Chapitre 40
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Ceaseless
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Le Fou Gendre du Grand-Duc du Nord ◈
Chapitre 40 : Fantôme
──────
« … Il est vraiment venu avec seulement six hommes ? »
Huit tapota son masque.
Huit en avait douté, mais l’homme n’avait amené que l’Unité des opérations spéciales. Il l’avait vu de ses propres yeux.
Plusieurs rangées de chevaliers et de soldats du Septième bataillon encerclaient le bâtiment où il était entré. Des dirigeants de la Société de magie noire étaient même présents.
« Même lui ne peut pas s’en sortir. »
La balance commençait tout juste à pencher en faveur de la Société de magie noire.
Et puis…
« Vous avez perdu la main. »
Une voix grave retentit derrière lui. Elle était bien trop calme pour le château bruyant. Huit crut avoir mal entendu.
Comment avait-il fait pour sortir de là ? Non. Huit chassa cette question. L’homme qui se tenait devant lui était bien celui auquel il pensait.
« Handler, je vous attendais. »
Huit s’inclina aussitôt. Des chaussures noires familières s’arrêtèrent devant lui.
« Votre rapport laissait à désirer. Vous vous rouillez ? »
Sa voix était dénuée d’émotion. Elle était simplement neutre, ce qui la rendait d’autant plus terrifiante. On aurait dit qu’il était capable de remplacer Huit sans hésiter, comme on se débarrasse d’un outil rouillé.
« Haha, ce n’est pas ça. Ces salauds de la Société de magie noire sont devenus tellement discrets… »
« Ah oui ? »
Huit perdit le fil de ses pensées en fixant les chaussures devant lui.
L’homme saisit doucement son masque. Il avait juré de ne jamais l’ôter devant lui. Montrer son visage nu revenait à annoncer sa fin.
« Je… Je vous dis la vérité ! Il m’a fallu du temps pour trouver où se trouvait le commandant du Septième bataillon et comment m’y rendre ! Et j’ai aussi découvert… qu’ils avaient quelque chose qu’ils appellent un Sanctuaire ! »
Le masque de Huit se souleva légèrement. Le froid qui s’y engouffra lui glaça le visage. L’air était aussi tranchant qu’une lame.
Tap, tap. Il tapota le masque.
« Vous avez dit “Sanctuaire” ? »
« … Oui ! »
« Oh, voilà qui est intéressant. »
À ce minuscule signe d’intérêt, Huit se hâta de tout lui expliquer, comme un homme sur le point de se noyer qui cherche désespérément à reprendre son souffle.
« Je vois. Montrez-moi le chemin. »
L’homme s’éloigna, et Huit le remercia sincèrement.
Huit s’était laissé tromper par le visage qu’il avait montré à l’Unité des opérations spéciales et avait oublié cette froideur. Voilà sa vraie nature.
Quel idiot… Huit se mordit la lèvre.
« Le commandant du Septième bataillon se trouve au sous-sol de la succursale de la Société de magie noire. Deux portes gravées de cercles magiques se dressent sur le chemin, avec treize mages qui gardent le passage entre les deux. Ils sont tous armés de bâtons de grande qualité. »
Huit fit rapidement son rapport. Les forces déployées étaient démesurées. En comparaison, Galahad était seul. Objectivement, c’était de la folie, mais…
« Je vois. »
Il répondit brièvement.
Le château était silencieux. Une tension muette emplissait l’air. La lumière des torches s’agitait dans une seule direction.
Huit prit le chemin opposé.
« Il a détourné leur attention. »
Tous les occupants du château s’étaient concentrés sur le bâtiment où il était entré sous prétexte d’aller se laver, ainsi que sur le donjon intérieur.
La succursale de la Société de magie noire était donc presque vide.
Qui aurait imaginé qu’il partirait secourir le commandant du Septième bataillon dès son arrivée ?
« Deux soldats gardent l’entrée principale… »
Avant qu’il ait pu finir, les soldats s’effondrèrent.
Un trou leur perçait le cou à chacun. Des pointes de glace d’une précision parfaite. Une fois la glace fondue, il n’en resterait aucune trace.
Comme un fantôme…
« Nous sommes pressés, alors ne vous arrêtez pas. Continuez d’avancer. »
Il murmura ces mots. Il venait de tuer deux personnes, mais sa voix ne trahissait pas la moindre émotion.
« Oui. »
Huit réprima sa peur glaciale et reprit sa marche.
Huit ouvrit la porte. L’odeur écœurante du sang lui chatouilla les narines.
« … Hein ? Que fait un dirigeant ici à cette heure… »
Boum.
La personne qui parlait s’effondra sur place. Elle n’avait même pas eu le temps de fermer les yeux. Du sang rouge s’écoula du trou dans son cou.
Clac. Le seul bruit fut celui de ses doigts qui claquaient. Tuer un mage d’un claquement de doigts, sans même utiliser de bâton…
« Tu comptais t’en prendre à un monstre pareil ? Putain. J’ai perdu la tête. »
Huit se mordit la lèvre et continua d’avancer.
« Oh, vous êtes arri… »
Quelqu’un qui reconnut Huit ouvrit la bouche, puis s’écroula. Du sang chaud éclaboussa les pieds de Huit. Et cela recommença, comme une tâche ordinaire. Sans la moindre émotion…
« … Putain de malade. »
Les jambes de Huit étaient lourdes, mais il devait continuer. S’il s’arrêtait, le monstre le désignerait ensuite.
Le plan de l’homme était simple : envoyer Huit en premier, puis transpercer le cou de tous ceux qui réagiraient.
Le seul bruit était celui de ses doigts qui claquaient.
Huit s’arrêta devant une porte protégée par un dispositif de sécurité magique.
« Je… Je n’ai pas l’autorisation pour cette porte ! La personne qui s’occupait de la succursale du Septième bataillon ne me l’a jamais donnée ! »
Huit le supplia désespérément.
Les pas de l’homme se rapprochèrent. Il marchait sur le sol dur du sous-sol, mais ses chaussures ne faisaient aucun bruit.
Comme un fantôme…
Il posa silencieusement la main sur la porte. Huit déglutit.
C’était un dispositif de sécurité que la Société de magie noire avait mis au point avec un soin extrême après avoir fui vers le Nord. Même lui ne pouvait pas…
Clic.
La porte s’ouvrit avant que Huit ait pu terminer sa pensée.
Huit savait qu’il était particulièrement doué pour affronter les mages. Ses sorts anormalement rapides et son jugement sans faille en étaient la raison.
Mais cette porte était différente.
Huit savait à quel point le dispositif de sécurité magique installé dessus était complexe.
Et pourtant, l’homme l’avait ouverte après quelques tapotements.
Comme s’il le connaissait par cœur…
« Vous n’avancez pas ? »
Surpris par sa question, Huit se remit en marche.
Huit sentit un souffle froid contre sa nuque.
Comme si…
« Cette zone est interd… »
On aurait dit que la Faucheuse se tenait derrière eux.
Gloups.
Huit continua désespérément d’avancer.
* * *
« Commandant, l’Empereur nous a trompés. Il compte s’enrichir en poussant le Nord à combattre les Démonides. Le véritable ennemi, ce ne sont pas les Démonides. C’est l’Empereur. »
Le vieux commandant du Septième bataillon cligna des yeux fatigués. Un des commandants de compagnie débitait des absurdités.
Était-il devenu assez sénile pour entendre des choses pareilles ? C’était possible. Aucun guerrier du Nord ne s’allierait aux Démonides.
Bien sûr que non.
« Vieil idiot, tu ne te rends même pas compte qu’on te manipule. Voilà pourquoi nous n’avons jamais avancé avec un vieux comme toi à notre tête. Toujours faim, toujours froid… Tout est de ta faute. »
Le vieux commandant ne put se retenir davantage.
« Le Nord a toujours été froid, espèce d’abruti. »
« Non, il ne fait plus froid. Nous… »
Le commandant de compagnie remonta sa manche. Un motif complexe et inconnu était gravé sur son bras.
« Nous avons reçu la Sélection. »
Le vieux commandant fronça profondément les sourcils.
« Tu as le cerveau en bouillie. Tu n’as toujours pas repris tes esprits. L’Empire ne fait que s’enrichir en nous divisant. Cette rancune a été fabriquée de toutes pièces… »
L’assurance du commandant de compagnie, son armure plus raffinée qu’avant, et même son visage luisant…
Le vieux commandant eut un petit rire.
« Je suis désolé, mais les Démonides sont vos ennemis. »
Une voix nonchalante retentit alors.
L’homme portait des vêtements ajustés et ses cheveux étaient soigneusement plaqués en arrière. Un noble ? Il avait l’air propre et raffiné, beaucoup trop raffiné pour le Nord.
« Qui êtes-vous ? »
« Ça ne se voit pas ? Je suis un intrus. »
« … Un intrus ? »
« Oui. Mon apparence vous a peut-être induit en erreur, mais pour l’instant, je suis un intrus. »
« Ce salaud plaisante… »
Le chevalier fronça les sourcils. Il se leva brusquement et dégaina son épée. Une aura jaillit de la lame, et sa couleur était…
« Oh, elle est cendrée. Une aura cendrée… Vous avez reçu ce pouvoir des Démonides ? »
« Espèce d’idiot, tu es descendu ici sans arme ? Je ne sais pas quelle ruse tu as employée, mais ça s’arrête là. »
« Hum. C’est dommage. Je n’ai pas beaucoup de temps. »
L’homme claqua la langue et fit claquer ses doigts.
Le chevalier passa à l’attaque. Il était incroyablement rapide, bien trop pour un simple commandant de compagnie.
Des mouvements vifs et une aura qui déferlait avec violence…
À première vue, l’attaque semblait menaçante.
« Pitoyable. »
Les yeux du vieux commandant s’écarquillèrent. L’homme avait prononcé les mots qu’il s’apprêtait à dire.
« L’aura est la force de la conviction. C’est pourquoi elle est difficile à obtenir et qu’elle ne se développe pas facilement. »
Le chevalier abattit violemment son épée. L’aura cendrée ondula comme la gueule grande ouverte d’un Monstre.
L’homme affronta le chevalier de face, sans bouger d’un pouce.
« C’est pour cela que l’aura transperce la peau épaisse des Monstres et brise la magie. Mais… »
Clac. L’homme fit claquer ses doigts.
L’épée du chevalier se trouvait juste devant son cou, mais il ne cilla même pas. Au lieu de cela, il claqua la langue en regardant la lame.
« Vous n’arrivez même pas à franchir une barrière aussi élémentaire. »
L’épée du chevalier, enveloppée d’aura cendrée, avait été arrêtée par une paroi translucide. Le chevalier pâlit.
Il s’évertua à forcer le passage, mais l’épée ne bougea pas, comme si elle était fichée dans la pierre.
L’aura ne pouvait pas trancher la magie…
Ce ne fut qu’alors que le chevalier sembla comprendre que quelque chose clochait. Son visage se crispa d’inquiétude.
« Vous avez vous-même souillé votre noble conviction en la colorant… C’est ainsi qu’elle a perdu son éclat. »
Le chevalier bascula. Sa poitrine se fendit à l’horizontale. Coupé en deux, il s’effondra sans résistance.
Le vieux commandant laissa échapper une exclamation discrète. L’homme avait raison. L’aura était la force de la conviction. C’était pour cela qu’elle pouvait tout trancher.
Et pourtant, ce stupide commandant de compagnie avait mêlé quelque chose d’étranger à sa conviction.
Ce qui comptait dans la conviction, ce n’était pas sa force, mais ses racines.
Malgré tout, le chevalier était indéniablement devenu plus fort d’un seul coup.
Et l’homme en était venu à bout en un seul geste…
« Impressionnant. »
« Un chevalier intelligent n’est pas si difficile à affronter. »
« Un chevalier intelligent… C’est vrai. »
Le vieux commandant hocha la tête.
Les chevaliers devaient être stupides.
« Parce qu’une conviction stupide est la plus puissante. »
L’homme posa ensuite la main sur les barreaux de fer. Les grosses barres s’effritèrent sans un bruit.
« Je suis venu vous sauver. Allons-y. »
L’homme sortit une gourde de sa ceinture et la porta à ses lèvres. Une odeur de sang familière envahit la pièce. Ce n’était pas du sang humain.
« Vous buvez du sang de Démonide ? »
« C’est étonnamment bon. »
Le vieux commandant eut un petit rire à cette réponse. Le sang des Démonides était bon ? Quel genre de cinglé était-ce là ?
« Il n’aurait jamais pu vaincre cet homme. Comment quelqu’un qui a reçu le pouvoir des Démonides pourrait-il battre un chasseur qui les dévore ? »
Le vieux commandant toussa violemment. Un mage qui buvait du sang de Démonide… Il avait vraiment vécu assez longtemps pour tout voir.
L’homme se tint devant le vieux commandant. Ses vêtements étaient impeccables et ses cheveux toujours aussi bien plaqués en arrière, mais son visage était épuisé.
Le vieux commandant laissa échapper une petite exclamation. Les yeux de l’homme ne trahissaient aucune hésitation. Seul quelqu’un qui avait confiance en lui-même pouvait avoir un tel regard.
Comme le Grand-Duc…
« Non, peut-être un peu différent. »
« Vous ne vous levez pas ? »
L’homme regarda le vieux commandant et lui posa la question.
On lui avait retiré ses entraves à un moment donné, mais son corps restait lourd.
Une fois sorti d’ici, il aurait du travail. Il devait tuer tous les salauds qui s’étaient alliés aux Démonides. Certains étaient à ses côtés depuis de nombreuses années.
Le vieux commandant était trop épuisé pour une telle besogne.
Mais que pouvait-il faire d’autre ?
C’était aussi sa faute.
Il redressa son corps raidi.
« Où est votre arme ? »
À la question de l’homme, le vieux commandant eut un petit rire et saisit le bâton appuyé dans un coin.
« Un bâton, c’est le mieux pour les vieux. »
Pour la première fois depuis longtemps, le bâton se cala confortablement dans sa main.
* * *
Boum, boum !
Quelqu’un martela la porte.
Quand Tom l’ouvrit, des regards perçants se posèrent sur lui.
« Le commandant adjoint et tous les commandants de compagnie sont réunis et attendent. Combien de temps comptez-vous les faire patienter ? »
Un chevalier à l’air féroce lui lança ces mots d’un ton brusque. Des soldats se tenaient en longue file derrière lui.
Sous la pression qui s’abattait sur lui, le dos de Tom devint moite. Ses paumes ruisselaient de sueur. Il força un sourire.
« Ahaha, notre commandant est extrêmement méticuleux quand il se lave. Il considère que c’est une question de savoir-vivre. La réputation du Septième bataillon est si grande qu’il semble redoubler d’efforts pour lui témoigner le respect qui lui est dû. »
Le chevalier parut légèrement adouci par ce compliment.
« Hum. Il est bien tatillon pour un salaud d’Impérial. Dites-lui de se dépêcher. »
« Oui, oui. Compris. »
Tom s’inclina obséquieusement, puis referma la porte.
Ce ne fut qu’une fois la porte fermée qu’il reprit enfin son souffle. Son dos et ses mains étaient trempés de sueur. Il avait l’impression qu’on venait de lui retirer plusieurs années d’espérance de vie.
« On ne pourra pas les retenir encore longtemps. »
Tom s’adressa aux membres de l’unité.
Ils les avaient déjà renvoyés plusieurs fois. À chaque fois, les coups contre la porte s’étaient faits plus violents.
« On n’a pas le choix. »
Gilbert tira son épée.
« Quand la porte s’ouvrira, je trancherai le cou du chevalier. Damian se précipitera dans l’ouverture, et Gwen lancera du feu. »
« Une boule de feu explosive ? »
« Oui, du feu. Le plus jeune couvrira nos arrières. »
Les ordres de Gilbert étaient clairs. Tout le monde hocha la tête, et Tom fut horrifié.
« Vous comptez vraiment vous frayer un passage ? »
Des dizaines de soldats se tenaient dehors, sans parler des arbalètes dans leurs rangs. Comment pourraient-ils bien passer ?
Et puis…
Boum, boum, boum !
La porte trembla comme si elle allait céder.
Gilbert fit un signe. Adrianna agrippa la poignée de son épée. Ils semblaient prêts à se battre, quoi qu’il arrive.
« Qu’est-ce que vous fichez là-dedans ? Sortez tout de suite ! »
Les coups redoublèrent, comme si leur patience était à bout. La porte tremblait, prête à voler en éclats.
« Je vais les retenir. »
Tom se précipita vers la porte.
Il saisit la poignée et se creusa désespérément la tête. Qu’aurait fait le commandant Galahad… ?
« Nous sommes ici sur ordre du Grand-Duc ! Entrer de force de cette façon équivaut à se rebeller contre lui ! »
Ses mots outranciers interrompirent brièvement les coups.
Brièvement seulement.
« Arrête de raconter des conneries et ouvre cette porte ! Comment oses-tu te servir du nom du Grand-Duc ?! »
Ça n’avait pas marché.
Gilbert fit un signe, et tout le monde acheva de se préparer.
Ils comptaient vraiment se battre… Tom hurla intérieurement.
« Ouvrez ! On n’attendra pas plus longtemps ! »
Boum !
La porte se fendit légèrement. Tom se mordit la lèvre.
Il avait prétexté qu’ils se lavaient. Il devait donc le prouver.
« Tout le monde, veuillez détourner le regard. »
À la demande de Tom, ils tournèrent tous la tête.
Sans hésiter, Tom retira son armure. Chaque pièce. Il se déshabilla complètement.
Tom tourna lentement la poignée. La porte branlante s’ouvrit avec fracas.
D’innombrables regards s’abattirent sur lui. Tom poussa un cri parfaitement sincère.
Le chevalier, qui fulminait jusque-là, se figea devant Tom, complètement nu.
« Je vous ai dit qu’on se lavait, non ?! »
« Hum. Finissez de vous préparer. On ne peut plus attendre. Les ordres viennent d’en haut. »
Le chevalier recula.
Tom comprit que c’était sa dernière chance.
Après avoir rapidement remis son armure, Tom rajusta sa prise sur son bouclier et barra la porte. Gilbert se plaça à ses côtés. Damian se prépara à bondir dehors.
« Espèces de salauds ! »
Le chevalier s’engouffra alors de force. Tom résista de toutes ses forces, mais ne put lui tenir tête. Un coup de pied l’envoya rouler sur le sol. Gilbert inspira profondément.
À cet instant, alors que tout se jouait…
« Le Septième bataillon est bien impatient. »
Une voix nonchalante retentit. Tout le monde tourna aussitôt la tête.
Galahad lissait tranquillement ses cheveux en arrière. Ses vêtements impeccables et son visage propre lui donnaient exactement l’air de quelqu’un qui venait de finir de se laver.
Même Tom faillit se faire avoir.
Le chevalier recula, visiblement décontenancé.
« Montrez-nous le chemin. »
Pas une goutte de sueur ne perlait au front de Galahad quand il prononça ces mots.
* * *
Des hommes armés et des silhouettes encapuchonnées de noir étaient assis dans la salle de banquet.
Les tables débordaient de viande crue et d’alcool. Ils déchiraient la viande à pleines dents, le sang dégoulinant des morceaux.
« Combien de temps devons-nous encore attendre ? »
Deblian, un dirigeant de la Société de magie noire, fronça les sourcils.
Sa voix ne trahissait aucune inquiétude, seulement de l’agacement.
Maintenant qu’il commençait à être rassasié, il se rappela la raison de sa venue.
« On dit qu’il se lave pour faire preuve de savoir-vivre avant d’entrer. »
Une voix moqueuse s’éleva à côté de lui.
« Il se lave… »
La salle entière éclata de rire.
« Il ne pourrait pas avoir une autre idée derrière la tête ? »
Quelqu’un souleva alors la question.
Un bref silence suivit, puis les rires éclatèrent. Celui qui avait parlé fut le premier à rire.
Plus de cent soldats avaient été postés autour de Galahad. Si quelque chose avait mal tourné, un rapport serait arrivé depuis longtemps.
Même s’il avait réussi à se faufiler sans se faire remarquer…
« Qu’est-ce qu’il pourrait bien faire ? Nous sommes déjà chez nous. »
Deblian eut un petit rire.
Quoi qu’il tente, l’issue était déjà décidée. Il ne ferait que lutter en vain.
Voilà pourquoi ils festoyaient tranquillement au lieu de s’occuper de lui.
« Le Sanctuaire va bientôt s’ouvrir. »
À l’annonce de Deblian, des exclamations fusèrent de toutes parts.
« Nous allons inaugurer une nouvelle ère. »
Le commandant adjoint reprit ces mots. Sa voix débordait d’assurance. Tout le monde hocha la tête.
Dans l’obscurité, des yeux rouges luisaient sinistrement.
« Nous y sommes presque. La Société va enfin se révéler au grand jour. »
Deblian murmura ces mots à voix basse.
Tout était parfait.
Ils avaient attiré au Septième bataillon Galahad, qui semait le trouble dans le Nord.
Ils le tueraient et détérioreraient les relations entre le Nord et l’Empire.
Puis ils ouvriraient la porte…
« Et inaugureraient l’ère de la magie noire. »
Ils n’auraient plus à se cacher.
« Mais il ne prend pas un peu trop son temps ? Et nous n’avons pas vu non plus le dirigeant qui porte le Masque du Corbeau. »
Un autre dirigeant marmonna ces mots d’un ton inquiet. Il était toujours celui qui faisait des remarques alarmistes.
Tss, il gâchait l’ambiance…
« Qu’est-ce que ça peut faire, alors que le Sanctuaire est sur le point de s’ouvrir ? »
Deblian parla avec assurance.
« Adrianna ? Même si elle venait en personne, ça ne changerait rien. Le Sanctuaire est un tombeau pour ceux qui n’ont pas reçu la Sélection. Et des chevaliers qui l’ont reçue, il y en a plein ici. Adrianna ne suffirait pas ! »
Les paroles de Deblian déclenchèrent les rires de toute la salle. « Chut ! » Deblian porta l’index à ses lèvres. Tout le monde attendit la suite.
« Il lui faudrait au moins le Grand-Duc ! »
Le Grand-Duc !
Les rires redoublèrent.
La porte s’ouvrit alors à la volée.
Un noble beau et élégant, qui aurait eu sa place dans la capitale, entra.
« Oh, tout le monde est là. Désolé pour le retard. Ça a pris plus de temps que prévu. »
Des regards perçants se posèrent sur l’homme.
Il les affronta un par un.
Comme s’il examinait attentivement quelque chose…
« Alors, c’était bien un banquet. »
L’homme marmonna quelque chose d’incompréhensible et se dirigea vers une place libre.
En un instant, toute l’attention se tourna vers lui.
On aurait dit qu’il était l’invité d’honneur.
« Hum, de la viande crue. Vous avez des goûts bien barbares. »
En claquant la langue, l’homme vida son verre d’alcool sur le sol. Puis il sortit une gourde et remplit le verre.
Un liquide rouge le remplit à ras bord. Son odeur lui était douloureusement familière. Une puanteur âcre, maudite, infecte…
Du sang de Démonide.
L’homme fit lentement tourner le liquide dans son verre. L’odeur se répandit dans la pièce.
Les chevaliers de chaque côté de lui reculèrent, horrifiés. Les autres froncèrent également les sourcils.
L’homme porta tranquillement le verre à ses lèvres. Il le vida comme s’il savourait un grand cru.
« Il nous traite de barbares… ? »
Après avoir reposé son verre, l’homme s’essuya la bouche avec un linge.
« Bon, il se fait tard. Allons droit au but. »
Aller droit au but… Il parlait comme s’il était venu les chercher.
« Qu’est-ce que c’est que ça… ? »
Deblian fronça les sourcils, troublé par un malaise étrange qui s’insinuait en lui.
L’homme prit alors une fourchette et un couteau.
On aurait dit qu’il s’apprêtait à manger.
Et puis…
« Alors, où est le Démonide de haut rang ? »
L’homme sourit comme s’il attendait un délicieux repas.
Un lourd silence tomba sur la salle de banquet.
Notes :
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>