Chapitre 36
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Traducteur/éditeur : Ceaseless
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◈ Le Fou Gendre du Grand-Duc du Nord ◈
Chapitre 36 : Nouvel An
──────
Les yeux d’Adrianna tremblèrent violemment.
« À ce rythme, ils vont s’user. »
Adrianna, qui s’apprêtait à dire quelque chose, baissa brusquement la tête.
« … Ce n’est pas ça. »
Adrianna bégayait rarement. Son visage était plein de contrariété.
« Tu as les joues rouges. »
— « J’ai couru jusqu’ici, alors… »
— « Tu étais donc si pressée ? »
— « … Quoi ? »
Ses yeux s’écarquillèrent de nouveau. Galahad esquissa un sourire et agita la main, dispersant les cendres partout.
Quel gâchis. Ça avait l’air délicieux.
Il avait attendu avec impatience de goûter au sang d’un Démonide de haut rang, mais Adrianna l’avait réduit en cendres sans hésiter.
Elle s’était ruée sur lui avec encore plus de férocité que Galahad ne l’avait imaginé, ne lui laissant aucune chance de l’arrêter.
Le mur s’était effondré et la tête du Démonide avait volé dans les airs.
Si cette épée avait visé Galahad, aurait-il pu l’arrêter ? En claquant la langue, il ôta de sa main les dernières cendres.
Cela dit, il n’était pas reparti les mains vides.
Un type mental…
Peut-être parce qu’il s’agissait d’un type mental, la chose qu’ils appelaient « celui-là » avait observé Galahad à travers le Démonide.
Puis, tout à la fin…
Il a pris le contrôle du corps directement. Il s’est contenté de parler, mais quand même.
Cela intéressait profondément Galahad.
Ce n’était pas quelque chose qu’on pouvait simplement expliquer par un type mental. Il n’avait senti ni mana ni distance.
Il se rappela qu’Adrianna lui avait expliqué que les Démonides de haut rang formaient une couvée. Était-ce cela qui rendait la chose possible ? Difficile à dire.
Pour le découvrir, il devrait en capturer encore quelques-uns parmi les Démonides de haut rang.
« Ça va ? »
En levant les yeux, il vit Gilbert devant lui, le visage ruisselant de sueur. Derrière lui entraient des chevaliers, tous dans un état lamentable.
Cette chose m’intrigue.
Celui qu’ils appelaient « celui-là ». Il représentait bien plus qu’une simple piste menant au Roi démon. Galahad voulait en savoir davantage sur son pouvoir.
Jusqu’ici, chaque capacité de Démonide qu’il avait observée lui avait paru proche de l’origine même de la magie.
De la manipulation grossière du mana en énormes masses aux pouvoirs mentaux, tout pouvait s’expliquer par la magie.
Mais le contrôle physique dont cette chose avait fait preuve à la fin, Galahad ne l’avait jamais vu auparavant. Une intense curiosité monta en lui.
Il reprendra contact avec moi.
Il avait déjà approché Galahad à deux reprises. À en juger par sa réaction à la fin, il ne manquerait pas de recommencer.
La prochaine fois, il serait plus impatient. Voilà pourquoi Galahad avait délibérément bouleversé la donne.
L’Empereur…
Galahad marmonna ce mot qu’il avait tant mâché que toute douceur en avait disparu, ne laissant qu’un arrière-goût sec et désagréable.
« Tu es blessé ? »
La question d’Adrianna interrompit ses pensées. Son regard s’était posé sur sa main en charpie.
« Je me suis juste un peu écorché. »
À cet instant, le rugissement d’un Monstre fit trembler le sol.
Galahad leva la tête.
Quelque chose clochait. Des sons grotesques ne cessaient de provenir de l’autre côté de l’épais brouillard.
En claquant la langue, Galahad insuffla du mana dans sa main. Dans un craquement sec, elle reprit sa forme normale.
Elle n’était pas guérie. Ses os étaient toujours brisés. Il l’avait simplement remise en place. Il lui faudrait encore plusieurs jours pour se rétablir.
« On dirait qu’on a beaucoup de succès. Dépêchons-nous. »
— « Je passe devant. »
Adrianna balaya l’espace d’un large coup d’épée.
Le mur s’écroula en un instant. Un cri sinistre et lointain retentit de l’autre côté.
« Il faut éviter que ce qui s’est passé tout à l’heure se reproduise. »
— « Ça ira. »
— « Non. »
Adrianna fronça les sourcils.
« Tes expressions sont un peu plus variées, maintenant », murmura Galahad.
Son aura blanche flamboya de nouveau. Plus rugueuse qu’avant, elle ressemblait à des ailes.
Adrianna en avait-elle conscience ? Aux yeux de Galahad, cette aura était plus dangereuse que n’importe quel Démonide de haut rang.
Galahad sourit amèrement et recula d’un pas.
« Quels plats aimes-tu ? »
Adrianna lui posa la question en réajustant sa prise sur son épée.
Une conversation… C’est une méthode astucieuse.
Elle semblait se préparer à ce que la scène précédente se répète. Qu’il s’agisse de l’autorité dont parlait le Démonide ou de magie, rien n’avait d’effet sur Adrianna.
Elle comptait apparemment continuer à parler et se servir de sa voix pour vérifier son état.
Galahad eut un petit rire et agita la main gauche. L’Œuf de douleur cherchait-il à prouver son utilité ? Il déversa avec vigueur son mana, qui jaillit violemment.
Un vent puissant balaya les environs et chassa la fumée. Les Monstres grotesques qui se trouvaient derrière tressaillirent.
Ils étaient déjà si nombreux. Était-ce donc le Royaume démoniaque ?
« De la viande cuite à point et du fromage qui ne sent pas mauvais. Et toi ? »
Galahad répondit en claquant la langue.
L’épée d’Adrianna traça une longue ligne. Deux Monstres qui chargeaient furent réduits en cendres d’un seul coup.
« J’aime les plats sucrés. »
Adrianna continua d’avancer. Son aura blanche flottait comme des ailes.
Un homme tiré à quatre épingles s’approcha alors, un sourire aux lèvres. À son geste, le sol autour d’Adrianna fut profondément entaillé. Elle balaya l’air de son épée sans s’en soucier.
Le Démonide se dispersa en cendres.
Des Monstres et des Démonides surgirent par l’ouverture. Ils avaient l’air menaçants, mais…
« Tu bois ? »
Adrianna continua tranquillement à parler en maniant son épée. Les cendres jaillirent de nouveau. Son dos inspirait une confiance incroyable.
« Non. Et toi ? »
Le vent tourbillonna autour de la main gauche de Galahad.
La fumée fut repoussée. Un Démonide à la lisière se retroussa les lèvres. Celui-là était rusé.
« Je ne peux pas. »
Le Démonide tomba sous l’épée d’Adrianna.
Adrianna jeta un coup d’œil derrière elle. Galahad lui fit signe de la main gauche. Elle se retourna vers l’avant.
« Comment était la vie à l’Académie ? »
La respiration d’Adrianna était devenue légèrement plus laborieuse.
Un Monstre bondit sur le côté. Gilbert cria : « Chevalier Gilbert ! » et abattit son épée. Le Monstre s’effondra sous son aura. Un chevalier à côté de lui lui trancha le cou.
« C’était ennuyeux. Je ne faisais qu’étudier. »
L’attaque d’un Monstre frappa l’armure d’Adrianna. Son corps oscilla légèrement.
Elle continua à manier son épée comme si de rien n’était. Un autre Monstre fut réduit en cendres.
Le vent se leva. La fumée reflua.
« J’ai entendu dire que tu avais été la plus jeune de ta promotion et que tu étais sortie première. C’est impressionnant. »
Un Monstre gigantesque, semblable à un tigre, ouvrit grand la gueule. Adrianna continua d’avancer sans s’arrêter. Comme si c’était tout naturel, le Monstre se dispersa en cendres.
« Je suis entrée la plus jeune, alors il fallait bien que je sorte la plus jeune. J’ai aussi entendu dire que tu étais devenue Maîtresse épéiste très jeune. On te connaît comme la plus belle et la plus puissante des chevalières. »
« Je ne suis pas la chevalière la plus puissante. Il y a encore des gens que je n’ai pas affrontés… »
« Tu ne nies pas être la plus belle. »
L’épée d’Adrianna s’immobilisa un instant, puis repartit. Galahad porta sa gourde à ses lèvres. L’Œuf de douleur continuait consciencieusement à cracher du mana. Sa présence devenait de plus en plus forte.
« Tu aimes les chats ? »
« Oui. Ils ne sont pas mignons ? »
« Ils sont prétentieux, non ? Ils ne reconnaissent même pas leur maître. Je préfère les chiens. »
Gilbert, qui venait d’abattre un Démonide, toussota. Galahad fronça les sourcils.
« Cette aura sinistre… »
— « Nous sommes sortis. »
La fumée autour d’eux s’était dissipée. Il n’y avait plus d’attaques.
Devant eux s’étendait le sol noirci qu’ils connaissaient bien.
« … Oui, nous avons quitté le Royaume démoniaque. »
Le front d’Adrianna était couvert de sueur. Ses cheveux étaient en désordre et la fatigue se lisait dans ses yeux. Elle semblait avoir dépassé ses limites.
Galahad regarda autour de lui. Ils se trouvaient à une courte distance de la frontière du Royaume démoniaque. Mais comme le Royaume démoniaque se situait en pleine zone intérieure, il leur faudrait longtemps pour regagner le bataillon.
Tous les chevaliers avaient l’air sur le point de s’effondrer. Gilbert était celui qui s’en sortait le mieux, mais il ruisselait lui aussi de sueur.
Adrianna, qui avait mené la marche, semblait la moins épuisée.
En claquant la langue, Galahad lança une nouvelle rafale de vent. Il avait utilisé trop de magie et sa tête tourna un instant. Il serra les dents et tint bon.
La poussière fut repoussée. Ils étaient de retour dans le familier et confortable Territoire des Démonides.
Après le Royaume démoniaque, où quelque chose leur bondissait sans cesse dessus, même le Territoire des Démonides leur semblait étrangement accueillant.
« Reprenons notre souffle avant de repartir. »
À ces mots, tout le monde acquiesça. Ils obéissaient étonnamment bien.
Galahad tenta de glisser la main dans sa poche intérieure, puis fronça les sourcils. Sa main droite étant en miettes, il lui était difficile de sortir les cigarettes de la poche gauche.
« Qu’est-ce qu’il y a ? »
— « Hum, tu pourrais sortir une cigarette de ma poche intérieure ? »
— « … Je vais essayer. »
— « Pas besoin d’avoir l’air aussi déterminée pour ça. »
Le visage d’Adrianna se fit résolu tandis qu’elle avançait prudemment la main.
À mesure que sa main approchait, l’Œuf de douleur se mit à trembler violemment. Il alla même se cacher derrière lui. Qu’est-ce qu’il comptait faire avec une détermination aussi vacillante ? Galahad claqua la langue.
Adrianna sortit la cigarette avec une expression plus grave encore que lorsqu’elle combattait les Démonides.
Dire qu’il fallait autant de précautions pour prendre une cigarette dans la poche de quelqu’un…
« Tu as dû en baver. »
Adrianna, qui s’apprêtait à placer la cigarette dans la bouche de Galahad, se figea. Elle pinça les lèvres, puis détourna rapidement le regard.
Galahad claqua la langue et fit jaillir une étincelle de ses doigts pour l’allumer.
Un riche parfum de citron se répandit dans l’air.
Les yeux d’Adrianna tremblèrent un instant, puis elle laissa échapper un souffle discret.
« Tu aimes les citrons ? »
— « Je les déteste. C’est juste une habitude. »
Adrianna haussa légèrement les sourcils.
La prochaine fois, je les mettrai dans les deux poches.
Galahad marmonna doucement.
* * *
« Quel genre d’homme est-ce ? »
Gilbert, qui buvait à sa gourde, se tourna vers celui qui venait de parler.
Robert, de l’unité rapprochée, désigna Galahad d’un air étrange. Adrianna était en train de glisser une cigarette dans la bouche de ce dernier.
Adrianna qui mettait une cigarette dans la bouche d’un homme…
Si quelqu’un lui avait raconté pareille scène, Gilbert lui aurait botté les fesses pour avoir menti.
Pourtant, comme il s’agissait de Galahad, il n’avait pas vraiment envie de faire de commentaires. Les autres chevaliers semblaient du même avis.
Quel genre d’homme…
L’unité rapprochée avait posé la même question avant le départ. La question était identique, mais le ton avait été tout autre.
Après un instant de réflexion, Gilbert répondit :
« Je ne sais pas. »
Robert fronça les sourcils. Même à Gilbert, sa réponse semblait peu sincère, mais il le pensait vraiment.
Plus il en apprenait sur Galahad, moins il le comprenait. Il était plus difficile à cerner maintenant qu’à leur première rencontre.
Gilbert regarda Galahad. Sa main droite n’était qu’un amas de chair, mais il parlait comme si tout allait bien. Il fallait une sacrée force mentale pour ça.
« L’idée de retourner marcher dans le noir me décourage. »
— « Il viendra avec nous demain aussi, non ? C’est le fiancé de Lady Adrianna. »
— « Hum, j’imagine que oui ? »
Gilbert esquissa un sourire en entendant la conversation à côté de lui.
C’étaient des chevaliers de l’unité rapprochée, même s’ils avaient été choisis pour leur tempérament relativement posé. Il était naturel qu’ils en veuillent à Galahad. Ils étaient simplement moins extrêmes que Mardian.
Ils n’étaient partis avec lui qu’une seule fois, et pourtant il avait changé leur regard sur lui.
Ceux qui craignaient que Galahad ne soit un fardeau s’inquiétaient désormais qu’il ne les accompagne pas.
« Nous devrions recommander au Premier bataillon d’engager des mages, lui aussi. »
Gilbert ricana en entendant quelqu’un marmonner.
Alors c’est pour ça qu’il disait toujours qu’il était exceptionnel.
Il comprenait enfin pourquoi Galahad répétait si souvent : « Je suis exceptionnel. Aucun autre mage ne peut faire ça. »
Hm. Quels idiots.
Quel que soit le mage qu’ils engageraient, aucun ne pourrait faire ce que Galahad faisait. Gilbert sourit avec mépris.
« Sir Gilbert, vous faites une drôle de tête. »
« … Depuis quand êtes-vous là ? »
— « À l’instant. Rentrons bientôt. »
« Hum. »
Gilbert toussota et acquiesça.
« Je vais passer devant. »
Comme toujours, Adrianna prit la tête.
* * *
Une tension aiguë régnait autour de la porte principale du Premier bataillon.
« Je vous avais dit de partir sans ce bâtard impérial ! C’est évident que tout a mal tourné à cause de lui ! »
Comme le retour d’Adrianna du Territoire des Démonides tardait, Mardian était folle de rage.
Ils n’auraient jamais dû emmener ce bâtard impérial, qui était en plus un mage.
Un allié idiot pouvait se révéler fatal sur un champ de bataille, et ils s’étaient même aventurés dans le Territoire des Démonides…
« Ouvrez la porte ! Nous partons immédiatement ! »
Mardian hurla. Sa présence était si féroce qu’on aurait dit qu’elle allait tout démolir si personne ne bougeait.
Les autres chevaliers, qui connaissaient son tempérament, déglutirent.
« C’est impossible. »
Erdal, le chevalier gardien de la porte, secoua fermement la tête.
« La porte du Territoire des Démonides ne s’ouvre qu’au lever et au coucher du soleil. Ce sont les règles. »
Sa voix ne laissait pas la moindre place au compromis. Mardian dégaina son épieu.
Le surnom de Mardian était Mardian la Folle. Erdal ne pouvait pas ne pas avoir entendu les rumeurs à son sujet.
Même alors qu’elle tirait son arme, Erdal resta calme.
« Es-tu prêt à en assumer la responsabilité ? »
Mardian pointa son épieu vers lui. Les autres chevaliers dégageaient une aura semblable.
L’atmosphère devint menaçante, comme si le moindre geste allait tout faire éclater.
Dès qu’Adrianna était concernée, l’unité rapprochée perdait toute raison.
Le soleil touchait l’horizon, mais Adrianna n’était toujours pas revenue.
Les chevaliers près de la porte reculèrent d’un pas. Ils avaient affaire à l’unité rapprochée.
S’ils s’obstinaient à tenir tête ici, ils risquaient d’y perdre la tête.
Mais Erdal était un chevalier gardien de la porte.
« Si un gardien doit répondre de la garde de la porte, alors j’en répondrai. »
« Toi… »
— « Attends. Laisse-moi lui parler. »
Lunabirn s’avança. Mardian lui lança un regard noir et recula d’un pas.
« Le retour de Lady Adrianna a été retardé. Tu sais à quel point elle est importante. Pourrais-tu ouvrir la porte, s’il te plaît ? »
« C’est impossible. »
Erdal était un gardien de la porte jusqu’au bout des ongles. Inflexible et obstiné. S’il ouvrait la porte parce que tous les chevaliers le fusillaient du regard, il ne méritait pas ce poste.
« Ah, je suis là aussi. Je suis le commandant adjoint. »
Un homme blond sortit alors du rang des chevaliers.
C’était un bel homme au visage honnête. Felix, le commandant adjoint du Premier bataillon. Mardian méprisait d’ordinaire Felix, mais elle le désigna du doigt et cria :
« Seuls Son Altesse le Grand-Duc et la capitaine Adrianna ont le droit d’ouvrir la porte. »
— « Quand la capitaine est absente, ce droit revient au commandant adjoint. »
— « L’autorité sur la porte fait exception. »
Felix fronça les sourcils devant la réponse immédiate d’Erdal.
L’atmosphère laissait présager que les choses pouvaient dégénérer à tout moment.
Tout le monde fusillait Erdal du regard, le traitant d’idiot, mais il n’en avait cure.
Un gardien de la porte ne faisait que garder la porte.
Puis…
Bwooooooo !
Le son d’un cor retentit longuement.
C’était le signal annonçant le retour d’Adrianna.
« Ouvrez ! »
Erdal donna l’ordre sans hésiter. Les soldats se mirent à faire claquer leurs fouets. Les grilles de fer se levèrent l’une après l’autre dans un cliquetis rauque.
« Tu ne manques pas d’arrogance. »
Felix ricana entre ses dents. Erdal l’ignora.
À mesure que les grilles de fer se levaient les unes après les autres, la lourde porte qui se trouvait derrière apparut.
Erdal inséra une lourde clé dans la serrure et la tourna. Tandis que la porte grinçait, d’autres soldats s’en emparèrent et tirèrent.
Dans un grondement sourd, la porte s’ouvrit lentement.
Pourtant, contrairement à d’habitude, aucune fumée ne passa par l’ouverture.
Les épais sourcils d’Erdal se rapprochèrent.
Adrianna apparut alors entre les battants. Elle était dans un état lamentable.
Ses longs cheveux, toujours impeccablement ordonnés, étaient tout emmêlés, et son armure était couverte d’éraflures. Elle ne ressemblait plus du tout à elle-même.
« Lady Adrianna ! »
Erdal fit un signe de la main.
Boum ! Boum !
Les tambours résonnèrent. Les soldats et les chevaliers saluèrent.
Puis…
« Quel accueil grandiose. »
Sa voix était douce, mais portait clairement.
C’était Galahad, le mage venu de l’Empire, le fiancé d’Adrianna et le capitaine de l’Unité des opérations spéciales.
Galahad avait l’air encore plus mal en point qu’Adrianna.
Il était couvert de poussière, ses vêtements étaient déchirés à plusieurs endroits et sa main pendait en lambeaux. On aurait dit qu’il avait été traîné dans la boue sur des kilomètres.
Pourtant, son visage respirait la sérénité.
« Bâtard impérial ! Tout ça, c’est de ta faute ! »
Les yeux flamboyants, Mardian se rua sur lui. Les chevaliers derrière elle dégageaient eux aussi une aura féroce et menaçante.
Puis…
« Arrête, Mardian. »
Les chevaliers de l’unité rapprochée qui étaient partis avec eux arrêtèrent Mardian. Ils protégeaient cet homme.
« … Qu’est-ce que vous faites ? »
L’unité rapprochée l’arrêtait ? Mardian affichait un air déconcerté.
Sans répondre, les chevaliers réajustèrent leur prise sur leurs épées. Ils semblaient prêts à se battre sur-le-champ.
« Mardian. »
Adrianna prononça son nom à voix basse.
La voix glaciale d’Adrianna figea Mardian.
« C’est ton dernier avertissement. »
Mardian douta de ses oreilles.
Un dernier avertissement…
Qu’est-ce que cela…
Les yeux de Mardian tremblèrent violemment.
Elle ne comprenait pas ce qui se passait.
Puis son regard croisa celui de l’homme.
L’homme retroussa un coin de sa bouche en regardant Mardian.
« Hum, Adrianna. »
Elle aurait voulu se fâcher contre lui parce qu’il appelait Adrianna par son prénom avec tant de désinvolture, mais le dernier avertissement la retint.
À son appel, Adrianna glissa prudemment la main sous son manteau.
Quand Adrianna lui mit ensuite une cigarette dans la bouche, Mardian en oublia même de se mettre en colère et resta à le dévisager, hébétée.
Faire une chose pareille devant tout le Premier bataillon…
C’était tellement incroyable qu’elle n’arrivait même pas à en être choquée.
Dans ce silence pesant…
« Enfin un peu de calme. »
Galahad alluma sa cigarette, l’air satisfait.
* * *
Dans un temple obscur où le silence pesait lourd, un ancien était assis sans bouger, le regard baissé.
Au-dessous de lui, des silhouettes encapuchonnées de noir formaient une longue file.
Elles étaient si nombreuses qu’on n’en voyait pas le bout.
Le spectacle était imposant, digne d’un temple.
L’ancien ouvrit lentement la bouche. Une voix semblable à un cri s’échappa de ses lèvres ridées.
« Quelqu’un trouble les eaux du Nord. »
Personne ne répondit. Tous baissèrent davantage la tête.
La position de l’ancien était si élevée.
« Il s’appelle Galahad. Occupez-vous de lui. »
L’ancien ne s’étendit pas.
Tous se prosternèrent en poussant un long grognement étouffé.
Puis…
« Hic ! »
Une silhouette, dans un coin, se mit à trembler violemment.
Elle portait un Masque du Corbeau.
Notes :
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