Chapitre 1
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Traducteur/éditeur : Ceaseless
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◈ Le Fou Gendre du Grand-Duc du Nord ◈
Chapitre 1 : Le gendre au foyer
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« J’en suis capable. J’ai fini parmi les meilleurs de ma promotion à l’Académie, et j’ai même obtenu de solides appuis. J’en suis capable. »
James marmonna en fixant le couloir gris et morne.
Le col de sa chemise, boutonné jusqu’en haut, lui piquait le cou, mais il n’avait pas l’esprit à s’en soucier.
Le grand jour de son entretien tant attendu au Bureau du renseignement était arrivé.
Qu’était-ce donc que le Bureau du renseignement ? Il ne recrutait que les plus grands génies du continent. Il guidait l’Empire dans l’ombre, et seule une poignée de personnes savait qu’il existait.
On ne pouvait pas simplement entrer au Bureau du renseignement. Il fallait finir parmi les meilleurs d’une Académie qui n’acceptait déjà que des gens talentueux, ou accomplir un exploit assez remarquable pour se faire un nom sur tout le continent avant même de pouvoir postuler.
Et ce n’était pas tout. Les candidats devaient subir une enquête approfondie sur leurs antécédents et réussir une épreuve pratique qui ressemblait à s’y méprendre à une véritable mission sur le terrain. Arriver jusqu’à l’entretien tenait déjà du miracle. James comptait bien saisir sa chance.
« Putain, sérieux. »
Un juron rauque retentit.
James leva les yeux et aperçut un homme aux cheveux noirs, assis en face de lui.
Le col de son uniforme était déboutonné, il se tenait avachi et son visage était empreint d’irritation. Il avait l’air mécontent de tout.
Pour l’instant, pourtant, James n’avait d’yeux que pour son uniforme.
« … Un agent du Bureau du renseignement ! »
C’était la première fois qu’il en voyait un.
Le Bureau du renseignement était entouré de mystère. Même pendant tout le processus qui l’avait mené à cet entretien, il n’avait croisé personne.
L’homme semblait avoir à peu près le même âge que James, et pourtant il était déjà agent du Bureau du renseignement. James en eut les yeux brillants.
« Qu’est-ce que tu regardes ? demanda l’homme d’un ton agacé.
— Ah… rien ! Je vous trouvais juste super classe ! »
James se redressa aussitôt. S’il était recruté, cet homme pourrait devenir son supérieur.
« Je passe ma colère sur un bleu… Je suis vraiment le pire. »
L’homme fronça les sourcils et sortit une cigarette qu’il se plaça entre les lèvres.
« T’en veux une ? Elle est bonne.
— Non ! Ça ira ! »
L’homme n’insista pas. Des flammes rouges jaillirent au-dessus de ses doigts.
« … Un mage ! »
Les yeux de James s’écarquillèrent. Un mage, et en plus un agent du Bureau du renseignement !
« C’est la première fois que tu vois un mage ? »
Au lieu de répondre, James claqua des doigts. De petites étincelles crépitèrent autour d’eux.
« Alors, tu es un cadet. »
« J’ai hâte de travailler avec vous, supérieur ! »
L’homme claqua doucement la langue. Une fumée grise s’échappa de ses lèvres, et son regard posé sur James avait quelque chose d’étrange.
« Pourquoi rejoindre le Bureau du renseignement, alors que tu pourrais choisir une voie plus tranquille ? »
La question était légitime.
En général, les mages rejoignaient une Tour de magie après leurs études. Sinon, ils se mettaient au service d’un noble.
Les mages étaient plus doués pour la recherche et le développement que pour le combat. Ces domaines offraient bien plus d’argent et de prestige.
James avait reçu de nombreuses offres de Tours de magie. S’il les avait toutes refusées pour postuler au Bureau du renseignement, c’était parce que…
« Je veux me consacrer corps et âme au glorieux Empire ! »
C’était l’une des questions classiques de l’entretien, alors James répondit sans hésiter. L’homme fronça les sourcils. Était-ce la mauvaise réponse ?
« … Ton mana fuit un peu. Ta compression est insuffisante.
— La compression ?
— Regarde. »
L’homme claqua de nouveau des doigts. Des étincelles jaillirent. À première vue, elles ressemblaient à celles de James, mais celui-ci voyait bien à quel point elles étaient plus précises.
« Tu obtiens le même résultat avec moins de mana ! »
« Exact. L’Académie n’enseigne pas ça. Ceux qui ne connaissent la magie que dans les livres pensent que l’efficacité du mana n’a aucune importance. Mais sur le terrain, elle est essentielle. Combien de temps te faut-il pour récupérer ton mana ?
— Environ trois jours.
— C’est beaucoup trop long.
— … Pardon ? »
James ouvrit de grands yeux. Par rapport à ses camarades, il récupérait plutôt vite.
« Ne récupère pas ton mana sans réfléchir. Calcule sa concentration dès que tu le stockes. Il te faut trois jours parce que tu le fais sans y penser, comme si tu respirais.
« Calculer la concentration pendant que je stocke le mana ? »
Rien que de devoir faire des calculs pour lancer un sort lui donnait déjà l’impression que sa tête allait exploser. Et maintenant, il devait aussi calculer la concentration du mana ? C’était seulement possible ?
James hocha la tête pour l’instant.
« Si tu calcules et mémorises à l’avance la concentration du mana, tu peux en utiliser exactement la quantité qu’il te faut. Après, tu peux faire des trucs comme ça. »
L’homme claqua plusieurs fois des doigts, à toute vitesse.
Des étincelles jaillirent les unes après les autres. D’abord seule, la première éclata en un instant, puis prit la forme d’une petite fleur.
Une fleur faite d’éclairs.
James fut sincèrement impressionné par sa précision.
« Ça marche du tonnerre avec les femmes. Essaie, tu verras. Elles craquent complètement.
— … Ah, vraiment ?
— Tu as une copine ?
— Je viens de rompre avec elle.
— À cause du Bureau du renseignement ?
— Oui.
— Imbécile.
— Pardon ? »
L’homme souffla un long nuage de fumée. Une fraîche odeur de citron emplit l’air.
« Une fois que tu y seras, tu ne pourras plus sortir avec quelqu’un.
— Aucun problème ! Je compte épouser l’Empire !
— Tu as demandé son avis à l’Empire ?
— … Quoi ? »
L’homme éclata d’un rire qui ressemblait à une toux.
« Bref, si tu rejoins le Bureau du renseignement, retiens une chose.
— Quoi donc ?
— Ferme les yeux et garde la bouche close. Fais seulement ce qu’on te dit. C’est comme ça que tu monteras en grade. »
L’homme plissa les yeux. À première vue, il semblait sourire, mais les coins de sa bouche ne s’étaient pas relevés.
À cet instant, la porte à côté d’eux s’ouvrit et une femme sortit. C’était une beauté au visage froid, et James se redressa machinalement.
« Galahad, combien de fois t’ai-je dit de ne pas fumer à l’intérieur ?
— C’est une Cigarette de mana.
— Et alors ?
— Elle sent bon. »
La femme renifla et désigna la pièce derrière elle. Galahad claqua la langue et se leva. James le regarda, l’air hébété.
« Essaie de ne pas divorcer. Accroche-toi.
— … Hein ? Oui ! »
Galahad tapota l’épaule de James, puis entra dans la pièce.
James marmonna le nom : « Galahad ». Où l’avait-il déjà entendu… ?
« … Le plus jeune diplômé de l’histoire de l’Académie ! »
James resta bouche bée en se souvenant enfin.
Galahad était une figure inscrite dans les annales de l’Académie.
La plupart des mages sortaient de l’Académie au deuxième cercle, ou au troisième pour les plus doués. Galahad, lui, avait non seulement obtenu son diplôme à l’âge le plus précoce jamais enregistré, mais il avait déjà atteint le quatrième cercle.
Il avait brusquement disparu après avoir été diplômé…
« Il a rejoint le Bureau du renseignement. »
Tout s’expliquait. Il venait de rencontrer une véritable légende.
James s’écria tout bas : « Oui ! »
C’était bien le Bureau du renseignement. Celui où se rassemblaient les plus grands génies du continent pour guider l’Empire…
Soudain, une voix furieuse retentit de l’intérieur.
« Putain, tu me demandes de devenir un foutu gendre au foyer ? »
En entendant Galahad, James écarquilla les yeux.
Il leva précipitamment les yeux vers la plaque au-dessus de la porte. On pouvait y lire, en grandes lettres : « Bureau du directeur adjoint ».
Jurer aussi grossièrement dans le bureau du directeur adjoint…
« Trop la classe. »
Les yeux de James étincelèrent.
« Il faut que je sois recruté ! »
James serra le poing et se donna du courage.
Il voulait travailler sous les ordres de l’incroyable Galahad.
* * *
« Galahad, en quoi épouser l’aînée du Grand-Duc du Nord revient-il à devenir un foutu gendre au foyer ? »
Le directeur adjoint fronça les sourcils, ses yeux charnus se rétrécissant. Galahad prit une profonde inspiration et se calma.
« C’est pas la même chose ? Tu sais bien quelle sorte de personne est l’aînée du Grand-Duc du Nord.
— Je le sais. C’est la plus jeune Maîtresse épéiste de l’histoire. Un jour, elle héritera du titre de Grand-Duc du Nord. Tu deviendras donc l’époux du Grand-Duc du Nord. Qu’est-ce qui te déplaît, exactement ? »
Le directeur adjoint ricana. Cette attitude éhontée fit bouillir Galahad de colère.
À la fondation de l’Empire, le Grand-Duc du Nord était véritablement un grand-duc. C’était le seul grand-duc de l’Empire, et l’homme le plus puissant après l’Empereur.
Le problème, c’était le Nord.
Le Nord jouxtait le territoire des Démonides. Le Grand-Duc du Nord devait repousser leurs offensives et, à cause de cela, son pouvoir déclinait de jour en jour.
En plus, ces ignorants de Nordiens considéraient la magie comme un sous-produit des Démonides et détestaient les mages de toutes leurs forces. Le territoire du Grand-Duc du Nord était le seul à ne posséder aucune Tour de magie.
Envoyer là-bas Galahad, un mage et un agent du Bureau du renseignement, revenait à lui dire d’aller mourir.
Pourtant, Galahad était le pion sur lequel le directeur adjoint avait le plus misé. Jamais il ne l’aurait sacrifié de son plein gré.
« D’où vient cet ordre ? »
Le visage du directeur adjoint s’assombrit et il pointa un doigt vers le haut. Il refusait de reconnaître le directeur du Bureau du renseignement, prétendant que celui-ci avait été nommé par quelqu’un d’en haut. Si un homme comme lui désignait le sommet, c’était que l’ordre venait de très haut.
« C’est ton père qui a arrangé ça.
— Putain ! Sérieusement ! Bordel… »
Galahad ne put se retenir et jura. Il comprit aussitôt comment les choses avaient tourné.
Galahad était le troisième fils d’un comte.
Ici, les nobles transmettaient tout à leur fils aîné pour éviter que leur pouvoir ne s’affaiblisse. Certains allaient jusqu’à tuer tous leurs enfants, sauf l’aîné.
Réincarné en fils de noble, Galahad avait compris très jeune quelle était sa place. Il s’était alors acharné à étudier la magie.
Étudier ne lui posait aucun problème. Il en avait fait bien assez dans sa vie précédente.
Après tout, Galahad avait fréquenté une prestigieuse université en Corée. Comparés à la préparation barbante du concours d’entrée à l’université et aux cours, les résultats de la magie étaient visibles à chaque séance d’étude. C’était bien plus amusant.
Les formules de base de la magie étaient aussi difficiles que les mathématiques du lycée qu’il avait apprises dans sa vie précédente.
C’est ainsi qu’il avait obtenu son diplôme de l’Académie à l’âge le plus précoce de l’histoire, puis rejoint le Bureau du renseignement. Il avait cru pouvoir enfin vivre tranquillement après ça…
« Il ne s’est jamais occupé de moi, et maintenant il me vend aussi ? Putain. »
C’était un mariage arrangé, purement politique. L’esprit affûté de Galahad comprit rapidement qu’il n’avait aucune échappatoire. Il était acculé.
« C’est vraiment la merde. »
Après avoir fait ses calculs, Galahad s’assit en face du directeur adjoint et se mit une cigarette dans la bouche. Le directeur adjoint haussa un sourcil, mais il n’était plus son supérieur.
« Galahad…
— Quoi ?
— File-m’en une aussi. »
Galahad fronça les sourcils. Après tout, qu’avait fait le directeur adjoint de mal ? Il sortit une cigarette de sa poche et la lui tendit.
« Allume-la.
— À notre époque, t’es même pas fichu d’utiliser une magie aussi élémentaire ?
— Attends d’être vieux. Tu verras comme c’est dur d’apprendre de nouvelles choses. Du feu ! »
Galahad claqua la langue et alluma la cigarette du directeur adjoint.
« Quel genre de mec fume des cigarettes au citron ? Au citron, quoi.
— Tu mendies et en plus tu te plains. »
Tous deux fumèrent cigarette sur cigarette en silence.
Le directeur adjoint n’avait pas l’air en forme non plus. Galahad était le pion sur lequel il avait le plus misé ; le perdre revenait à se retrouver les mains vides.
« Alors, pourquoi tu ne t’es pas marié avant ? T’es plus tout jeune.
— J’ai épousé l’Empire.
— Même moi, je sais que tu es célèbre pour détester l’Empire.
— Et vous, vous n’aimez pas votre femme, directeur adjoint ?
— Tu marques un point. »
Ils rirent doucement tous les deux.
« Ça ne durera pas longtemps.
Le directeur adjoint parla d’une voix lasse. C’était pratiquement comme si on lui avait coupé les bras et les jambes. Impossible pour lui de rappeler Galahad.
« Laisse tomber. Je reviendrai de moi-même.
Galahad secoua la tête et écrasa sa cigarette.
« Les femmes t’aiment bien, pourtant. Jamit t’apprécie aussi, à vrai dire.
Le directeur adjoint afficha un sourire taquin et désigna Jamit, assise à côté de lui. Le visage de Jamit se renfrogna.
« Je le savais. Désolé, Jamit, mais les histoires de bureau, c’est pas mon truc.
— … File-m’en une aussi. »
Tous trois s’assirent côte à côte et fumèrent longtemps. Ils ne parlèrent pas, mais chacun avait l’esprit en ébullition.
« Achète des bonbons ou du chocolat avant de partir. Les femmes aiment ce genre de choses. Il n’y en aura peut-être pas dans le Nord.
Jamit dit cela en soufflant un rond de fumée.
« Des bonbons. Je retiens. Ah, le type dehors a l’air utile.
— Le type dehors ?
— Le bleu qui ressemble à une carotte.
— Une carotte ?
— Je crois qu’il parle du candidat à l’entretien.
— Ah, je vois. Mais pourquoi tu me tutoies, Jamit… Tu peux le faire. On travaille ensemble depuis si longtemps. Ha ha. Alors, il t’a semblé prometteur ?
— Oui. Il a dit qu’il voulait épouser l’Empire.
— C’est ce que tu as dit pendant ton entretien.
Galahad sourit avec amertume.
Avait-il vraiment dit une chose pareille ? Peut-être bien. Tout le monde ne racontait-il pas ce genre de choses en entretien ? Qu’on adorait l’entreprise et qu’on y travaillerait jusqu’à sa mort… C’était le genre de discours qu’on servait.
« Tu as autre chose à demander ? »
Le directeur adjoint se renversa dans son siège et posa la question. Quand Galahad l’avait rencontré pour la première fois, ses yeux brillaient de justice et d’ambition. À présent, ils n’exprimaient plus que fragilité et épuisement.
Galahad observa un instant le directeur adjoint avant de prendre la parole.
« Alors, cette femme, elle est jolie ? »
Cette fois, le directeur adjoint éclata de rire. Après avoir ri à s’en étouffer, il essuya les larmes au coin de ses yeux et hocha la tête.
« On dit que c’est la plus belle femme du continent. »
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