Chapitre 55
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Traducteur/éditeur : Ceaseless
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◈ Le Fou Gendre du Grand-Duc du Nord ◈
Chapitre 55 : Corton, un homme capable
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« Vous devriez vous estimer heureux. Sans moi, vous n’auriez jamais pu entrer. Vous savez à quel point la sécurité est renforcée, ces derniers temps ? »
Corton bomba le torse en regardant Galahad.
Corton disait vrai.
La sécurité qu’ils avaient rencontrée en chemin était plus stricte qu’auparavant. Le quadruple poste de contrôle s’était révélé pénible, lui aussi.
Cela ne voulait pas dire que Galahad n’aurait pas pu passer en force, mais il n’avait aucune raison de compliquer inutilement les choses.
S’il laissait échapper quelque chose par imprudence, tout le plan tomberait à l’eau.
Surtout, il n’y avait aucune raison de refuser quand quelqu’un était prêt à le faire entrer.
« Je vois. J’ai donc eu de la chance d’avoir un ancien camarade comme vous. »
« Hum. Mais, plus important, comment avance le travail ? »
Corton releva le menton.
« Adrianna ? Ah, c’est en cours. »
« Bien. Mieux vaut en finir aussi vite que possible. »
Corton hocha la tête d’un air entendu en observant Galahad. Son regard s’attarda sur sa poitrine.
L’Œuf de douleur palpitait violemment.
« Est-ce qu’il exerce une influence sur la personne envers qui le serment a été prêté ? »
Galahad murmura doucement à l’Œuf de douleur qui s’agitait en lui.
Dès qu’il s’était retrouvé face à Corton, Galahad avait compris instinctivement qu’il ne pourrait pas annuler ce serment en interférant avec son esprit.
De toute façon, il n’avait pas prévu de le résoudre par ce moyen. Ce n’était donc pas un gros problème.
« J’ai entendu dire que quelqu’un de nouveau était arrivé ? »
Galahad changea habilement de sujet.
Corton lança un regard noir à Eight.
« J’ai dit que c’était confidentiel, et tu as déjà tout raconté ? C’est à cause de gens comme toi que la sécurité pose toujours problème. »
« Quel pauvre type… »
Eight marmonna si bas que seul Galahad l’entendit.
« Enfin, c’est le Chef de la Société qui les a envoyés. Ils disent qu’ils vont m’emmener à la Société centrale. »
« La Société centrale ? »
« C’est une réunion présidée par le Chef de la Société. Une réunion extrêmement importante, à laquelle même les hauts responsables ne peuvent pas assister librement. »
Corton se rengorgea avec fierté.
« Alors, je pourrai voir le Chef de la Société ? »
« Je n’en suis pas sûr. Ils disent qu’on partira une fois le travail terminé ici… mais rien n’indique qu’on en viendra à bout de sitôt. Alors… »
Corton laissa sa phrase en suspens. Galahad hocha discrètement la tête.
« N’étiez-vous pas le meilleur de l’Académie en interprétation des cercles magiques ? »
« Pas seulement en cercles magiques. J’étais premier dans toutes les matières. »
Quand Galahad le reprit, Corton fronça brièvement les sourcils, puis se détendit.
« J’ai obtenu un cercle magique de Dresseur de monstres, mais ces imbéciles sont incapables de l’interpréter. Ce ne sont que des idiots qui ont appris leurs livres par cœur. »
Eight jura tout bas en entendant Corton prétendre l’avoir obtenu lui-même.
La situation ne déplaisait pas à Galahad.
Non. Elle était même meilleure que ça.
Corton était d’une incompétence remarquable. Impossible de se prémunir contre un boulet pareil, aussi prudent qu’on soit.
« Bien sûr. »
« Si vous voyez le cercle magique, vous pourrez l’interpréter ? Il date de la Guerre de Jema, voyez-vous… »
En écoutant Corton se vanter, Galahad comprit pourquoi il l’avait accueilli.
« Il compte s’attribuer le mérite d’avoir interprété le cercle magique du Dresseur de monstres, lui aussi. »
Il ne s’agissait plus d’une simple avidité.
À ce stade, on pouvait dire que l’avidité l’avait dévoré.
C’était une bonne occasion pour Galahad.
Corton était fidèle à lui-même.
« Hum, il n’existe aucun cercle magique que je ne puisse interpréter. Si ça arrive, c’est que son créateur l’a mal dessiné. »
À cette affirmation catégorique, Corton eut l’air légèrement écœuré.
« Pourriez-vous d’abord me faire part de vos conclusions ? Ici, tout le monde est un voleur. Ils essaieront sûrement de s’attribuer le mérite. Faites-moi confiance, à moi seul. Nous sommes d’anciens camarades, après tout. D’anciens camarades… »
Galahad sourit à la question de Corton.
« Bien sûr. »
Corton sourit, satisfait.
Quel crétin transparent.
Galahad sourit en faisant jouer ses doigts.
Les espoirs de Corton furent bientôt réduits à néant.
Fiiiiiiii !
Un mage noir qui aperçut Galahad siffla aussitôt.
Ils connaissaient forcément le visage de Corton, et pourtant ils n’hésitèrent pas une seconde. Cela en disait long sur la façon dont on le traitait ici.
Galahad s’apprêtait à s’occuper d’eux quand Corton s’avança en affirmant qu’il allait gérer la situation.
Bientôt, les alentours s’emplirent de vacarme. Des mages noirs surgirent de toutes parts, l’air menaçant.
Ils étaient nombreux.
« Hum. Parfait. »
Les lèvres de Galahad se retroussèrent.
On lui avait dit que la Mine de pierres magiques ne fonctionnait pas, mais ils avaient tous traîné dans les parages.
Cette fois, son objectif était différent. Chacun d’eux représentait une main-d’œuvre précieuse. Il devait privilégier une approche pacifique.
La porte intérieure s’ouvrit alors et un homme décharné en sortit.
Avec ses quelques cheveux, son corps maigre, sa peau pâle et les taches de vieillesse qui le couvraient, il avait l’air d’un cadavre.
« Tu as laissé entrer un étranger. Tu as perdu la tête ? »
En apercevant Galahad, l’homme à l’allure de cadavre parla d’une voix grave.
Ses yeux se déplaçaient rapidement. Son regard, qui balaya Galahad, était acéré.
C’était un homme aguerri au combat.
Les mages autour de lui n’étaient pas des gens ordinaires non plus.
Ils étaient sans aucun doute plus doués que ceux que Galahad avait rencontrés jusque-là.
« Ça promet. »
Galahad sourit.
Le corps de Corton trembla légèrement. La sueur lui ruissela dans le cou.
Il ne s’était visiblement pas attendu à une réaction aussi brutale.
Les yeux de Corton, enfouis dans ses joues grasses, roulèrent de côté. Galahad fit jouer ses doigts.
Capturer quelqu’un vivant était plus difficile que le tuer. S’il comptait les faire travailler, il fallait qu’ils gardent leurs membres intacts. C’était plutôt embêtant.
Il voulait les employer aussi pacifiquement que possible, mais…
« Ça risque d’être compliqué. »
Il lui faudrait peut-être renoncer à en garder quelques-uns.
Mais s’il se montrait trop gourmand, il risquait de tout gâcher.
« Si je m’occupe du chef et que j’en neutralise deux parmi les plus forts… »
Galahad calcula la méthode qui causerait le moins de dégâts.
Alors…
« Tuez-le. »
L’homme à l’allure de cadavre donna l’ordre d’une voix grave.
Eight se cacha discrètement derrière Galahad.
Galahad claqua calmement des doigts.
Même armés de bâtons de grande qualité, leurs sorts ne représentaient aucune menace pour lui.
En magie, la concentration du mana était absolue. Même Galahad devait se donner du mal pour tuer des Démonides de rang inférieur.
Leur magie ne pouvait pas l’atteindre de la même façon.
Elle ne ferait que compliquer le nettoyage.
« Attendez ! »
Corton hurla soudain comme s’il était en pleine crise.
Tout le monde s’arrêta et se tourna vers lui.
Ce que Corton lança suscita l’admiration de Galahad.
C’était une manœuvre étonnamment astucieuse.
« Cet homme vient d’Aube !! »
Corton cria en désignant Galahad des deux mains, avec respect.
Une déclaration aussi choquante plongea la salle dans un lourd silence.
Les sorts qui semblaient prêts à exploser disparurent en un instant.
Aube, ici, et nulle part ailleurs…
« Ça se tient. »
Galahad hocha la tête.
* * *
« …D’Aube ? »
Helcarton plissa les yeux.
Corton était si incompétent qu’on avait du mal à comprendre comment il était devenu chef adjoint de branche.
Diplômé de l’Académie, il maîtrisait mieux la théorie que les autres, mais cela s’arrêtait là.
Corton manquait terriblement de sens pratique.
Et pourtant, il était avide.
C’était le genre d’homme que sa propre avidité finirait par dévorer.
Voilà pourquoi Helcarton s’était méfié quand Corton avait présenté un cercle magique amélioré de Dresseur de monstres, prétendument supérieur à celui que la Société de magie noire avait reçu d’Aube.
Corton assurait l’avoir amélioré lui-même, mais c’était impossible.
Mais si le cercle venait d’Aube…
« Ça se tient. »
C’était cent fois plus crédible que d’imaginer Corton l’avoir compris tout seul.
Aube avait toujours fonctionné ainsi.
Ils apparaissaient à l’improviste. Impossible de les contacter en premier.
Aube se montrait extrêmement prudente, comme si quelque chose lui faisait peur.
C’était tout à fait possible.
Puis il y avait cet homme que Corton avait présenté comme membre d’Aube.
« Ce n’est pas un homme ordinaire. »
Son allure soignée et sa posture droite trahissaient clairement un personnage important.
Leurs regards se croisèrent.
Bien qu’encerclé de toutes parts, l’homme n’avait pas la moindre tension dans le regard.
Bien au contraire…
« …De l’intérêt ? »
Il avait l’air impatient.
Dans une telle situation, il n’y avait que deux sortes de personnes capables d’afficher une telle expression.
Celles qui étaient sûres d’elles, ou celles qui étaient vraiment cinglées.
« Le Chef de la Société ne m’a rien dit. »
Helcarton avait des doutes, mais rien ne justifiait d’en faire toute une histoire.
Après tout, l’homme était seul.
Après avoir terminé ses calculs, Helcarton inclina la tête.
« Nous saluons Aube. »
Les autres mages noirs s’inclinèrent à leur tour, en hâte.
Tout en gardant la tête baissée, Helcarton observa l’homme du coin de l’œil.
Alors que tous s’inclinaient devant lui, l’homme…
…se léchait les lèvres en regardant Helcarton.
« Hum ! Inclinez-vous plus bas, tous autant que vous êtes ! »
Corton aboya.
* * *
Helcarton ne croyait pas tout à fait que l’homme venait d’Aube.
Il faisait simplement preuve de prudence, car c’était possible.
S’ils s’en prenaient à la légère à quelqu’un envoyé par Aube, la Société de magie noire elle-même pourrait disparaître.
De plus, Helcarton avait désespérément besoin d’un lien avec Aube s’il voulait devenir Chef de la Société.
Voilà pourquoi il jouait le jeu pour le moment.
« Pourquoi est-ce si difficile ? »
L’homme désigna le cercle magique du Dresseur de monstres et posa la question comme s’il ne comprenait vraiment pas.
Helcarton aurait voulu lui retourner la question.
Le cercle magique du Dresseur de monstres était un vestige de la Guerre de Jema.
Comment aurait-il pu ne pas être difficile à interpréter ?
« Il suffit de le recopier exactement comme il est dessiné. »
« Exactement. »
Corton hocha la tête, approuvant les remontrances de l’homme.
Helcarton plissa les yeux en voyant Corton triompher.
L’homme claqua la langue et agita la main.
« Écoutez attentivement. Je ne l’expliquerai qu’une fois. »
« Oui. »
Helcarton plissa les yeux devant l’assurance de l’homme.
C’était un réflexe inévitable chez les mages.
Ils avaient suivi cet instinct plus fidèlement que quiconque, au point de devenir des mages noirs.
Ils ne pouvaient pas cacher leur curiosité.
« Vous savez qu’un cercle magique comporte trois grands éléments. Ce serait vraiment désolant qu’un mage se vante de son titre sans même le savoir. »
Tous hochèrent la tête à ces paroles mordantes.
Les trois éléments d’un cercle magique étaient des notions si élémentaires qu’il était presque étrange de les mentionner.
« D’abord, il y a la section d’entrée, qui attire le mana. C’est comme un combustible. On utilise généralement des Pierres magiques. Ensuite, le traitement des formules. Il sert en général à guider le flux de mana. Enfin, la sortie. J’imagine que vous comprenez au moins ça. »
L’homme expliqua sans marquer la moindre pause. Pourtant, tous hochèrent la tête : c’était des connaissances de base.
Le problème, c’était…
« Or, dompter des Monstres concerne naturellement l’esprit. Pour tracer un cercle magique avec le sang de Monstre, dont la concentration en mana est élevée… »
Personne ne comprenait un traître mot à ce qu’il disait.
Ils voulaient poser des questions, mais ne savaient même pas quelle partie leur échappait.
Le plus intelligent des subordonnés d’Helcarton finit tout de même par poser une question avec audace.
« Vous ne comprenez pas ? Je ne viens pas de vous l’expliquer ? Êtes-vous vraiment des mages ? Vous prétendez en être alors que vous ne comprenez même pas ça… Je vous conseille de prendre une épée plutôt qu’un bâton. Vous feriez d’excellents chevaliers. On dirait que Sir Gilbert a trouvé de dignes rivaux. »
Cette étrange suggestion de devenir chevaliers réduisit de nouveau tout le monde au silence.
L’explication de l’homme se poursuivit sans entrave.
« Le Dresseur de monstres a donc utilisé une formule à douze couches pour tracer un cercle magique capable de dompter les Monstres. C’est une méthode remarquable. Ah, nous manquons de temps, alors je vais vous épargner l’explication. »
Pourquoi l’épargner… ?
« Est-ce qu’il raconte simplement n’importe quoi ? »
Helcarton plissa les yeux.
À moins d’être lui-même un Dresseur de monstres, comment cet homme pouvait-il interpréter ce cercle magique ?
« Non, il doit déjà connaître ce cercle magique. »
Helcarton fut de plus en plus convaincu que l’homme venait d’Aube.
L’homme fit alors signe à un subordonné plutôt rondelet.
« Ah, vous là-bas. Approchez un instant. »
Le subordonné désigné jeta un regard inquiet à Helcarton. Quand celui-ci hocha la tête, il s’avança avec prudence.
« Montrez-moi votre ventre. »
« …Mon ventre ? »
« Vous êtes sourd ? »
Helcarton acquiesça en voyant le regard du subordonné. Celui-ci releva sa robe à contrecœur.
« Votre ventre est plus proéminent que je ne le pensais. Vous seriez accueilli à bras ouverts si vous alliez dans la capitale. »
Tandis qu’il lançait cette plaisanterie étrange, l’homme trempa ses mains dans le sang de Démonide.
Du sang rouge dégoulina de ses mains. Le subordonné grimaça.
« N’ayez pas peur. Je vais seulement vous inscrire le cercle magique du Dresseur de monstres. »
« …Quoi ? Pourquoi vous l’inscrivez sur moi ? »
« Hum. Comment peut-on être mage noir avec si peu de courage ? »
À la réaction du subordonné, Helcarton s’avança.
« Un sujet d’expérience est prêt. »
« C’est plus efficace sur un mage. Vous ressemblez au moins un peu aux Monstres. »
…Plus efficace ?
Le mot était d’une froideur excessive.
« Vous autres, vous pratiquez souvent des expériences sur des humains, non ? Ne me dites pas que vous avez peur d’en faire une sur votre propre corps. »
« Si c’est si efficace, pourquoi ne pas le faire sur vous-même ? »
En théorie, le plus efficace était de l’inscrire sur le corps de l’incantateur.
L’homme secoua légèrement la tête et releva un peu sa chemise.
« Je crains de ne pas avoir une toile convenable. »
Après avoir aperçu la peau sous sa chemise, Helcarton dut se rendre à l’évidence.
Son corps était entièrement couvert de cicatrices atroces.
Elles témoignaient de tortures si horribles qu’Helcarton lui-même en fronça les sourcils.
On ne pouvait pas inscrire un cercle magique sur une peau aussi irrégulière.
Dans le silence pesant, l’homme tapota l’épaule du subordonné.
« Ne vous inquiétez pas. Mon cercle magique ne peut pas être erroné. Bon, même s’il l’était, le pire qui pourrait vous arriver serait d’exploser. Votre ventre est bien épais, alors ça devrait aller. »
« C-cinglé… »
Helcarton acquiesça. Le subordonné se referma sur lui-même et garda la bouche close.
L’homme se mit à tracer le cercle sans hésiter. Un cercle magique rouge apparut rapidement sur le ventre du subordonné.
Il semblait dessiné à la va-vite, mais ses formes étaient complexes.
« Maintenant, donnez un coup de poing à la personne que vous détestez le plus. »
L’homme tapota le dos du subordonné.
« Qu’est-ce que… ? »
Helcarton fronça les sourcils devant l’étrange manège de l’homme.
Alors…
Le subordonné fonça soudain droit sur Helcarton et lui décocha un puissant coup de poing.
Bien sûr, les personnes à proximité l’arrêtèrent avant qu’il ne puisse l’atteindre.
Maintenu au sol, le subordonné hurla comme une bête à l’adresse d’Helcarton.
Du sang rouge jaillit de ses yeux, de son nez et de sa bouche. Ses hurlements, le sang qui ruisselait…
Le spectacle était plutôt glaçant.
« Qu’est-ce que c’est que ça… ? »
Helcarton fixa l’homme en plissant les yeux.
« On dirait que vous ne savez pas tenir vos subordonnés. »
L’homme parla d’un ton nonchalant et sourit.
Puis il porta une cigarette à ses lèvres.
« Ah, avez-vous entendu dire qu’Aube manquait de Pierres magiques, ces derniers temps ? »
Il observa Helcarton de la tête aux pieds en posant la question.
Son regard avait quelque chose d’étrangement glacial.
* * *
Le Grand-Duc se tenait là, comme s’il n’avait jamais disparu.
« Il a reconnu Galahad… »
Theodore baissa profondément la tête.
Le Grand-Duc avait annoncé qu’il reconnaissait Galahad.
La reconnaissance du Grand-Duc représentait le plus grand des honneurs, mais…
« C’est aussi un grave danger. »
À présent, le mariage dont on parlait entre Adrianna et Galahad allait devenir un sujet de discussion sérieux. Même les commandants qui l’avaient ignoré jusque-là ne pourraient plus faire comme si de rien n’était.
Comme toujours, le Grand-Duc avait donné une chance à Galahad.
Une chance si rude qu’elle ressemblait à une épreuve, mais qui promettait une récompense à la hauteur s’il la surmontait.
« S’il surmonte aussi cette épreuve… »
Theodore frissonna légèrement.
Une agitation éclata derrière lui. En se retournant, il aperçut un homme vêtu avec élégance.
« …Un messager impérial ? »
Le messager se tenait là, le visage blême. Il semblait se retenir de s’incliner immédiatement.
Il avait dû entendre les rumeurs sur le Grand-Duc.
« Un messager impérial ? Est-ce au sujet de l’accord ? »
Theodore se perdit en conjectures.
Le Grand-Duc avait agi, mais il restait dans les limites du Nord.
Theodore s’était attendu à ce que l’accord ne soit pas évoqué si tôt.
Pourtant, un messager impérial était arrivé.
« Ce ne serait pas l’Empereur. Alors, le Prince héritier ? »
Un silence tendu s’installa.
Tandis que les regards s’agitaient autour de lui…
Le Grand-Duc fit un léger geste de la main.
Comme si cela ne le concernait pas.
Le messager s’approcha du Grand-Duc avec hésitation.
Les mains tremblantes, il lui tendit une épaisse lettre.
Le Grand-Duc l’ouvrit sans hésiter et la parcourut en silence.
Un lourd silence s’abattit sur la pièce. Une dizaine de personnes s’y trouvaient, mais on n’entendait pas même une respiration.
Theodore observa nerveusement le Grand-Duc.
L’équilibre des forces changerait selon le contenu de la lettre.
Pourtant, la réaction du Grand-Duc ne fut pas celle à laquelle Theodore s’attendait.
Tandis que le Grand-Duc lisait la lettre…
« Hé hé. »
Il rit doucement.
« Son Altesse a ri ? »
Cela rappelait le moment où il avait reçu la lettre délirante de Galahad, mais ce rire était plus froid.
Theodore n’avait pas la moindre idée de ce que la lettre pouvait contenir.
Au lieu de la poser, comme il l’aurait fait d’ordinaire, le Grand-Duc la froissa dans sa main.
À cet instant, Theodore aperçut le nom inscrit tout en bas de la lettre.
C’était…
« …Lucienne ? »
Le nom de la princesse.
« Quel imbécile irréfléchi. »
Le Grand-Duc marmonna des mots que Theodore ne comprit pas.
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