudes traversèrent l’esprit de Lunabirn.
Adrianna prit alors la parole.
« Suis-je mignonne ? »
La question sérieuse d’Adrianna suspendit les pensées de Lunabirn.
Adrianna, qui demandait d’un air grave si elle était mignonne…
Une invasion de l’Empire aurait été plus crédible.
Et surtout…
Adrianna avait quelque chose d’un peu mignon quand elle prenait cet air sérieux.
Malgré tout, Lunabirn ne pouvait pas se permettre de la dire mignonne.
« Pas du tout. Lady Adrianna est noble, splendide et belle. »
— « Alors c’était vraiment une plaisanterie. Bon sang… »
Les sourcils d’Adrianna tressaillirent légèrement.
Un énorme oiseau rouge passa alors dans le ciel. Il était plus proche d’un Monstre que d’un oiseau, tant il était grand. C’était le faucon du Grand-Duc.
L’oiseau rouge se posa sur l’autre épaule d’Adrianna. Les deux faucons crièrent en se regardant.
Adrianna déplia le papier épais attaché à la patte du faucon rouge.
Son visage se figea davantage encore.
« Qu’y a-t-il ? »
— « La princesse impériale a demandé un duel amical. Son Altesse le Grand-Duc a accepté. »
… Un duel amical ?
Autrefois, on nouait des liens d’amitié par des duels, mais cette tradition était désormais tombée en désuétude.
Les liens avec l’Empire avaient eux aussi été rompus depuis longtemps.
Ressortir soudain cette vieille coutume…
« Son Altesse le Grand-Duc m’a désignée, ainsi que le commandant du deuxième bataillon et le commandant de l’Unité des opérations spéciales. Nous partons sur-le-champ. »
Le choix des participants au duel était quelque peu étrange.
Adrianna et le commandant du deuxième bataillon, cela se comprenait.
Tous deux étaient des figures puissantes du Nord.
Mais…
« … Pourquoi le commandant de l’Unité des opérations spéciales ? »
« Nous passerons d’abord par le Septième bataillon. Nous y retrouverons le commandant Galahad. »
— « Pourquoi le commandant de l’Unité des opérations spéciales… Ah, c’est un ordre de Son Altesse le Grand-Duc ? »
Adrianna ne répondit pas.
« Une princesse ? Pourquoi la princesse se retrouve-t-elle mêlée à tout ça, tout à coup… »
L’intervention de la princesse sortait de nulle part.
* * *
La princesse Lucienne était une femme intelligente.
Alors qu’elle avait semblé condamnée dans une situation où survivre tenait de l’impossible, Lucienne ne s’était pas contentée de survivre. Elle avait aussi progressé dans l’ordre de succession.
Son chevalier, Deban, savait qu’elle n’avait pas survécu uniquement grâce à son intelligence.
« Galahad… »
Si Lucienne était la plus belle femme que Deban eût jamais vue, Galahad était la personne la plus capable qu’il eût jamais rencontrée.
Il était capable. Nul besoin d’en dire davantage.
Dans la Famille impériale, où plusieurs personnes mouraient chaque jour dans le silence, Galahad avait protégé Lucienne alors qu’elle était suspendue au bord du précipice.
Comme si cela ne suffisait pas, il l’avait également fait remonter dans l’ordre de succession.
Deban avait cru que tout était possible avec lui.
Jusqu’à ce que cela arrive.
Galahad avait disparu sans un mot, aussi soudainement qu’il était arrivé.
La nouvelle suivante qu’ils avaient reçue, c’était qu’il allait épouser la fille du Grand-Duc du Nord.
Ni Deban ni la princesse n’y avaient cru.
Il n’avait pas le loisir d’épouser qui que ce soit.
Galahad avait même repoussé les avances de la princesse. Deban était certain qu’il était impuissant.
Quoi qu’il en soit, une telle rumeur s’était mise à circuler du jour au lendemain.
Au début, ils avaient naturellement supposé qu’il s’agissait d’une mission.
Mais la rumeur persistait.
La princesse avait trouvé un prétexte pour rencontrer Galahad.
Son fiancé, le prince de l’Alliance des Royaumes, était mort récemment, et la rumeur disait qu’il avait été empoisonné.
Dans ces circonstances, quitter le palais impérial était à la fois difficile et dangereux.
La princesse avait donc imaginé un prétexte brillant.
Un duel amical avec le Grand-Duc.
Mon Dieu…
Deban ferma les yeux très fort.
Nouer des liens d’amitié avec le Grand-Duc serait sûrement très utile.
Le problème, c’était que le moyen choisi était un duel.
La princesse avait proposé trois affrontements. Impossible d’éviter qu’il y ait des vainqueurs et des vaincus.
La position de la princesse était déjà précaire. Si elle perdait le duel, ses ennemis auraient matière à l’attaquer.
Même une victoire poserait problème. L’hostilité du Grand-Duc envers l’Empire était de notoriété publique.
Il ne les laisserait sûrement pas repartir vivants s’ils gagnaient.
C’était une proposition aux conséquences fatales, qu’ils gagnent ou qu’ils perdent.
La princesse n’avait fait un tel choix que pour une seule raison.
« Elle devait faire confiance à Galahad. »
La princesse croyait que Galahad était parti vers le nord pour elle.
Deban avait un avis un peu différent, mais il était chevalier, pas stratège.
Le rideau s’ouvrit alors. La princesse apparut.
Ses grands yeux rouge sang ressemblaient à des joyaux finement sculptés par un maître artisan, et ses cheveux, qui lui descendaient sous la taille, semblaient plus doux que la soie la plus fine.
On comprenait pourquoi la rumeur disait qu’elle avait survécu au sein de la Famille impériale parce qu’elle en était la plus belle fleur.
« Tout est prêt ? »
Elle posa la question en relevant les coins de ses lèvres rouges.
Son sourire était semblable à une fleur éclatante en pleine floraison.
Sa tenue, son sourire, ses gestes : rien n’était à redire.
Pourtant, Deban le savait.
La plus belle des roses avait les épines les plus acérées.
« Oui. Comme vous l’aviez prévu, Sir Paul Verian a accepté la proposition. En revanche, le maître de la Tour de magie du Crépuscule a fait savoir qu’il comptait refuser. Il a donné pour raison que ses recherches n’étaient pas terminées. »
— « Vraiment ? »
Deban déglutit péniblement.
« À sa place, Bunch, un mage de haut rang de la Tour de magie blanche, a annoncé qu’il participerait. Il a étudié à l’Académie avec Galahad et se dit certain de l’emporter, car Galahad a appris auprès de lui. »
— « Je vois. C’est bien Galahad, après tout. »
Lucienne fit doucement rouler le nom de Galahad dans sa bouche.
Comme si elle suçait un bonbon.
Un instant plus tard, Lucienne posa une question comme si elle venait de se souvenir de quelque chose.
« Sir Deban. »
— « Oui. »
— « Que pensez-vous de moi ? »
Lucienne posa la question avec un sourire éclatant.
La question de la princesse…
C’était une histoire célèbre au sein de la Famille impériale.
À moins d’être aveugle, on répondait naturellement qu’elle était belle.
Malgré tout, il y avait toujours des fous.
Trois personnes avaient répondu non à sa question.
Elles étaient toutes mortes.
Bien sûr, quelqu’un d’autre avait aussi répondu non et était resté parfaitement en vie, mais c’était un secret jalousement gardé.
« Vous êtes la plus belle femme du monde. »
Deban était sincère.
Il ne pouvait tout simplement pas exister de femme plus belle qu’elle.
La princesse sourit de toutes ses dents.
Pendant un instant, on aurait presque dit que l’air s’était empli d’un parfum de fleurs.
« Tant mieux. J’étais inquiète, car je n’arrivais pas à bien dormir. »
À ce murmure, Deban ne put que baisser la tête.
« Ah, avez-vous apporté le cadeau ? »
Deban acquiesça à la soudaine question formelle de Lucienne.
« Oui. »
— « Ouvrez-le. »
Deban ouvrit la boîte avec précaution.
À l’intérieur se trouvait un doigt soigneusement lavé.
C’était le doigt du prince que recherchait l’Alliance des Royaumes.
Une grosse bague était passée à ce doigt.
« Ça lui plaira, n’est-ce pas ? »
À la question de la princesse, Deban ne put que hocher la tête.
La princesse sourit de toutes ses dents.
Contrairement à tout à l’heure, son sourire était pur et sans artifice.
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