Chapitre 25
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Traducteur/éditeur : Ceaseless
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◈ Le Fou Gendre du Grand-Duc du Nord ◈
Chapitre 25 : Gilbert, tout simplement
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« L’Œuf de la douleur. »
Galahad marmonna en touchant la zone autour de son cœur.
L’Œuf de la douleur que Corton lui avait donné ne ressemblait à rien de ce qu’il avait rencontré auparavant.
Il n’en percevait pas la moindre trace de mana. Ce n’était donc pas un dispositif magique.
« Est-ce parce que sa concentration est trop élevée ? Ou bien est-il scellé ? »
Son seul indice était cette légère impression de déjà-vu qu’il avait ressentie en prêtant serment.
Cela lui rappelait la masse de mana pur qu’il avait sentie en combattant les Démonides.
L’Œuf de la douleur s’était logé autour de son cœur.
À chaque battement, il semblait lui murmurer quelque chose.
Qu’il dévorerait son cœur s’il rompait son serment…
On aurait dit qu’un fantôme s’était glissé dans sa tête.
« N’importe qui serait déjà devenu fou. »
C’était une vraie saloperie. Si sa cible devenait folle, elle ne pourrait plus respecter son serment, ce qui irait à l’encontre de son propre but.
Les lèvres de Galahad s’étirèrent en un large sourire.
« Quel objet mystérieux… »
Il se rappela le rapport de Huit, qui disait que l’Aube distribuait des vestiges de la Guerre de Jema. Celui-ci devait en être un autre.
Il avait sondé Corton, mais n’avait appris qu’une chose : l’objet lui avait été remis pour le remercier d’avoir conclu l’accord avec le Cinquième bataillon.
Même s’il appartenait à un Démonide de haut rang, Adrianna pourrait régler le problème en touchant la zone autour de son cœur.
Plus la concentration de mana de son adversaire était dense, plus le trait d’Adrianna se renforçait.
Bien sûr, il n’avait aucune intention d’en arriver là.
« Pourquoi gaspiller un objet aussi précieux… »
Même s’il décidait de s’en débarrasser, il chercherait d’abord à comprendre son fonctionnement.
Et une fois qu’il l’aurait compris, il n’aurait peut-être même plus besoin de s’en débarrasser…
« Comment ça marche ? Je n’ai fixé aucun délai. Je ne peux pas simplement ignorer le serment ? »
À cette pensée, une douleur fusa dans son cœur.
L’espace d’un instant, il eut l’impression que quelqu’un lui mordait le cœur.
Même Galahad, pourtant assez habitué à la douleur, gémit sous l’effet de cette souffrance.
« …Est-ce qu’il lit dans mes pensées ? Il a une volonté propre ? »
Il tapota doucement la zone autour de son cœur et posa la question, mais l’objet ne répondit pas.
Il se contentait de le pousser à tenir son serment…
« Je devrais la tuer dans une dizaine d’années ? »
Il mit l’objet à l’épreuve avec cette pensée. Une nouvelle vague d’agonie le déchira.
La douleur était pire que la précédente, comme si l’objet lui disait de ne pas faire le malin… Galahad se cramponna à sa poitrine et s’accroupit.
« Il a une volonté. Et c’est du mana. Du mana extrêmement concentré… »
Galahad repassa en revue ce qu’il venait de ressentir.
Cela n’avait duré qu’un instant, mais il l’avait senti très clairement.
« Un objet doté d’une volonté. Quel trésor. »
Il voulait tenter une nouvelle fois l’expérience, mais l’objet avait l’air furieux.
À regret, il décida de recommencer une autre fois.
« Dis-moi franchement. C’est quoi, cette mission ? »
Gilbert posa la question d’un ton grave. Son visage trahissait son inquiétude. Il avait l’instinct assez sûr.
« Tu ferais mieux de ne pas le savoir. »
Après un instant de réflexion, Galahad secoua la tête.
Cela aurait pu être amusant de le lui raconter, mais il était évident que ça lui attirerait des ennuis plus tard.
À cet instant, Tom lui tendit un paquet. Son visage était si soucieux qu’on aurait dit qu’il allait fondre en larmes.
« C’est beaucoup trop pour moi. »
— Tom, quel genre d’homme se plaint comme ça ? Tu devrais en demander davantage.
— C’est beaucoup trop.
C’était une avance raisonnable de la part de Corton. Et Tom trouvait que c’était trop… Galahad claqua doucement la langue.
« Si tu n’en veux pas, je vais devoir le donner à quelqu’un d’autre. Voyons, à qui ? À Gwen ? »
— Ah… Non ! Elle va tout donner aux autres.
— C’est vrai. Gwen a le cœur trop tendre pour garder de l’argent sur elle. Alors Damian ?
— Il va s’acheter une montagne de plats délicieux.
— Les garçons en pleine croissance, c’est effrayant. Alors, Gilbert, tout simplement ?
— Je vais le garder.
Tom acquiesça d’un air déterminé.
« Bon choix. Tu t’en sortiras bien. Je sais juger les gens. »
— Merci ! Je le protégerai au péril de ma vie !
— …Ça veut dire quoi, « Gilbert, tout simplement » ?
Gilbert posa la question avec un temps de retard. Tom vérifia discrètement le paquet, recomptant l’argent qu’il avait déjà compté.
« Je vais aller voir Damian. »
Galahad se leva d’un air désinvolte.
« Non, ça veut dire quoi, “Gilbert, tout simplement” ? »
Damian se trouvait derrière la caserne.
Une épée rouillée à la main, Damian sautait sur place puis roulait vers l’avant. La neige giclait tout autour de lui. Il se redressait ensuite d’un bond et donnait un coup d’épée. La trajectoire de sa lame était un vrai désastre.
« Il fait ça depuis tout à l’heure. »
Gilbert, qui l’avait suivi dehors, observa Damian d’un air étrange.
« Ce n’est pas de l’entraînement à l’épée. Ni même de l’entraînement physique. Il joue, tout simplement, non ? Il fait ça un moment, rentre manger et dormir, puis recommence. Avec un tel talent, je ne comprends pas pourquoi il refuse d’apprendre l’escrime. »
La voix de Gilbert débordait de mécontentement.
Il avait l’air de vouloir enseigner l’escrime à Damian.
Un chevalier qui voulait transmettre son art de l’épée… Galahad en fut légèrement surpris.
En général, les chevaliers n’enseignaient l’escrime qu’après qu’on leur avait servi d’écuyer pendant des années et qu’on les avait payés pour ça.
Comparé à eux, Gilbert était un bon chevalier.
« J’ai connu un collègue qui ressemblait beaucoup à Damian. On a travaillé ensemble une fois. Il s’est saoulé comme un trou et a passé la nuit avec des femmes. Deux à la fois, en plus. »
Galahad se mit à raconter l’histoire de l’homme auquel Damian lui avait fait penser lors de leur première rencontre.
« Comment s’appelait cet agent, déjà ? Dame… »
Dame était un homme qui empestait la bête, comme s’il venait tout juste d’apprendre à marcher sur deux jambes.
« Quand je travaille, je ne bois pas du tout et je surveille même ce que je mange. À mes yeux, ce type était complètement dingue. C’était une mission assez importante. »
Gilbert acquiesça, mal à l’aise.
« Alors, je lui ai fait une remarque. À l’époque, j’avais plutôt mauvais caractère. Tu sais ce qu’il m’a répondu ? »
— Qu’est-ce qu’il a dit ?
— Il m’a demandé si j’avais déjà vu un prédateur s’entraîner.
Galahad rit en se rappelant ce vieux souvenir.
« Comme toi, j’ai cru que c’était des conneries. Alors je suis parti en me disant que j’allais travailler seul, mais… »
À cet instant, Damian fit deux roulades d’affilée. Au premier regard, le spectacle avait l’air comique, mais la trajectoire de son épée était précise.
« C’était vraiment un prédateur. »
En repensant à cette scène sanglante, qui était encore vive dans sa mémoire, Galahad acquiesça et claqua la langue.
« Qu’est-ce que tu veux dire ? »
— Bref, il y a toutes sortes de méthodes. Si tu essaies de le faire entrer dans un moule, il ne fera que se briser. Les prédateurs ont leur propre manière de faire. Contente-toi de bien le nourrir.
Gilbert fronça les sourcils. Il était toujours aussi mécontent.
C’était inévitable. Gilbert était un chevalier honnête, forgé à la sueur de son front. Damian, lui, était né prédateur…
Ils ne pourraient jamais combler l’écart qui les séparait.
« Si tu insistes, vous voulez peut-être vous affronter une fois ? Damian ! »
Damian, qui roulait vers l’avant, se redressa d’un bond. Il s’approcha en traînant son épée sur le sol.
La neige recouvrait son visage et ses vêtements, le mettant dans un état lamentable. Le froid lui avait rougi les joues et de la morve lui coulait du nez. On aurait dit un gamin du quartier qui avait couru dans la neige. Un gamin avec beaucoup de muscles…
« Avec plaisir. »
Gilbert ajusta sa prise sur son épée et acquiesça. Il semblait attendre ce moment.
« Damian, affronte Sir Gilbert. »
— Je le tue ?
— Non, ne le tue pas. Il n’en a pas l’air, mais c’est le commandant adjoint.
— Ah, d’accord.
Le visage de Gilbert se crispa.
« Je fais partie du Premier bataillon. »
— Je sais. C’est pour ça que ton salaire est si élevé, non ?
— Je n’accepterai pas de baisse de salaire.
— …Qui a parlé de ça ?
Gilbert tira son épée et s’avança. À son expression, Galahad devina qu’il était lui aussi curieux de voir Damian à l’œuvre. C’était un chevalier jusqu’au bout des ongles.
Gilbert se plaça face à Damian et prit sa garde. Une posture classique, l’épée tendue avec une légère torsion.
Damian, lui, laissa simplement pendre son épée le long de son corps.
« Si tu lui laisses ne serait-ce qu’une blessure, je considérerai que tu as perdu. »
— D’accord.
Damian ne prit pas la peine de protester.
Avant même que quiconque ait pu donner le signal, Damian fonça. Tap, tap. Il courait si bas qu’il avançait d’une drôle de façon, presque à quatre pattes.
N’importe qui aurait été pris au dépourvu, mais Gilbert recula calmement le pied gauche et fléchit légèrement les jambes.
Damian balança son épée comme s’il la lançait. Cela tenait moins de l’escrime que du coup de patte d’un prédateur. Sauvage et brutal.
Gilbert arrêta le coup. Damian fit alors pivoter sa lame, qui glissa le long de l’épée de Gilbert comme si elle chevauchait sa trajectoire. On aurait moins dit une épée qu’un serpent vivant.
« Hm. »
Gilbert grogna et repoussa la garde de Damian. Celui-ci perdit l’équilibre un instant. Gilbert en profita pour porter une estocade. Damian bascula en arrière.
Il s’écrasa si violemment au sol que la neige accumulée vola dans tous les sens. À travers ce tourbillon blanc, une épée jaillit.
C’était Damian.
Damian bondit comme un prédateur et frappa sauvagement, mais l’épée de Gilbert ne bougea pas. Elle n’offrait aucune ouverture.
« Il s’amuse. »
Gilbert se mettait au niveau de Damian.
Au lieu de garder ses distances, il échangeait les coups avec Damian au corps à corps, là où celui-ci avait l’avantage.
Malgré tout, l’écart entre eux était écrasant.
« Plus vite ! »
Gilbert réduisit peu à peu la distance, rendant le combat de plus en plus dangereux. On aurait dit qu’il cherchait à pousser Damian à se dépasser.
Galahad claqua la langue en regardant Gilbert sourire tout en parant les attaques de Damian.
« Qu’est-ce qu’il y a d’amusant à brandir une épée… »
Le combat prit fin lorsque Damian s’effondra soudainement.
À bout de forces, il s’écrasa face contre terre comme une machine dont la batterie était à plat.
Gilbert, en revanche, n’avait même pas changé de rythme respiratoire.
« Je crois comprendre ce que tu voulais dire », dit Gilbert en rengainant son épée.
Galahad désigna la main de Gilbert. Une fine ligne rouge s’étirait entre sa main nue et son poignet.
La blessure était si légère qu’elle n’avait même pas saigné.
« Tu n’as pas dit tout à l’heure que s’il te laissait ne serait-ce qu’une blessure, il aurait gagné ? »
Le visage de Gilbert se crispa.
« Ce n’est pas l’épée de Damian qui m’a fait ça. Je me suis égratigné contre le sol. »
— Quelle misère.
— C’est vrai. Si l’épée de Damian m’avait coupé, la marque serait plus large que ça…
— Oui, tu n’es que Gilbert, après tout.
— …Ça veut dire quoi, Gilbert ?
— Ça veut dire Gilbert.
Gilbert se lança dans une longue explication pour démontrer que la blessure ne pouvait pas venir de l’épée de Damian.
Galahad pouvait bien lui répéter qu’il avait compris, ça ne servait à rien.
« À table ! »
À peine Tom eut-il parlé de nourriture que Damian se releva d’un bond. Ce n’est qu’alors que Gilbert s’approcha de lui.
« On a dit que le repas était prêt ! »
Une voix essoufflée leur parvint de derrière. Galahad se retourna : Gwen se tenait là, couverte de suie.
« Tu n’as pas bronzé un peu trop fort ? »
— …Pardon ? Ah ! Je m’entraînais à la magie ! Je n’arrivais pas à maîtriser la distance !
— Je vois. Tu te débrouilles bien.
— Vous ne venez pas manger ?
— Ah, allez manger sans moi. J’ai encore quelque chose à faire.
— Quelque chose à faire ? Je peux aider ?
— Oh, surtout pas.
— Dépêchez-vous ! Ce ne sera pas bon si ça refroidit !
Gwen sourit et partit en courant vers la caserne.
Galahad lui fit signe, puis se détourna.
Il lui restait encore une chose à obtenir.
Il était temps de passer un accord avec le commandant malfaisant du Cinquième bataillon, qui avait conspiré avec la sinistre Société de magie noire.
« La Société de magie noire, la Mine de pierres magiques, le Cinquième bataillon, les Démonides… »
Galahad passa en revue les cartes qu’il avait en main.
Mark était un homme extrêmement calculateur.
Si on lui présentait l’option la plus raisonnable, il l’accepterait.
Pour la lui présenter, rien de plus simple.
« Éliminer toutes les autres options. »
Galahad glissa une cigarette entre ses lèvres et se mit en marche.
* * *
Mark, le commandant du Cinquième bataillon, avait beaucoup de soucis en tête.
Depuis peu, les attaques des Démonides se succédaient à des intervalles de plus en plus courts.
Ce n’était pas bon signe.
La guerre coûtait cher. Les armures des soldats, leurs épées, et même leur nourriture. Les dépenses étaient considérables.
« Sans la Mine de pierres magiques… »
Toc, toc, toc…
Mark leva la tête en entendant frapper.
La porte s’ouvrit et Galahad, commandant de l’Unité des opérations spéciales, entra.
Corton était une ordure, mais il était rusé comme un rat. Si Galahad revenait après être sorti avec un type comme Corton, cela signifiait…
« Ils ont conclu une sorte d’accord. »
Pourquoi Galahad était-il revenu ?
« Pour me faire chanter ? »
Dans le Nord, on condamnait les accords passés avec des mages.
Cela dit, si ces mages étudiaient les Démonides, la situation pouvait changer.
La chose la plus sévèrement interdite dans l’Empire était l’étude des Démonides. S’y intéresser revenait à appartenir à une organisation anti-impériale.
En outre, les revenus tirés de la Mine de pierres magiques grâce à la Société de magie noire étaient considérables.
Mark était certain de pouvoir convaincre les autres commandants en s’appuyant sur ces deux arguments. C’était pour cette raison qu’il avait accepté la Société de magie noire.
« Vous n’avez pas de thé ? J’ai beaucoup parlé aujourd’hui, j’ai la gorge un peu sèche. »
Galahad s’était déjà installé et parlait en jetant un coup d’œil à Lumian.
Mark acquiesça. Lumian se mordit la lèvre et sortit.
« Tout s’est bien passé ? »
Mark entra aussitôt dans le vif du sujet.
« Nous étions anciens élèves, alors nous avons longuement discuté pour la première fois depuis des années. Les mages avec lesquels vous vous êtes allié appartiennent à la Société de magie noire. »
— Je vois.
— Vous le saviez ?
— Comment l’aurais-je pu ?
Bien sûr qu’il le savait. Mark n’était pas assez idiot pour laisser des inconnus entrer dans le château.
C’était simplement qu’en pesant le pour et le contre, les avantages l’emportaient suffisamment sur les risques.
« Ah, ai-je mentionné qu’en venant ici, j’ai tué un Démonide de rang intermédiaire comparable à un Démonide de haut rang, seize Monstres-taupes et deux mages ? »
Mark plissa les yeux devant cette vantardise soudaine.
« Oui. »
— En réalité, il y avait trois mages.
La porte s’ouvrit et Lumian entra. Elle posa une tasse en fer devant Galahad. De la vapeur s’en élevait.
Galahad but son thé avec une élégance d’un autre temps.
« Pas deux mages, mais trois… »
Son intention en mentionnant cela après avoir évoqué la Société de magie noire était évidente.
« La Société de magie noire était-elle derrière tout ça ? »
Mark eut la bouche sèche.
Il ne lui était jamais venu à l’esprit que la Société de magie noire puisse avoir collaboré avec les Démonides.
C’était…
« Le pire scénario. »
Mark fronça profondément les sourcils.
Pour limiter les dégâts, il devait s’emparer de tous les membres de la Société de magie noire présents au château et les tuer d’un coup.
Mais il ne pourrait alors plus exploiter la Mine de pierres magiques.
Renoncer à la Mine de pierres magiques alors que les attaques des Démonides se multipliaient revenait à choisir une mort lente.
Il ne s’agissait pas de choisir entre le pire et le moindre mal, mais entre une catastrophe rapide et une catastrophe lente.
« Pourquoi me dire ça ? »
Galahad dirigeait l’Unité des opérations spéciales, mais il avait beaucoup trop peu d’hommes. Et surtout, il n’avait aucune véritable assise.
Ce que Galahad pouvait vouloir obtenir de Mark, c’était…
« Une assise ou des soldats. »
L’autre camp avait désormais l’avantage, mais Galahad et Mark ne jouaient pas dans la même catégorie.
Un levier n’avait de valeur que si leurs forces étaient au moins un tant soit peu comparables.
« Si je prétends que c’est une absurdité inventée par un bâtard impérial… »
Mark tapota la table.
Galahad buvait tranquillement son thé. Sa manière d’un autre temps était celle d’un noble typique. Ses cheveux étaient soigneusement rabattus en arrière, ses vêtements impeccablement ajustés…
C’était un homme qui n’avait rien à faire dans le Nord.
« Que voulez-vous ? »
Mark alla droit au but.
« Je veux installer le quartier général de l’Unité des opérations spéciales au Cinquième bataillon. »
C’était la demande à laquelle il s’attendait. Mark acquiesça.
« Très bien, je vous libérerai le dépôt de ravitaillement. »
— Le dépôt est trop petit.
Ils n’étaient que cinq dans l’unité, et le dépôt était trop petit… Mark ne comprenait pas, mais acquiesça tout de même.
« Je vous donnerai un bâtiment de compagnie. »
— Un bâtiment de compagnie… J’imagine qu’il sentira les pieds de Sir Gilbert.
— Si vous voulez quelque chose, dites-le.
À la question de Mark, Galahad pointa le sol du doigt.
Mark baissa les yeux, suivant le geste de Galahad. Celui-ci désignait le plancher.
Mark fronça les sourcils, puis comprit.
« Vous demandez le quartier général du bataillon ? »
— C’est le plus grand bâtiment. Et il est chaud.
Était-ce une plaisanterie ? Mark prit la question au sérieux.
Non, qui demanderait le quartier général d’un bataillon ? C’était forcément une blague.
Puis Mark croisa le regard de Galahad et comprit.
Ce n’était pas une blague. Ce fou voulait vraiment le quartier général du bataillon.
« Pourquoi une unité de cinq hommes aurait-elle besoin du quartier général d’un bataillon ? »
— Le quartier général, c’est la vitrine d’une unité, non ? Moi, j’aime les grandes vitrines bien propres. Ça vous dérange ?
Un bâtiment n’était qu’un bâtiment.
Si la demande avait pris Mark de court, c’était simplement parce qu’il ne s’y attendait pas. En vérité, ça n’avait pas beaucoup d’importance.
Échanger la Société de magie noire contre le quartier général du bataillon. En supposant que ce ne soit que le temps que Mark trouve une solution…
« Très bien. »
— Parfait.
Galahad acquiesça comme s’il avait su que Mark accepterait.
« Bien sûr, nous n’avons pas l’intention d’occuper tout le bâtiment. Nous serons plus souvent absents que présents, ce serait du gaspillage, non ? Je déteste le gaspillage. Combien d’étages compte le bâtiment ? »
— …Trois.
— Alors vous pouvez garder le premier et le deuxième étage. Nous prendrons le troisième.
Mark fronça les sourcils en voyant Galahad parler comme s’il lui rendait service.
Il lui disait de continuer à assurer la sécurité. Il lui laissait aussi l’entretien du bâtiment…
« Très bien. »
— Ah, il y a encore une chose.
Quel radin.
Mark fronça les sourcils.
« J’ai entendu dire que les commandants étaient répartis en factions. Certains soutiendraient Adrianna, le commandant du Deuxième bataillon, et d’autres le Troisième bataillon. »
Il devait vouloir rejoindre le Cinquième bataillon.
« Il ne m’a demandé le bâtiment que pour faire une démonstration de force ? »
Mark acquiesça.
« Oui, il y a des factions. »
— Le Cinquième bataillon en a une ?
— Non.
— Parfait.
Galahad glissa une cigarette entre ses lèvres et claqua des doigts. Elle s’alluma.
Un parfum de citron emplit la pièce.
« Si les activités de la Mine de pierres magiques se poursuivent, nous pourrons financer les frais de fonctionnement de votre unité. En échange, j’aimerais que vous accomplissiez quelques missions. Par exemple, obtenir des informations exactes sur les prix des Pierres magiques… »
— Vous faites erreur. Je ne dis pas que l’Unité des opérations spéciales va rejoindre le Cinquième bataillon.
À ces mots, Mark claqua doucement la langue.
« Il veut une alliance. »
C’était une ambition démesurée. Rien de plus qu’un orgueil absurde.
L’Unité des opérations spéciales et le Cinquième bataillon n’étaient même pas comparables en taille.
L’Unité des opérations spéciales ne comptait que cinq personnes. Le Cinquième bataillon, lui, comptait à lui seul dix compagnies, sans parler des pelotons qui en dépendaient.
L’Unité des opérations spéciales était plus petite qu’un peloton.
Et il voulait une relation d’égal à égal. C’était ridicule.
Mark éclata de rire pour la première fois depuis longtemps.
Puis son visage se durcit.
« Une alliance… Quelle absurdité. Vous me prenez de haut parce que j’ai accepté de vous aider ? Vous croyez vraiment qu’on est égaux sous prétexte qu’on est tous deux commandants ? Très bien, déposez votre rapport si vous le souhaitez. Mais cela ne veut pas dire que… »
— Ah, je me suis mal exprimé.
Galahad secoua la tête, et Mark se calma.
« Il s’est mal exprimé. »
Oui, la différence de taille était énorme. Il n’allait tout de même pas lui proposer une alliance.
Aussi audacieux fût-il, il ne ferait pas une proposition aussi absurde.
« Ce que je voulais dire, ce n’est pas une alliance… »
Mark anticipa la suite et réfléchit à ce qu’il allait répondre.
Il voulait être prêt à tout ce qui pourrait sortir de la bouche de Galahad…
Puis Galahad prit la parole.
« Je veux dire que vous devriez vous placer sous mes ordres. »
Mark ne sut pas quoi répondre.
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