Chapitre 47
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Traducteur/éditeur : Ceaseless
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◈ Le Fou Gendre du Grand-Duc du Nord ◈
Chapitre 47 : Premier
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« Je… Je vais mourir… »
Hines cligna des yeux.
Ses yeux le brûlaient. Les larmes ruisselaient sur son visage. Il voulut les frotter, mais cela ne ferait qu’aggraver la douleur.
Sa respiration se bloqua. À chaque inspiration, il avait l’impression que ses entrailles se consumaient. Cet endroit était l’enfer. Oui, l’enfer.
« Assis sur un, debout sur deux. »
Une voix terrifiante retentit. C’était Sir Gilbert. Non, ce salaud de Gilbert.
« Un commandant de compagnie incapable de supporter le Royaume démoniaque, ça a du sens ? Un. »
« Je ne suis devenu commandant de compagnie qu’hier, espèce d’enfoiré. » Hines marmonna pour lui-même en s’asseyant.
Rien que pénétrer dans le Royaume démoniaque lui infligeait une douleur atroce. Il respirait à peine et ses yeux le brûlaient si fort que les larmes n’arrêtaient pas de couler.
Comment pouvait-on espérer combattre des Monstres dans un environnement pareil ? C’étaient des monstres. Des monstres…
« Deux. »
Il tenta de contracter ses jambes pour se relever, mais elles refusaient de bouger.
Hines chancela et s’effondra sur le côté.
« Faiblard. »
« C’est toi, le monstre, à supporter ça. » Hines remua les lèvres sans un bruit. Être couché ne changeait rien.
Les larmes continuaient de couler de ses yeux, et la salive lui dégoulinait de la bouche.
Alors qu’il se disait que c’était peut-être vraiment la fin…
« Ça va ? »
Une voix décontractée lui parvint. Il tourna la tête et aperçut Galahad.
« C… Celui que le Grand-Duc a reconnu… »
« Oui. Ne parle pas. »
Celui que le Grand-Duc avait reconnu s’accroupit devant Hines. La cendre nauséabonde se dissipa.
« Comme on pouvait s’y attendre de Celui que le Grand-Duc a reconnu ! »
Même cette cendre répugnante s’écartait d’elle-même !
« Quelque chose te gêne ? Par exemple, tu as les muscles lourds ? »
En entendant pour la première fois des paroles de sollicitude aussi chaleureuses, Hines sentit les larmes lui monter aux yeux.
« Je vais bien !! »
« Bien. Tu peux en faire davantage. Il te reste du mana, alors utilise-en un peu plus. Comme ça, on pourra voir comment tu réagis. »
Des paroles incompréhensibles s’abattirent sur lui.
Il n’y comprenait rien, mais il savait que Celui que le Grand-Duc avait reconnu croyait en lui.
Une énergie brûlante jaillit de son être. Hines prit appui sur le sol et se releva.
« Voilà qui est mieux, héros. Fais encore un petit effort, Hines. »
« C… Comment connaissez-vous mon nom ? »
« Je n’ai pas le droit de retenir le nom de mes sujets d’expérience ? »
« Merci ! Celui que le Grand-Duc a reconnu ! »
Hines se mordit la lèvre et se redressa fièrement.
Il ne pouvait pas trahir la confiance de Celui que le Grand-Duc avait reconnu.
« Cours jusque-là-bas ! »
À l’ordre du terrible Sir Gilbert, Hines força ses jambes à avancer.
* * *
« Sir Gilbert, vous ne trouvez pas l’entraînement un peu trop facile ? »
Galahad secoua les mains en parlant. Gilbert écarquilla les yeux.
« …Pardon ? Ils sont déjà épuisés. Vous ne voyez pas cet homme qui bave de la mousse ? »
« Il fait semblant. J’ai vérifié son mana, il lui en reste encore pas mal. »
« Vraiment ? »
Galahad acquiesça. Le visage de Gilbert se crispa.
« Tout le monde debout ! »
Le rugissement furieux de Gilbert retentit. Galahad recula légèrement et observa la scène.
À coups de pied de Gilbert, les soldats qui tenaient encore debout se relevèrent en titubant.
Galahad n’avait pas menti.
L’entraînement de Gilbert était excessivement rude, mais pas au point de les tuer. C’était simplement l’environnement extrême du Royaume démoniaque qui les écrasait.
Pour surmonter les difficultés du Royaume démoniaque, il n’y avait qu’une solution.
« Il faut s’y exposer jusqu’à s’y habituer. »
Ces hommes avaient survécu aux rudes conditions du Nord. À force d’être poussés à bout dans le Royaume démoniaque, ils finiraient naturellement par s’adapter.
S’entraîner dans le Royaume démoniaque leur était incontestablement bénéfique. Leur endurance et leur force physique s’amélioraient à vue d’œil.
C’était simplement pénible.
« Ces épreuves ne dureront pas. Les effets de l’entraînement dans le Royaume démoniaque… »
Galahad fit le point sur les informations qu’il venait de recueillir. Les soldats s’entraînaient avec tant d’application qu’il récoltait une quantité de données satisfaisante.
Un vieil homme s’approcha alors. C’était Velogrime, le commandant du Septième bataillon.
« Il est habitué au Royaume démoniaque. »
Le calme de Velogrime n’était pas celui d’un homme qui n’était entré dans le Royaume démoniaque qu’une ou deux fois.
« Merci, sincèrement. Sans vous, je n’ose imaginer ce qu’il serait advenu du Septième bataillon. Ces imbéciles se sont laissés tenter par les Démonides… »
« Quand on a faim, on suit celui qui nous nourrit. »
« Si les gens agissent par instinct, ce ne sont plus des hommes, mais des bêtes. »
C’était vrai. Galahad acquiesça.
« Je tiendrai ma promesse. Moi, Velogrime, je vous suivrai, juste après Son Altesse le Grand-Duc. »
« Une promesse ? »
Galahad n’avait fait aucune promesse de ce genre. C’était probablement l’œuvre de Huit. Huit avait rendu visite à Velogrime avant lui.
C’était la première fois qu’il en entendait parler, mais Galahad acquiesça. Il n’avait aucune raison de refuser quelqu’un qui souhaitait se joindre à lui, et encore moins le Septième bataillon.
« Très bien. »
Velogrime rit de bon cœur en entendant Galahad lui parler sans formalités. Ses yeux ridés brillèrent.
« À voir vos yeux, je dirais que ce n’est pas seulement à cause d’une promesse. »
« Les vieux yeux voient plus loin. Le courant du Nord vous porte. Avec force… »
Velogrime désigna Galahad de son doigt ridé.
« Sir Gilbert le sait aussi. »
« Haha. Vraiment ? »
Galahad acquiesça et glissa une cigarette entre ses lèvres.
« Avec le Septième bataillon en plus, j’ai rassemblé pas mal de monde. »
Ce n’était pas si étonnant. Galahad supervisait le Camp d’entraînement du Royaume démoniaque établi au sein du Septième bataillon ; son influence y était donc naturellement considérable.
Velogrime devait le savoir.
C’était pour cela qu’il avait choisi de se placer sous les ordres de Galahad en premier.
« Un vieux renard. »
Galahad claqua doucement la langue et fit claquer ses doigts.
Le mana familier s’agita et une flamme jaillit au bout de son doigt.
Un riche parfum de citron se répandit dans l’air.
« Hum. »
Soudain, quelque chose lui parut étrange.
Il avait invoqué la flamme sans y penser, mais la concentration du mana était anormale. Ce ne fut qu’alors que Galahad remarqua que l’Œuf de la Douleur palpitait violemment.
Quelques instants plus tôt, les cris de Gilbert et les hurlements désespérés des soldats emplissaient l’air. À présent, tout était silencieux.
Comme si tous les sons s’étaient éteints.
L’explication la plus probable était…
« Un Démonide de type mental. »
Galahad fit aussitôt circuler son mana. L’Œuf de la Douleur palpitait avec violence, déversant son mana. Le cercle magique gravé sur son bras droit se mit à luire.
Il fit remonter son mana vers sa tête pour bloquer l’intrusion mentale.
À cet instant…
Le paysage changea.
Galahad se tenait dans un magnifique jardin. Des oiseaux gazouillaient en volant autour de lui, tandis que des arbres luxuriants se balançaient comme pour le saluer. C’était une forêt paisible.
La cigarette qu’il avait à la bouche avait disparu sans qu’il s’en aperçoive.
« J’ai pourtant bien enveloppé ma tête de mana. »
Du mana à haute densité, tiré du cercle magique et de l’Œuf de la Douleur.
Il pensait avoir appris à se défendre contre les Démonides de type mental après en avoir rencontré deux, mais sa défense avait cédé si facilement.
« Un Démonide se cachait dans le château ? »
Il était possible qu’un Démonide se soit dissimulé dans le château intérieur.
Pourtant, cette intrusion mentale était plus puissante que celle du Démonide de rang supérieur qu’il avait affronté dans le Royaume démoniaque.
Ce qui voulait dire…
« Cet Être est venu en personne ? »
Il y avait de fortes chances qu’il s’agisse du Démonide de haut rang appelé cet Être, celui qui avait contrôlé le Démonide de rang supérieur dans le Royaume démoniaque.
Son cœur se mit à battre à tout rompre dans le silence. Du gris envahit peu à peu son champ de vision. C’était l’Œuf de la Douleur. Galahad chercha rapidement sa gourde à sa ceinture. Elle avait disparu.
Les buissons devant lui s’écartèrent et une femme en sortit.
Elle avait quatre jambes, comme un cerf. Mais ce n’étaient pas des pattes de cerf : c’étaient de longues jambes blanches de femme.
La scène avait quelque chose d’élégant et de sacré, plutôt que de grotesque.
La femme s’approcha de Galahad à pas légers.
L’Œuf de la Douleur palpitait violemment, comme s’il grondait. Galahad avait l’impression que son cœur allait éclater.
[Quel vacarme.]
La voix de la femme ne s’entendait pas : elle se voyait. Galahad fronça les sourcils, troublé par cette sensation étrange.
L’Œuf de la Douleur ne céda pas et se mit à battre encore plus fort. Galahad enveloppa sa tête du mana qu’il dégageait. Il comptait briser l’intrusion mentale.
[Inutile.]
À ces mots, le mana disparut. Seul l’Œuf de la Douleur continua de palpiter furieusement.
« …Le mana a disparu ? »
Un faible gémissement échappa à Galahad.
La femme, à présent juste devant lui, le regardait de haut.
Ses yeux étaient fendus verticalement, longs et étroits comme ceux d’un serpent.
Face à elle, il prit conscience de l’insignifiance de sa propre existence.
« Vous êtes cet Être. »
La femme parut surprise un instant par les paroles de Galahad.
[Tu ne manques pas d’audace.]
L’esprit de Galahad sombra sans fin.
Lorsqu’il rouvrit les yeux, il se tenait au sommet d’une montagne vertigineuse. Des nuages noirs couvraient le ciel à perte de vue. Leurs grondements étaient profondément inquiétants.
L’inquiétude devint vite réalité. Des éclairs furieux s’abattirent sur Galahad sans la moindre retenue.
« Ça pique. »
Galahad grommela tout bas.
La scène changea encore. Cette fois, il se trouvait devant un volcan en activité, qui crachait de la lave. Celle-ci bouillonnait comme si elle se pourléchait les babines.
Galahad fut précipité au cœur du volcan en éruption.
« Il fait chaud. »
Galahad marmonna en s’enfonçant dans la lave.
Il se retrouva devant la femme.
La femme avait grandi. Ses jambes mesuraient désormais deux fois la taille de Galahad.
La végétation autour d’eux était encore plus luxuriante. Galahad baissa les yeux vers ses mains. Elles n’étaient pas blessées. L’Œuf de la Douleur palpitait furieusement, comme pour lui dire de reprendre ses esprits.
Galahad se concentra sur lui. L’Œuf de la Douleur semblait n’avoir subi aucun effet.
Était-ce parce qu’ils étaient tous deux des Démonides de haut rang ?
« Intéressant. Tu comptes continuer ? »
Galahad s’adressa à la femme en la regardant.
Elle releva les coins de sa bouche. Ce ne fut qu’alors que Galahad remarqua que ses mains tremblaient. Il claqua la langue.
La femme était sans doute le Démonide de haut rang appelé cet Être, au-delà du Démonide de rang supérieur qu’il avait rencontré dans le Royaume démoniaque.
Il n’y avait pas d’autre explication à une intrusion mentale aussi puissante.
On pouvait ressentir la douleur même en sachant qu’elle n’était pas réelle. Galahad trouvait cela fascinant.
« Je ne pensais pas que vous viendriez me chercher vous-même. »
[Moi-même ?]
La femme releva les coins de sa bouche.
Le sens était évident.
« Vous n’êtes même pas venue en personne, et votre intrusion mentale est déjà aussi puissante… Impressionnant. »
Galahad exprima son admiration.
« M’a-t-elle implanté quelque chose ? Les Royaumes démoniaques sont-ils reliés entre eux ? »
Les deux hypothèses étaient possibles. Puis Galahad se retrouva soudain incapable de parler.
Il avait beau remuer les lèvres, aucun son n’en sortait. « Oh, comme c’est intéressant. » Galahad porta un doigt à sa bouche. Il pouvait bouger la langue, mais…
[Tu es un enfant amusant.]
La voix de la femme résonna dans son esprit. Elle retentit avec autant de netteté que la foudre qui s’abattait autour de lui.
« Le sentiment est partagé. »
Le long doigt de la femme se pointa vers Galahad. Ce doigt était une branche d’arbre.
L’esprit de Galahad fut de nouveau emporté.
Cette fois, il se trouvait dans de la terre en décomposition. Des insectes innombrables le rongeaient de toutes parts.
L’horreur était tangible. Alors qu’un ver doté de dizaines de dents s’apprêtait à lui dévorer les yeux…
Il se retrouva dans l’herbe.
Galahad toussa violemment et chancela. Il eut un haut-le-cœur, tentant de vomir les insectes qui l’habitaient. Des fleurs multicolores jaillirent de sa bouche.
« Oh, comme c’est intéressant. »
La femme avait encore grandi. Elle était à présent aussi grande qu’un château de taille moyenne.
[Tu trouves toujours ça amusant ?]
Galahad esquissa un sourire et ramena en arrière ses cheveux en désordre.
« Beaucoup… »
Cette fois, il se noyait.
Ne pas pouvoir respirer était une sensation atroce.
Galahad se concentra sur les battements de son cœur.
Boumboum. Boumboum.
Son cœur battait faiblement, comme si le son lui parvenait de très loin. Mais il s’affolait.
« Le voilà. »
Galahad enfonça la main dans sa poitrine. Sa main s’y glissa avec une facilité surprenante.
L’eau disparut et il se retrouva dans la forêt. La femme se tenait devant lui, à la taille qu’elle avait lorsqu’il l’avait vue pour la première fois.
L’Œuf de la Douleur se tordait. Son cœur battait si vite qu’il avait l’impression qu’il allait éclater. Galahad secoua légèrement la main.
[Impressionnant.]
La femme exprima une admiration sincère.
« Vous me l’avez montré trois fois. Il aurait fallu être idiot pour ne pas remarquer qu’il y avait quelque chose d’étrange. »
Galahad claqua la langue en répondant. Contrairement à ses paroles, il était loin d’être en bon état.
Pour rompre une intrusion mentale, il était important de repérer un indice.
La dernière fois, c’était Damian qui n’avait pas dit qu’il avait faim.
Cette fois, c’était l’Œuf de la Douleur. Il pouvait se libérer en se concentrant sur ses pulsations frénétiques.
« Ça n’a quand même pas été facile. »
Galahad secoua la main et examina les alentours. La forêt était toujours aussi luxuriante.
Mais…
Le chant des oiseaux avait disparu.
L’illusion était moins détaillée qu’avant. Cela prouvait que la femme aussi dépensait ses forces.
« Vous comptez encore gaspiller vos forces ? Ça m’est égal. »
La femme abaissa un doigt. Les coins de sa bouche se relevèrent.
[Amusant.]
« Moi aussi, j’ai passé un bon moment. Ah. Je l’ai enfin trouvé. »
Galahad glissa une cigarette entre ses lèvres.
Elle s’alluma. Un parfum de citron se répandit.
La végétation autour de lui se brouilla légèrement.
La femme regarda derrière elle et recula d’un pas.
[Viens au Royaume démoniaque. Seul.]
La femme murmura doucement.
« Pourquoi irais-je seul dans un endroit aussi dangereux ? »
Au lieu de répondre, la femme releva les coins de sa bouche.
Comme si elle savait qu’il viendrait.
La forêt disparut et des yeux bleus fixèrent Galahad.
« Ça va ? »
Adrianna posa la question d’une voix indifférente.
Dans les yeux bleus d’Adrianna se reflétait Galahad, qui souriait.
D’un sourire profond.
Cet endroit était loin du Royaume démoniaque.
Une intrusion mentale aussi puissante, à une telle distance…
C’était…
« Je n’ai pas le choix, il faut que j’y aille. »
Malheureusement, la femme avait vu juste.
Elle avait piqué la curiosité de Galahad au vif.
* * *
« Il est là. »
À la voix enthousiaste de Premier, Citrouille poussa un long soupir.
Ils étaient venus jusqu’au Nord depuis la capitale, et il voulait déjà repartir sans même avoir défait leurs bagages à la planque.
« On ne peut pas se reposer d’abord ? Ce n’est pas comme s’il allait s’enfuir. »
« Tu ne comprends pas. Cet homme est probablement en train de chercher comment me devancer, même en ce moment. Comment veux-tu que je me repose ? »
Premier répondit avec fermeté. Son obsession était vraiment complètement dingue.
Citrouille ravala son irritation grandissante. Se mettre en colère contre Premier ne ferait que lui attirer des ennuis.
« Citrouille, je compte sur toi. »
À la voix sérieuse de Premier, Citrouille retint de justesse le juron qui lui montait aux lèvres.
« Tu comptes vraiment faire ça ? »
« Tu ne me l’as pas promis tout à l’heure ? »
« C’était parce que tu t’étais mis à genoux pour me supplier… »
« Je suis sérieux. »
« Ah… Merde. Bon, d’accord. »
Tous deux prirent la direction du Septième bataillon. À mesure qu’ils s’en approchaient, une odeur étrange leur parvenait.
Quelqu’un criait sans arrêt à l’intérieur. Et il n’y avait pas qu’une ou deux personnes. Citrouille fronça les sourcils devant cette atmosphère étrangement survoltée.
« Tu ne trouves pas que quelque chose cloche ? »
Premier semblait l’avoir remarqué lui aussi et acquiesça.
Citrouille s’avança pour s’occuper du soldat au poste de contrôle. Ils avaient des ordres de mission portant le sceau du Grand-Duc. Ils avaient été affectés à l’Unité des opérations spéciales.
Fabriquer des faux de cette qualité ne leur posait aucun problème.
Le soldat se mit soudain à crier. Citrouille faillit dégainer son épée, surprise.
« L’Unité des opérations spéciales !! L’unité de Celui que le Grand-Duc a reconnu !! »
« Celui que le Grand-Duc a reconnu !! »
Des cris fusèrent de toutes parts. Ils scandaient : « Celui que le Grand-Duc a reconnu ! »
Au milieu de cette drôle d’ambiance, Citrouille regarda Premier. Il avait lui aussi une expression bizarre.
« Galahad… »
« Vous voulez dire Celui que le Grand-Duc a reconnu ! »
Un autre cri éclata. Tout le monde hurlait : « Celui que le Grand-Duc a reconnu ! » L’enthousiasme ne faisait que grandir.
« …Qu’est-ce qui cloche dans cet endroit ? »
Qu’est-ce qu’il avait bien pu faire ici pour que les gens réagissent ainsi rien qu’en entendant son nom… ?
Le corps de Premier se mit à trembler violemment. Citrouille s’empressa d’intervenir.
« Oui, où se trouve Celui que le Grand-Duc a reconnu ? »
« Par ici ! »
Un soldat aux yeux injectés de sang les guida sans ménagement.
« Celui que le Grand-Duc a reconnu ! » retentissait de toutes parts.
Qu’est-ce qu’il avait foutu ici ?
Premier expira bruyamment. Une énergie frémissait autour de lui. Il était visiblement surexcité.
« Je me demande quelle tête il fera en me voyant, moi, son rival du siècle et l’ennemi juré de son âme. Il a fui au Nord pour m’éviter, mais il ne peut pas m’échapper. »
Premier débita ces paroles étranges d’une voix fébrile.
« Ça recommence. »
Puis Galahad apparut au loin.
L’expression de Premier changea dès qu’il l’aperçut. Son excitation s’évanouit en un instant.
Il afficha son sourire enjoué habituel.
Premier s’emballait tout seul, mais dès qu’il se retrouvait vraiment face à Galahad, il jouait la comédie.
Comme si Galahad lui était indifférent. Il faisait le détaché. Son jeu était pitoyable.
Premier tendit alors le bras. L’irritation de Citrouille déborda. Premier murmura : « S’il te plaît… »
Citrouille se mordit la lèvre et prit le bras de Premier. Puisqu’elle ne voulait pas l’épouser, il lui avait demandé de faire au moins semblant d’être un couple amoureux.
Galahad tourna alors la tête vers eux.
« Oh, Galahad. Quelle surprise de te voir ici. »
Premier le salua d’un ton léger, comme s’ils s’étaient croisés par pur hasard.
« …Quoi ? Ils se sont croisés par hasard dans le Nord ? »
L’excuse était tellement stupide que Citrouille en eut honte pour lui.
« Ah. »
Galahad hocha légèrement la tête.
Il semblait reconnaître Premier.
Premier poussa un souffle brûlant. Il essayait de garder le plus grand sang-froid possible, mais son enthousiasme débordait.
« Vous êtes vraiment des rivaux ? »
Citrouille marmonna un juron à voix basse.
Premier retint son souffle.
Il semblait attendre que Galahad prenne la parole.
Mais le regard de Galahad…
« Citrouille, ça fait longtemps. »
Était tourné vers Citrouille.
« La personne à côté de toi, c’est ton amoureux ? Vous allez bien ensemble. »
Complètement ignorée, Citrouille se tourna précipitamment vers Premier.
Premier…
Il avait l’air d’un homme dont le monde venait de s’écrouler.
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