Chapitre 42
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Traducteur/éditeur : Ceaseless
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◈ Le Fou Gendre du Grand-Duc du Nord ◈
Chapitre 42 : Un cadeau jamais offert
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« Pfiou… »
Gilbert poussa un soupir exalté et resserra sa prise sur son épée.
Une aura bleue ondoyait comme sous l’effet du vent.
Tout était sombre. Noir comme dans un four. L’air était difficile à respirer.
« Le Royaume démoniaque… »
Voir le Royaume démoniaque apparaître dans le Nord…
« Ces foutus salauds… »
Gilbert grinça des dents. Il avait trop dépensé d’aura et l’esprit embrumé, il secoua la tête avant de serrer fermement son épée.
« Ça va, de votre côté ? »
En se retournant, il aperçut Velogrime, l’ancien commandant du Septième bataillon.
« Oui, je vais bien. »
« Mon cul, oui. Tu as le regard dans le vague. »
À cette remarque de Velogrime, Gilbert se donna un coup de poing au visage.
Boum !
Sa vision se rétablit dans un bruit satisfaisant. Le visage stupéfait de Velogrime lui apparut nettement.
« C’est bon, c’est réglé. »
« … Tu feras un bon chevalier. »
« Je le suis déjà. »
Velogrime gloussa à sa réponse.
« Il y a quelque chose qui m’intrigue. »
« Oui ? »
Gilbert hocha la tête en reprenant son souffle. Velogrime fit tournoyer son bâton.
Son aura était ténue. Vaporeuse comme la brume, elle semblait faible au premier abord, mais avait la fluidité d’une force affinée au fil du temps.
Un Monstre surgit derrière lui et se laissa attirer par le mouvement circulaire du bâton. Sa posture changea, exposant complètement une ouverture.
Le bâton de Velogrime s’abattit sur la mâchoire grande ouverte du Monstre.
Une maîtrise forgée par l’expérience. Gilbert en fut sincèrement impressionné.
« Cette histoire de chevalier. Pourquoi tu fais ça ? »
Velogrime posa sa question en secouant son bâton pour le nettoyer. Il n’était pas en grande forme, mais c’était à cause de son emprisonnement. Il n’avait pas été blessé au combat.
« Vous voulez dire : “Chevalier Gilbert !” ? »
« Oui, ça. »
« Mon père m’a appris que les mots avaient du pouvoir. »
« Du pouvoir ? »
« Oui. Depuis tout petit, je voulais devenir chevalier, alors je n’arrêtais pas de crier : “Chevalier Gilbert !” C’est devenu une habitude. »
« Je vois. »
« Boule de feu explosive !! »
La voix de Gwen retentit. L’espace, obscurci par une épaisse couche de cendres, s’illumina un instant. Gwen se tenait au-delà, les yeux injectés de sang. Une boule de feu jaillit de sa main.
Boum !
Une explosion plus puissante que la précédente éclata. Le visage de Gwen était trempé de larmes et de sueur.
Damian se trouvait dans cette direction. Un de ses bras, plié vers l’extérieur et ballant, il roulait au milieu des Monstres. Il souriait.
Gilbert cracha dans sa paume et resserra sa prise sur son épée.
« Chevalier ! »
Il cria de toutes ses forces, et son aura monta de nouveau. Son corps, lourd comme s’il était trempé jusqu’aux os, se mit en mouvement.
Être chevalier était à la fois une gloire et une lourde responsabilité.
« Gilbert ! »
Son aura s’éleva encore. Ses muscles gémirent sous l’effort. Il prit appui sur le sol et s’élança en avant.
Une ligne bleue trancha le Monstre qui visait Damian.
Le dos du Monstre s’ouvrit en deux, projetant du sang chaud. Sans fermer les yeux, Gilbert pivota du bassin. Son épée traça une nouvelle ligne.
Le Monstre poussa un long hurlement. Damian, sous lui, lui planta une épée dans le corps. Le cri qui s’ensuivit fut plus fort encore.
Un autre Monstre planta son épée en direction de Damian. Gilbert serra les dents, l’attrapa par le col et le tira en arrière.
Crac.
Ses muscles hurlèrent comme s’ils s’étaient déboîtés.
L’épée du Monstre traça une longue entaille sur l’épaule de Gilbert. Sa prise se relâcha. Gilbert lui asséna un coup de tête.
Boum !
Le Monstre chancela. L’épée de Damian lui déchira le cou, mais sans aura, la blessure resta superficielle.
Damian fixa Gilbert de ses yeux impassibles.
« Quel sale petit morveux… »
Gilbert marmonna une insulte et avança. L’attaque du Monstre le frappa de plein fouet à la poitrine.
Gilbert encaissa en serrant les dents et enfonça son épée dans la tête du Monstre. Le sang gicla de tous côtés.
Ce ne fut qu’alors qu’il relâcha le souffle qu’il retenait. La douleur, jusque-là repoussée par son état d’exaltation, l’assaillit d’un seul coup.
Alors qu’il s’efforçait de reprendre son souffle, Damian le dévisagea.
« Comment tu fais ça ? »
« Quoi donc ? »
Damian désigna l’aura de Gilbert.
« L’aura ? »
« Oui. C’est joli. »
L’aura était l’idéal de tout épéiste, le symbole du chevalier. Dire qu’elle était simplement jolie…
Gilbert resta bouche bée.
« Tss, l’aura, c’est… »
Il s’interrompit avant d’avoir pu expliquer. C’était difficile à mettre en mots. Mais il ne voulait pas sortir une banalité du genre : « L’aura, c’est la conviction. »
« L’aura, c’est la conviction. »
« La conviction ? »
Velogrime, qui les avait rejoints, hocha la tête.
Damian fronça les sourcils à l’explication. Il n’avait pas l’air d’avoir compris.
Gilbert claqua la langue. Une explication aussi vague n’aiderait pas beaucoup le morveux.
« Alors, l’aura, c’est… »
Lorsque Gilbert ouvrit la bouche, tous les regards se tournèrent naturellement vers lui.
Un coin de la bouche relevé, Gilbert s’expliqua.
« C’est comme chier avec les mains alors qu’on n’a même pas envie de chier. Tu chies avec les mains. »
Gilbert accompagna même son explication d’un geste de la main.
Gwen recula, horrifiée. Damian imita Gilbert, ouvrant et refermant la main.
« Bien sûr, ça ne veut pas dire que tu vas y arriver tout de suite juste parce que je te l’ai expliqué. »
Tous les épéistes n’étaient pas capables d’atteindre l’aura.
Gilbert resserra sa prise sur son épée tout en parlant.
Alors l’épée de Damian scintilla un instant.
« Hein… Impossible ?! »
Gilbert fixa aussitôt l’arme du regard. Il n’y avait rien au-dessus.
« Évidemment que non. »
Il avait dû se tromper.
« Au fait, elle est où, la plus jeune ? Cette abrutie n’est quand même pas partie crever dans son coin ? »
Gilbert chercha Noad du regard. La plus jeune avait disparu un peu plus tôt et n’était pas revenue.
« La plus jeune est partie avec la commandante ! »
« Quoi ? La plus jeune est partie dans un endroit dangereux… »
Gilbert claqua la langue et resserra sa prise sur son épée.
« Où comptez-vous aller ? »
À la question de Velogrime, Gilbert désigna l’avant.
Un éclair illumina la fumée épaisse. Une ombre gigantesque se dessina dans la brume.
… !!
Une taille qu’on ne s’attendait à voir que dans les légendes.
Et pourtant, c’était le Nord, pas le Royaume démoniaque…
« Si je tarde, la commandante va me passer un savon. »
« Vous comptez combattre cette chose maintenant ? »
« Oui. »
Gilbert remit son épaule droite déboîtée en place d’un coup de poing.
Il pouvait encore bouger, et il avait une épée en main.
Pour Gilbert le chevalier, cela suffisait.
« La jeunesse, c’est beau. »
Velogrime claqua la langue et se plaça à ses côtés.
Un tentacule gigantesque s’abattit alors sur Gilbert.
Il était si énorme que rien que le regarder lui faisait mal au bout des doigts.
Ce tentacule pouvait réduire un château en miettes d’un simple effleurement.
Face à lui, Gilbert ne tenait qu’une épée.
« Ça suffit. »
Il ne se laissa pas aller à de telles pensées faibles.
De toute façon, Gilbert n’avait jamais été du genre à trop réfléchir.
Il lui suffisait d’agir en chevalier.
« Chevalier Gilbert ! »
Il resserra sa prise sur son épée.
Son aura s’embrasa.
« Tranche ! »
Au moment où il s’apprêtait à abattre son épée sur le tentacule gigantesque…
« Écarte-toi. »
Un ordre grave retentit juste derrière lui.
Une voix semblable à celle d’une bête tapie au fond d’une caverne.
Gilbert s’écarta sans réfléchir.
Une silhouette aussi massive qu’un Monstre. Malgré le froid glacial du Nord, le Grand-Duc était torse nu. De profondes cicatrices recouvraient ses muscles, qui se tordaient comme s’ils étaient vivants.
Il ne tenait qu’une énorme hache grossière.
« … Votre Altesse ? »
Gilbert inclina la tête.
Le Grand-Duc fit nonchalamment tournoyer son énorme hache.
Il n’avait pas d’aura.
Non, il était plus juste de dire qu’il n’en avait pas besoin.
Cette hache démesurée était une lame de bourreau faite pour les Monstres.
Le Grand-Duc leva sa hache bien haut.
Ses muscles couverts de cicatrices se tordirent dans d’étranges craquements.
C’était de la joie.
À la vue du tentacule qui s’abattait, le Grand-Duc se réjouissait de tout son être.
Il balança sa hache dans un large arc.
Craquement.
Le geste était simple, mais pas le résultat.
Boum !
Le tentacule tranché perdit toute force et s’effondra.
Le sol trembla violemment sous le choc.
Le Grand-Duc balança encore légèrement sa hache à quelques reprises.
Le tentacule fut découpé en morceaux de taille convenable.
« … De taille convenable ? »
Le Grand-Duc en ramassa un et le porta droit à sa bouche.
Croque.
Sa gorge déglutit profondément dans un bruit glaçant.
« Pas mauvais. »
Pour une raison quelconque, le sourire du Grand-Duc lui rappela Galahad.
« C’est un honneur de rencontrer le souverain du Nord. »
Velogrime lui témoigna le plus grand respect.
Gilbert observa le Grand-Duc en silence, puis s’inclina à son tour, un peu tardivement.
* * *
« Le Premier Mage… »
Galahad contempla le cercle magique gravé sur son avant-bras.
Il l’avait gravé à la hâte et le sang ne s’était pas encore arrêté de couler.
Le cercle magique laissé par le Premier Mage ne ressemblait assurément à aucun autre.
Ses couches superposées étaient grossières, mais inhabituelles.
Il différait des méthodes employées de nos jours.
Le plus étrange, c’était ceci :
« Il comprime le mana à travers le cœur. »
En temps normal, le mana se déposait autour du cœur. C’était aussi pour cette raison que l’Œuf de la Douleur se trouvait près du cœur.
Mais le cœur ne servait pas à déplacer le mana.
Le mana était informe par nature.
Le cœur ne pouvait pas intervenir dans ce processus.
Pourtant, ce cercle magique, qu’ils appelaient la Sélection, rendait la chose possible.
C’était presque comme…
« L’Œuf de la Douleur, pas vrai ? »
Galahad ressentit un vif intérêt.
Son fonctionnement ressemblait beaucoup à celui de l’Œuf de la Douleur.
Ce cercle magique se servait du cœur comme d’un Œuf de la Douleur.
La différence, c’était que l’Œuf de la Douleur extrayait automatiquement quelque chose du sang des Démonides pour ne fournir que du mana, tandis que ce cercle magique…
« Utilise le sang du lanceur. »
La méthode était semblable. Elle semblait imiter la capacité du Démonide de haut rang à l’origine de l’Œuf de la Douleur.
Ce n’était qu’une imitation.
« Il comprime le mana grâce à la force vitale contenue dans le sang du lanceur. »
Si le mana était un moteur imaginaire, ce cercle magique utilisait la force vitale comme carburant.
Pour comprimer le mana plus vite.
« Ah, c’était donc la force vitale. »
Galahad comprit que l’Œuf de la Douleur avait prélevé la force vitale dans le sang des Démonides.
Tressaillement.
L’Œuf de la Douleur frissonna légèrement.
« Alors, c’était ça. »
Galahad ne connaissait pas l’usage de la force vitale en magie.
C’était probablement parce qu’il s’agissait d’une magie d’un âge ancien.
« Vous avez gravé un cercle magique en si peu de temps ? »
Une voix incrédule interrompit ses pensées.
En levant les yeux, il vit l’officier le fixer, stupéfait.
Galahad ne comprenait pas sa question.
« Pourquoi graver un cercle magique prendrait-il longtemps ? »
Il l’avait simplement regardé puis recopié. Ça piquait un peu, mais la douleur n’avait duré qu’un instant.
En plus, le cercle magique l’intéressait tellement que, cette fois, il n’avait même pas senti la douleur.
« Ne mentez pas ! C’est un cercle magique à huit couches ! Vous ne pouvez pas l’avoir imité après l’avoir vu un instant ! Qu’est-ce que ce traître vous a raconté ?! »
L’officier cria, postillonnant. Galahad claqua la langue.
« Ah, à vrai dire, je ne l’ai pas copié. C’est peut-être parce qu’il s’agit d’un vieux cercle magique, mais il comportait des éléments superflus. Certaines parties me semblaient douteuses aussi, alors je les ai remaniées. »
Galahad lui montra gentiment son poignet.
Le cercle magique ressemblait à celui de l’officier, mais en y regardant de plus près, on voyait davantage de différences que de ressemblances.
C’était assurément un cercle magique intéressant, mais il venait d’une époque révolue. Puisqu’il avait l’Œuf de la Douleur, inutile de se servir de son cœur. Galahad l’avait donc modifié à sa convenance.
« … Remanié ? Taisez-vous ! »
L’officier se mit à hurler comme s’il piquait une crise. Il n’y avait rien à en tirer.
En claquant la langue, Galahad détourna les yeux.
Les cendres épaisses qui s’éparpillaient tout autour prouvaient clairement qu’ils se trouvaient dans le Royaume démoniaque. Recréer le Royaume démoniaque lui-même, plutôt que le simple Territoire des Démonides, était assez intéressant.
« Une question. Comment avez-vous créé le Royaume démoniaque ? »
« Ce n’est pas le Royaume démoniaque. C’est le Sanctuaire. »
« Oui, le Sanctuaire. »
L’officier sourit à la question de Galahad. Sa bouche tremblait, comme s’il s’était forcé à sourire.
« Vous croyez que je vais vous le dire ? »
L’officier leva son bâton bien haut. Le cercle magique gravé à son poignet émit une lumière éclatante, qui se déversa dans le bâton.
Le bâton serti d’une Pierre magique fournissait le mana, tandis que le cercle magique gravé au poignet le comprimait à l’aide du sang du lanceur.
Le lanceur n’avait plus qu’à choisir la cible du sort et à fournir son sang.
À première vue, c’était pratique, mais pouvait-on vraiment appeler l’officier un mage ?
« Même Sir Gilbert pourrait faire ça. »
Galahad ressentit un profond dégoût.
« Balancez tout sur lui !! »
Les mages qui tenaient des bâtons lui lancèrent des choses qu’on pouvait à peine qualifier de sorts.
« Hum. »
L’Œuf de la Douleur battait à tout rompre. Il palpitait comme s’il allait bondir hors de lui à tout instant. Chacun de ses battements vibrait de joie.
Le cercle magique gravé au poignet de Galahad se mit alors à briller comme s’il brûlait.
Galahad n’avait pas reproduit à l’identique le cercle magique laissé par le Premier Mage. Il avait l’Œuf de la Douleur pour remplacer son cœur.
Au lieu d’utiliser le sang du lanceur, il comptait puiser dans la force vitale que l’Œuf de la Douleur avait prélevée sur le sang des Démonides.
« L’Œuf de la Douleur comprime le mana, puis la force vitale le comprime une nouvelle fois. »
Le Premier Mage n’avait sans doute jamais imaginé une telle méthode.
L’Œuf de la Douleur vibra, comme s’il résonnait avec le cercle magique. Il trembla avec force, comme pour demander si Galahad était vraiment obligé de lui prendre ça aussi.
« Si on attrape cette chose, on trouvera quelque chose d’encore plus savoureux. »
Galahad chuchota en parlant de l’énorme présence derrière eux.
« Il faut toujours regarder plus gros que soi. »
L’Œuf de la Douleur acquiesça enfin. Il mordilla légèrement le cœur de Galahad, comme pour le menacer. Comme s’il lui disait qu’il ne le laisserait pas s’en tirer s’il mentait.
« Je ne mens pas. »
L’Œuf de la Douleur palpita en résonance. Le cercle magique brilla plus fort. Le mana vibra à toute vitesse.
Des boules de feu cendreuses s’abattirent.
« Dégoûtant. »
Galahad claqua des doigts, profondément agacé.
* * *
« Abruti. »
Deblian ricana en regardant l’homme dissimulé par les boules de feu.
La Marque de sélection était gravée sur son avant-bras, mais il était toujours seul.
Une légère brise se leva.
« … Qu’est-ce que c’est ? »
Les boules de feu qui tombaient perdirent instantanément de leur force.
Elles se déformèrent en tombant, vacillant comme de simples flammes.
Une seule chose pouvait affaiblir le mana.
La concentration de mana de l’adversaire était supérieure.
« … Sa concentration de mana est plus élevée que la mienne ? »
Deblian possédait un bâton serti d’une Pierre magique de haute qualité et la Marque de sélection laissée par le Premier Mage. Il avait également ouvert le Sanctuaire.
La concentration de mana de cet homme pouvait-elle vraiment dépasser celle de Deblian ?
C’était impossible.
Alors…
Quelque chose jaillit des flammes. Deblian ne vit même pas ce que c’était. Il n’entendit qu’un petit bruit.
Tac.
Quelqu’un tomba.
Un mage s’écroula en arrière. Un trou lui traversait la gorge de part en part.
Tac.
Un autre tomba.
Un trou dans la gorge. Exactement au même endroit.
Le sang rouge battait comme un avertissement.
« Lancez des barrières ! »
Deblian entonna à la hâte un sort défensif.
Une barrière translucide se dressa aussitôt devant les mages. Les autres se regroupèrent et superposèrent plusieurs barrières. Leur peur de mourir n’avait pas besoin de mots.
Mais…
Tac.
Un autre mage s’effondra.
Les multiples couches de barrières avaient été transpercées sans effort.
Comme du papier.
Tac.
Un autre tomba. Il n’y eut même pas de cri, seulement une inspiration brusque.
Mais qu’est-ce que c’était que ça ?
Deblian n’arrivait pas à comprendre ce qui se passait.
Les flammes s’écartèrent, et l’homme en sortit.
Son visage était toujours détendu, ses cheveux soigneusement rejetés en arrière.
Il avait exactement la même apparence qu’en entrant dans la salle de banquet.
L’homme claqua des doigts.
Tac.
Le dernier mage encore debout s’effondra en arrière.
Les jambes de Deblian cédèrent, et il tomba au sol.
Du sang chaud l’inonda.
L’homme s’approcha à un rythme ni trop lent ni trop rapide.
Une fois devant lui, il baissa les yeux sur Deblian.
Deblian croisa son regard et poussa un cri de terreur.
« V… Vous êtes un Démonide, par hasard ? »
« Hum, désolé, mais je suis humain. »
La voix de l’homme était calme.
Elle était limpide, étrangement déplacée au milieu de cette épaisse odeur de sang.
« Ah, merci pour le cadeau. »
Un cadeau ?
L’homme désigna son avant-bras.
La Marque de sélection qui s’y trouvait brillait d’une lumière nette.
Plus vive que celle gravée par Deblian.
« Je ne vous ai rien donné… »
La voix de Deblian s’éteignit.
* * *
« Merci. J’en ferai bon usage. »
Galahad le remercia encore et se détourna.
L’énorme tentacule s’agitait, s’employant à détruire le château.
En dessous, une lumière blanche se dressait, précaire mais fière.
Adrianna affrontait seule cet énorme Monstre.
C’était un spectacle stupéfiant, mais…
« Pas assez. »
Galahad fronça les sourcils.
Un jour, Adrianna devrait affronter le Roi démon.
Peiner face à un Monstre promu de force du rang supérieur au rang suprême ne suffisait pas.
« Elle doit progresser. »
Rien ne valait un vrai combat pour progresser.
Mais…
… !!
Le Monstre poussa un hurlement de douleur.
Pour qu’un Monstre aussi gigantesque ressente de la douleur…
Le tentacule, qui se tordait de douleur, s’agita violemment et repoussa les cendres.
Sa vision se dégagea un instant.
Au loin…
Un homme sauvage dévorait le tentacule comme une pieuvre. Un énorme morceau, qui dépassait de sa bouche barbue, se tordait comme s’il implorait sa grâce.
Le Grand-Duc, couvert de sang rouge, désigna Galahad.
Croque.
On aurait dit que le bruit glaçant lui parvenait de si loin.
« Hum, ça risque d’être dangereux. »
Les cendres recouvrirent bientôt à nouveau les environs.
Machinalement, Galahad se frotta la nuque, glacée.
« Ma femme ! »
Galahad se précipita vers Adrianna.
Aucun parent ne peut l’emporter sur son enfant.
Et le Grand-Duc était un père, lui aussi.
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