Chapitre 24
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Ceaseless
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◈ Le Fou Gendre du Grand-Duc du Nord ◈
Chapitre 24 : Une commande coûteuse
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« Essaie au moins d’en boire une fois. »
L’homme tendit une bouteille en verre. Du sang rouge sombre y clapotait.
Un mage noir qui avait bu du sang de Démonide et de monstre…
« C’est fou… C’est vrai. C’est bien du vrai. »
La voix calme de l’homme donna la chair de poule à Shern.
La sinistre réputation du sang des Démonides était bien connue au sein de la Société de magie noire.
Dix mages noirs auraient bu du sang de Démonide. Huit étaient morts, l’un était devenu fou et le dernier avait disparu sans laisser de trace.
Et pourtant, cet homme leur proposait du sang de Démonide avec désinvolture.
« Pourquoi vous ne le buvez pas ? Y a-t-il quelque chose de plus efficace que d’en faire soi-même l’expérience ? »
L’homme les réprimandait vraiment.
« Euh… Si ce n’est pas vraiment dangereux, laissez-moi essayer, s’il vous plaît ! »
Parntal lança ces mots d’une voix tremblante.
Une lueur de désir perçait dans son expression terrifiée.
« Parntal, espèce de folle ! »
Shern poussa un petit cri.
« Il n’y en a pas beaucoup. Je peux le boire ? »
L’homme agita la bouteille en parlant, comme s’il demandait la permission de boire quelque chose de précieux.
Face à ce décalage glaçant, Shern et Parntal ne purent que hocher la tête.
« Bien. Ah, vous avez des bonbons, par hasard ? »
« … Des bonbons ? »
« Quelque chose de sucré. »
Shern, qui raffolait des sucreries, sortit plusieurs bonbons et les lança presque à l’homme.
« Merci. Ce truc a un goût infect. »
L’homme vida sans hésiter le sang de monstre dans sa bouche.
« … Il l’a vraiment bu. »
Shern laissa échapper un grognement stupéfait en le regardant avaler.
L’homme glissa calmement un bonbon dans sa bouche.
Il venait d’avaler du sang de monstre comme on boit de l’alcool, puis avait mangé un bonbon parce que c’était amer…
Shern avait l’impression que tout ce qu’il savait venait d’être renversé.
« Ce calcul est faux. La concentration de mana est légèrement plus faible. Si on l’intègre à une formule… Hé, tu m’écoutes ? »
« … Oui ? Oui ! »
« Baisse encore un peu la concentration. Et votre calcul est absurde depuis le début. Il n’y a aucune norme. Aucune. »
L’homme avait immédiatement repéré une erreur dans leurs calculs.
« Le sang de monstre aurait-il tourné ? »
Peut-être en se posant la même question, Parntal prit une bouteille en verre.
Elle contenait le même sang de monstre que celui que l’homme venait de boire.
« Euh… Vous êtes sûr que ça va ? »
« Ça fait un peu mal, mais tout ira bien si tu gardes la tête froide. »
Après une longue hésitation, Parntal avala le sang de monstre d’un trait.
« Hmm, ça va être rude si tu bois tout d’un coup. Mais tu as du cran. Tu dois être jeune. »
« Vous auriez dû le dire avant… »
Parntal s’interrompit.
Ses yeux s’écarquillèrent à croire qu’ils allaient se fendre. Des veines injectées de sang les envahirent et des larmes coulèrent sur son visage. Incapable de respirer, Parntal ne put qu’émettre des sons étranglés.
« Ah, ça va aller. Tu as peut-être l’impression que tous les vaisseaux de ton corps brûlent, mais ce n’est qu’une illusion. C’est juste de la douleur. Concentre-toi. Contiens le mana. »
« Ghh… »
Parntal tremblait violemment en suffoquant. Les veines de son visage saillirent tandis qu’il se dressait sur la pointe des pieds.
La scène était si atroce que Shern ne pouvait imaginer la souffrance de Parntal.
« Tout ira bien. Ce n’est même pas du sang de Démonide, c’est du sang de monstre. Et il traîne là depuis un bon moment. Pourquoi tu en fais tout un plat ? »
« Tout un plat ? »
Parntal se tenait sur la pointe des pieds et tremblait de tout son corps. Impossible qu’il fasse semblant.
« La méthode est simple. Imagine que ton mana se trouve dans ton cœur. Visualise-le en train de s’enfoncer. C’est un peu comme prendre une grande inspiration. Fais comme moi. Hooo… haaa… hooo… haaa… Fais-le correctement. Tu veux mourir ? »
À ce moment-là, la tête de Parntal bascula en arrière. Un craquement atroce retentit tandis que ses os se tordaient. Sa peau se souleva, comme si ses os allaient en être arrachés.
« Hmm, ça ne va pas. Je vais t’aider, cette fois. »
L’homme posa une main sur le cœur de Parntal. Les veines de sa main saillirent et la respiration de Parntal se stabilisa rapidement.
Parntal s’effondra sur place. Shern se précipita pour le soutenir.
« Parntal ! Ça va ? Tu es conscient ? »
Il fallut un moment à Parntal pour reprendre ses esprits.
L’homme lisait le rapport de recherche de Parntal.
« … C’est ça. Le coefficient était trop élevé. La marge d’erreur a été mal choisie. »
Dès qu’il reprit ses esprits, Parntal se mit à parler de ses recherches. À sa demande, Shern examina le rapport.
« Si on modifie le coefficient… Il a raison. »
Un problème qui les tourmentait depuis si longtemps fut résolu en un instant.
L’homme avait dit la vérité.
« Là. »
L’homme désigna le rapport de recherche de Parntal.
Parntal se releva péniblement et s’approcha de lui.
« Le tableau des coefficients de mana humains est incomplet ? »
« Ah, nos recherches sur les humains sont encore en préparation. Cette partie a disparu quand une organisation nous a attaqués… »
« Je vois. Vous pourriez me donner un stylo ? »
« Oui ! »
Avec le stylo que Parntal lui tendit, l’homme se mit à écrire sur le rapport.
Parntal détestait qu’on touche à ses recherches, mais cette fois, il l’observa en silence, l’air plein d’espoir.
Un peu plus tard, l’homme lui tendit le rapport.
« La marge d’erreur est légèrement importante, mais elle devrait rester acceptable. »
Le tableau vierge était désormais entièrement rempli.
Et ce n’était pas tout. L’homme avait ajouté des données sur la page suivante.
C’étaient toutes des informations perdues lorsque cette organisation les avait attaqués. Elles leur étaient nécessaires pour leurs recherches, mais ils avaient désespéré de ne pas pouvoir les obtenir…
Il n’y avait que deux explications possibles pour qu’il les connaisse.
Soit il appartenait à cette organisation, soit il faisait partie de la Société centrale de la Société de magie noire…
Cette organisation ne serait jamais venue corriger leurs rapports.
« Ce qui voulait dire… »
« Vous venez de la Société centrale ? »
Le directeur adjoint de la branche avait ignoré la procédure pour le faire entrer. Il connaissait parfaitement le sang des Démonides et des monstres, avait bu du sang de monstre sans problème et savait même quelles informations avaient été perdues…
Tout indiquait qu’il venait de la Société centrale.
« C’est un secret. »
À cette réponse qui équivalait presque à un aveu, Shern et Parntal déglutirent.
La Société centrale…
Se retrouver face à quelque chose qu’ils n’avaient entendu évoquer que dans les légendes leur assécha la bouche.
« Pourquoi quelqu’un de la Société centrale viendrait jusqu’ici… ? »
« À ton avis ? »
L’homme lui renvoya la question, détendu, comme s’il les mettait à l’épreuve.
« Pour se débarrasser de tous ces pourris ! »
Parntal répondit d’une voix rugueuse, pleine de colère.
L’homme lui fit signe de continuer en repliant un doigt.
« La Société est obsédée par les Pierres magiques, maintenant ! La recherche est reléguée au second plan, et c’est rempli de pourris fiers de leurs bâtons en Pierres magiques ! Ils nous imposent même, à nous les chercheurs, des quotas de Pierres magiques ! »
Parntal cracha ces mots comme s’il vomissait du sang. Il avait toujours eu beaucoup à redire, et le désespoir emplissait sa voix.
L’homme hocha la tête.
« Je prépare une réforme. »
« Une réforme… »
Shern murmura doucement ce mot doux et exaltant.
« Les Pierres magiques, c’est bien. Ce sont des pierres qu’on peut vendre au prix qu’on veut, non ? Mais ça reste des pierres. Tu crois qu’un caillou va te révéler la vérité ? »
La voix de l’homme se fit plus ferme. Shern hocha distraitement la tête.
« Vous êtes les deux seuls à servir à quelque chose. Les autres sont des faux mages, occupés à lécher les appareils magiques. »
À l’approbation de l’homme, Parntal trembla de tout son corps. Sa réaction n’était-elle pas excessive ? Shern fronça légèrement les sourcils.
« Je vais découper la chair pourrie pour faire de la place à la nouvelle. Parntal, tu es reçu. »
En se voyant désigné, Parntal poussa un cri chargé d’émotion. Des larmes lui montèrent aux yeux.
« Je savais que ce jour viendrait ! »
Parntal avait rejoint la Société de magie noire pour vénérer le progrès. Pourtant, la recherche avait été reléguée au second plan et les journées passées à manier la pioche dans la Mine de pierres magiques ne cessaient de s’accumuler. Pour Parntal, furieux, ces paroles étaient d’une douceur insoutenable.
« Parntal, donne-moi ta main. »
« Merci ! »
L’homme saisit le poignet de Parntal. De sa main jaillirent sans cesse des étincelles rugueuses. Une magie éblouissante, mais d’une précision incroyable.
Lancer une magie aussi précise sans même recourir à une formule…
« Rien d’étonnant de la part de la Société centrale ! »
« C’est fait. Voilà ton sceau. »
Une cicatrice élégante en forme d’éclair apparut à l’intérieur du poignet de Parntal. Parntal la contempla, les larmes aux yeux.
« Euh… Et moi, alors ?! »
Shern posa la question avec urgence.
« À une condition. »
L’homme poussa vers lui une bouteille de sang de monstre.
« Prouve-moi ta sincérité. »
Glou.
Shern déglutit avec difficulté.
C’était une épreuve rudimentaire, mais justement pour cette raison, impossible de tricher.
« Bois, Shern ! »
Parntal, qui avait toujours été gentil avec Shern, le fixa de ses yeux fous et lui cria ces mots.
Sous cette pression, Shern avala le sang de monstre d’un trait.
Shern eut l’impression d’avoir avalé du feu. Pas un feu ordinaire, non. Un feu couvert d’épines.
La douleur s’empara de Shern, comme si tout son corps se déchirait et brûlait de l’intérieur. Son esprit se vida un instant.
Puis la douleur s’estompa peu à peu.
Lorsque Shern vit l’homme le regarder d’un air détendu, il comprit la folie de Parntal.
On ne pouvait que ressentir de l’admiration pour un homme capable de maîtriser une telle douleur avec autant de calme.
« Toi aussi, tu es reçu. »
Shern et Parntal échangèrent un regard et hochèrent la tête. L’humiliation qu’ils avaient subie jusque-là sembla se dissiper.
« À partir de maintenant, vous êtes tous les deux sous mes ordres directs. Félicitations. »
Ils hochèrent la tête, le visage grave.
« Pour l’instant, restez ici et continuez comme d’habitude, tout en rassemblant des informations sur la branche. Corton, en particulier. »
Shern et Parntal hochèrent la tête.
« Ah, vous pourriez me donner du papier ? Merci. »
« Avec plaisir ! »
L’homme se mit aussitôt à écrire sur la feuille vierge.
« La Flèche de mana est la norme. Servez-vous de ça pour étudier le sang des Démonides. Vous pouvez utiliser le sang de monstre, ça devrait suffire. »
« Bien sûr ! »
Les yeux de Shern s’écarquillèrent. C’étaient des informations détaillées sur le sang des Démonides. L’homme les avait simplement griffonnées, mais elles correspondaient exactement à ce dont ils avaient besoin.
« Ah, les recherches sur les humains sont interdites. J’ai entendu dire qu’une organisation se rapproche. Si quelqu’un mène ce genre de recherches, notez son nom à part. N’oubliez jamais la réforme. »
À la voix grave de l’homme, tous deux acquiescèrent solennellement.
« Je reviendrai. »
L’homme se leva après avoir prononcé ces mots d’une voix basse.
À cet instant, la porte s’ouvrit et Corton, le directeur adjoint de la branche, apparut.
L’homme sourit comme si rien ne s’était passé.
* * *
« Alors, ces recherches ? »
« Pas mal. »
Pour un agent comme Galahad, rallier des mages qui ne faisaient que de la recherche était un jeu d’enfant.
Il possédait même les informations dont les chercheurs disposaient.
La persuasion était la spécialité de Galahad.
« J’ai installé un laboratoire. »
Leurs recherches étaient déplorables, pour l’instant. Il en avait espéré davantage, vu leurs Pierres magiques en abondance et leurs appareils magiques coûteux, mais il était déçu.
Ils restaient tout de même utiles.
Il les avait mis sur la bonne voie et leur avait donné des informations sur le sang des Démonides ; ils devraient donc obtenir des résultats à son retour.
Il leur avait aussi confié la surveillance de Corton, ce qui était encore mieux.
« Je dois creuser deux trous. »
Une fois Corton dans sa poche, il pourrait placer des hommes de confiance de chaque côté et les faire se surveiller mutuellement.
Corton vérifia les alentours, puis verrouilla la porte.
« Je vais être direct. »
Corton prit un air inhabituellement sérieux.
« Tuez Adrianna. »
Galahad émit un léger son devant cette demande abrupte.
Il voulait que Galahad tue Adrianna, comme ça, sans prévenir…
« Pfiou… Des gens très importants veulent la mort d’Adrianna. Si vous vous chargez d’elle, vous recevrez une récompense colossale. »
C’était forcément l’Aube.
« À quel point sont-ils importants ? »
Corton eut un sourire en coin.
« Vous croyez qu’on étudie les Démonides pour rien ? »
Galahad comprit pourquoi Corton lui avait montré leurs recherches.
L’Empire interdisait formellement les recherches sur les Démonides. Il démantelait toute recherche qui leur était liée.
S’ils étudiaient les Démonides, cela signifiait…
« Il me montrait que leur puissance était assez grande pour ne pas s’incliner devant l’Empire. »
L’Aube semblait plus puissante que prévu. Galahad glissa une cigarette entre ses lèvres et mit de l’ordre dans ses pensées.
« L’Aube a mis Adrianna à prix. La récompense doit être considérable. Adrianna est leur plus grand obstacle. »
L’avide Corton semblait vouloir régler l’affaire sans en parler au directeur de la branche.
« Il veut tout garder pour lui. »
Le secret était donc garanti.
« Une demande pour tuer Adrianna… »
Une forte odeur de citron flottait dans l’air.
Vu les circonstances, cette demande de tuer Adrianna était…
« Pas mal. »
L’offre était plutôt bonne.
Bien sûr, Galahad n’avait aucune intention de tuer Adrianna pour de vrai. Il n’était même pas sûr d’en être capable.
Mais c’était l’occasion de se rapprocher de l’Aube.
Il ne serait pas judicieux d’accepter tout de suite. Il posa donc une question.
« Qu’est-ce que j’y gagne ? »
« … Ce que vous y gagnez ? Ah, oui. Bien sûr qu’il y aura quelque chose pour vous ! »
À la façon dont Corton bafouilla, il n’avait pas pensé à la récompense de Galahad. Il était vraiment sans espoir.
« C’est une demande de quelqu’un de très important. Si vous réussissez, vous recevrez une récompense au-delà de vos rêves. Vous avez vu toutes ces Pierres magiques et ces appareils coûteux en arrivant, non ? La récompense vaudra encore plus que tout ça ! »
Les récompenses vagues ne présageaient jamais rien de bon.
De toute façon, Galahad n’irait pas réclamer cette récompense, cette fois.
« Une récompense… Ça semble intéressant. Mais comme vous le savez, je ne suis pour l’instant son mari que de nom. Pour chercher une ouverture, je vais devoir me rapprocher d’Adrianna, mais ce sera… »
« Vous n’aviez pas dit que vous vous étiez tenus la main ? »
« J’ai failli mourir en lui tenant la main. Vous ne savez pas comment sont les gens du Nord ? »
Corton eut un sourire en coin à la réponse de Galahad.
« Ne vous souciez pas du soutien. Demandez tout ce dont vous avez besoin. »
Galahad lui adressa un grand sourire, impressionné par son assurance.
« Vous êtes vraiment quelqu’un de fiable ! »
« Ha ha ! Je suis le directeur adjoint de la branche. Sans directeur de branche, c’est moi qui commande ici. Vous n’avez pas vu les Pierres magiques et les appareils en entrant ? »
À mesure que Galahad énumérait ses besoins, le sourire de Corton s’effaça peu à peu.
Un peu plus tard, au lieu d’une pièce d’argent, Corton lui tendit un œuf de la taille d’un doigt, d’une laideur repoussante.
« C’est un Œuf de douleur. »
« Un Œuf de douleur ? »
« Il vient d’un Démonide de haut rang. Si vous rompez un serment après l’avoir mangé, vous mourrez dans d’atroces souffrances. »
Corton parlait avec assurance.
Galahad s’était demandé pourquoi Corton lui faisait si facilement confiance. Il semblait avoir prévu sa propre garantie.
S’il s’agissait d’un objet provenant d’un Démonide de haut rang, Corton avait de quoi être sûr de lui.
Mais…
« Vous mourez dans d’atroces souffrances si vous rompez le serment ? Qui décide de ce qui constitue une rupture ? Cette petite chose a un cerveau capable de juger ? Ou elle peut comprendre les émotions des gens ? C’est une sorte de magie ? »
Sous le flot de questions de Galahad, Corton sentit que quelque chose clochait.
Au lieu d’avoir peur en voyant cet objet répugnant, Galahad avait les yeux qui brillaient.
Comme s’il venait de trouver un trésor inestimable…
« Ah, désolé. Hmm, vous avez dit qu’il venait d’un Démonide de haut rang… »
L’Œuf de douleur se trouvait déjà dans la main de Galahad.
Corton trembla légèrement tandis que Galahad examinait avec soin l’horrible objet, comme s’il s’agissait d’un joyau.
« Oui, mangez-le et faites le serment… Très bien. »
Galahad l’avala sans hésiter.
Glou.
Corton déglutit avec difficulté devant sa décision.
Puis Galahad regarda Corton d’un air posé et prêta serment.
« Si vous le souhaitez, je tuerai Adrianna. »
Une condition étrange semblait s’être glissée dans le serment, mais le fond correspondait à la demande. Corton hocha donc la tête.
« Oh, c’est donc comme ça que ça marche. Un Démonide de haut rang… Cette concentration de mana est incroyable. C’est vraiment formidable. »
Galahad se touchait la gorge.
« Vous pouvez en trouver un autre ? »
« Mais qu’est-ce que vous racontez… ? »
« Je crois que je comprendrai si j’en mange un autre. Vous en avez un deuxième ? »
Corton se leva comme pour fuir Galahad, qui se léchait les lèvres.
* * *
« Sir Gilbert, nous avons un sérieux problème. »
Gilbert fronça les sourcils en entendant le ton grave de Tom.
« Le capitaine a encore fait des siennes ? »
« Quoi ? Non. »
« Alors Gwen a encore incendié une caserne ? »
« Ah, elle le fait dehors. »
« Damian a dit qu’il avait faim ? »
« Quoi ? Non. Regardez ça, s’il vous plaît. »
Tom lui tendit quelque chose. C’était un parchemin jauni couvert d’écriture.
Gilbert lut lentement ce qui y était inscrit.
« Le livre de comptes de l’Unité des opérations spéciales ? On en avait un ? »
« Ah, j’avais un peu de temps libre, alors j’ai fait les comptes. Personne d’autre n’avait l’air de s’en charger… Excusez-moi si j’ai dépassé les bornes. »
Gilbert ne comprenait pas comment on pouvait passer de « j’ai du temps libre » à « je vais faire un livre de comptes ».
Il parcourut le registre lentement. Après deux lignes de chiffres, il commença à avoir le tournis.
« Quel est le problème ? »
Gilbert rendit le registre à Tom en posant la question.
« Le budget va bientôt être épuisé. »
« Comment ça, il va être épuisé ? Vous n’avez pas dit qu’on avait reçu des fonds de fonctionnement avec le carrosse ? »
« Si, mais le budget des unités dépend de leurs résultats. »
« Hmm. C’est vrai. »
Gilbert hocha la tête pour le moment.
« Mais quand on a reçu le budget, on n’avait encore rien accompli, si ? »
« C’est exact. »
« Donc, au départ, le budget qu’on nous a attribué était faible. »
« Je vois. »
Ce n’est qu’alors que Gilbert comprit et hocha la tête.
« Nos résultats ne seront pris en compte dans le budget qu’au prochain trimestre, c’est ça ? »
« C’est exact. »
« Notre unité coûte beaucoup trop cher à entretenir. Je comprends le salaire de Sir Gilbert, puisque vous venez du Premier bataillon, mais ceux de Damian et de Gwen sont étrangement élevés. »
La tête de Gilbert commença à lui faire mal tandis que Tom continuait de parler d’argent.
« En plus des dépenses de nourriture de Damian et des réparations de l’armure de Sir Gilbert, cette fois… À ce rythme, nous allons faire faillite. »
Gilbert entendit distinctement ces deux mots : faire faillite. Il hocha la tête en parlant.
« Donc, nous allons faire faillite. »
« Quoi ? Ah, oui. C’est ça. »
« Pourquoi ne pas avoir commencé par là, au lieu de parler si longtemps ? »
« Ahaha… Quoi qu’il en soit, il faut trouver une solution. »
« Une solution ? »
« Oui. Par exemple, l’armure de Sir Gilbert a été endommagée pendant qu’il aidait le Quatrième bataillon à accomplir une mission, donc c’est au Quatrième bataillon de payer. Quant aux dépenses de nourriture de Damian… »
Cette étrange explication se poursuivit un bon moment.
Gilbert hocha la tête comme s’il avait vaguement compris.
« Donc, vous êtes d’accord aussi, Sir Gilbert. »
« D’accord avec quoi ? »
« … Une baisse de salaire. »
« Vous voulez réduire ma solde ? Qu’est-ce que vous racontez ? »
Le sourire de Tom se crispa légèrement.
« C-c’est… Laissez tomber. »
« Vous voulez dire qu’on manque d’argent. »
« Oui, c’est ça. »
Parler aussi longtemps d’un souci aussi inutile…
Gilbert claqua la langue.
« Le capitaine s’en chargera. »
« Mais même si le capitaine est très capable, nous sommes dans le Nord. Impossible de trouver de l’argent… »
À cet instant, la porte de la caserne s’ouvrit. Galahad entra.
« Ah. Vous êtes de retour. »
Tom se leva et s’inclina respectueusement. Gilbert inclina la tête.
« Ça a pris un peu plus longtemps que prévu. Où sont Damian et Gwen ? »
Galahad tendit à Tom un gros paquet de cuir en parlant.
« Ils s’entraînent. »
« Ils sont assidus. Pourquoi vous êtes-vous installés dans une caserne aussi miteuse ? »
« Nous venons d’une autre unité. C’est déjà un bon traitement. »
« Une caserne qui sent autant le renfermé, c’est un bon traitement… D’où vient cette odeur infecte… Sir Gilbert, vous vous êtes bien lavé les pieds ? »
« Pourquoi est-ce que je me laverais les pieds ? »
« C’est répugnant. Pas étonnant que personne ne vous apprécie. »
Tom poussa soudain un cri.
Le paquet lui échappa des mains et s’ouvrit en tombant.
Des objets brillants en jaillirent.
Des pièces d’or, des pièces d’argent, et même des pierres qui diffusaient une douce lueur…
Les yeux de Gilbert s’écarquillèrent à croire qu’ils allaient se fendre, devant cette somme qu’il n’avait jamais vue de sa vie.
« Q-quoi ? C’est quoi, tout ça ? Vous avez disparu et vous avez braqué le Cinquième bataillon ? Merde ! »
Gilbert saisit son épée et se redressa d’un bond.
« Comment ça, braqué ? J’ai accepté une commande. »
« … Quel genre de commande rapporte autant ? »
Galahad toussota devant la question suspicieuse de Gilbert.
« C’est un secret. »
Cette réponse teintée d’amusement rendit Gilbert profondément méfiant.
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