Chapitre 38
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Traducteur/éditeur : Ceaseless
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◈ Le Fou Gendre du Grand-Duc du Nord ◈
Chapitre 38 : Le nouveau benjamin
──────
« Hmmmm… »
Huit pencha la tête en examinant le parchemin devant lui.
Grâce aux affaires de la Mine de pierres magiques et aux informations fournies par Aube, la Société de magie noire connaissait une prospérité sans précédent.
Peut-être à cause de douloureux souvenirs du passé, la Société de magie noire n’avait pas lésiné sur les moyens pour cette attaque.
Même si leur adversaire n’était qu’une unité de cinq personnes, ils n’avaient pas relâché leur vigilance le moins du monde.
« Hmmmm… Même si c’est lui, ça… Hmm… Mais c’est bien lui, non ? Hmmmm… »
Bien sûr, Huit voulait voir Galahad mort.
Galahad tenait déjà Huit en laisse. Cette laisse ne serait rompue qu’à la mort de l’un d’eux, Huit ou Galahad.
Comparée à la Société de magie noire, alors au sommet de sa prospérité dans le Nord, et au Septième bataillon qu’elle avait soumis, l’Unité des opérations spéciales, composée de cinq membres, semblait pitoyablement insignifiante.
En raisonnant froidement, Huit aurait dû miser sur la première.
Mais…
« C’est Galahad. »
La présence de cet homme pesait lourdement sur l’esprit de Huit.
Huit avait misé sur la Société de magie noire, mais si Galahad survivait…
« Hhhhh… »
Huit frissonna.
Huit préférait mourir plutôt que de se faire « persuader » une nouvelle fois.
Non. Huit ne voulait pas mourir. Alors…
« On dit que les préparatifs sont terminés. »
« Les préparatifs ? »
Une conversation s’éleva à côté de Huit. Elle venait des cadres dépêchés avec lui.
« Le Sanctuaire est en train d’être établi. »
« …Un Sanctuaire ! »
Huit tourna brusquement la tête.
Un Sanctuaire désignait un espace spécial situé dans le Territoire des Démonides.
Ils allaient en établir un ici…
« Aussi impressionnant soit-il, il ne pourra pas utiliser la magie dans un Sanctuaire. Et nous avons même un Démonide de haut rang. Il n’y a aucun risque d’échec. »
« Hé hé hé… Ils comptent annoncer leur véritable commencement en le tuant. »
Huit pencha la tête en entendant leur rire sinistre.
« …Alors, nous non plus, nous ne pourrons pas utiliser la magie ? »
À la question de Huit, le grand homme éclata d’un rire tonitruant. Huit se boucha discrètement les oreilles.
« On dirait que tu n’as pas encore reçu la Sélection. »
« La Sélection ? »
L’homme ricana et retroussa sa manche. Un motif ressemblant à un cercle magique était gravé sur son bras.
Graver un cercle magique sur son propre corps…
Huit se souvint soudain d’une vieille légende.
« Ne me dis pas que… »
« C’est ça. Il appartient au Premier Mage. »
L’homme à côté de lui s’exclama avec enthousiasme. Huit s’excita à son tour.
Le Premier Mage…
Grâce à ce cercle magique, ils pourraient utiliser la magie même à l’intérieur du Sanctuaire.
Alors, c’était certain…
Tandis que Huit marmonnait dans sa barbe, une idée lui traversa soudain l’esprit.
« Et s’il peut utiliser la magie dans le Sanctuaire ? Ça ne ferait que l’aider, non ? La concentration du mana n’en serait que plus élevée… »
Huit secoua vivement la tête. Peu importait à quel point Galahad était extraordinaire, comment pourrait-il utiliser la magie dans un Sanctuaire ?
Ce n’était pas comme s’il était le Premier Mage en personne.
Puis Huit se rappela Galahad, qui souriait à pleines dents en brûlant des Démonides vivants.
Huit imagina cet homme regarder le cercle magique en souriant comme s’il venait de recevoir un cadeau.
« …Je devrais peut-être le signaler, au moins ? Pas tout. Juste assez… »
Huit craignait davantage le Galahad d’aujourd’hui que les légendes du passé.
* * *
« L’Œuf de la douleur peut communiquer. »
Galahad marmonna doucement en regardant Gwen, qui avait l’air d’avoir été prise la main dans le sac.
Entendre la voix de l’Œuf de la douleur était un indice de taille.
Le problème, c’était que…
« Oui, c’est maman. Je suis ta maman. »
Tout ce qu’il disait, c’était « maman ».
« Demande-lui ce qu’il est. »
« Il dit qu’il ne sait pas ! Je crois que c’est un bébé ? »
Galahad lâcha un rire sans joie en entendant Gwen marmonner.
C’était quelque chose qui venait d’un Démonide de haut rang, et ce serait un bébé ? Quelle idée absurde.
« Qu’est-ce que tu lui as donné tout à l’heure ? »
« Euh… À manger ? Il dit que c’était de la nourriture. »
La réponse était difficile à comprendre. Galahad claqua doucement la langue.
« Il dit que c’était de la nourriture. De la nourriture. »
« Je comprends. Donc, c’était de la nourriture. Et le mana qu’il me donne, alors ? »
« … »
L’Œuf de la douleur vibra faiblement. Au lieu de répondre, Gwen promena son regard autour d’elle.
« Parle. »
« Euh… Ce n’est pas moi qui le dis, c’est lui. »
« Je sais. Alors, réponds vite. »
« Il dit que c’est de la merde. »
Galahad fronça aussitôt les sourcils. L’Œuf de la douleur cogna contre lui. On aurait presque dit qu’il riait.
« Mais ça veut sûrement dire autre chose ! C’est encore un bébé, il ne sait pas vraiment ce qu’il raconte ! »
« Ça suffit. Ne cherche pas à me consoler. Tout le monde sait que la magie, c’est de la merde de Démonide. »
Toc, toc. L’Œuf de la douleur vibra de nouveau. Gwen eut un tressaillement des lèvres en retenant un rire.
Galahad continua de réfléchir.
« Le sang des Démonides contient deux composants. L’un, c’est ce qu’il appelle de la nourriture, et l’autre, c’est le mana. »
S’il utilisait ce que l’Œuf appelait de la nourriture, il pourrait recourir au pouvoir dont parlaient les Démonides.
« Dis-lui de m’en donner aussi, de cette nourriture. »
Galahad prononça ces mots en pressant fermement sa poitrine.
« Euh… Il dit que tu ne peux pas l’utiliser de toute façon. »
« C’est à moi d’en décider. »
« Il dit qu’il ne veut pas. »
« Tout à coup, j’ai envie de voir Adrianna. »
« Hein ? Tout à coup ? Il dit que d’accord ! »
Toc.
Dans un bruit sourd, quelque chose se répandit près de son cœur.
C’était…
Une douleur atroce.
Galahad se cramponna à sa poitrine et haleta douloureusement.
Il ressentit la même douleur que celle qui l’avait traversé quand il avait bu du sang de Démonide. Et, avec elle, un mana plus concentré que jamais.
Galahad s’efforça de reprendre son souffle.
« Pourquoi Gwen n’a-t-elle rien senti ? »
« Il dit qu’elle est stupide. »
« Parce qu’elle est stupide… »
Il répéta doucement ces mots. Être stupide pouvait aussi vouloir dire être pur.
Cela signifiait qu’il n’y avait aucune résistance lorsqu’on acceptait quelque chose.
« Est-ce que je subis un contrecoup parce que j’en sais trop ? »
C’était plausible.
« Une déduction intéressante. »
Mais ce n’était qu’une généralisation hâtive et absurde.
Galahad n’avait pas possédé tout ce savoir depuis le début.
Sa famille méprisait la magie, alors personne n’avait pu la lui enseigner. Il avait dû apprendre en se cognant la tête contre le problème. La rapidité avec laquelle il comprenait les formules en était la preuve.
Se cogner la tête contre les choses, c’était la spécialité de Galahad.
« Je vais d’abord essayer à l’instinct, puis je ferai les calculs après. »
Ça ne lui plaisait pas, mais Galahad acquiesça à contrecœur.
« Dis-lui de recommencer. »
« …Il dit que c’est dangereux. »
« Alors, je suppose que je devrais aller voir Adrianna. »
Après un instant d’hésitation, l’Œuf de la douleur lui déversa quelque chose.
Galahad ne chercha pas à l’identifier. Il ne songea même pas à appeler ça du mana.
Il se contenta d’agir en suivant ses sensations.
« Alors, c’est comme ça que ça fait. »
Le bras droit de Galahad enfla comme s’il allait éclater.
L’Œuf de la douleur vibra faiblement.
« Il dit… que tu es un humain vicieux… »
« Dis-lui de surveiller son langage. »
Galahad secoua la main.
Contrairement à l’Œuf de la douleur, horrifié, Galahad était mécontent.
Un pouvoir inexplicable par la théorie…
Ça le dégoûtait, au contraire.
Un instant plus tard, l’horrible douleur monta, provoquée par la conscience qu’il avait de ce pouvoir. C’était vraiment désagréable.
« À ce rythme, je vais finir par imiter les Démonides. »
Galahad glissa une cigarette entre ses lèvres et claqua la langue.
« Il faut que je le fasse grandir davantage. »
L’Œuf s’était mis à parler après qu’il lui eut donné du sang de Démonide ; il lui en fallait donc davantage. Galahad passa la main sur sa gourde.
Il avait recueilli pas mal de sang de Démonide au cours de ce voyage. Huit autres gourdes se trouvaient dans le paquet à côté de lui.
Pourtant, il avait l’impression que le sang de Démonide de piètre qualité ne l’aidait pas à grandir.
« Il va falloir que j’en tue un de haut rang, au moins. »
« Il dit que tu as raison ! »
Gwen hocha la tête.
Adrianna avait dit qu’elle ferait fermer les portes du Premier bataillon et en renforcerait les fondations. Il ne pouvait donc pas se rendre tout de suite au Royaume démoniaque.
« Il n’y aurait pas un Démonide de haut rang qui pourrait tomber du ciel, quelque part ? »
Boum.
Un passant laissa tomber un parchemin. L’homme entra naturellement pour passer commande, et Tom ramassa le parchemin.
Galahad passa les doigts sur le parchemin. Il n’y avait rien d’écrit. Lorsqu’il y fit circuler du mana, des mots apparurent.
- La Société de magie noire vous prend pour cible parce que vous avez entravé ses affaires. Le commandant du Septième bataillon est retenu par la Société de magie noire. Le Septième bataillon est tombé sous son contrôle. La présence d’un Démonide de haut rang est évoquée.
Le rapport était bref, mais son contenu n’avait rien d’anodin.
Ce qui retint le plus l’attention de Galahad, c’était la mention du Démonide de haut rang.
« Un Démonide de haut rang… »
Galahad se rappela celui qu’il avait rencontré dans le Royaume démoniaque.
Il était mort d’un seul coup porté par Adrianna, mais il n’avait pas été facile à vaincre. En plus, le Septième bataillon était tombé aux mains de l’ennemi. La situation était indéniablement difficile.
« Parfait. »
Plus une chose était difficile, plus la récompense était grande.
« La Société de magie noire. Elle va m’offrir des Pierres magiques et un Démonide de haut rang… »
Ils étaient drôlement généreux. Galahad ricana et rangea le parchemin.
« Capitaine. »
Gilbert entra. Son expression était inhabituellement grave. Derrière lui se tenait un soldat que Galahad n’avait jamais vu, vêtu d’une armure légère et de bottes de cuir.
Le soldat avait moins l’air vif que les hommes du Premier bataillon. Il ne venait pas d’ici.
Ce qui signifiait…
« Le Septième bataillon. »
« …Comment l’avez-vous deviné ? »
Gilbert ouvrit de grands yeux.
Galahad regrettait un peu que ce genre de réaction se fasse plus rare ces derniers temps, mais celle-ci était franche.
« Un piège. »
Ils avaient vraiment envoyé une invitation aussi évidente.
« On m’a demandé de venir inspecter une brèche au Septième bataillon ? »
« …Êtes-vous prophète ? »
« Non, je suis mage. »
Galahad se leva et boutonna son manteau.
« Veuillez m’excuser un instant. »
« Oui ? »
Galahad posa un doigt contre la tempe du soldat. Puis, sans hésiter, il lui insuffla du mana. Aussitôt, le regard du soldat se brouilla. C’était un sort que Galahad avait appris auprès d’un Démonide spécialisé dans les attaques mentales.
« Qui vous a envoyé ? »
« Seigneur Glyrock… »
« Qui est le seigneur Glyrock ? »
« Ah, le commandant de compagnie du Septième bataillon. »
Gilbert répondit. Galahad acquiesça et poursuivit son interrogatoire.
« Quelle est la situation au Septième bataillon ? »
« L’ambiance est mauvaise. »
« En quoi est-elle mauvaise ? »
« Le commandant a disparu… »
À cet instant, le soldat gémit et se tordit. Le sort l’avait submergé. Galahad claqua la langue et retira sa main.
« Le commandant du Septième bataillon a disparu ? Qu’est-ce que ça veut dire ? »
« Il a disparu après le rassemblement. On le cherche partout, mais… »
La voix du soldat trembla sous l’insistance de Gilbert. Galahad porta une cigarette à sa bouche et agita la main.
« Ça ne servira à rien de continuer à le faire parler. »
« Le commandant a disparu et ils ont caché l’affaire ? Ça n’a aucun sens ! »
La colère se lisait sur le visage de Gilbert. Il avait vraiment l’étoffe d’un chevalier.
« Le Septième bataillon m’a invité. »
Le sous-entendu était clair. Le Septième bataillon était tombé entre les mains de la Société de magie noire.
« S’ils ont gardé le commandant en vie, c’est qu’ils n’ont pas encore pris le contrôle complet. »
Le parchemin disait que la Société de magie noire retenait le commandant du Septième bataillon. S’ils en avaient entièrement pris le contrôle, ils n’auraient aucune raison de le garder en vie.
Puisqu’ils n’avaient pas encore pris le contrôle complet, ils avaient dû garder le commandant en vie pour parer à toute éventualité.
Il acheva son raisonnement en un instant.
« Nous devons nous rendre au Septième bataillon. Allons-y, partons tout de suite. »
Galahad lança ces mots en faisant tomber la cendre de sa cigarette.
« Tout est prêt. »
Tom prit la parole en s’essuyant les mains sur un chiffon. Un instrument était sanglé dans son dos.
« C’est peut-être un piège. »
« Sir Gilbert, connaissez-vous le meilleur moyen de détruire un piège ? »
Gilbert fronça les sourcils à la question de Galahad.
« On marche dessus. De toutes ses forces. »
Les lèvres de Galahad s’étirèrent en un large sourire.
« Je devrais demander du renfort, au cas où. »
« …Du renfort ? Les bataillons n’ont pas le droit de quitter leur secteur sans ordre du Grand-Duc. »
« Je sais. »
Le large sourire de Galahad plongea Gilbert dans un profond malaise.
* * *
Adrianna sortait de sa chambre quand elle s’arrêta net.
« Bonjour. »
C’était à cause de l’homme qui tenait une cigarette entre ses lèvres. Galahad lui fit signe comme si de rien n’était.
« Comment ? »
Tant de Démonides avaient pris Adrianna pour cible que la sécurité du château où elle vivait était stricte.
Même Galahad n’aurait pas dû pouvoir entrer. Pourtant, il se tenait là, parfaitement à l’aise.
Comme s’il était chez lui.
Pourquoi sa présence semblait-elle si naturelle ? Adrianna acquiesça pour elle-même.
« Ils ne m’auraient pas laissé entrer par la porte, alors je me suis permis de passer par ici. M’infiltrer dans un château pour voir ma fiancée, n’est-ce pas romantique ? »
Romantique ? Adrianna se demanda si le mot convenait avant de répondre.
« En général, s’introduire dans le château d’une femme est considéré comme sinistre. »
« Si l’intrus est beau, ça devient romantique. »
« Il ne faut pas juger les actes d’après l’apparence. »
« Donc, vous reconnaissez que je suis beau ? »
Adrianna toussota. Chaque fois qu’elle parlait avec cet homme, la conversation prenait une tournure étrange.
« Je vois. Vous partez ? »
« J’ai l’intention d’aller au Septième bataillon. »
Le Septième bataillon avait récemment subi de lourdes pertes face aux Démonides. Il y avait sans aucun doute un risque élevé de brèche. Adrianna acquiesça.
« Voulez-vous venir avec moi ? »
Les yeux d’Adrianna s’écarquillèrent légèrement devant cette question inattendue.
« J’ai appris que l’endroit grouillait de personnes sinistres. Ce sera un rendez-vous très palpitant. »
Galahad lui tendit la main comme s’il l’invitait à un banquet. Adrianna le regarda en silence, les lèvres entrouvertes.
« Je suis la commandante du Premier bataillon. »
C’était un refus plein de douceur.
À moins de recevoir un ordre du Grand-Duc, Adrianna ne pouvait pas quitter le Premier bataillon.
C’était la règle.
« Je vois. »
À ce hochement de tête désinvolte de Galahad, Adrianna entrouvrit les lèvres, puis les referma.
Galahad n’avait pas l’air contrarié. Peut-être s’y était-il attendu. Adrianna entrouvrit de nouveau les lèvres avant de les refermer.
« Puis-je écrire une lettre ? Je crois que je dois faire un rapport. »
« Oui, bien sûr. »
Adrianna lui tendit une feuille. Galahad fit courir sa plume dessus. Sa main ne trembla pas une seconde. C’était bien lui.
« …Beau-père… Les Démonides donnent un banquet… j’y assisterai seul, dans la solitude… »
Comprenant qu’elle avait lu par-dessus son épaule, Adrianna détourna rapidement la tête.
Galahad roula la feuille et la lui tendit.
« Veuillez envoyer cette lettre. Je n’ai pas encore de faucon. »
« Oui. Ah, un instant. »
Adrianna tendit son faucon à Galahad. Son oiseau était extrêmement exigeant. Assez intelligent pour trouver son destinataire et lui remettre des lettres où qu’il se trouve, il se montrait aussi très sélectif.
Après un instant d’hésitation, le faucon frotta son bec contre l’épaule de Galahad.
« C’est étrange. Whiten apprécie rarement autant quelqu’un. »
« J’ai toujours été populaire. »
Adrianna retint son souffle un instant devant cette réponse effrontée. Puis elle expira et reprit calmement :
« Je vous enverrai régulièrement le faucon. Prévenez-moi si vous découvrez quelque chose d’anormal. »
« Compris. »
Le faucon s’envola rapidement par la fenêtre. Adrianna le regarda voler librement, l’air absent.
« Ah, puis-je vous prendre la main ? »
« …Oui ? »
« Votre main. »
Adrianna cligna des yeux en voyant Galahad lui tendre la main comme si c’était tout naturel.
« Vous ne partez pas tout de suite ? »
« Je compte partir après avoir reçu la réponse du Grand-Duc. »
Il formulait sa demande avec une telle assurance qu’on aurait dit qu’il réclamait quelque chose qui lui appartenait déjà.
Adrianna retira son épais gant de cuir et lui tendit la main.
Pourtant, la réaction de Galahad fut différente de la fois précédente.
Ses yeux injectèrent de sang et des veines saillirent sous sa peau, mais il ne s’effondra pas.
Galahad resta simplement là, à tenir la main d’Adrianna.
Il semblait tenir à peine le coup, mais le simple fait qu’il puisse endurer cela n’avait aucun sens.
Adrianna le contempla, hébétée.
Puis Galahad retira le premier sa main.
C’était la première fois.
La première fois que Galahad retirait sa main le premier.
« Hmm, je crois que j’ai compris, maintenant. »
Malgré le calme de sa voix, du sang coula de la commissure de ses lèvres. Ses yeux étaient rouges, tous ses capillaires avaient éclaté, mais Galahad réajusta tranquillement ses vêtements.
« Il fait froid. Faites attention à ne pas prendre froid. »
Galahad se détourna et partit sans hésiter.
C’était vraiment un homme qui apparaissait à sa guise et disparaissait tout aussi librement.
« Je crois que j’ai compris, maintenant… »
Adrianna répéta cette étrange phrase.
Elle savait que Galahad s’intéressait à sa nature.
Leur tenir la main n’était qu’une partie de ses expériences.
S’il finissait par tout comprendre…
Adrianna contempla longuement sa main encore engourdie.
La pièce était si froide que sa chaleur ne dura pas.
* * *
« Vous n’aviez pas dit que vous ne viendriez pas avec nous ? »
Le visage d’Adrianna s’empourpra devant la question directe de Galahad.
« …C’est un ordre du Grand-Duc. »
« Soyez honnête. Vous aviez envie de venir avec moi, n’est-ce pas ? »
« C’est un ordre du Grand-Duc. »
« Vous n’êtes pas très honnête. Enfin, je suis désolé, mais nous ne pouvons pas voyager ensemble comme ça. »
« Oui ? »
Adrianna ouvrit un peu plus les yeux. Il lui avait demandé de venir avec lui, alors pourquoi ne pouvaient-ils plus partir ensemble ?
« Vous êtes trop connue. Votre beauté attire beaucoup trop l’attention. Si nous partons comme ça, tout le monde aura fui avant même notre arrivée. »
« …C’est logique. »
Adrianna acquiesça avec sérieux.
« Alors… »
Les yeux d’Adrianna s’écarquillèrent au murmure de Galahad.
« …Vous me demandez de devenir le nouveau benjamin de l’Unité des opérations spéciales ? »
Pour la première fois, le visage d’Adrianna se crispa profondément.
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