Chapitre 2
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Traducteur/éditeur : Ceaseless
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◈ Le Fou Gendre du Grand-Duc du Nord ◈
Chapitre 2 : Carnet de cuir
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Je n’ai qu’un sac.
Galahad claqua doucement la langue en secouant le sac de cuir qu’il tenait à la main.
Il avait cru mener une vie plutôt appliquée, et pourtant, tout ce qu’il avait à montrer, c’était ce sac de cuir. Il avait rendu son uniforme et se retrouvait dans la chemise et le pantalon miteux qu’il portait à son arrivée.
On dirait que je suis le premier à m’en tirer vivant.
Une histoire célèbre circulait au Bureau du renseignement. Selon la légende, quiconque voulait partir devait y laisser sa vie.
En vérité, une fois entré au Bureau du renseignement, il était impossible d’être muté dans un autre service.
Le Bureau du renseignement était obsédé par le secret. Sans des considérations politiques, ils auraient fracassé le crâne de Galahad à coups de marteau s’il avait fallu ça pour effacer ses souvenirs.
Ils ont dit que quelqu’un viendrait me chercher.
Galahad glissa une cigarette entre ses lèvres.
À cet instant, un carrosse s’avança dans un grondement. Les passants sursautèrent au hennissement sonore des chevaux lustrés. Quelques-uns les observèrent comme s’ils assistaient à un spectacle étrange.
Un carrosse, à notre époque…
Galahad plissa les yeux.
Avec les progrès des études magiques, les carrosses à mana, équipés de cercles magiques et de réservoirs de mana, avaient gagné en popularité au détriment des chevaux. Ils coûtaient à peu près aussi cher que ces derniers, voire moins, et étaient plus faciles à entretenir. Les carrosses disparaissaient peu à peu de la capitale.
Le Grand-Duc du Nord a envoyé ce carrosse.
Il allait devoir faire tout ce chemin en carrosse. En claquant la langue, Galahad s’en approcha.
Un homme aux yeux étroits était assis sur le siège du cocher.
Une épaisse armure d’acier, une longue épée à la taille, un poignard sanglé à l’intérieur de la cuisse et un casque posé à côté de lui. Il était l’image même du chevalier.
« Vous êtes Galahad Ambertan ?
— C’est moi. Est-ce le carrosse envoyé par Son Altesse le Grand-Duc du Nord ?
— Oui. Vous pouvez m’appeler Gilbert. Je vous escorterai. »
L’homme ouvrit la porte sans ménagement. L’intérieur était encore pire que l’extérieur. Les sièges recouverts de bouts de tissu semblaient moins confortables que ceux d’une taverne, et les parois étaient tachées.
Ça ne va pas être une partie de plaisir.
Leur envoyer un carrosse aussi miteux et un seul escorteur prouvait qu’ils n’étaient pas ravis d’accueillir Galahad.
« Il est fait de cuir de Démonide, alors il sera plus doux qu’il n’en a l’air.
L’homme qui s’était présenté sous le nom de Gilbert parlait avec une pointe d’amusement.
Sachant que se plaindre ne changerait rien, Galahad hocha la tête et monta dans le carrosse.
Boum. La porte se referma dans un fracas retentissant. Avant même que Galahad ait pu s’asseoir, le carrosse se mit en route.
« Doux, mon cul. On dirait qu’on me donne des coups de pied au derrière. »
Un rire lui parvint de l’extérieur tandis qu’il maugréait dans sa barbe.
Il a l’ouïe fine. Galahad marmonna à voix basse avant de fouiller dans sa poche intérieure.
Il en tira un petit carnet de cuir. Il ressemblait à un banal carnet usé, mais dès qu’il y insuffla du mana, il s’ouvrit tout seul.
Ses pages étaient couvertes d’une écriture tantôt maladroite, tantôt élégante.
La phrase inscrite tout en haut était…
[J’ai transmigré dans un roman.]
Elle était écrite dans un coréen tout de travers.
Galahad avait bel et bien écrit ces mots, mais ils étaient si anciens que ses souvenirs s’étaient estompés.
Au début, il avait cru renaître avec les souvenirs d’une vie antérieure. Après tout, quand ces souvenirs lui étaient revenus, il commençait à peine à marcher.
Ce n’est qu’en entendant parler des Démonides et en reconnaissant certains noms qu’il avait compris qu’il avait transmigré dans un roman.
Galahad s’était empressé de fouiller dans ses souvenirs et de noter ce qu’il se rappelait du roman. C’était ce carnet de cuir.
Un bon moment s’était déjà écoulé quand il avait compris où il se trouvait.
Ses souvenirs du roman étaient incomplets. Il ne l’avait jamais lu avec tant d’attention, et qui lit un roman en mémorisant chaque détail ?
Il se rappelait tout de même les grandes lignes. Par exemple…
[Le monde sera détruit par le Roi démon.]
Le roman avait une fin triste. Non, « triste » ne suffisait pas à la décrire.
C’était une fin à la con.
[Personnages clés : un Maître épéiste blond, un certain Grand Archimage, la Mère des elfes, un barbare à la hache, un demi-Démonide…]
Il avait noté tout ce dont il se souvenait vaguement. La fin était certaine, mais il ne pouvait pas répondre du reste.
En dessous, une explication était rédigée en langue impériale.
[Le Grand Archimage est très probablement le Maître de la Tour de magie du Crépuscule. Le Maître épéiste blond est sans doute la fille aînée du Grand-Duc du Nord. La Mère des elfes devrait se trouver dans la Forêt des elfes. Le barbare à la hache est introuvable.]
C’étaient des renseignements que Galahad avait obtenus pendant qu’il travaillait au Bureau du renseignement.
Galahad aspirait à une vieillesse paisible et confortable. Pour y parvenir, il devait trouver un moyen d’empêcher le Roi démon de mettre fin au monde.
À l’origine, il avait prévu de se préparer contre le Roi démon au Bureau du renseignement. C’était une organisation si puissante qu’on disait qu’elle faisait bouger le continent.
Mais des fiançailles avec la Maître épéiste du Nord…
Galahad sourit amèrement. Difficile de parler d’un bon choix, mais ce n’était pas non plus le pire.
La Maître épéiste blonde était l’héroïne la plus importante de l’histoire, et le Nord constituait aussi la ligne de front face aux Démonides.
Pour attraper un tigre, il fallait entrer dans sa tanière.
Galahad relut son carnet, dont la couverture avait été lissée par ses mains, tout en repassant ses souvenirs.
* * *
Le carrosse s’arrêta après le coucher du soleil.
« Descendez, je vous prie. »
Gilbert désigna l’arrière de la voiture. Ils se trouvaient au bord d’une route, sans rien aux alentours.
« On va dormir dehors ? »
Galahad fronça les sourcils. Il était le fils d’un comte.
Il y avait des villages ou des châteaux à une journée de route les uns des autres ; il ne comprenait donc pas pourquoi ils choisissaient délibérément de passer la nuit dehors.
« On m’a demandé d’éviter autant que possible tout contact avec l’Empire.
— C’est un ordre de Son Altesse ?
— J’obéis à Lady Adrianna. »
Adrianna était le nom de la femme que Galahad allait épouser.
« C’est vrai. Un homme doit écouter sa femme. »
Crac.
Un bruit glaçant claqua entre les dents de Gilbert.
Il ne m’aime pas.
C’était tout naturel.
Galahad était un mage, le genre de personne qu’ils détestaient le plus, et le troisième fils d’un comte. Rien ne justifiait qu’ils accueillent favorablement le mariage d’un homme comme lui avec la fille aînée du Grand-Duc du Nord.
D’innombrables luttes de pouvoir et intérêts divergents devaient se cacher derrière cette affaire. À en juger par le résultat, le Grand-Duc du Nord avait perdu.
« Vous n’êtes pas encore marié. »
Gilbert sourit en montrant les dents. Une intention meurtrière piqua le dos de Galahad.
Ça pourrait mal tourner.
Galahad glissa une cigarette entre ses lèvres et sourit amèrement.
Gilbert prépara le camp en silence. Ses gestes montraient qu’il avait l’habitude de dormir dehors. Galahad l’observa sans mot dire.
Gilbert ramassa du bois et alluma le feu en un instant. Il posa une marmite dessus, y jeta de la viande et prépara aussi un ragoût.
Pas question que je mange ça.
Galahad claqua discrètement la langue. Il savait déjà que les gens d’ici avaient une hygiène déplorable, mais retourner la viande avec des mains qui avaient fouillé la terre et manipulé du bois, c’était trop.
« Mangez. C’est de la cuisine du Nord. »
Gilbert prit un morceau de viande et le lui tendit. C’était un gros morceau entier, saisi seulement en surface. Du sang rouge coulait de son centre cru.
Même pas saignant. Ultra-saignant.
C’était censé être de la cuisine ? C’était absurde, mais, malheureusement, il n’était pas en position de se plaindre de son repas.
« Merci. »
Galahad mordit dans la viande. Un sang aigre, chargé d’une puissante odeur de chair crue, lui envahit la bouche. Il mâcha soigneusement et avala.
Gilbert ne l’avait peut-être pas cuite ainsi uniquement pour l’embêter, puisqu’il mordit à son tour dans son morceau. Il but même le sang qui en coulait comme s’il s’agissait d’une boisson.
Ce spectacle de repas barbare donna encore moins envie à Galahad de partir vers le Nord.
Ils mangèrent en silence. Quand il eut fini, Gilbert lui tendit une bouteille d’alcool.
« Je ne bois pas. »
Galahad secoua légèrement la tête. L’alcool embrumait l’esprit et alourdissait les mains ; les mages le considéraient donc comme un véritable tabou.
« Comme on pouvait s’y attendre d’un mage. »
Gilbert insista sur le mot « mage ». Ce n’était pas un compliment.
« Oui, un mage exceptionnellement doué. »
Galahad soutint son regard sans ciller. Gilbert fronça légèrement les sourcils.
« Vous devriez faire attention dans le Nord. Ces imbéciles de Nordiens ne savent pas bien distinguer les mages des Démonides. »
C’était tout ce que valait sa menace. Galahad la trouva puérile.
« Le Grand-Duc du Nord doit bien pouvoir protéger un gendre sur ses terres. »
Cette fois, Gilbert renifla. Il était plus patient que Galahad ne l’avait cru.
« J’ai entendu dire que la chasse aux mages était à la mode dans l’Empire, ces derniers temps. Le cœur d’un mage se vend à prix d’or. »
Gilbert sourit comme si de rien n’était. Il disait vrai. Ces derniers temps, on avait signalé plusieurs chasses aux mages.
« Ne vous en faites pas. Je suis une pièce de valeur, même si je n’en ai pas l’air. C’est le premier échange entre Sa Majesté l’Empereur et le Grand-Duc du Nord depuis vingt ans. La situation était si tendue que certains parlaient même de rébellion. Imaginez qu’il m’arrive quelque chose, à moi qui suis la preuve de leur échange. »
Cette fois, Galahad sourit à pleines dents.
Gilbert, lui, ne souriait plus.
« Je suis quelqu’un d’important. Prenez bien soin de moi. »
Galahad ignorait lui-même les détails. Peut-être n’était-il qu’un homme qui avait perdu tous ses appuis, mais inutile de le préciser.
« Si vous avez fini de manger, nous devrions repartir. »
Gilbert se leva.
« Vous comptez continuer sans dormir ?
— Oui. Vous êtes quelqu’un d’important.
— Vous tiendrez le coup ?
— Je suis chevalier. Je peux rester plusieurs jours sans dormir. Mais vous, qui êtes si important, vous tiendrez le coup ? Le carrosse va beaucoup secouer. »
Gilbert posa la question en plissant les yeux.
Il boude.
Galahad claqua la langue et hocha la tête.
Le siège du carrosse était dur, et la voiture cahotait violemment. Impossible d’y dormir.
Gilbert avait manifestement la mesquine intention de lui rendre le trajet aussi pénible que possible.
Mais Galahad était un mage. À cette époque, les mages étaient plus doués pour le soutien que pour le combat.
Transformer un carrosse bringuebalant en lit moelleux et silencieux était plutôt facile.
Pour la première fois depuis longtemps, Galahad dormit si profondément qu’il ronfla.
* * *
Toc, toc.
Galahad se réveilla au déclenchement du sort d’alerte. Il avait si bien dormi qu’il se sentait en pleine forme.
Il rangea son coin de couchage avant d’ouvrir la porte.
Gilbert, qui avait l’air plus épuisé que la veille, fronça les sourcils en le voyant.
« Vous avez l’air d’avoir bien dormi.
— Très bien. Et vous, ça va ? Vous n’avez pas l’air en forme.
— … Ça va. Sur le champ de bataille, il est courant de rester plusieurs jours sans dormir.
— Je vois. Moi, ça va, alors continuez comme ça. »
Le visage de Gilbert se décomposa davantage. Il était amusant à taquiner.
« Arrêtons-nous dans un château ou un village en chemin.
— … Un château ?
— Je crois qu’il me faut un manteau. »
Galahad se frotta les bras, couverts de chair de poule.
« Un mage peut avoir froid ? »
Gilbert posa la question comme s’il n’y comprenait vraiment rien. Galahad fronça les sourcils. Pour qui le prenait-il, au juste ?
« Je suis un être humain, alors bien sûr que oui. »
Il pouvait maintenir sa température corporelle grâce à la magie. Cela dit, les sorts qui agissaient sur le corps d’un mage étaient plusieurs fois plus difficiles que ceux qui permettaient de créer un lit ou d’étouffer les sons.
« Le château de Garseton est sur notre route, non ? J’ai entendu dire qu’on y trouvait de bons manteaux. Arrêtons-nous là-bas. »
« Garseton ? »
Sa réaction était inquiétante, mais Gilbert avait toujours eu l’air suspect. Galahad hocha la tête.
« Entendu. »
Le coin de la bouche de Gilbert se releva.
Il était vraiment très inquiétant.
* * *
Froid.
Galahad grommela en repoussant ses cheveux. Au cœur de l’Empire, il faisait chaud tous les jours, mais ici, le froid lui hérissait la peau. Il devait dépenser du mana rien que pour maintenir sa température.
Il n’avait même pas porté de cigarette à ses lèvres que son haleine se condensait déjà dans l’air. Se réchauffer lui seul épuisait son mana à une vitesse alarmante.
Il n’y avait pas de route pavée, et la boue s’agglutinait à ses semelles. Était-ce vraiment de la boue ?
Galahad renifla.
Une odeur désagréable lui emplit les narines.
C’était bien de la boue.
Galahad glissa précipitamment une cigarette entre ses lèvres et l’alluma. Le parfum citronné chassa la puanteur.
« Plus nous irons vers le nord, plus il fera froid. »
Gilbert lui lança ces mots sèchement, les cernes creusant la peau sous ses yeux. Il avait, Dieu sait comment, enfilé des vêtements de fourrure qui ressemblaient à une peau de bête.
« Les soldats du front ne doivent-ils pas supporter le froid à moitié nus ou je ne sais quoi ? »
Gilbert fronça les sourcils à la question de Galahad. En y regardant de plus près, c’était un sourire.
« Oui, les soldats s’habillent chaudement, eux aussi.
— Quel dommage. »
Galahad grommela dans sa barbe.
À cet instant, un gros homme accourut vers eux. Il avait tant de chair qu’elle tremblotait à chaque pas. Il portait des chaussures à talons hauts qui n’étaient plus à la mode depuis belle lurette.
« Oh ! Pourquoi vous êtes-vous arrêté au château extérieur au lieu de vous rendre au château intérieur à votre arrivée ? »
Le gros homme s’essuya le front en parlant.
Galahad jeta un regard à Gilbert. Celui-ci détourna les yeux, comme si cela ne le concernait pas.
« Vous savez qui je suis ?
— Vous êtes l’invité de Son Altesse le Grand-Duc du Nord, n’est-ce pas ? »
Galahad regarda Gilbert.
Gilbert haussa les épaules, l’air de dire : « Ce n’est pas moi. »
Le Grand-Duc du Nord a dû les prévenir que quelqu’un arrivait.
Gilbert s’était en réalité opposé à ce qu’ils visitent le château. L’arrivée dont parlait cet homme ne pouvait donc pas être celle de Galahad.
« Entrez ! Le seigneur vous attend ! »
« Vous avez un lit moelleux ? »
Le gros homme pencha la tête à la question de Galahad, puis hocha la tête.
« Oui, et un bain chaud aussi ! »
« Et de la viande cuite comme il faut ? »
« Bien sûr ! Notre cuisinier est le meilleur de la région ! »
« Parfait. »
Galahad hocha la tête. Le gros homme, qui avait tout du porc, partit devant lui en se dandinant, son arrière-train ballottant à chaque pas.
« Faites attention. Plusieurs personnes ont disparu dans les environs du château de Garseton. J’ai entendu dire que certains étaient des mages. C’est un endroit très dangereux pour eux. »
Gilbert, qui s’était retrouvé à ses côtés on ne savait comment, prononça ces mots avec une pointe de rire dans la voix.
« Pourquoi me le dire maintenant ? Vous auriez dû me prévenir plus tôt.
— Vous ne l’avez pas demandé.
— Pas faux. »
Gilbert gloussa discrètement devant les récriminations de Galahad.
« Vous voulez aller ailleurs, maintenant ?
— Vous savez vous battre ?
Gilbert fronça les sourcils devant cette question inattendue.
« Je me débrouille plutôt bien.
— Alors protégez-moi bien. Je suis quelqu’un d’important, après tout. »
Galahad mordilla la cigarette qu’il avait en bouche et se mit en marche.
« Est-il téméraire, audacieux, ou sait-il quelque chose ? »
Gilbert marmonna doucement, puis désigna un endroit au loin.
La nuit était particulièrement noire.
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