Chapitre 32
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Traducteur/éditeur : Ceaseless
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◈ Le Fou Gendre du Grand-Duc du Nord ◈
Chapitre 32 : Compétent
──────
« … Où avez-vous dit que nous allions ? »
« Votre langage est devenu plutôt familier, Sir Gilbert. »
Hum. Gilbert se racla doucement la gorge.
« Où avez-vous dit que nous allions ? »
« Au Territoire des Démonides. »
« Bon sang. Vous savez seulement à quoi ressemble cet endroit ? »
« Vous me prenez pour vous ? C’est le Territoire des Démonides, donc ils doivent y vivre. »
Gilbert ravala le juron qui lui montait à la gorge.
Dire que le Territoire des Démonides était dangereux ne suffisait pas.
Même au sein du premier bataillon, seule l’unité personnelle d’Adrianna avait l’autorisation d’y pénétrer.
Dès qu’on mettait les pieds dans le Territoire des Démonides, respirer devenait difficile.
Jamais un mage ne les avait accompagnés dans un endroit aussi dangereux.
Même si Galahad avait déjà tué des Démonides à deux reprises…
À bien y penser, il est doué pour tuer des Démonides, non ?
Galahad était meilleur que la plupart des chevaliers pour tuer des Démonides.
« Ça devrait aller. »
Gilbert hocha la tête.
« Je le pense aussi. »
« Lady Adrianna vous a donné la permission ? Elle est stricte quand il s’agit du Territoire des Démonides. »
« Elle a dit que ça irait. C’est notre premier rendez-vous. »
Gilbert ricana à la plaisanterie de Galahad.
Un rendez-vous dans le Territoire des Démonides. Même Galahad ne dirait jamais une chose pareille…
« … Elle a vraiment dit ça ? »
« Elle a insisté sur le fait que ce n’en était pas un. Elle était peut-être gênée. J’ai demandé à Tom de nous préparer de quoi manger. »
Gilbert ouvrit la bouche pour répondre, puis la referma aussitôt. Inutile de parler à quelqu’un qui ne voulait pas écouter.
« De toute façon, vous ne pourrez pas manger là-bas. Il y a de la cendre partout. »
« De la cendre ? J’ai vu Adrianna nettoyer ça hier. »
« C’est possible, mais… Commandant, qu’est-ce que vous croyez que Lady Adrianna est exactement ? Laissez tomber. Ne répondez pas. »
Gilbert secoua précipitamment la tête. Il n’avait rien à gagner à entendre des paroles irrespectueuses.
« Alors, allons-y. »
Sans protester, Gilbert ramassa son épée. Galahad prit le paquet que Tom avait préparé.
Il faisait encore nuit noire, juste avant l’aube.
Tout était déjà prêt à leur arrivée. Ils étaient venus à temps pour partir au lever du soleil, et pourtant, ils avaient l’impression d’être en retard.
« Sir Gilbert s’est levé tard. »
« Qu’est-ce que vous voulez dire par là… ? »
« Rien. Nous avons simplement tout préparé un peu en avance. »
Adrianna répondit comme si de rien n’était. L’atmosphère parmi ceux qui se tenaient derrière elle n’avait pas changé.
« Qu’est-ce que c’est ? »
Adrianna désigna le paquet que Galahad tenait à la main.
« Le déjeuner. »
« Il sera difficile de manger quoi que ce soit là-bas. Il y a trop de cendre. »
« Je resterai juste à côté de vous pendant que je mange, alors ça ira. »
« … Oui, je comprends. »
Adrianna fit un signe et les préparatifs furent rapidement achevés.
Les autres s’écartèrent.
« On dirait que Lady Adrianna a choisi des gens moins agressifs pour vous, Commandant. »
Gilbert désigna ceux qui étaient restés.
Ces gens-là ?
Leurs regards étaient certes plus doux que celui de cette femme appelée Mardian. Malgré tout, ils dégageaient encore quelque chose de dérangeant.
Ils étaient dix en tout, en comptant le groupe de Galahad.
Le soleil n’était même pas levé que soldats et chevaliers étaient déjà sortis pour se mettre en rang.
Bwooo…
Le cor repoussa les ténèbres. Les tambours martelèrent la terre. Les soldats saluèrent d’un geste vif.
« Nous partons. »
Adrianna prit la tête. Galahad se plaça juste derrière elle. Les autres chevaliers l’encerclèrent comme pour l’escorter. Gilbert se glissa naturellement dans leurs rangs.
Bwooo !!
Le cor retentit de nouveau, grave et puissant. Les ténèbres qui les enveloppaient se dissipèrent lentement. Boum, boum. Les tambours battaient comme un cœur.
« Levez-la ! »
Un chevalier cria. Les soldats claquèrent leurs fouets et les bœufs mugirent. Les poulies grinçèrent en tournant. Les barreaux de fer se levèrent un à un.
Bientôt, la porte apparut. Elle racla bruyamment le sol en s’ouvrant.
Une fumée chargée de cendres s’engouffra par l’ouverture comme une main tendue.
Se tenir devant la porte éveilla en lui une étrange sensation.
« Je tremble. »
« Vous pouvez encore faire demi-tour. »
Adrianna jeta un regard en arrière à Galahad. Les chevaliers proches d’eux rirent discrètement.
À en juger par leurs sourires moqueurs, ils semblaient croire qu’il avait peur.
Peur…
Seul quelqu’un qui ne connaissait rien aux mages pouvait dire ça.
Le sang des Démonides contenait du mana extrêmement concentré. L’étrange pouvoir qu’ils maniaient semblait être à l’origine même de la magie.
Ce n’était pas pour rien que les gens traitaient la magie de souillure des Démonides.
Pour un mage, entrer dans le Territoire des Démonides revenait à un prêtre visitant une terre sacrée.
Il ne tremblait pas de peur.
« Je tremble d’impatience. »
Adrianna haussa légèrement les sourcils à sa réponse.
« Ce n’est pas notre premier rendez-vous ? »
« … Je vous ai dit que non. »
Adrianna écarquilla légèrement les yeux. Galahad gloussa devant son démenti glacial.
Comme prévu, elle ne comprenait pas les plaisanteries.
Boum, boum !
Les tambours résonnèrent de nouveau.
Les portes s’ouvrirent en grand. La fumée s’éleva en volutes, révélant au-delà une terre noircie et pourrissante. On aurait dit une porte vers l’enfer.
« Restez derrière moi. »
« Je vous fais confiance. »
Adrianna hocha la tête et s’avança.
La cendre épaisse recula comme si elle la craignait. La terre noircie et pourrissante s’accrochait à leurs pieds. L’odeur d’œufs pourris envahissait l’air.
Ils étaient bel et bien entrés dans le Territoire des Démonides.
Les chevaliers qui avaient dévisagé Galahad quelques instants plus tôt surveillaient à présent les alentours. La tension pesait lourd dans l’air. Gilbert aussi avait le visage grave.
Alors, voilà le Territoire des Démonides.
Au lieu de la tension, Galahad ressentait une profonde curiosité.
Ce qui l’intriguait le plus, c’était la concentration de mana. Elle était déjà élevée dans le Nord, mais qu’en était-il là où vivaient les Démonides ?
Galahad claqua des doigts, mais aucune Flèche de mana ne se forma. Le mana se dispersa en chemin.
La concentration de mana est complètement folle.
Galahad s’émerveilla en silence.
Ils n’avaient franchi qu’un seul mur, et pourtant la concentration était devenue considérablement plus dense.
C’est donc ça, le Territoire des Démonides…
Pour lancer un sort, la concentration de mana du lanceur devait être supérieure à celle du mana environnant.
Le mana s’écoulait des zones où sa concentration était faible vers celles où elle était plus élevée.
Si la concentration de mana du lanceur était inférieure à celle de son environnement, le mana se dispersait et le sort échouait. Comme à l’instant.
Avec une concentration pareille, la Compression du mana ordinaire ne suffirait pas pour utiliser la magie.
La plupart des mages n’oseraient même pas essayer de lancer un sort ici.
La concentration de mana était si dense.
Mais Galahad n’était pas un mage ordinaire.
Il disposait aussi du mana hautement concentré que lui conférait l’Œuf de douleur.
Après avoir ajusté sa concentration de mana, il claqua des doigts et une Flèche de mana apparut. Bien qu’il ne s’agît que d’une Flèche de mana, sa concentration dense lui donnait une présence impressionnante.
Parfait. J’ai bien fait de venir.
Galahad sourit, satisfait.
« Tout va bien ? »
« Je me porte à merveille. »
Galahad adressa un grand sourire à Adrianna.
Adrianna fronça les sourcils un instant, puis hocha la tête.
« Quelle fanfaronnade… »
Un des chevaliers ricana, mais Galahad était de trop bonne humeur pour s’en soucier.
Soudain, un cri assourdissant retentit quelque part à proximité.
« Ça arrive. »
Adrianna dégaina son épée.
Une aura d’un blanc pâle jaillit autour de la lame et balaya aussitôt les cendres alentour. La pression qu’elle dégageait était immense.
Oh.
Ça ferait vraiment fondre quelqu’un dès qu’il la toucherait.
Pris d’un instinctif mouvement de recul, Galahad fit un pas en arrière sans s’en rendre compte.
La fumée se fendit et une immense griffe jaillit. Chacun de ses crochets était aussi grand et acéré qu’une épée longue.
La griffe surgit de nulle part avec une force terrifiante, mais Adrianna la bloqua calmement de son épée.
Le pied du Monstre fut tranché net. L’épée d’Adrianna, enveloppée d’une aura blanche, coupa l’énorme membre aussi facilement que du tofu.
Le pied sectionné, aussi gros que le torse d’un homme ordinaire, s’envola dans les airs. Pas une goutte de sang ne jaillit de la plaie.
Comme du papier exposé à une chaleur intense, il se dispersa en cendres en un instant.
L’épée d’Adrianna, qui avait tranché l’énorme pied sans le moindre effort, poursuivit son mouvement avec fluidité.
Le Monstre se révéla. C’était une créature hideuse, avec une tête d’insecte et un corps d’ours. L’épée d’Adrianna lui ouvrit une longue entaille dans la poitrine.
Un seul coup.
Comme si cela suffisait, Adrianna essuya sa lame d’un mouvement sec.
Le Monstre cessa de bouger. Une ligne nette lui barrait la poitrine. Comme un feu qui se propage dans l’herbe sèche, la plaie s’ouvrit rapidement.
Le Monstre poussa un hurlement atroce. Sa douleur était telle que les cheveux de Galahad se dressèrent sur sa tête.
Le Monstre se tordit violemment. Les cendres continuaient de s’échapper de la plaie béante. On aurait dit que son existence même s’effaçait, comme si son âme brûlait.
Un Monstre peut souffrir ?
Galahad marmonna à voix basse.
Bientôt, le Monstre s’effondra. Sa forme se désagrégea en cendres.
« Tout va bien ? »
Adrianna s’enquit plutôt de l’état de Galahad. À sa vue, toujours parfaitement maîtresse d’elle-même, Galahad se força à hocher la tête.
Si je me fais toucher par ça, je suis vraiment mal.
Galahad se frotta le cou sans raison.
Puis il remarqua un problème.
Il ne reste plus de sang.
L’épée d’Adrianna réduisait les Monstres en cendres. Il ne restait pas une seule goutte de sang.
Galahad les avait suivis dans le Territoire des Démonides par curiosité, mais son objectif principal était le sang des Démonides.
Puisqu’il possédait l’Œuf de douleur, il comptait boire autant de sang de Démonide que possible tant qu’il en avait l’occasion.
Il avait même emprunté plusieurs gourdes à Tom pour ça, mais Adrianna s’apprêtait à tout réduire en cendres.
L’un de ses principaux objectifs allait lui échapper.
À l’idée de repartir les mains vides, Galahad se mit à réfléchir à toute vitesse.
La concentration de mana est dense, donc ce sera un peu difficile, mais si j’applique cette méthode…
Il songea à un moyen de trouver des Démonides.
Je vais devoir les tuer moi-même.
Galahad hocha la tête.
* * *
Il est complètement terrifié.
Robert, chevalier de l’unité personnelle d’Adrianna, ricana discrètement en voyant l’air grave de Galahad.
Les Démonides et les Monstres du Territoire des Démonides étaient d’un tout autre niveau que ceux qu’on trouvait en contrebas.
Ce n’était pas pour rien qu’on appelait cet endroit le Territoire des Démonides.
Les Démonides et les Monstres devenaient anormalement puissants sur leur propre territoire.
Galahad s’était pavané après avoir tué quelques Monstres et Démonides en contrebas. Il avait donc dû être terrifié après avoir affronté un Monstre ici.
Je m’en doutais…
Tout ça n’était que de la frime. Robert échangea un regard avec les autres chevaliers. Ils affichaient tous un léger sourire moqueur.
Puis Galahad se tourna vers Adrianna et demanda : « Vous vous déplacez exprès comme ça ? »
« Qu’entendez-vous par là ? »
« La cendre ne vous gêne pas ? Je peux la dissiper ? »
L’homme qui était resté silencieux un moment recommençait à se vanter.
Grâce à Adrianna, la fumée de cendres s’était déjà beaucoup dissipée. Se plaindre d’une telle quantité…
Robert claqua doucement la langue.
« Oui, nous vous en serions reconnaissants si vous pouviez la dissiper. »
Adrianna hocha la tête.
« Herbe qui ondule, brise légère, vent violent, typhon. »
Galahad marmonna quelque chose d’étrange. Robert se concentra malgré lui sur l’étrange pression qu’il sentait émaner de lui.
Galahad agita la main. Malgré son geste théâtral, il ne produisit qu’un léger souffle de vent.
Comme prévu…
Robert ricana intérieurement…
« Ouah. »
Adrianna s’exclama.
Adrianna montrait rarement ses émotions. Qu’une exclamation lui échappe était une réaction remarquable.
Quoi ?
Robert tourna la tête et resta bouche bée.
La fumée qui les entourait était balayée comme si un violent typhon venait de passer.
Leur champ de vision se dégagea.
C… C’est de la magie ?
La fumée chargée de cendres était le plus grand danger du Territoire des Démonides.
Rien que respirer cette fumée nauséabonde leur tapait sur les nerfs. En plus, les Démonides pouvaient attaquer à tout moment et de n’importe où, alors ils n’avaient pas d’autre choix que de rester sur leurs gardes. L’épuisement les gagnait vite.
Galahad avait dissipé d’un seul geste la fumée, le plus grand obstacle du Territoire des Démonides.
« Les autres mages en sont-ils capables aussi ? »
Adrianna posa la question à Galahad.
« Non, je suis le seul à pouvoir le faire. Ah, le Maître de la Tour de magie en serait probablement capable aussi. »
« Je vois. C’est impressionnant. »
« Je suis un mage impressionnant de naissance. »
Robert fronça les sourcils devant les paroles arrogantes de Galahad.
Utiliser la magie de cette façon…
Il n’avait jamais envisagé une telle méthode.
Non, ils n’avaient jamais emmené de mage avec eux.
« Un Monstre approche. »
Adrianna raffermit sa prise sur son épée.
Ils voyaient clairement le Monstre approcher. Sa forme atroce était à découvert, ce qui, paradoxalement, les rassurait un peu.
Ce qu’ils voyaient, ils pouvaient le repousser. Ce qui était effrayant, c’étaient les griffes surgissant de nulle part.
Robert resserra sa prise sur son épée. Une aura jaillit autour de la lame.
Le combat commença avec Adrianna en première ligne.
Ils ne faisaient pas le poids face à Adrianna, mais c’étaient aussi des soldats d’élite. Robert avait même refusé un poste de commandement dans un autre bataillon.
Le combat se déroula avec une facilité déconcertante.
Il n’y avait qu’une seule explication.
Il nous a dégagé la vue.
Robert dut bien l’admettre.
Avec une bonne visibilité, le combat était bien plus facile qu’avant.
Les Monstres étaient des créatures sournoises qui attaquaient depuis la fumée. Une fois celle-ci dissipée, le combat ne pouvait que devenir plus facile.
Adrianna, surtout, pouvait se déplacer librement.
C’en était presque trop facile.
Même s’ils n’étaient qu’à l’entrée, c’était absurde.
Ça…
Robert déglutit et regarda autour de lui.
Tout le monde affichait une expression similaire.
Quelque chose… quelque chose clochait.
Dissiper la fumée était déjà stupéfiant, mais Galahad ne s’arrêta pas là.
« Je crois qu’il y a quelque chose par là. »
Galahad désigna soudain une direction.
« Comment l’avez-vous su ? »
« J’ai modifié la Flèche de mana et dispersé du mana. Je n’ai perçu aucune réaction dans cette direction. C’est une méthode possible uniquement dans un endroit comme celui-ci, où la concentration de mana est élevée. »
Il leur indiqua une direction en donnant une explication qui avait peu de sens.
Pourtant, tous hochèrent la tête, convaincus par ce qu’il leur avait déjà montré.
Et quand ils arrivèrent sur place…
« Enfin, des Démonides. »
Il y avait bel et bien des Démonides.
Contrairement aux Monstres, qui fonçaient aveuglément sur eux, les Démonides étaient des créatures sournoises qui attendaient le bon moment.
Ils étaient donc plutôt difficiles à trouver.
Et pourtant, il les avait dénichés.
« C’est impressionnant. »
Robert hocha la tête aux éloges d’Adrianna.
D’ordinaire, ils devaient errer un bon moment pour chasser des Démonides. Or, Galahad les avait localisés avec précision et avait dissipé la fumée.
C’était tout simplement…
Il nous mâche le travail.
L’expression était rude, mais rien ne convenait mieux.
Robert pinça les lèvres.
Puis Galahad porta une cigarette à ses lèvres et sourit.
« Tout comme vous êtes belle, moi aussi, je suis impressionnant. »
Sa réponse était agaçante, mais Robert ne pouvait pas le nier.
Galahad était impressionnant.
« Préparez-vous. »
C’étaient des Démonides de rang inférieur, mais ils étaient assez nombreux.
Quel que soit leur rang, les Démonides n’étaient pas des ennemis à prendre à la légère.
Adrianna prit la tête et le combat s’engagea.
Jusque-là, c’étaient eux qui subissaient les embuscades. À présent, c’étaient eux qui prenaient l’ennemi par surprise.
La première frappe était importante au combat.
Plus encore face aux Démonides.
Le combat ne dura pas longtemps.
Les chevaliers, encore échauffés par la bataille, se regardèrent.
Ils affichaient tous un air perplexe.
Galahad était un mage impérial. Il n’était pas dans le Nord depuis longtemps.
Quand il avait annoncé qu’il les accompagnerait dans le Territoire des Démonides, tous avaient pensé la même chose.
Il a tellement envie de mourir. Il va nous gâcher la journée.
C’était naturel. C’était un mage impérial.
Il n’était censé être qu’un boulet.
Alors pourquoi…
… Est-il compétent ?
Robert déglutit.
Non, « compétent » ne suffisait pas.
La situation avait complètement changé depuis que Galahad les avait rejoints.
Jusque-là, ils erraient en repoussant les attaques des Démonides et des Monstres, avant de les tuer. Maintenant, ils les traquaient.
Comme des chasseurs.
Alors pourquoi ?
Pourquoi ?
Robert n’arrivait pas à comprendre.
Puis la voix d’Adrianna lui parvint.
« Pourquoi recueillez-vous le sang des Démonides ? »
Robert tourna la tête et se figea.
Galahad pressait une gourde contre un Démonide décapité et comprimait son cadavre comme s’il en extrayait le jus d’un fruit.
Mais qu’est-ce que…
Pourquoi recueillait-il du sang de Démonide ? Et pourquoi souriait-il en le faisant ?
Robert ne comprenait absolument pas la situation.
« Ah, c’est pour la magie. Ça m’est très utile. »
« Ah, je vois. Voulez-vous que je vous aide ? »
« Oh, vous voulez bien ? »
« Oui. »
Adrianna prit une gourde et recueillit le sang qui s’écoulait du cadavre d’un autre Démonide.
Robert déglutit, troublé par la chaleur étrange de cette scène qui jurait avec son aspect grotesque.
Ils reprirent leur route un peu plus tard.
Glou, glou…
Au bruit de quelqu’un qui buvait à longues gorgées, Robert se retourna et se figea.
Galahad avait une gourde aux lèvres.
Quand il vit le liquide rouge couler de la bouche de Galahad, Robert tourna la tête de l’autre côté.
Ce n’est qu’alors qu’il remarqua.
Tout le monde avait tourné la tête dans une direction différente, de façon étrangement coordonnée.
« Mm, c’est bon. »
Robert détourna encore davantage la tête.
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