Chapitre 29
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Traducteur/éditeur : Ceaseless
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◈ Le Fou Gendre du Grand-Duc du Nord ◈
Chapitre 29 : Galahad
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« Hngh… »
Galahad reprit connaissance, la tête lancinante.
Il avait l’impression qu’on lui avait fendu le crâne à coups de hache. Quand il expira, comme s’il toussait, une odeur répugnante lui envahit les narines.
De la viande pourrie, de la crasse et des cendres à moitié brûlées…
En maugréant un juron, Galahad porta une cigarette à ses lèvres.
Clac, clac. Il claqua deux fois des doigts et le mana s’agita. L’air se parfuma au citron.
[Ça sent le citron ? C’est censé être une insulte, espèce de connard ?]
Il eut un rire qui ressemblait à une quinte de toux face à cette insulte grossière. La cigarette lui glissa des lèvres et ses yeux se fermèrent lentement.
Damian la ramassa et la replaça entre ses lèvres. Il était couvert de sang de la tête aux pieds.
« Je devrais te tuer ? »
« Ça va. J’ai trop de choses à faire. »
« D’accord. »
Après cette réponse enjouée, Damian s’accroupit près de Galahad.
Galahad tira tranquillement sur sa cigarette.
Aussi absurde que cela puisse paraître, les bûchers qui restaient dégageaient encore de la chaleur.
Des cadavres et des tas de cendres s’alignaient à leurs côtés. Le silence était sinistre.
À ce rythme, mon corps ne tiendra pas.
Galahad grimaça, la douleur parcourant tout son corps.
Même quand on me faisait trimer jusqu’à l’épuisement au Bureau du renseignement, ce n’était pas aussi terrible…
Galahad claqua la langue et cracha. Sa salive était rouge et liquide.
« Ah, j’ai faim… »
Galahad adressa un sourire amer à la plainte désinvolte de Damian.
« Tu n’as pas déjà beaucoup mangé tout à l’heure ? »
« J’ai tellement bougé. »
« C’est vrai. »
Tout en répondant, Galahad observa Damian.
Damian fixait le ciel, la bouche ouverte. Les flocons qui descendaient dans la nuit brumeuse ressemblaient à des cendres quand ils tombaient dans sa bouche.
L’interférence mentale n’avait eu aucun effet sur Damian.
L’interférence mentale d’Amanda était de haut niveau. Galahad avait dû se tenir prêt à se faire exploser la cervelle.
Et pourtant, elle n’avait pas fonctionné une seule fois sur Damian.
Ce n’était pas le genre de chose qu’on pouvait éviter en se contentant d’avoir des pensées simples.
« Au juste, qu’est-ce que tu es ? »
« Damian. »
« Je vois. »
Galahad eut un petit rire.
Damian le fixa, les joues en mouvement.
« Crache-le. »
Un morceau de pain si pourri qu’il en était devenu pâteux tomba de la bouche de Damian. Quand avait-il bien pu manger ça… ?
« Mange ça. C’est de la viande séchée grillée par Tom. »
Damian ouvrit grand la bouche. La viande séchée que Galahad lui lança disparut aussitôt dedans.
« Je crois que Tom est le meilleur. »
« Je suis d’accord. »
Galahad hocha la tête devant l’admiration sincère de Damian.
« Dès qu’on rentrera, on organisera un repas de compagnie. Sir Gilbert a dit qu’il paierait, alors mange autant que tu veux. »
« J’ai vraiment faim. »
Damian cligna des yeux, ce qui était rare chez lui.
« Sir Gilbert est dans de beaux draps. »
Tous deux contemplèrent en silence les bûchers qui brûlaient à vive flamme.
Galahad repensa aux paroles d’Amanda.
Cette personne…
Si une Démonide employait des marques de respect aussi appuyées, cette personne devait être d’un rang supérieur.
Amanda avait dit de le ramener vivant. Ils ne cherchaient pas simplement à tuer Galahad.
Dommage qu’il n’ait pas eu le temps de rallier Amanda à sa cause.
C’est Aube ? Ou juste une autre Démonide ?
Une Démonide de haut rang en avait après lui…
Je devrais contacter Huit séparément.
Même si ce n’était pas le cas, l’autre camp finirait sûrement par bouger.
À cet instant, l’Œuf de la Douleur trembla.
L’Œuf de la Douleur avait bu du sang de Démonide.
L’Œuf de la Douleur vibra comme s’il se tordait de douleur.
Quelque chose de familier émana de l’Œuf de la Douleur, qui venait de trembler brièvement.
… Du mana ?
C’était bien du mana. Du mana très concentré.
Galahad douta de ses sens. L’Œuf de la Douleur avait aspiré le sang d’une Démonide, puis recraché du mana ?
Il s’empressa d’en évaluer la concentration.
Il est plus dense que le mana ordinaire, mais moins concentré que lorsque je bois directement du sang de Démonide.
Pourtant, il ne provoquait pas cette douleur, comme si ses veines brûlaient, que lui causait le sang des Démonides.
Il avait bu du sang de Démonide et recraché du mana. On aurait dit que l’Œuf de la Douleur l’avait digéré à sa place.
Même s’il semblait s’en garder une bonne part pour lui…
Intéressant.
Galahad déplaça le mana en laissant échapper un murmure fasciné.
Le mana obtenu grâce au sang des Démonides était violent. S’il perdait sa concentration ne serait-ce qu’un instant, il avait l’impression qu’il allait le dévorer.
À l’inverse, le mana recraché par l’Œuf de la Douleur obéissait à ses intentions.
Qu’est-ce que c’est que ça… ?
Oubliant jusqu’à sa douleur, Galahad se concentra sur ce mana inconnu.
Il le déplaça et forma une Flèche de mana. Comme il était si concentré, il lui en fallut très peu pour la créer.
À ce niveau-là…
Galahad déglutit.
Il avait déjà utilisé le sang de Démonide pour des sorts ponctuels, mais n’avait jamais stocké le mana qu’il en tirait.
Sa nature était bien trop violente. S’il le stockait sans précaution, il risquait de dévorer son propre mana.
Mais si c’est ce mana-là…
Son hésitation ne dura pas. Il poussa le mana sous son cœur. Celui-ci s’y installa sans résistance, comme le mana qu’il stockait après l’avoir tiré de l’air.
« Ça marche ! »
Galahad s’écria sans s’en rendre compte et bondit sur ses pieds.
S’il pouvait stocker ce mana, il n’aurait plus besoin d’utiliser le sang des Démonides pour des sorts ponctuels. Il pourrait se constituer des réserves.
Bien sûr, ce serait moins efficace que de boire directement du sang de Démonide, mais même en tenant compte de cela, c’était une capacité stupéfiante.
Il pourrait compenser ce qui lui manquerait en buvant davantage.
Il faut d’abord que je vérifie.
Galahad s’efforça de garder son calme.
L’excitation était un poison pour un mage.
Il devait vérifier qu’il pouvait utiliser le mana qu’il avait stocké.
Galahad leva les yeux au ciel. La neige continuait de tomber.
Le temps n’était pas idéal, mais si la concentration en mana était assez élevée…
« Je devrais appeler Sir Gilbert. »
Les lèvres de Galahad s’étirèrent en un sourire.
* * *
« Sir Gilbert. »
Tom s’adressa à Gilbert, qui semblait d’humeur massacrante.
Gilbert était comme ça depuis que le capitaine était parti avec Damian. Il était évident qu’il s’inquiétait pour eux.
« Vous n’avez pas à vous inquiéter. Le capitaine s’en sortira. »
« M’inquiéter ? »
Tom tressaillit devant la question sèche de Gilbert. S’il ne s’inquiétait pas, pourquoi faisait-il la tête ?
« Pourquoi a-t-il pris Damian au lieu de moi ? »
Gilbert semblait vexé que le capitaine ait préféré Damian à lui.
« Il n’avait pas le choix. Sir Gilbert est si célèbre, après tout. Il a dû se dire que si vous l’accompagniez, l’ennemi tremblerait de peur et s’enfuirait. »
Les paroles de Tom adoucirent un peu le regard de Gilbert.
Hum. Gilbert s’éclaircit la gorge et tapota la poignée de son épée. Tom poussa un léger soupir de soulagement.
Henry, le commandant de la septième compagnie, s’approcha alors en faisant tournoyer une hache.
« Je crois qu’il y a quelque chose, là-bas. »
Dans la direction qu’indiquait Henry, la neige formait une montagne.
C’était une avalanche causée par le blizzard. Il semblait penser que la quatrième compagnie disparue se trouvait ensevelie dessous.
Gilbert secoua la tête.
« Non, c’est par là. Le capitaine a trouvé un indice. »
Henry prit un air étrange.
« Vous faites confiance à la parole d’un mage ? Si on ne les déterre pas tout de suite, les soldats vont mourir de froid. »
L’argument d’Henry se tenait.
Une avalanche s’était produite pile sur le trajet de la compagnie. Il était donc naturel de soupçonner cet endroit.
Pour le contredire, il aurait fallu dire qu’ils avaient reçu une lettre d’une Démonide, ce qui aurait compliqué les choses.
Tom chercha comment régler le problème.
Et puis…
D’épais éclairs se ramifièrent en centaines de branches et s’abattirent du ciel. Tom resta bouche bée devant ces éclairs qui illuminaient les cieux.
Un bref silence s’installa à cette vue.
« Allons d’abord là-bas. Ils ne vont pas mourir juste parce qu’ils sont ensevelis sous un peu de neige, si ? »
« Compris ! En route, tout le monde ! »
Face à une preuve aussi évidente, la discussion prit vite fin.
* * *
Ça marche.
Galahad sourit en contemplant ses doigts qui picotaient.
Le mana avait bien été stocké. Il n’avait aucun mal à le faire ressortir non plus.
Il était même plus pur que son mana d’origine.
Il était moins concentré que celui qu’il obtenait en buvant directement du sang de Démonide, mais l’essentiel, c’était qu’il pouvait le stocker.
Lancer des sorts à l’aide du sang des Démonides comportait trop de risques. Ça n’avait toujours été qu’une solution de dernier recours.
S’il pouvait le stocker de cette manière, sa concentration moindre ne posait pas vraiment de problème. Il n’avait qu’à en boire davantage.
Bien sûr, il y avait ce petit détail : son cœur se ferait dévorer s’il ne tuait pas Adrianna. Mais il avait un autre moyen de s’en occuper.
Il éprouvait une sincère gratitude envers Corton.
Il avait dit que c’était un sous-produit d’une Démonide de haut rang… Si un sous-produit possède une capacité pareille, alors une Démonide de haut rang doit être une créature d’un tout autre ordre.
Si le sous-produit avait un effet aussi puissant, il n’osait même pas imaginer ce qu’une Démonide de haut rang pourrait lui offrir. Il en avait l’eau à la bouche.
Galahad secoua la tête.
Il avait tout juste réussi à vaincre Amanda au péril de sa vie. Ce ne serait pas très malin d’affronter maintenant une Démonide de haut rang dont Amanda parlait avec tant de respect.
Crac !
La douleur lui vrilla la région du cœur. C’était une sommation brutale de respecter rapidement son serment.
Petit effet secondaire.
Galahad se lécha les lèvres.
Puis un tumulte s’éleva non loin de là.
Gilbert, les membres de son unité et les Nordiens couraient vers lui au loin.
Leur élan était franchement meurtrier.
« Tuez ces sales Démonides ! Arrachez-leur la tête et buvez leur sang ! »
Henry brandit sa hache et hurla avec férocité. Les Nordiens qui le suivaient poussèrent d’étranges cris de guerre en chargeant. À chacun de leurs pas, la neige volait en tous sens.
On aurait dit qu’ils partaient au combat.
Hum. C’est déjà fini.
Galahad laissa échapper un grognement sourd.
Gilbert était à leur tête. Peut-être s’était-il laissé emporter par leur enthousiasme, car il poussa lui aussi un cri étrange.
« Chevalier Gilbert ! »
Gilbert leva haut son épée. L’aura bleue qui en émanait ondula avec éclat.
Il était toujours comme ça ? Galahad claqua la langue.
Leurs cris atteignirent leur paroxysme lorsqu’ils entrèrent dans le village.
« Sales Démonides ! Vous vous cachiez, morts de peur ! »
Gilbert en tête, ils foncèrent droit vers la place.
Ce ne fut qu’une fois arrivés sur la place qu’ils se turent.
Gilbert aperçut Galahad et se précipita vers lui.
« … Où sont les Démonides ? »
« Là-bas. »
Galahad désigna un tas de cendres agglomérées.
Gilbert fronça les sourcils.
« Que s’est-il passé ? »
« Ça ne se voit pas ? »
À la réponse de Galahad, Gilbert balaya la place du regard.
Des cadavres horribles et des tas de cendres étaient éparpillés partout.
N’importe qui aurait compris que tout était terminé.
Gilbert eut une petite toux embarrassée et rengaina son épée. Il avait l’air plutôt gêné.
« Vous avez fait du bon travail. Ça va ? »
« J’ai l’air d’aller bien ? »
« Vous avez encore vos quatre membres, donc ça va. »
Galahad eut un petit rire.
« Vous en voulez ? C’est excellent contre la douleur. »
Gilbert lui tendit une gourde. L’odeur qui s’en dégageait était prometteuse.
Galahad s’était demandé où Gilbert passait toute sa solde. Il semblait qu’il la dépensait en bon alcool.
« Non. »
« Comme vous voudrez. »
Gilbert porta tranquillement la gourde à ses lèvres.
« Et qu’avez-vous fait pour mériter de boire ? »
« J’ai couru jusqu’ici de toutes mes forces. »
« Damiaaaan ! »
Un petit cri retentit. Gwen s’accrocha à Damian couvert de sang et éclata en sanglots. Elle semblait le croire mort.
« C’est de l’extrait d’herbe ttumbagwi. Ça devrait favoriser votre guérison si vous l’appliquez. »
« Oh, merci. »
Tom tendit les herbes écrasées à Galahad, puis se dirigea vers Damian.
Dès que Tom sortit de la viande séchée, Damian, qui gisait les yeux fermés comme un mort, se redressa d’un bond.
Gwen ouvrit de grands yeux.
Henry s’approcha alors.
Son visage était déformé comme celui d’un démon. Les Nordiens derrière lui affichaient la même expression.
On aurait dit qu’ils voulaient battre quelqu’un à mort sur-le-champ.
Gilbert s’interposa devant Henry.
« … Que s’est-il passé ? »
Henry posa la question d’une voix tendue qu’il maîtrisait de justesse. La main qui serrait sa hache tremblait.
Les preuves s’étalaient partout, sous leurs yeux. Il n’était tout de même pas assez stupide pour ne pas comprendre.
La compagnie disparue était devenue l’esclave des Démonides et avait attaqué ceux qui étaient venus la secourir. Pouvait-on imaginer pire déshonneur ?
Henry devait l’avoir compris, lui aussi.
Galahad tapota sa cigarette pour en faire tomber la cendre avant de répondre.
« Les Démonides les avaient capturés. J’ai dissipé leur sort avec ma magie, et nous avons combattu bravement ensemble. »
« … Je vois. »
Henry hocha la tête, la voix toujours aussi tendue.
C’était un mensonge idiot qui ne tromperait personne.
« Nous graverons cette bonté dans nos os. »
La graver dans leurs os…
Une tournure sinistre, bien à l’image des Nordiens.
« Grâce à vous, on se souviendra d’eux comme de guerriers honorables. Leurs familles recevront au moins un peu d’argent. »
« Vous arrivez à rendre remarquablement convaincantes les évidences les plus banales. »
Gilbert fronça les sourcils à la remarque de Galahad.
Les Nordiens rassemblèrent alors les cadavres en discutant et en riant bruyamment. L’ambiance n’avait rien de lugubre.
Certains rapportèrent du bois des environs. Ils s’y employèrent avec le naturel de ceux qui s’attendaient à devoir le faire.
On construisit un bûcher encore plus grand que le précédent. L’endroit était aussi bruyant qu’une fête.
Une grande flambée s’éleva. Tous portèrent leur gourde à la bouche, dansèrent et racontèrent les hauts faits des morts.
La fête était encore plus grandiose que la précédente.
Henry revint alors vers Galahad.
« Dansons. »
« Non. Je déteste danser. »
Une invitation à danser, lancée par un homme couvert de poils…
Quand Galahad refusa avec dégoût, Henry rit comme s’il avait reçu un coup de couteau dans le ventre.
Il empestait l’alcool. Pourtant, son regard était clair.
« Si vous voulez, je vous donnerai même ma femme. »
« Je n’en ai pas besoin. Je suis déjà fiancé. »
« Ah ! C’est vrai ! »
Henry éclata de nouveau de rire, comme s’il avait un trou dans le ventre. Un rire qui convenait à son allure farouche.
« Si vous m’appelez, j’accourrai quand vous voudrez. »
Henry désigna les hommes derrière lui. Rouges de visage et ivres, ils poussèrent des acclamations incohérentes.
« Au fait, vous êtes marié ? »
« Pas encore. »
« Je vois. »
En ricanant, Henry retourna vers le bûcher.
Galahad se contenta de tirer sur sa cigarette.
Les Nordiens ne pleuraient pas. Au lieu de cela, ils parlaient, riaient et dansaient bruyamment.
Une seule personne pleurait au milieu de cette ambiance chaleureuse.
Gwen.
« Pourquoi pleures-tu ? »
Galahad posa la question avec sincérité. Il ne comprenait pas pourquoi elle pleurait la mort de gens dont elle ne connaissait même pas le visage.
« D-des gens sont morts. »
Galahad laissa échapper un grondement sourd à sa réponse.
C’était logique. Une raison plausible.
Mais les larmes ne changeaient pas grand-chose.
« Si j’avais été plus forte, ils auraient peut-être survécu. »
« … Quoi ? »
Damian hocha la tête.
Gwen eut l’air décontenancée, puis se mit à pleurer encore plus fort.
« Ce n’est pas la faute du capitaine ! Les Démonides sont les méchants ! »
« Hum, de quoi tu parles ? Bien sûr que ce n’est pas ma faute. »
Galahad répondit en se dégageant de force de Gwen.
Le visage de Gwen se vida un instant de toute expression. Dans ses yeux, le reflet de Galahad était impassible.
« Je parle de ce qui arrive quand on manque de force. Damian aurait très bien pu être étendu là-bas. »
Damian hocha de nouveau la tête.
Gwen cessa brusquement de pleurer. On aurait dit qu’on venait de lui donner un coup de poing en pleine figure.
Les soldats continuaient de discuter et de danser bruyamment.
Galahad fumait en les regardant. Gilbert buvait de petites gorgées à sa gourde, tandis que Tom réconfortait Gwen.
« À notre retour, nous organiserons un repas de compagnie. Vous paierez, bien sûr. »
« Comme vous voudrez. »
Gilbert hocha la tête à contrecœur.
Damian se tint alors le ventre et prit la parole.
« J’ai tellement faim. »
Pour la première fois, la peur apparut sur le visage de Gilbert.
* * *
Ouf…
James laissa échapper un discret soupir.
C’était son premier jour dans un service.
La Division des opérations !
On l’avait affecté à un service dont le nom à lui seul en imposait. Même son nom d’agent était Galahad, un nom qu’il admirait.
Il avait l’impression que tout irait bien, désormais.
Dès qu’il ouvrit la porte, James s’inclina profondément.
« À partir d’aujourd’hui, je travaillerai à la Division des opérations. Je m’appelle Ja… non, Galahad ! »
« Oh, tu es la nouvelle recrue. »
Une voix douce accueillit James. Quand il releva la tête, il vit une femme au visage bienveillant.
« Je m’appelle Hennet. Je suis ta supérieure. »
« Ah ! Enchanté ! Je m’appelle Galahad ! »
« Tu débordes d’énergie, dis donc. Ça va aller. Il y a beaucoup de travail à la Division des opérations, mais l’ambiance est bonne. Évite simplement les grosses bourdes. »
James hocha vigoureusement la tête aux paroles d’Hennet.
Derrière elle, des gens étaient assis à leurs bureaux. Dans la pièce sombre, ils ne s’éclairaient qu’à la lampe à mana, occupés à lire ou à écrire.
Personne ne lui prêtait la moindre attention. Non, ils n’avaient même pas l’air d’avoir le temps de lever les yeux.
James déglutit.
« Tout le monde est occupé par son travail. Viens, suis-moi. Allons d’abord saluer le chef de la Division des opérations. »
« Oui ! Compris ! »
Des regards perçants le transpercèrent. Des yeux creux le piquaient de toutes parts.
« Chut. Il est interdit d’élever la voix ici. »
« Oui… Compris… »
« Bien. Tu t’adapteras vite. Je sais juger les gens. »
James lui rendit son sourire bienveillant.
Il avait rencontré une si bonne supérieure. Sa vie au Bureau du renseignement se passerait sûrement à merveille.
Hennet conduisit James jusqu’à la pièce du fond. Toutes ses fenêtres étaient hermétiquement couvertes.
« Le chef de la Division des opérations est susceptible, mais on le considère comme le pilier du service. Si tu fais ton travail correctement, il ne t’embêtera pas. Et quant à ses compétences, inutile d’en parler. »
La voix de Hennet était pleine de respect.
Le chef de la Division des opérations était manifestement quelqu’un d’impressionnant.
« Frappe à la porte et donne ton nom d’agent. Dis-lui que tu es la nouvelle recrue. »
« Oui… »
James vérifia sa tenue et s’éclaircit la gorge.
Allez, James. Ta vie au Bureau du renseignement commence maintenant.
Tout en se parlant à lui-même, James frappa vigoureusement à la porte.
Boum, boum !
« Qui est là ? »
Une voix lasse s’éleva de l’intérieur. Hennet lui souffla : « Donne ton nom d’agent… »
James répondit avec enthousiasme.
« Galahad ! La nouvelle recru… »
Dès qu’il prononça le nom de Galahad, James baissa inconsciemment la voix.
Alors qu’il se disait qu’il s’en était plutôt bien tiré…
« Galahad ?! C’est impossible, Galahad ne serait pas ici ! Ne me mens pas ! »
Un cri aigu jaillit de derrière la porte close. L’homme nia farouchement qu’il s’agisse de Galahad.
« Putain ! Pourquoi moi ? Espèce d’ordure ! La retraite ? Après tout le boulot que j’ai abattu ? Putain ! »
Il se mit à hurler de rage. Boum ! Quelque chose frappa la porte et se brisa.
« Galahad ! Moi aussi, j’allais vous aider ! J’étais même en train de monter une équipe spéciale ! C’est vrai ! Je… Je ferai tout ce que je peux pour vous satisfaire ! Je vous aiderai ! »
Sa voix se fit soudain mielleuse, comme celle d’un marchand qui cherchait à conclure un marché.
« Aaah ! Galahad ! Vous savez à quel point j’ai travaillé dur… Je vous en prie, je ne peux pas prendre ma retraite maintenant… »
À présent, sa voix s’étranglait de sanglots. Les larmes en dégoulinaient.
Quelque chose clochait, c’était évident.
« Euh… Il y a quelque chose d’étran… »
James tourna la tête et n’en crut pas ses yeux. Hennet s’enfuyait au loin.
La pièce retomba alors dans le silence.
« Oui, Galahad. Avec vous ici, j’imagine que je ne peux pas éviter la retraite. Quel honneur d’être mis à la retraite par vous. »
La voix qui pleurait quelques instants plus tôt était calme.
La porte s’ouvrit lentement.
Un homme aux yeux creux se tenait là. Son uniforme éclatant et les médailles sur sa poitrine gauche soulignaient son importance.
James comprit aussitôt.
« Qui êtes-vous ? Où est Galahad ? »
Sa carrière au Bureau du renseignement venait de partir complètement en couille dès le départ.
Notes :
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