Chapitre 31
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Traducteur/éditeur : Ceaseless
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◈ Le Fou Gendre du Grand-Duc du Nord ◈
Chapitre 31 : Chère
──────
« Notre capitaine est mignonne. »
Carrot marmonna dans sa barbe en regardant Adrianna se raidir, la main toujours tendue.
Il ne l’avait jamais vue ainsi.
Il ignorait qu’Adrianna, toujours impassible, pouvait afficher une expression pareille.
Mais passons…
« Ce type est dingue. »
Carrot marmonna en observant la scène se dérouler.
L’unité personnelle d’Adrianna était aussi célèbre que redoutée.
C’était dû au caractère d’Adrianna.
Sur le champ de bataille, Adrianna était une héroïne sans égale, mais en dehors, elle se révélait étonnamment exigeante.
Rien ne l’intéressait en dehors des Démonides.
Son unité personnelle était composée de soldats qui s’étaient engagés uniquement pour elle. Certains étaient même plus compétents que les commandants d’autres bataillons.
Leur loyauté excessive, conjuguée au caractère étonnamment exigeant d’Adrianna, les avait rendus de plus en plus protecteurs envers elle.
Sans les ordres du Grand-Duc, ils auraient même mis le prince héritier en pièces.
Et voilà qu’en plein milieu de cette unité, Galahad faisait une farce à Adrianna. Une plaisanterie enfantine, du genre de celles que seuls les enfants font.
Nul besoin d’imaginer la réaction de l’unité. Tout autour de lui, des épées qu’on dégainait et des dents qu’on grinçait se faisaient entendre.
L’atmosphère était tendue à craquer, mais…
« Ah, aujourd’hui, ça va. »
Galahad restait parfaitement détendu. L’ambiance autour de lui ne semblait pas l’affecter le moins du monde.
« Ah… Ah. Oui. »
Adrianna répondit comme si ses rouages grinçaient.
« Au fait, vos subordonnés me fusillent du regard. Ai-je fait quelque chose de mal ? »
Galahad désigna soudain derrière lui. Adrianna se retourna.
Ceux qui grinçaient des dents sursautèrent et baissèrent la tête, mais un peu tard.
Adrianna les fixa d’un regard sévère.
« Le commandant Galahad est lui aussi commandant. Je vous ai dit de le respecter. »
À la réprimande d’Adrianna, ceux qui grinçaient des dents baissèrent la tête.
Carrot esquissa un sourire tandis que Galahad affichait le sien, satisfait.
« Quel homme, quand même. »
Rester aussi calme devant l’unité personnelle…
Il n’y avait que deux possibilités.
Soit il avait un courage insensé, soit il était vraiment dingue. Carrot penchait pour la deuxième option.
Mais enfin, c’était l’unité personnelle. Même sur ordre d’Adrianna, ils n’allaient pas laisser passer ça comme ça.
Cela dit, contrairement à tout à l’heure, ils ne se précipitèrent pas tête baissée. Ils avaient appris qu’Hermun avait été vaincu et que Galahad était un mage qui avait tué un Démonide.
C’est la folle Mardian qui rompit la tension étrange.
« Je défie le commandant de l’Unité des opérations spéciales en duel ! »
Mardian, dont les yeux devenaient fous dès qu’il était question d’Adrianna, se rua sur lui, une longue brochette à la main.
Le fait que la folle Mardian ait pensé à le défier en duel plutôt qu’à le poignarder d’abord témoignait d’une certaine patience.
Le duel était un droit naturel dans le Premier bataillon ; Adrianna ne l’arrêta donc pas.
« Que va-t-il faire ? »
Adrianna ne s’interposa pas non plus. En même temps, refuser un duel sans façon aurait porté atteinte à son honneur.
Carrot observa la scène avec une curiosité teintée d’impatience, se demandant comment Galahad allait s’en sortir.
C’était un mage qui avait brûlé un Démonide de rang intermédiaire et vaincu Hermun d’un seul coup. Carrot voulait lui aussi voir de quoi il était capable.
Les autres semblaient partager cette attente.
Mais la réponse de Galahad dépassa les attentes de Carrot.
« Je vous prie de m’excuser, mais un duel est déjà prévu. »
Galahad refusa sans hésiter.
« Vous avez déjà un duel prévu ? Qu’est-ce que… »
« J’ai rendez-vous avec le chevalier Vandal. Je vous prie de m’excuser. »
Vandal était le plus jeune chevalier à garder la porte. Prétendre avoir convenu d’un duel avec lui était ridicule, mais l’excuse tenait assez bien la route.
« Il y a un ordre de priorité, non ? Ah, peut-être que le Premier bataillon n’en a pas ? »
« Mardian, attends ton tour. »
« Mais… ! »
« Mardian. »
Mardian recula. Elle avait l’air sur le point de fondre en larmes.
C’était signe que Mardian était vraiment en colère.
Carrot admira discrètement Galahad en comprenant que l’émotion sur son visage n’était pas de la peur, mais de l’agacement.
Mais passons…
« Vandal est foutu. »
* * *
« Que faites-vous ici ? »
Adrianna posa la question de sa voix monocorde.
« Je suis venu vous voir. Pourquoi serais-je venu, sinon ? »
Les sourcils d’Adrianna se haussèrent légèrement à la réponse de Galahad.
« Ah. Avez-vous un moment ? J’ai quelque chose à vous dire. »
« Oui. »
« Vous pouvez d’abord vous nettoyer. »
« Non. Un instant… »
Adrianna recula d’un pas, puis libéra soudain son aura.
Une aura bleu pâle, presque blanche, jaillit en un instant.
Galahad déglutit devant cette aura blanche.
À l’instant où elle le toucherait, il serait réduit en cendres. C’était le cauchemar de tous ceux qui possédaient du mana. Un profond sentiment de rejet monta en lui.
Même l’Œuf de la Douleur, qui l’encourageait encore quelques instants plus tôt, se tut. Comme s’il avait senti la différence de niveau entre eux, il garda la bouche fermée.
« Qu’est-ce que ça ferait si j’y touchais ? Est-ce que je brûlerais entièrement ? »
Galahad retint de force la main qu’il avait tendue sans s’en rendre compte. S’il la touchait, ce serait fini. Mais juste un peu…
Alors qu’il y réfléchissait, une question lui vint soudain à l’esprit.
« Pourquoi a-t-elle soudain libéré son aura… ? »
Les longs cheveux d’Adrianna ondulèrent dans son aura qui flamboyait avec violence. Dans le même temps, le sang et les morceaux de chair collés à son corps se changèrent instantanément en cendres et se dispersèrent.
« Ne me dites pas que… »
Quand il vit Adrianna devenir propre et sèche en un instant, il comprit.
Cette aura terrifiante ne servait qu’à nettoyer Adrianna en vitesse.
« Quel monstre. »
Galahad claqua doucement la langue.
« Allons-y. »
Adrianna parla de son ton habituellement impassible, bien qu’elle eût l’air étrangement rafraîchie.
« C’est impressionnant d’utiliser l’aura pour se débarrasser des restes de Démonides. »
« Ce n’est qu’une petite astuce. »
Galahad claqua la langue à sa réponse.
L’aura était le sommet auquel rêvait d’accéder toute personne maniant l’épée. S’en servir pour prendre une douche ne pouvait pas être une petite astuce.
« Ça doit être pratique. »
« Ça l’est. Le sang des Démonides est très toxique et endommage rapidement les armures, mais en les recouvrant d’aura, on évite la corrosion. »
À en juger par la longueur de sa réponse, ça devait être très pratique.
Mais prendre une douche avec son aura…
« Je ferais vraiment mieux d’éviter de la contrarier. »
Galahad se toucha le cou sans raison, puis lui adressa un compliment.
« Vous ai-je déjà dit que vous étiez belle ? »
« Oui, je crois. Vous me l’avez déjà dit. »
Adrianna hocha la tête. On aurait dit qu’être qualifiée de belle lui était aussi naturel qu’une salutation.
Galahad laissa échapper un petit rire qui ressemblait à une toux.
« La vie dans le Nord est-elle supportable ? »
Cette fois, Adrianna posa une question.
« Non, il fait trop froid. »
Comme il grommelait à voix basse, Adrianna le détailla de la tête aux pieds.
« Vous êtes trop légèrement vêtu. Pas étonnant que vous ayez froid. »
« C’est tout ce que j’ai. »
Adrianna ôta son manteau et le lui tendit. C’était un manteau manifestement luxueux, fait de fourrure blanche.
« Voulez-vous au moins porter celui-ci ? »
« Non, vous auriez froid, vous aussi. »
« …Pardon ? Ah, oui. Je comprends. »
Avec une expression étrange, Adrianna remit son manteau.
« Elle ne proposera pas deux fois. »
Galahad grommela à voix basse.
* * *
« Alors, c’est votre château… »
Une forteresse intérieure, invisible de l’extérieur, se dressait là. Elle était trop petite pour mériter vraiment ce nom ; lorsque Galahad l’interrogea, Adrianna lui expliqua que c’était là qu’elle logeait.
« Les attaques des Démonides sont fréquentes. »
« Je vois. »
Adrianna le conduisit au bâtiment du quartier général. Il était bien plus grand que celui du Cinquième bataillon.
Même les soldats qui circulaient dans les environs avaient une tout autre allure. Pas un seul n’était désarmé. Tous étaient prêts à se battre à tout instant.
Des regards acérés se posèrent sur Galahad.
Certains étaient hostiles, d’autres semblaient le jauger. Quelques rares avaient même les yeux brillants, comme Vandal.
Le bureau d’Adrianna était spacieux, mais ne contenait que peu de choses. Il y avait exactement le nécessaire, rien de plus.
Adrianna s’assit bien droite, le dos parfaitement tenu, et fixa Galahad.
« Magnifique. »
Son cœur battit à tout rompre tandis qu’il contemplait son visage sans défaut.
C’était sûrement à cause de l’Œuf de la Douleur. Il s’était tu pendant qu’Adrianna se nettoyait avec son aura, mais à présent, il semblait murmurer de nouveau.
Lunabirn, l’adjointe d’Adrianna, posa des tasses de thé fumantes devant elle et Galahad.
« Récemment, une faction suspecte a commencé à distribuer des vestiges de la Guerre de Jema. »
« Des vestiges de la Guerre de Jema ? »
Les sourcils d’Adrianna se haussèrent légèrement. C’était la première fois qu’elle en entendait parler, semblait-il.
« Nous n’avons pas découvert des traces d’un Dresseur de monstres la dernière fois ? »
« Si. Une équipe d’enquête distincte a été constituée pour s’en charger. »
« Bien. Mais récemment, un Démonide de type mental est apparu près du Cinquième bataillon. Une compagnie entière a disparu. »
« Un Démonide de type mental capable de maîtriser une compagnie entière serait dangereux, même parmi les Démonides de rang intermédiaire. »
Galahad hocha la tête en se tenant la poitrine.
« J’ai découvert qu’une organisation se cachait derrière ce Démonide et qu’elle distribuait des vestiges de la Guerre de Jema. »
Adrianna porta sa tasse à ses lèvres avec élégance. Non, elle l’avait simplement portée à ses lèvres, mais sa beauté irréelle donnait à ce geste un air élégant.
« Ils se font appeler Aube. »
Adrianna suspendit légèrement son geste. Le sourire doux de Lunabirn se figea. L’Œuf de la Douleur l’exhorta de nouveau.
« Ce nom vous dit quelque chose ? »
Cette fois, la réponse tarda un peu.
« Oui. C’est l’une des organisations qui m’ont attaquée. »
La voix d’Adrianna resta monocorde.
« L’une des organisations… »
Cela signifiait qu’Aube n’était pas le seul groupe à s’en prendre à Adrianna.
Galahad laissa échapper un petit « hum ».
« Depuis qu’Aube distribue des vestiges de la Guerre de Jema, des factions suspectes se rassemblent dans le Nord. »
« Des factions suspectes… »
Adrianna murmura à voix basse.
« Comme si elles leur répondaient, des Démonides apparaissent partout. Mais les Démonides pourraient-ils remonter des profondeurs ? »
À l’expression inflexible d’Adrianna, Galahad comprit que la situation ne serait pas simple.
« La ligne de front doit avoir une brèche. Il faut aller vérifier. »
« Vous avez raison. Je vais réinspecter le secteur relevant du Premier bataillon. »
« Ne faudrait-il pas avertir les autres bataillons aussi ? »
« La procédure veut que nous en fassions rapport à Son Altesse, puis que Son Altesse donne ses ordres. »
Son expression était ferme. Comme Mark l’avait prédit.
Pourtant, quelque chose d’étrange se cachait sous cette expression.
« Elle évite de se mêler des affaires des autres commandants. »
Il ignorait pourquoi, mais Adrianna semblait éviter d’intervenir auprès des autres commandants.
Il aurait pu insister et forcer les choses, mais cela risquait de nuire à sa relation avec Adrianna.
Inutile d’en arriver là.
Il avait un autre plan.
« Je vois. J’aimerais faire rapport à Son Altesse. Pourriez-vous m’aider ? »
« Oui. Vous pouvez emprunter mon faucon. »
« Merci. Ah, il me faudra aussi du papier et une plume. »
« Ils sont là-bas. »
Adrianna désigna l’arrière de la pièce. Galahad se leva et se dirigea vers le bureau.
Le papier portait le sceau du Premier bataillon.
Galahad y réfléchit un instant. Une lettre banale ne servirait à rien.
« On ne peut pas faire pire, de toute façon… »
Galahad hocha la tête et griffonna sur la page.
Il roula le papier et y apposa le sceau d’Adrianna.
Fiiou !
Au sifflement aigu, un faucon blanc s’envola jusqu’à eux. Il était énorme, presque aussi grand qu’un enfant. L’oiseau frotta sa tête contre Adrianna.
Galahad remit la lettre scellée à Lunabirn.
« Qu’avez-vous écrit ? »
« C’est un secret. »
Galahad sourit.
Adrianna glissa la lettre dans un étui qu’elle attacha à la patte du faucon. Puis elle lui murmura quelques mots. L’oiseau poussa un long cri et disparut par la fenêtre.
Adrianna regarda en silence le vent froid s’engouffrer par la fenêtre. Galahad l’observa, puis réfléchit à son prochain objectif.
« Au fait, vous retournez dans le Territoire des Démonides demain ? »
« Oui. »
« Je vous accompagnerai. »
Peut-être était-ce inattendu, car Adrianna mit un moment à répondre.
« C’est dangereux. »
« Ça ira. J’ai encore toute la vie devant moi. »
Adrianna y réfléchit brièvement, puis hocha la tête.
« Bien. Entendu. »
« Alors, ce sera notre premier rendez-vous ? »
Les sourcils d’Adrianna se haussèrent légèrement, puis se froncèrent à peine.
« Le Territoire des Démonides n’est pas un endroit dont on parle à la légère. »
Galahad s’en rendit compte une nouvelle fois. Adrianna ne comprenait pas les plaisanteries.
En claquant la langue, Galahad se leva.
« Alors, voudriez-vous manger quelque chose avant de partir ? »
« Ah, non. J’ai déjà un engagement. »
Galahad déclina sans hésiter, puis quitta la pièce. Adrianna écarquilla les yeux.
« ……… ? »
Il venait de parler comme s’il s’attendait à un rendez-vous…
…C’était un homme difficile à comprendre.
Adrianna toucha longuement sa tasse de thé froide.
* * *
« Le commandant Galahad aurait tué deux mages noirs, un Démonide entre le rang intermédiaire et le rang supérieur, ainsi que seize courtilières. Si on les avait laissés faire, les pertes auraient probablement été lourdes, comme au Septième bataillon. »
« Des activités suspectes ont été repérées au Quatrième bataillon. Ils ont ouvert une Mine de pierres magiques ; il semblerait donc qu’ils aient conclu une alliance avec des mages noirs. »
« Mark, le commandant du Cinquième bataillon, a annoncé une alliance avec l’Unité des opérations spéciales. »
« Une compagnie entière du Cinquième bataillon a été perdue face à un Démonide de type mental. Le commandant Galahad s’en est occupé. »
On disait que le Grand-Duc ne s’intéressait pas aux affaires courantes, mais la vérité était tout autre.
Le Grand-Duc n’était pas une bête ignorante, mais un chasseur chevronné. Il faisait semblant d’être une bête parce qu’il était expérimenté.
Tout ce qui se passait dans le Nord parvenait aux oreilles du Grand-Duc.
« Hum… »
Le Grand-Duc laissa échapper un grondement sourd. Theodore, qui venait de faire son rapport, se tut et baissa la tête.
« Galahad… »
C’était le nom qui revenait le plus souvent dans les rapports récents.
L’affront de l’Empire. Le mage répugnant. Le fiancé d’Adrianna.
On le désignait de bien des façons.
L’Empire avait probablement cru que le Grand-Duc le tuerait.
Au lieu de cela, le Grand-Duc avait créé l’Unité des opérations spéciales et l’avait placée sous son commandement.
Il avait donné une chance à Galahad : prouver ses capacités et survivre, ou mourir misérablement.
Dans le Nord, le danger guettait à chaque pas. Pour un mage fraîchement arrivé de l’Empire, survivre avec une unité de seulement quatre membres relevait du défi.
D’une certaine façon, c’était pire que de l’enfermer dans un cachot souterrain.
Contrairement à ce que ses vassaux avaient cru, Galahad n’était pas mort rapidement.
Non, il s’était même couvert de gloire.
Ce n’était pas qu’il avait évité le danger.
Les Démonides qu’avait affrontés Galahad s’étaient révélés plus dangereux qu’ils ne l’avaient prévu.
Il les avait simplement tous vaincus et avait survécu.
« Intéressant. »
Le Grand-Duc parla à voix basse. Son ton trahissait son amusement.
« Ce n’est donc pas un homme ordinaire. »
Tandis que le Grand-Duc parlait doucement, Theodore se mit à réfléchir à toute vitesse.
Si l’Empire n’avait pas envoyé Galahad simplement comme un sacrifice, pour se trouver un prétexte…
« Impossible. »
Theodore secoua légèrement la tête.
« Il faut reconnaître ses mérites. Que pourrais-je lui accorder ? »
Le murmure du Grand-Duc était empreint d’amusement.
Avoir déjoué deux fois les menaces des Démonides dans le Nord était un exploit considérable.
Theodore se demandait lui aussi quelle récompense le Grand-Duc lui accorderait.
Un énorme faucon entra alors par la fenêtre. Un sourire éclaira le visage du Grand-Duc lorsqu’il aperçut l’immense oiseau blanc.
Un seul faucon volait directement jusqu’à la chambre du Grand-Duc : celui d’Adrianna, sa seule parente de sang.
Depuis qu’Adrianna était repartie sans même le voir lors de sa précédente visite, le Grand-Duc avait gardé les sourcils froncés. Pour la première fois depuis longtemps, son visage s’éclaira enfin.
Les lèvres du Grand-Duc s’étirèrent largement. Avec précaution, il détacha l’étui de la patte du faucon.
Le Grand-Duc se figea à l’instant où il déplia la lettre et la lut.
Ses yeux profonds parcoururent lentement le texte. Il relut la lettre plusieurs fois.
Alors…
« Ho ho. »
Il laissa échapper un rire sourd. Ce rire si contenu hérissa les cheveux de Theodore.
« Il a reçu une lettre d’Adrianna, alors pourquoi… ? »
Theodore plaqua précipitamment la tête au sol.
Le Grand-Duc fit claquer un doigt. La feuille légèrement pliée fila comme une flèche et se planta dans le sol, juste devant Theodore.
Il avait enfoncé du papier dans la pierre. Une force absurde.
« Lisez-la. »
Sur ordre du Grand-Duc, Theodore déplia la lettre.
L’écriture était si splendide qu’elle semblait vivante. Theodore ne put s’empêcher d’admirer cette calligraphie extraordinaire.
Brièvement subjugué, Theodore se hâta de commencer sa lecture.
La lettre était courte.
[À mon cher et vénéré beau-père. C’est Galahad, commandant de l’Unité des opérations spéciales. Je n’avais pas de faucon à moi, alors j’ai emprunté celui d’Adrianna. Je vous informe humblement qu’il semble y avoir une brèche dans la ligne de front. Au début, impossible de savoir si j’étais dans le Nord ou dans le terrain de jeu des Démonides, je vous assure. Ha ha. J’avais entendu dire que le Mur du Nord était haut et solide, mais les rumeurs ne sont que des rumeurs, à ce que je vois. Enfin, puisque c’est le territoire de la famille de ma femme, je ferai de mon mieux. Je vous informe de mon arrivée au Premier bataillon. Galahad, commandant de l’Unité des opérations spéciales.]
« …Il est fou ? »
Theodore laissa tomber la lettre.
Même l’Empereur n’oserait pas traiter le Grand-Duc de la sorte. Qu’est-ce que c’était que ça ? Il voulait mourir ? Même chez les fous, ce n’était pas une folie normale.
« Le terrain de jeu des Démonides… »
À la voix contenue du Grand-Duc, Theodore s’empressa de plaquer la tête au sol.
« Envoyez des messagers à tous les commandants de bataillon. On en enverra de nouveau après sept levers du soleil. »
« Et si des brèches sont découvertes… »
« Je leur arracherai la tête et me servirai de leur colonne vertébrale pour boucher les brèches. »
Les vassaux ne purent que déglutir avec difficulté.
Notes :
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