Chapitre 30
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Traducteur/éditeur : Ceaseless
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◈ Le Fou Gendre du Grand-Duc du Nord ◈
Chapitre 30 : Poignée de main problématique
──────
« Hmm… »
Galahad fronça les sourcils en poussant la porte du quartier général du cinquième bataillon.
À peine entré, il découvrit un immense bureau dans le hall, derrière lequel était assis Mark, le commandant du cinquième bataillon.
Lumian, son adjudant, affichait un profond mécontentement.
Il proteste parce que je lui ai demandé de vider le troisième étage ?
Tss. Galahad s’approcha de Mark.
« Que faites-vous ici ? »
« Quand j’ai envisagé de déménager, c’était l’endroit le plus pratique. Je peux recevoir les rapports immédiatement, et nous sommes près de la porte principale. »
Galahad fronça les sourcils en entendant la réponse de Mark.
C’était le chemin le plus court depuis la porte principale. Là-dessus, il avait raison.
Mais quand même…
Ce n’est pas étrange, pour un commandant de bataillon, d’être assis juste à l’entrée ?
Bien sûr, ça arrangeait Galahad, qui occupait le troisième étage. Le commandant montait la garde à la porte principale.
« Je vois. »
« J’ai reçu le rapport. La quatrième compagnie est tombée dans le piège des Démonides, mais grâce à la vivacité d’esprit du commandant Galahad, ses soldats ont repris leurs esprits de justesse et les ont combattus. »
Galahad hocha la tête devant le ton posé de Mark.
« Je vois. Je transmettrai le rapport tel quel. Pour commencer, permettez-moi de vous remercier. Sans le commandant Galahad, nous n’aurions même pas pu récupérer les corps. »
« Considérez ça comme un retour d’ascenseur pour l’alliance. »
« Je m’en souviendrai. »
Mark hocha la tête et tourna une page.
« Les apparitions de Monstres sont assez fréquentes, mais celles des Démonides ont nettement augmenté ces derniers temps. Il doit se passer quelque chose sur la ligne de front. »
Galahad acquiesça en silence.
« Son Altesse le Grand-Duc est ici, mais il ne prend presque plus les choses en main. Chaque bataillon est pratiquement devenu une organisation indépendante. Ces fichues factions… »
Mark se racla la gorge. Il semblait avoir ravaler un juron qui lui était presque venu aux lèvres.
« Même si je propose d’inspecter la ligne de front, personne ne m’écoutera. L’idéal serait que Son Altesse prenne les choses en main, mais ça n’arrivera pas. La personne la mieux placée ensuite serait… »
« Adrianna. »
« Oui. En tant qu’unique héritière de Son Altesse et héroïne de la ligne de front, les autres commandants ne pourront pas ignorer ses paroles. »
« Pourquoi ne pas le demander à Adrianna ? »
Mark secoua la tête.
« Adrianna est une héroïne remarquable, mais ce n’est pas une meneuse. »
« Pas une meneuse… »
Galahad murmura doucement.
« Elle respecte tous les commandants. Si je lui demande, elle refusera en disant que chaque commandant est maître de son bataillon. »
« Vous voulez donc que je la convainque ? »
« Oui. »
Galahad éclata de rire devant cette réponse sans détour.
« Elle ne vous écoute pas. Pourquoi m’écouterait-elle ? »
« Vous êtes son fiancé. Et… »
Mark ravala le reste de ses mots. Après une hésitation, il fronça les sourcils, comme s’il s’obligeait à dire quelque chose de désagréable.
« J’ai le pressentiment que vous trouverez un moyen d’y parvenir. »
« Un moyen… »
Galahad sourit légèrement en entendant cette expression qu’il n’avait pas entendue depuis longtemps.
« C’est vrai, trouver un moyen, c’est ma spécialité. Mais j’ai une condition. »
« Laquelle ? »
« Donnez un peu d’allure au quartier général de l’Unité des opérations spéciales. »
Mark hocha la tête. Son regard s’activa, comme s’il calculait déjà le coût.
Galahad glissa une cigarette entre ses lèvres et se leva.
« Vous savez pourquoi je suis venu vous trouver à la réunion, commandant Galahad ? »
Galahad alluma sa cigarette et secoua la tête.
« Normalement, chaque commandant est lié au bataillon qui lui a été assigné. Sauf cas particulier, il ne peut pas le quitter. Qu’il le veuille ou non, cet endroit devient sa tombe. »
Mark tapota le bureau.
« Mais aujourd’hui, une exception s’est présentée. »
Mark planta son regard clair dans celui de Galahad.
C’était le regard de quelqu’un qui désirait ardemment quelque chose.
« Vous avez enfin décidé de vous placer sous mes ordres ? »
Mark sourit légèrement à la question de Galahad.
Après le départ de Galahad, Lumian lança un regard noir à Mark.
« Pourquoi lui passez-vous autant de choses ? »
« Je lui passe des choses ? »
« C’est un commandant avec seulement quatre membres. Et vous lui parlez d’exceptions, tout ça… »
Mark fronça les sourcils devant cette question stupide.
« Tu crois vraiment que les soldats contrôlés par les Démonides ont repris leurs esprits et aidé Galahad à les combattre ? Les Démonides ne sont pas si naïfs. »
« …Alors, qu’est-ce qui s’est passé ? »
« D’après le rapport, tout était déjà terminé quand le commandant de compagnie est arrivé avec Gilbert. Ça veut dire que Galahad s’en est chargé tout seul. Les Démonides et plus de quarante soldats sous leur emprise, à lui seul. »
Lumian en resta bouche bée.
« …Vous exagérez. Pourquoi mentirait-il pour minimiser son propre exploit ? »
Mark réfléchit à la question, puis secoua la tête.
« Va décorer le quartier général de l’Unité des opérations spéciales. On a un budget plutôt confortable depuis l’ajustement du prix des Pierres magiques, non ? »
« Vous allez tout dépenser ? »
« Il faut faire bonne impression. »
Lumian hocha à contrecœur la tête devant le ton ferme de Mark.
« Est-ce que je devrais me placer sous ses ordres dès maintenant ? Non, je ferais mieux d’attendre encore un peu. »
« Si tu comptes le rejoindre, fais-le vite. Si tu attends trop, il ne restera même pas les miettes ! »
Lumian lui cria dessus, puis agita précipitamment la main devant Mark, qui réfléchissait maintenant à la question.
« Je plaisantais ! C’était juste une blague ! »
* * *
Clac-clac…
« Sir Gilbert, vous avez l’air de bonne humeur. »
« Ah, j’espérais pouvoir vous recevoir comme il se doit. »
Galahad claqua la langue devant le sourire de Gilbert, qui tenait les rênes. La neige tourbillonnait sous le carrosse.
« Le premier bataillon doit avoir de meilleures tavernes. »
« J’ai ma taverne habituelle, là-bas. Mais pourquoi allons-nous au premier bataillon ? »
« Parce que ma fiancée me manque à en mourir. »
« … »
« Cette tête que vous venez de faire, c’était de l’insubordination. »
Gilbert ricana tandis que le carrosse cahotait violemment.
« Le commandant Mark veut qu’Adrianna envoie une notification officielle à chaque commandant pour annoncer une inspection de la ligne de front. »
« Une notification officielle aux autres commandants… Elle ne le fera pas. »
« Si besoin, je peux toujours lui emprunter son sceau un instant. »
« …Quoi ? C’est une drôle de plaisanterie. »
Gilbert plissa les yeux, comme s’il essayait de percer Galahad à jour. Celui-ci soutint son regard.
« Non. »
« Je l’utiliserai juste un instant et je le lui rendrai. »
« Ce n’est pas la question. Elle va forcément se mettre en colère. »
« Adrianna se met en colère ? Ça m’intrigue. »
« C’est vraiment effrayant. »
« Vous l’avez déjà vue en colère ? »
Au lieu de répondre, Gilbert fit claquer les rênes. Les chevaux renâclèrent bruyamment, leur souffle s’élevant en longs nuages.
« Quoi qu’il en soit, c’est hors de question. »
« Alors je n’aurai qu’à lui demander d’envoyer cette notification officielle pour son pauvre fiancé, traîné jusqu’au Nord. »
« Eh bien… »
Gilbert plissa les yeux, puis les écarquilla.
« Ce n’est pas un peu pitoyable ? »
« Ah bon ? »
« Oui. Un homme doit avoir ce truc qui le pousse à tout risquer, puis à balayer tout le reste. »
« Vous n’avez pas de compagne. »
« …Espèce de sale gosse à la langue bien pendue. »
Gilbert fit tourner les rênes, innocentes, sans raison.
« Je suis populaire. »
« Alors pourquoi n’avez-vous jamais eu de compagne ? »
« Qui sait quand il va mourir ? »
« Qui sait quand il va mourir ? Quelle excuse. »
Gilbert ne sut quoi répondre. Galahad n’insista pas et glissa une cigarette entre ses lèvres.
Plus ils approchaient du premier bataillon, plus il faisait froid. À chaque respiration, il avait l’impression que ses narines allaient se figer. Comment pouvait-on vivre dans un endroit pareil ? Galahad grommela dans sa barbe.
Après avoir roulé quelque temps, Gilbert désigna la route devant eux.
« Le voilà. »
Le château du premier bataillon se dressait à mi-hauteur d’une montagne dénudée. Il n’avait rien d’ornemental, mais était massif et imposant. On aurait dit qu’il avait été construit dans le seul but de défendre les lieux.
Comment est-ce que je pourrais franchir ça ?
Par habitude, Galahad imagina différentes façons de s’infiltrer dans le château.
L’inspection de la longue file de chariots de ravitaillement à la porte n’avait rien d’une formalité. Les soldats enfonçaient soigneusement leurs lances dans chaque chariot. S’y cacher serait difficile.
Escalader les remparts serait tout aussi compliqué. Des pieux de fer acérés avaient été plantés partout, et des soldats montaient la garde au sommet. Il n’y avait pas d’ouverture visible.
Voler un uniforme et une plaque d’identité pour entrer…
Difficile.
Même les soldats qui franchissaient la porte étaient contrôlés un par un.
C’était une forteresse plutôt pénible à infiltrer.
Cela ne voulait pas dire qu’il n’existait aucun moyen d’y entrer, bien sûr.
Les soldats qui reconnurent Gilbert le saluèrent bruyamment. Ils réagirent comme s’ils avaient aperçu une célébrité.
« Je suis Gilbert. »
Gilbert le déclara avec un air suffisant particulièrement agaçant.
À leur arrivée à la porte, un jeune chevalier les salua.
« Sir Gilbert, cela faisait longtemps. »
« Vandal. Ça fait un bail. »
« J’ai appris la nouvelle. »
Le chevalier tourna les yeux vers Galahad.
« Je suis Galahad, commandant de l’Unité des opérations spéciales. »
« Ah, l’Unité des opérations spéciales ! »
Le chevalier laissa échapper une exclamation discrète. Sa réaction laissait penser que Vandal connaissait l’unité. Galahad lui retourna donc la question.
« Vous connaissez l’Unité des opérations spéciales ? »
« Oui. J’ai entendu dire que vous aviez tué un Démonide de rang intermédiaire et des dizaines de courtilières. On raconte que vous êtes le mage qui brûle les Démonides… »
Les yeux du chevalier brillaient d’enthousiasme. Galahad acquiesça devant son regard enflammé.
« La réputation de l’Unité des opérations spéciales se répand. »
« Ah, mon supérieur, Carrot, était sur place. »
« Ah oui ? »
« Quand l’occasion se présentera, j’aimerais vous affronter dans un duel à mort. »
Galahad se tourna vers Gilbert après cette déclaration meurtrière inattendue.
« Au premier bataillon, on réagit comme ça quand on rencontre quelqu’un de fort. C’est la tradition. »
Galahad hocha la tête.
« Hmm, merci. Je suis venu voir Adrianna. Elle est à l’intérieur ? »
« Lady Adrianna est au-delà de la ligne de front. »
« Au-delà de la ligne de front ? »
Gilbert répondit à sa place.
« Lady Adrianna franchit la ligne de front pour pénétrer dans le Territoire des Démonides avant le lever du soleil. Elle revient au coucher du soleil. Elle va là-bas pour tuer ne serait-ce qu’un Démonide de plus et trouver un moyen de mettre fin à la guerre. »
Au lieu de tenir la ligne, elle pénétrait dans le Territoire des Démonides pour les attaquer.
Même si elle possédait une capacité qui consumait le mana, c’était incroyablement téméraire.
« Impressionnant. »
Le chevalier et Gilbert observèrent Galahad d’un air étrange.
« Quoi ? »
« Même au sein du premier bataillon, beaucoup s’opposent à ce que Lady Adrianna se rende dans le Territoire des Démonides. C’est extrêmement dangereux… »
« Ici, ce n’est pas dangereux ? »
Gilbert se tut à la question de Galahad. Le chevalier fit une drôle de tête.
« Je suis Vandal. »
« Oui, Sir Vandal. Enchanté de vous rencontrer. »
« Alors, pour le duel… »
« On le fera quand il fera plus chaud. »
Vandal le suivit encore un moment et lui demanda de fixer une date précise. Galahad lui adressa un geste désinvolte de la main.
L’intérieur de la base du premier bataillon ressemblait à l’extérieur. Des bâtiments rudimentaires s’entassaient les uns contre les autres, et des soldats armés s’affairaient entre eux.
« Elle ne devrait pas tarder à rentrer. »
Galahad marmonna en regardant le soleil suspendu au-dessus des remparts.
À cet instant, la porte du carrosse s’ouvrit à la volée dans un grand fracas.
« Ah ! Pourquoi tu me mordilles, Damian ? Je ne suis pas de la viande ! »
« Commandant, je crois qu’il faut donner quelque chose à manger à Damian. »
Galahad ricana en entendant le rapport alarmé de Tom.
« Avant que Damian ne les dévore, déposons-les à une taverne. Ensuite, nous irons accueillir Adrianna. »
Gilbert tourna les rênes avec l’aisance de l’habitude.
* * *
La ligne de front se trouvait encore très loin, au-delà de la porte principale de la base du premier bataillon.
La sécurité était si stricte qu’on les arrêta encore trois fois en chemin pour les contrôler.
Galahad ne put que contempler le rempart devant eux.
Il était encore plus grand que celui qu’il avait vu en arrivant dans le Nord. Il était si haut qu’il devait renverser la tête pour en apercevoir le sommet.
« D’autres unités sont aussi postées le long de la ligne de front. Pourquoi appelle-t-on cet endroit la ligne de front principale ? »
« C’est ici que se produisent la plupart des attaques de Démonides et de Monstres. On ne sait pas pourquoi, mais ces salauds de Démonides prennent généralement cette porte pour cible. C’est pour ça qu’on l’appelle la Fosse aux démons. »
« Je vois. »
Alors, un cor retentit au sommet du rempart.
« Elle arrive. »
Gilbert le dit brièvement.
Adrianna.
Des silhouettes qui semblaient être des chevaliers se tenaient autour de la porte, l’épée à la main. Une aura bleue enveloppait leurs lames.
Un homme qui avait l’air d’un commandant de compagnie cria un ordre. Les soldats braquèrent d’énormes arbalètes vers la porte. Plusieurs d’entre eux s’avancèrent, bouclier levé.
La tension pesait dans l’air.
Vrooo…
Le cor retentit de nouveau.
« Levez-la ! »
Un chevalier cria.
Un soldat fouetta le flanc d’un bœuf attelé à une poulie. L’animal beugla et se mit en marche. Le fer grinça bruyamment tandis que la grille la plus proche se levait.
Vrooo…
Le cor retentit encore.
Le bœuf beugla tandis qu’une autre poulie se mettait en mouvement. La deuxième grille de fer se leva.
Vrooo…
Le cor sonna une nouvelle fois. Ce ne fut qu’après le soulèvement de la troisième grille que la porte apparut.
C’était une porte noire qui semblait solide au premier regard.
Ça devait être du manteel. Utiliser un matériau aussi coûteux d’une manière aussi grossière… Galahad secoua la tête, stupéfait.
Boum, boum. De lourds tambours se mirent à battre. Les soldats s’agitèrent au rythme ample de leur cadence.
Enfin, l’épaisse porte s’ouvrit lentement.
Le Territoire des Démonides…
Galahad fit jouer ses doigts et se concentra.
La porte s’ouvrait si lentement que c’en était exaspérant. Le fer raclait le sol dans un grincement sinistre.
Une fumée épaisse se glissa dans l’ouverture, comme si des mains cherchaient à les atteindre. L’odeur âcre qui la suivit révéla qu’il s’agissait de cendres.
Au-delà de la porte, tout était gris. Ce n’était pas de la neige, mais des cendres qui emplissaient l’air. Le sol qu’on apercevait dessous était noir, comme s’il avait brûlé.
L’enfer…
La terre noircie et les cendres qui flottaient évoquèrent naturellement l’enfer à Galahad.
Les cendres tourbillonnaient dans l’air à la place de cette foutue neige du Nord, mais le spectacle était encore plus glaçant.
… !
Un cri inconnu retentit au loin. Un son épouvantable, difficile à décrire, fit trembler le sol.
Puis le brouillard de cendres se dispersa, comme repoussé. Non, à y regarder de plus près, les cendres elles-mêmes disparaissaient.
Adrianna émergea de la fumée qui se dissipait.
Son armure était trempée de sang rouge sombre, et des lambeaux de chair grotesques ainsi que des carapaces s’étaient coincés dans ses interstices. On aurait dit qu’elle venait tout juste d’être arrachée aux entrailles de l’enfer.
Une longue traînée de fumée s’étendait derrière elle. À travers elle, le spectacle était saisissant.
Le sol aride couvert de cendres était jonché de cadavres de Démonides et de Monstres, tous proprement sectionnés. Il avait coulé tant de sang que les cendres s’étaient agglomérées en monticules.
Des cadavres qui semblaient redoutables, même au premier coup d’œil, et du sang qui coulait parmi eux…
Quel gâchis.
Galahad se lécha inconsciemment les lèvres.
Même en marchant à travers l’enfer, Adrianna demeurait aussi impassible que d’habitude.
Des chevaliers apparurent derrière Adrianna. Ils semblaient revenir des enfers, mais leur présence était acérée.
Ce n’étaient pas des chevaliers ordinaires.
« C’est l’unité personnelle de Lady Adrianna. Seuls les plus forts du premier bataillon peuvent en faire partie. On pourrait les appeler l’élite du Nord. »
Gilbert expliqua d’une voix étouffée. À en juger par son expression, il avait dû en faire partie.
« Ils sont particulièrement dévoués à Lady Adrianna. Si vous les provoquez sans raison, vous aurez des ennuis. »
Gilbert l’avertit d’un ton sérieux.
« Je suis sérieux. Ce sont des gens dangereux. »
Gilbert insista plusieurs fois.
« Vous vous inquiétez trop. Quand est-ce que j’ai déjà causé des ennuis ? »
Les yeux plissés de Gilbert s’agrandirent. Il s’apprêtait à répondre quand…
Adrianna franchit la porte. Des acclamations féroces éclatèrent de toutes parts. Tous criaient son nom.
On l’accueillait avec une ferveur que même l’Empereur n’aurait pas suscitée, mais Adrianna gardait son expression impassible. Une trace de fatigue y transparaissait.
Puis Adrianna posa les yeux sur Galahad.
Ses yeux s’écarquillèrent légèrement. Galahad lui adressa un petit signe de la main.
Les sourcils d’Adrianna, qui étaient restés raides jusque-là, se haussèrent un peu.
Elle se dirigea vers Galahad. Ses pas étaient étrangement rapides.
« Lady Adrianna ?! »
Les chevaliers qui suivaient Adrianna le dévisagèrent. Leurs regards étaient si aiguisés qu’ils lui piquaient la peau.
« Ah. »
Arrivée devant Galahad, Adrianna retira son gantelet taché de sang. Puis elle s’essuya soigneusement la main avec un mouchoir blanc éclatant.
En la voyant se préparer à lui serrer la main, Galahad tendit la sienne sans y penser.
À cet instant, une impulsion féroce monta en lui.
Son cœur se mit à battre à tout rompre. Une douleur lui enserra la poitrine, comme si quelqu’un la lui broyait. L’Œuf de douleur le poussait à tuer Adrianna. Ça piquait sacrément fort.
Espèce d’idiot. Ce que tu fais va à l’encontre du serment. Tu crois que je peux tuer Adrianna, là, tout de suite ?
Galahad jura intérieurement.
Même si Adrianna était sans défense, il ne pouvait pas la tuer sur-le-champ.
Il avait beau refaire le calcul, le résultat menait toujours à l’échec. Galahad excellait dans les calculs.
L’Œuf de douleur vibra. Galahad refit le calcul. Quand le résultat fut une nouvelle fois un échec, l’Œuf de douleur se tut.
Ça marche.
Bien sûr, ce n’était qu’une solution temporaire.
Il comptait trouver un autre moyen.
Quand même, lui serrer la main, c’est prendre un risque.
Le caractère d’Adrianna était une chose, mais l’Œuf de douleur était pour l’instant son moyen de gagner en puissance.
S’il lui serrait la main, l’Œuf de douleur pourrait disparaître sans raison.
Tant qu’il n’aurait pas compris son fonctionnement ou trouvé une autre méthode, mieux valait rester prudent.
Son calcul terminé, Galahad retira sa main.
Le problème, c’est que…
« … ? »
Il ne remarqua pas la main d’Adrianna.
Adrianna fixa en silence sa main, restée seule en suspens dans les airs.
C’était la première fois qu’elle vivait une situation pareille. Elle ne comprenait donc pas ce qui se passait.
Pourquoi sa main restait-elle suspendue dans le vide… ?
« … ? »
Adrianna ne comprenait pas.
Elle demeura figée, la main toujours tendue, comme si elle avait cessé de fonctionner.
« Mon Dieu. »
Gilbert se couvrit le visage d’une main.
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